Le train bleu

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Challenge de Titine

Challenge Agatha Christie de George
Mois du polar avec Sharon

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 le train bleu
Le train bleu
Agatha Christie

 

Cœur de feu, un rubis ayant appartenu à la Grande Catherine de Russie, a été acheté par le milliardaire américain Van Aldin pour sa fille chérie, Ruth Kettering. Pierre convoitée, mystérieuse, on dit d’elle qu’elle porte malheur à celui qui l’acquiert.
Fatalité ou hasard, la superstition frappe sa nouvelle propriétaire à bord du Train Bleu, une ligne qui mène ses voyageurs vers la Riviera.

Qui a volé et tué Ruth ? Plusieurs personnes seraient susceptibles de l’avoir fait et c’est à Hercule Poirot de le découvrir…
Nice, dernier arrêt !
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Éditée en 1928, cette histoire débute comme un roman d’espionnage avec des personnages cosmopolites ; un Russe, un Américain, un Grec, un Français… L’atmosphère froide, mystérieuse, sombre et oppressante, change après quelques pages pour nous embarquer dans un train luxueux en direction de la Côte d’Azur, parmi des voyageurs en quête de soleil, de légèreté et d’amour. Présent dans le train, retraité et vacancier, Hercule Poirot va être sollicité par Van Aldin pour mener l’enquête sur la mort de sa fille qui a été défigurée et étranglée dans son compartiment en pleine nuit.

Pour le plaisir de nos petites cellules grises, Agatha Christie complique la trame de ce suspense en nous baladant. Des rues malfamées de Paris, nous passons dans les quartiers chics de Londres, puis dans un petit village tranquille du Kent, St. Mary Mead que nous connaissons bien pour l’avoir découvert avec Miss Marple… Nous prenons le train et nous arrivons sur la Riviera. Cette intrigue doit se mériter ! a dû se dire la romancière… Du paysage et de nombreux personnages à soupçonner.
Autour du meurtre, munissez-vous de quoi noter, il y a…
. le groupe des suspects proches de la victime, le mari, l’amant et la maîtresse… un vaudeville ! Ruth voulait divorcer de Derek, un aristocrate désargenté épousé pour son titre, et rejoindre son amant, le comte de la Roche, un sacré gredin. Quant à lui, Derek, un joueur et un noceur, poussé par sa maîtresse Mireille, ne souhaitait pas le divorce…
. le groupe des escrocs qui veulent le rubis… Un mystérieux et dangereux criminel connu sous le nom du Marquis… Se profilent aussi un Grec et sa fille, les Papopoulos, plus receleurs qu’antiquaires.
. et le groupe qui encadre Katherine Grey, une femme de trente-trois ans qui vient d’hériter de la fortune de la vieille dame qui l’employait depuis une dizaine d’années en tant que dame de compagnie. Invitée par Mme Tamplin, une lointaine cousine, Katherine prenait le train bleu pour la rejoindre.

Dans ce roman, Hercule Poirot semble un peu désenchanté, solitaire. La retraite ne lui convient pas du tout et la compagnie de son valet George n’est pas des plus pétillantes. C’est donc avec un réel ravissement qu’il va conduire l’enquête et aborder tous les protagonistes (des chaînons les relient les uns aux autres). On le retrouve vif, charmant, toujours très confiant en ses capacités, un peu séducteur… Deux jeunes femmes vont l’aider dans ses recherches, Katherine Grey et Lennox Tamplin ; perspicaces et intuitives.

Lorsqu’elle a écrit ce roman, Agatha Christie venait de subir le décès de sa mère et de découvrir l’infidélité de son mari. Je me demande si en dessinant le personnage de Katherine, elle n’a pas mis un peu de sa personnalité, et, désirant s’affranchir de tout joug, lui offrir une belle indépendance.
Quand dans son autobiographie, elle dit « ce misérable livre », je suis loin de l’approuver ! J’ai trouvé cette enquête passionnante, bien aboutie et très fine. Comme à son habitude, elle raconte superbement la nature humaine et ses complexités. Nous épatant, toujours.
Vous l’aurez compris… je vous le recommande !
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D’autres billets chez Sharon, FondantGrignote,

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le train bleu

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Vingt-quatre heures de la vie d’une femme

Une lecture conseillée par Cécile
Challenge « Classique » de Cécile

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Vingt-quatre heures de la vie d’une femme
Stefan Zweig

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1904, dix ans avant la première guerre mondiale,

Le narrateur passe quelques jours de vacances dans une maison d’hôtes, annexe du Palace Hôtel sur La Riviera. Dans cette pension, sept touristes de différentes nationalités se trouvent à partager quelques instants de villégiature. Si les activités les séparent dans la journée, ils se retrouvent autour d’une table à l’heure des repas dans une conviviale unité. Mais la paisible harmonie explose le jour où l’on apprend que Madame Henriette, femme de trente-trois ans, épouse et mère de deux fillettes, s’est volatilisée avec un jeune homme rencontré la veille.
Que s’est-il passé ? Coup de folie ou acte prémédité ?

Les bienséantes conversations débouchent sur des altercations verbales dont la violence surprend le narrateur ; le sujet suscitant la passion des témoins. Femme de petite vertu, Jézabel, « gourgandine », Madame Henriette est lapidée avec des mots. Seul le narrateur lui trouve quelques pardons et défenses…
« Pour ma part, je trouvais plus honnête qu’une femme suivit librement et passionnément son instinct, au lieu, comme c’est généralement le cas, de tromper son mari en fermant les yeux quand elle est dans ses bras. »
La tablée du conflit est présidée par Mrs C., une anglaise d’une soixantaine d’années. Ce n’est pas en juge ou en arbitre qu’elle se positionne, elle reste sous la polémique enflammée, une femme digne et réservée. Alors, lorsqu’elle perçoit chez le narrateur une réelle bienveillance, une liberté réprouvée par la morale et la loi, elle le convie à venir lui rendre visite dans le courant des jours prochains…

« – Et si demain vous rencontriez Mme Henriette, par exemple à Nice, au bras de ce jeune homme, la salueriez-vous ?
– Certainement.
– Et lui parleriez-vous ?
– Certainement.
– Si vous… si vous étiez marié, présenteriez-vous à votre épouse une femme pareille, tout comme si rien ne s’était passé ?
– Certainement.
– Would you really ? dit-elle de nouveau en anglais, avec un étonnement incrédule et stupéfait.
– Surely I would, répondis-je également en anglais, sans m’en rendre compte. »

Mrs C. va lui raconter vingt-quatre heures de sa vie.
A quarante-deux ans, elle décide de partir quelques jours à Monte-Carlo, pour oublier le vide de sa vie. Veuve, elle recherche des petits plaisirs innocents, emplis de nostalgie, dans les casinos. Elle ne savait pas, alors qu’elle observait les mains magnifiques d’un joueur, qu’elle allait vivre vingt-quatre heures d’une passion jamais vécue.

Ce petit roman livre une chronique amère, une désillusion sur la condition d’un amour, d’une passion éphémère, mais aussi une émancipation, douloureuse et salutaire.
Un malheureux adultère devient pour Mrs C. l’occasion de raconter sa confession à un homme qui le mérite, une personne qui ne jugera pas. Sans être un aveu de pénitente, ce témoignage lui sera bénéfique.
L’auteur place son narrateur dans le rôle d’un confident qui absoudra la pécheresse par l’écoute, la sollicitude et l’admiration.
D’une histoire, il en fait deux, il en fait trois… Celle de Mme Henriette, de Mrs C. et celle de ce jeune joueur perdu dans sa folie destructrice.
Plus qu’un roman, ce livre est une étude qui en une centaine de pages montre une société imbue de ses valeurs, hypocrite, corsetée dans la fin d’un 19ème siècle. Sans le conformisme ambiant du début, on peut parfois avoir une vision contemporaine de l’histoire de Mrs C., ce qui donne une ambivalence à la lecture… conservatisme et modernisme.

J’ai lu cette histoire avec beaucoup de plaisir. L’écriture est belle.

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Peinture de Gamble

Des billets chez Cécile, Pilisine Cave, Bladelor, Luna, Manu,
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