Le tordu

 

 

Challenge Polars de Sharon,  une année en Angleterre avec Titine et Le mois British Mysteries de Lou

 

 

Le tordu
Les mémoires de Sherlock Holmes
Arthur Conan Doyle

 

Été 1888,

John Watson, marié depuis quelques mois, reçoit dans sa demeure la visite tardive de son ami Sherlock Holmes qui souhaite avoir son soutien dans le dénouement d’une affaire à Aldershot, dans le comté du Hampshire. Et la réponse ne tarde pas… Si Watson aime sa nouvelle vie, plus régulière et apaisée qu’avant, il est  toujours empreint de ce désir d’aventure que lui procuraient les enquêtes de Holmes.
L’histoire est toute récente et n’a pas encore fait la une des journaux. L’honorable colonel Barclay a été retrouvé mort dans son salon, fermé à clef de l’intérieur, avec sa femme à ses côtés simplement évanouie. Le major Murphy en charge du dossier souhaite clore l’enquête rapidement avec le moins de remous possible, et innocenter l’épouse, Nancy Barclay, qui est la première suspecte.

En regroupant tous les témoignages, ceux des domestiques, des voisins et des amis, il apparaît que ce couple marié depuis trente ans était uni et heureux. Ils s’étaient rencontrés en Inde, dans la garnison de Bhurtee, et s’étaient mariés après la révolte des Cipayes. Le colonel avait eu une carrière militaire exemplaire et son épouse n’était pas seulement une très belle femme, elle était aussi une personne digne, valeureuse et généreuse qui œuvrait dans le cercle de Saint-George en s’occupant des pauvres du quartier. Mais deux dépositions remettent en question l’harmonie du couple. Une soubrette les avait entendus se disputer violemment juste avant la mort du colonel, et Mlle Morrisson, une amie de Nancy Barclay, rapporte un fait marquant qui s’était également passé dans la même soirée. En revenant de leur cercle de bienfaisances, un homme difforme, affublé de guenilles, avait apostrophé Nancy et s’était entretenu  avec elle quelques minutes, à l’écart de toute indiscrétion.

Henry… Qui est cet homme qui avait ému Nancy au point de la métamorphoser en furie ?
A partir de cette information et avant même de rencontrer le vieux vagabond, Holmes dit à Watson : « Pour moi, comme vous le devinez, ce fut la lumière dans la nuit. Tout ce qui était auparavant sans lien commença à s’insérer dans un ordre normal… ».


La nouvelle est une belle histoire, même si le destin s’est montré horriblement cruel pour deux des protagonistes. Une histoire d’amour, avant d’être une intrigue policière, la genèse criminelle prend ses racines en Inde et s’étend sur une trentaine d’années. Quant à l’arme du crime, elle est avant tout un sentiment amer, douloureux et fielleux : la jalousie.
Tirée des mémoires de Sherlock Holmes, et éditée en 1893 dans le mensuel, le Strand Magazine, cette chronique que l’on titre aussi « L’homme estropié » reste l’une de mes préférées et certainement l’une des plus poignantes.
A recommander !

 

 

 

Rouge Bala

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Une semaine d’illustrations du 26 janvier au 01 février

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rougebalaRouge Bala
Texte de Cécile Roumiguière
Illustrations de Justine Brax

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Bala est une petite fille qui s’ennuie de sa sœur aînée. Elle était heureuse lorsqu’ils étaient ensemble et qu’ils se retrouvaient près de la rivière pour jouer. Son frère Tarum bâtissait des palais de sable et Lali lui contait des histoires.

A présent Lali est mariée et Bala se rappelle de ce jour, un mercredi en l’honneur de Krishna. Une belle cérémonie, des danses, de la musique, un sari dans les meilleures étoffes, des mets raffinés avec des épices rares et des sirops de fruits à volonté, la fierté des parents, le voile de Lali, la pastille rouge sur son front… la soumission de Lali.
Mais Bala trouve juste qu’à treize ans, ça fait un peu jeune…

La mousson est finie, l’hiver se fait sentir. La rivière est triste. Alors que Bala se languit, elle voit une embarcation border la rive avec une jeune femme à son bord qui lui demande où elle est. Elle n’est pas là par hasard, elle voudrait rejoindre la ville la plus proche. Bala, surprise, s’interroge. Que fait cette femme, seule ici ? A la question muette de la petite fille, la jeune femme lui raconte… Elle fuit. Épouse d’un homme riche, mariée à l’âge qu’on marie les filles, elle a souffert de ne pas pouvoir donner un enfant à son mari. « Ventre vide », elle a été humiliée, battue et plus encore. Aujourd’hui, elle aspire à la liberté et à l’éducation qu’elle n’a jamais reçue.

Petite, et déjà consciente des choses de la vie, Bala sait ce qu’elle voudrait faire plus tard, et surtout, elle sait ce qu’elle ne voudrait pas faire… Si son père le permet, elle poursuivra ses études et retardera le plus possible son mariage. Il sera difficile de le convaincre et de contrer les traditions, mais elle essaiera… de toute sa persuasion… et peut-être que sa mère l’aidera…
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L’Inde dans toutes ses couleurs, l’Inde dans ses mœurs. Par l’histoire de Bala, de Lali, de cette femme mystérieuse portée par la rivière, d’Ashna… l’auteur raconte que là-bas les petites filles arrêtent de jouer et d’étudier
pour se marier. Dès onze-douze ans, la famille recherche le prétendant et à treize ans, le mariage se célèbre. Les filles doivent se soumettre à la décision et taire leurs rêves. Les histoires de princes charmants n’ont qu’un temps.
Bala a le courage d’affirmer ses choix et, avec tout le respect, d’en parler à son père. Amenés sur le ton de la sollicitation, plus que sur celui de la rébellion, Bala sait se montrer fine et convaincante. Elle a une fierté et une constance qui vont lui procurer un sursis.
L’album offre pour ce sujet délicat et impitoyable, de la dignité et de la douceur. Il s’adresse aux jeunes enfants. Les mots ne cachent pas l’intensité du message, ils disent que des femmes sont maltraitées, mortifiées corps et âme, mais ils sont dits sans trémolos. La colère est retenue et le bel épilogue montre que rien n’est inéluctable.
Les superbes illustrations ont des couleurs chaudes, vives, puissantes. Des patchworks de tissus sont appliqués sur les plantes, les maisons, la rivière. Il sont des étendards et attirent le regard. C’est un très bel album pour les enfants et les parents pourront accompagner cette lecture de quelques réflexions aussi légères et optimistes qu’est l’histoire de Bala.

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Des billets chez Martine,

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