Belle

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Le mois Halloween avec Hilde et Lou

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BelleRobin Mckinley

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Grâce, Espérance et Honneur sont les trois filles choyées d’un riche armateur, propriétaire d’une flopée de bateaux. Les deux aînées sont des beautés, quant à la cadette, plus quelconque, est surtout louée pour son intelligence, ce qui lui fait croire qu’elle n’est pas jolie…
Honneur, qu’on surnomme Belle, commence son histoire en se décrivant… petite, maigre et maladroite comme le vilain petit canard. Il fut un temps où elle était aussi mignonne que ses sœurs, mais l’adolescence la rendue disgracieuse, pleine de boutons et peu sûre d’elle.

Tout est bonheur dans la famille, jusqu’au jour où le faste n’est plus. Une série de catastrophes s’enchaine et provoque la ruine du père. Des bateaux ont fait naufrage, d’autres ont été pris par des pirates, et grand malheur, le fiancé de Grâce qui était capitaine est porté disparu. Il faut tout vendre et s’en aller vers d’autres terres…
C’est grâce à Gervain, un ferronnier qui œuvrait sur les chantiers navals, qu’ils décident de partir à Pré-aux-Oies, une contrée bien loin de l’océan, perdue dans les monts du Nord, Colline Bleue. Gervain, qu’ils appellent tous Ger, était forgeron là-bas et ne rêve que d’y retourner.
On dit de la région qu’elle est habitée par des lutins, des sorciers et des elfes, tout un monde enchanteur et terrifiant. On raconte aussi que la forêt est dangereuse et qu’il ne faut pas s’y aventurer. Depuis deux siècles, une créature monstrueuse prisonnière d’un maléfice hante les lieux, c’est la Bête…

Leur premier hiver est très rude mais étrangement, Belle et sa famille se plaisent beaucoup dans cette campagne reculée. Une autre vie se présente à eux, plus laborieuse et moins pompeuse. Espérance se marie avec Ger, Belle se passionne pour les chevaux et aime assister son beau-frère, Grâce recommence à sourire même si elle ne peut oublier Robbie, et le Père retrouve un autre souffle.

Belle se sent plus libre, plus épanouie, et avoue que cette pauvreté lui sied bien mieux. Puis un jour, les facéties du destin lui jouent un autre tour… Au retour d’un voyage d’affaires, son père lui offre une magnifique rose et lui annonce avec désespoir le lourd tribut qu’il doit honorer pour avoir cueilli cette fleur… Il raconte la tempête de neige, le palais enchanté où il trouve refuge, l’opulence, le silence, le vide et la Bête.

« – Je vous épargne à une condition : c’est que vous me donniez l’une de vos filles.
(…) Si elle vient ici, il faudra que ce soit de son plein gré, parce qu’elle vous aime suffisamment pour vouloir vous sauver la vie… Il faudra qu’elle ait du courage, aussi, pour accepter de se séparer de vous. »

Belle porte bien son nom de baptême, Honneur. Par amour pour sa famille, elle se sacrifiera et s’acquittera de cette dette elle-même.
Courageuse mais pas exempte de peur, elle nous rapporte son arrivée au château et sa rencontre avec ce seigneur mi-homme mi-bête qui tous les soirs lui posera la question :

« Belle, voulez-vous m’épouser ? »

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« La Belle et la Bête » est l’un de mes contes préférés. Dans les grandes lignes et la morale, que je ne détaillerai pas dans ce billet, cette réécriture ne s’éloigne pas trop de la version de Jeanne-Marie Leprince de Beaumont, et pour l’atmosphère du château, de celle cinématographique de Jean Cocteau. Le récit est plus personnel, plus intimiste, car il est raconté par Belle.
Si j’ai trouvé la première partie originale (le caractère affirmé de Belle, les sœurs ne sont pas des harpies, la ruine du père, les personnages secondaires…), j’ai trouvé que la deuxième et la troisième le sont beaucoup moins. L’histoire est toujours aussi majestueuse, aussi poétique et enchanteresse, mais j’aurais aimé rencontrer une ambiance ancrée dans la fantasy comme on nous le laisse supposer ; c’est le seul bémol que je retiendrai.
L’auteur offre à Belle plus de caractère que dans le conte. Toujours aussi modeste, cultivée, intelligente, elle lui donne un ascendant sur sa famille qu’on ne lit pas dans la version initiale. Quant à la Bête, elle se conforme à son rôle, un être sombre, solitaire, meurtri par l’enchantement.
Autre petite fantaisie, la Bête a une gigantesque bibliothèque dont certains livres appartiennent au futur. Les écrits de Conan Doyle côtoient ceux de Homère. Mais Belle préfère l’Iliade, la poésie de Walter Scott, aux enquêtes de Sherlock Holmes qui véhiculent des images d’une époque trop moderne et donc incompréhensible pour elle.
(Cette lecture ne manque pas d’humour.)
Alors vous ne rencontrerez pas de « lutins, sorciers et dragons », mais je pense sincèrement que vous passerez une belle heure entre ces pages…
Je vous recommande cette histoire d’amour, l’une des plus belles.

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la belle et la bête cocteauImage du film de Jean Cocteau « La belle et la Bête »

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