La mariée de Ceylan

Un livre offert par Babelio et les Éditions Milady

 

La mariée de Ceylan
Dinah Jefferies

 

Ceylan, de 1925 à 1934

Sans jamais avoir quitté le Gloucestershire, sauf en de rares occasions pour aller à Londres, Gwendolyn, une jeune mariée de dix-neuf ans, part seule à Ceylan pour rejoindre son mari, Laurence Hooper un veuf de trente-sept ans, propriétaire d’une plantation de thé, qu’elle a rencontré lors d’un bal. Candide et encore ignorante de ses devoirs d’épouse, elle fait confiance à Laurence pour donner le ton à leur mariage. Mais celui-ci, très occupé par son travail, la confie dès le premier jour de son arrivée à sa gouvernante et vieille nourrice dévouée, Naveena. Une maison tenue par des serviteurs silencieux et un mari souvent absent, Gwen chasse son ennui en s’aventurant sur la propriété et découvre peu à peu un cadre enchanteur et luxuriant, mais aussi la dure vie d’une plantation dans un pays colonisé. Elle fait alors le triste constat que l’image qu’elle en avait est à mille lieues de la réalité.

Amoureuse, sensible et d’un naturel expansif malgré son éducation de jeune fille de bonne famille, elle essaie de s’acclimater à son nouveau rôle et à ce pays étrange et sauvage, mais la personnalité changeante de son mari la surprend et la déroute. Toujours charmant et prévenant avec elle, il peut se montrer tour à tour très aimant ou très réservé, surtout lorsqu’elle lui pose des questions sur son passé, sa première femme qui s’est suicidée et la petite tombe d’un enfant qui est perdue et ensevelie sous la végétation de la propriété.

Des promenades dans la nature, des heures passées entre les pages de romans policiers et quelques soirées avec des voisins sont les seuls dérivatifs d’une vie indolente qui n’arrive pas à la satisfaire et à lui faire oublier que ses questions restent toujours sans réponse, que sa belle-sœur Verity est antipathique, lunatique et très possessive envers Laurence, qu’une vieille amie de son mari, qui fut sa maîtresse après son veuvage, est un peu trop envahissante et que le régisseur de la plantation se montre impitoyable envers les ouvriers cingalais. Jusqu’au jour où elle apprend qu’elle est enceinte.

Tout le temps de la grossesse est un état de grâce. Gwen resplendit et rien ne peut interférer à son bonheur, même pas lorsqu’elle apprend qu’elle attend des jumeaux. Laurence est aux petits soins pour elle, plus attentif et protecteur que jamais, et Naveena l’entoure de beaucoup de tendresse. Mais le jour de l’accouchement, rien ne se passe comme prévu et Gwen doit faire un choix terrible, dans le secret le plus absolu.
« Si un jour la vérité éclate, Laurence parviendra-t-il à comprendre et à lui pardonner ? »


On débarque à Ceylan avec des senteurs de cannelle et de bois de santal mélangées aux effluves nauséeux du port. La lumière est aveuglante et la chaleur étouffante. C’est chamarré de couleurs, bruyant, captivant et effrayant. Puis nous pénétrons dans les terres où les cultures des théiers ondulent suivant les courbes des vallons. Les cris perçants des oiseaux, les bruits d’eau d’un lac, le parfum des fleurs… C’est l’ambiance et l’atmosphère du début de ce roman de 562 pages construit en quatre parties, qui racontent une époque et une île à travers un couple et ses secrets de famille. Comme dans « Rebecca » de Daphné du Maurier, il y a une magnifique propriété, une jeune épousée naïve, un veuf tourmenté, une maîtresse, une gouvernante et un fantôme.
Les personnages évoluent sur une dizaine d’années, les années de l’entre-deux-guerres. Nous traversons les troubles communautaires et les approches pour une autonomie et une indépendance, et nous abordons tous les thèmes d’une colonisation avec les rapports entre colons et autochtones, dominants et dominés. Cette décennie raconte
l’insouciance des années folles et une certaine liberté pour les femmes qui génère beaucoup d’optimisme mais la crise économique de 1929 vient assombrir le tableau et redéfinir la trame de l’intrigue.
Ce livre est une romance dans la lignée des romans gothiques, avec ses noirceurs et ses mystères. Il ne manque pas de piment, d’amour, et il vous tiendra captif le temps de sa lecture…

 

 

Une photo prise « ici »

 

 

 

Les contes du suicidé

Logo BD Mango NoirLes BD du jour sont chez Noukette
« Les contes du suicidé » est un album offert dans le cadre des Masses Critiques chez Babelio. Remerciements…

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les-contes-du-suicideLes contes du suicidé
Trois histoires d’amour et de mort d’après Horacio Quiroga
Textes de Lautaro Ortiz
Dessin de Lucas Nine

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La validation de ce choix, lors des Masses Critiques Babelio, s’est faite simplement sur la couverture de l’album et non sur la connaissance des trois auteurs. Après ma lecture, pour mieux comprendre l’inspiration morbide de ces histoires, il a été indispensable que j’aille me renseigner sur l’auteur Uruguayen, Horacio Quiroga. J’ai alors découvert, (sur « Wiki »), un auteur torturé, fasciné par la mort, qui a souvent côtoyé, dans son entourage le plus proche, la face la plus tragique du trépas (suicides, accident mortel).
L’adaptation de trois de ses nouvelles à travers cette bande dessinée est réalisée avec beaucoup de finesse, de poésie et de beauté.

L’amour reflète systématiquement la mort et va bien au-delà.
« L’oreiller de plumes » raconte une jeune épousée qui se meurt d’un mal inconnu. Dans une maison aux marbres froids, aux silences étouffés, aux gargouilles sinistres, elle dépérit de jour en jour sans que les médecins puissent la guérir. Son mari, un homme plus mûr, d’aspect sévère, souvent absent pour ses affaires, est impuissant et désespéré. Ce n’est pas la mélancolie qui la plonge dans le coma, c’est autre chose… Les dessins soulignent les ombres et offrent des silhouettes fantomatiques, des visages grotesques aux regards cavés remplis de noir. C’est glaçant, angoissant, avec une intrigue dramatique pleine de suspense dans la veine gothique de « Carmilla » de Joseph Sheridan Le Fanu.
Le récit suivant a aussi une part fantastique, mais transposé dans un temps plus contemporain. Des parents n’approuvent pas l’homme que leur fille a choisi d’aimer. Pour elle, l’instigatrice, il n’y a qu’une échappatoire possible… Ils vont se donner la mort pour vivre leur amour.
La troisième, « Le portrait », aussi grave et funeste que les précédentes, parle d’un homme inconsolable qui cherche à retrouver sa fiancée décédée, sur des plaques photographiques. D’après ce scientifique, le lien qui les unissait était si fort qu’il aurait capturé avec ses yeux, comme on le fait avec un objectif, le visage de sa bien-aimée sur son lit de mort. Il peut ainsi la retrouver sur le papier… La vie se dématérialisant.

Troublantes nouvelles ! On les lit dans un souffle, avec des sentiments partagés, car c’est à la fois beau, si sombre, et dérangeant. L’écriture est incisive, les histoires mystérieuses, et le graphisme, qui évolue dans la dernière partie, est superbe. Cet album est une réussite mais on ne peut pas le recommander à tout le monde.

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Dark Shadows

logohalloween14 Dans le vaisseau fantôme avec Hilde et Lou Un film pour l’escale dans le Maine . .

120x160 DS.inddDark Shadows Film de Tim Burton

Dixit Wikipédia : « Dark Shadows, ou Ombres et ténèbres au Québec et au Nouveau-Brunswick, est une comédie horrifique fantastique américaine réalisée par Tim Burton, sortie en 2012. Il s’agit de l’adaptation en long métrage de la série télévisée américaine Dark Shadows de Dan Curtis, diffusée de 1966 à 1971 sur ABC. »

Fiche : Réalisateur : Tim Burton Scénariste : Seth Grahame-Smith Acteurs principaux : – Johnny Depp : Barnabas Collins – Michelle Pfeiffer : Elizabeth Collins Stoddard (descendante) – Helena Bonham Carter : Dr Julia Hoffman (psychiatre) – Eva Green : Angelique Bouchard (sorcière) – Jackie Earle Haley : Willie Loomis (serviteur) – Jonny Lee Miller : Roger Collins (descendant) – Chloë Moretz : Carolyn Stoddard (fille d’Elizabeth) – Bella Heathcote : Victoria Winters et Josette du Pres – Gully McGrath : David Collins (fils de Roger)   Dark-Shadows1 En 1760, Joshua et Naomi Collins quittent Liverpool avec leur garçon Barnabas pour s’installer en Amérique. Déjà fortunés, ils fondent une ville dans le Maine, qu’ils baptisent Collinsport, et font construire Collinswood, un splendide château de deux cents pièces, décoré de gargouilles, de monstres marins sculptés dans des bois précieux et rempli d’endroits secrets. Leur entreprise de pêche accroît leur fortune, tout semble aller pour le mieux pour eux, mais… Quelques années plus tard, Barnabas est devenu un beau jeune homme qui entretient une relation avec une de leurs servantes, Angélique Bouchard, amoureuse de lui depuis qu’elle est toute petite. Lorsqu’elle lui confie son amour, il ne peut tricher avec elle et lui avoue avec franchise qu’il n’est pas épris. Le camouflet est si cruel qu’Angélique décide alors de se venger en tuant ses parents… Peu de temps après, en apprenant que Barnabas courtise la délicate Josette du Pres, sa colère est terrible. Sorcière, elle invoque les forces du mal, mène au suicide Josette qui se précipite du haut d’une falaise et jette une malédiction sur Banrnabas en le transformant en vampire ; sa souffrance devant durer l’éternité. Pourchassé par les habitants de Collinsport pour avoir voulu s’abreuver à quelques gorges, Barnabas est capturé, enfermé dans un cercueil et enterré très profondément dans la terre, au centre d’une forêt.

Dark-Shadows5 Octobre 1972, Maggie Evans se rend dans le Maine pour un poste de gouvernante au service de la famille Collins. Quand elle se retrouve devant le portail de la propriété, un parc à l’abandon, un manoir gothique sinistre, elle semble réjouie et non apeurée. Désireuse de changer d’identité, elle se fera appeler désormais Victoria Winters. Fille étrange, d’allure fragile, elle va s’occuper d’un garçon de dix ans, David, obsédé par la mort de sa mère. Bien accueillie par l’aînée de la famille Collins, Elizabeth, Victoria fait la connaissance du reste de la famille, tous des gens bizarres, cyniques et las de leur vie de déchus. Au fil des siècles, de générations maudites, la fortune a décliné, leur société qui employait tous les pêcheurs des environs a fait faillite. Dans la forêt, des ouvriers font des travaux. La pelleteuse tape sur quelque chose de dur… un cercueil cadenassé…

Dark-Shadows3Barnabas se réveille, il est affamé. Il découvre alors ce nouveau siècle et ce que sont devenus ses héritiers. Il retrouve également Angélique, puissante, riche, et Josette, dans la personne de Victoria. Deux objectifs se dessinent. Redorer le blason de la famille à l’aide d’un trésor caché et déclarer sa flemme au fantôme de la femme qu’il a toujours aimée. Des projets qui ne plairont pas à Angie, sorcière immortelle de Collinsport.

Dark-Shadows4.. Ma première critique cinématographie sur ce blog ! J’ai retrouvé dans ce film tout l’univers que Tim Burton affectionne. Outre le fait qu’il ait donné le premier rôle à son acteur fétiche, Johnny Deep, et un beau rôle à Helena Bonham Carter (sa femme souvent présente dans ses réalisations), on voit son talent de conteur, ses névroses, son sens artistique, ses ambiances oniriques et fantastiques, un humour funèbre, des personnages fardés, la musique omniprésente, et une palette de couleurs souvent utilisée, des gris, des bleus, des crèmes, du translucide, du noir et le rouge, décliné du pale au framboise-rubis. Le rouge, dans les plus petits détails, représentant le sang, l’amour, mais aussi la violence et le diable, vient en contraste avec les couleurs froides du sommeil, de la mort, la peur, le froid… La région du Maine si bien détaillée par Stephen King dans ses thrillers, rend bien cette atmosphère asphyxiante et close, par la densité de ses forêts, ses côtes déchirées par les roches et sa mer, océan menaçant, meurtrier. J’ai aimé l’histoire, sa théâtralité, l’esthétique, décor et costumes, et la musique venue des années seventies, c’est pop, c’est rock. « Nights in white satin » (The Moody Blues), mélodie traînante, douce, débute l’histoire de 1972 avec Victoria, puis nous entendons Alice Cooper dans la dernière partie du film, complètement fou, effrayant avec ses peintures de guerre… Un plus pour le film, et une grande surprise pour moi, il fait une apparition chantée en interprétant son propre rôle. Sinon… en dehors du rôle d’Angélique tenu par Eva Green et celui de quelques seconds rôles (dont Carolyn),  j’ai trouvé le jeu des acteurs passable, éteint, guère convainquant, ce qui me laissera un goût de déception. La fin du film est aussi une déconvenue, pas dans son histoire, mais dans son plan, comme une ébauche. Ce film est passé à la télévision avec une classification « interdit au moins de dix ans ». Les quelques scènes sanglantes peuvent heurter la sensibilité des enfants. Barnabas est un vampire qui s’alimente comme un vampire… sans conscience, sans remord… Un dernier mot ? Sympa, mais je voulais plus !

Un billet chez L’Or Rouge,

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 dark-shadows2. Nights in white satin – The Moody Blues – « ici » . . .

 

Petite discussion avec une momie et autres histoires extraordinaires

.logohalloween13« Classique » de Stéphie, « XIX siècle » de Fanny et Kheira,
« Halloween » de Lou et Hilde, Le mois américain avec Noctenbule

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.petite discussion avec une momiePetite discussion avec une momie
et autres histoires extraordinaires
Edgar Allan Poe

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Les nouvelles ont été traduites en France par Charles Baudelaire en 1848, un an avant la mort de l’écrivain.
Dans ce recueil, trois nouvelles extraites des Histoires extraordinaires nous sont proposées.

« Petite discussion avec une momie », éditée en 1845

Un soir, le narrateur est convié par son ami le docteur Ponnonner à une étrange cérémonie. Seul un petit groupe de privilégiés féru d’égyptologie assistera à la mise à nue d’une momie qui avait été ramenée de Libye par le capitaine Sabretash, huit ans auparavant.
Allamistakeo est écrit en caractères hiéroglyphiques dans une cartouche, sur l’enveloppe cartonnée qui la protège.
Après avoir délicatement enlevé les différentes couches, le corps momifié se découvre sans ses bandelettes. Sa conservation est parfaite et le regard orné de billes bleues en verre amène une âme.
La dissection est l’ébauche suivante, lorsque le groupe décide de reporter leur exploration à la nuit du lendemain. Mais avant de partir, l’idée farfelue de projeter de l’électricité dans le corps amuse la troupe.
Si les rires potaches ponctuent l’examen, bientôt la terreur tétanisera ces légistes en herbe…

« … Quant aux autres personnes de la société, elles ne firent vraiment aucun effort pour cacher leur naïve terreur. Le docteur Ponnonner était un homme à faire pitié. M. Gliddon, par je ne sais quel procédé particulier, s’était rendu invisible. Je présume que M. Silk Buckingham n’aura pas l’audace de nier qu’il ne se soit fourré à quatre pattes sous la table. »

« Le puits et le pendule », éditée en 1843

Tolède durant la guerre de 1808,
Le calvaire d’un supplicié qui face à ses bourreaux en bure, voit son esprit s’échapper. Les tortures annihilent toute sensation jusqu’à ce qu’il se réveille dans une cellule noire. Il décrit ses souffrances, les errances de l’esprit, sa prison, les rats, les liens qui l’entravent, la mort et un bout d’espérance. Lorsqu’il y a vie, il y a croyance.
L’inquisition déborde d’imagination et retarde le trépas…

« Le roi Peste », éditée en 1835

Londres sous le règne d’Edouard III,
Deux marins, Legs et Hugh, descendent de leur goélette pour étancher leurs plaisirs. A la taverne « Au Joyeux Loup de mer », la bière coule et les enivre. Leurs délires éthyliques et les talonnements de la tenancière furibonde qui n’a pas été payée, les propulsent dans les ruelles qu’ils sillonnent sans connaissance. Le long de la Tamise, certains quartiers sont vidés et condamnés à cause de la peste, et presque malgré eux, leur fuite les mène vers un dépôt de pompes funèbres. L’endroit est une cour des miracles avec ses personnages disgraciés. La représentation et ses décors, offrent une scène macabre que les deux lascars trouvent grotesque. La mort y est sublimée.
De ce minuscule royaume, tous se présentent, Roi Peste, Reine Peste, Archiduc Pest-Ifère, Archiduchesse Ana-Peste, Duc Pest-Ilentiel, Duc Tem-Pestueux… et les invitent à leur table pour trinquer à leur véritable monarque : la Mort.
Legs et Hugh ne peuvent que satisfaire leurs hôtes, sans se douter du jeu qui se trame, avec une seule finalité…

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Dans ses nouvelles, Edgar Allan Poe semble être fasciné par la mort bien plus que par la peur, qu’il gausse et ironise. Il imagine des dimensions qui ne sont pas toutes fantastiques comme celle de la momie. Certaines sont le théâtre de la misère, des guerres, de la folie, qui parcourent le monde et voyagent de siècle en siècle. Récits cauchemardesques, ils sont des images de nos songes les plus terribles. Illusion de succomber par étouffement, noyade, murs qui bougent et qui se resserrent, mangé par des rats, la maladie… fuir, toujours courir, être rattrapé…
La première histoire a un humour malicieux, mais la fin n’est pas des plus heureuses même si l’échappatoire plaît au narrateur.
La deuxième raconte le martyr, les tortures. L’esprit prend alors l’ascendant sur le corps en souffrance et l’espoir ressurgit.
La troisième tire du conte, une allégorie comme le souligne l’auteur. La farce sinistre et extravagante renvoie à d’autres obsessions liées à la maladie et à la Faucheuse.
Certains démontrent par l’analyse de ces nouvelles, toutes les hantises de Poe. On le dit (Marie Bonaparte sur Wiki) poursuivi par ses délires, par les décès qui l’ont entouré, l’alcool, les drogues, le suicide et la neurasthénie.

Des histoires à lire de nuit pour quelques frissons…
J’ai aimé !

Des liens chez Mango,

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momie.
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Carmilla


Voyage de
Lou et Hilde, destination Halloween

 

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Carmilla
Joseph Sheridan Le Fanu

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Autriche, au début du XIXème siècle, Laura raconte…

En Styrie, son père, un officier de l’armée autrichienne à la retraite, a acheté un château gothique. Le domaine est dans une région fortement arborée, d’une noire densité, et bien solitaire… le plus proche village est abandonné de toute âme. Ce cadre romantique appelle la mélancolie et des langueurs permises à une jeune fille de dix-sept ans, seulement entourée d’un père aimant, d’une nourrice très maternelle, d’une préceptrice et de quelques serviteurs.
De ses souvenirs d’enfant, elle aime parfois se rappeler avec une certaine épouvante, qu’à l’âge de six ans, elle a cauchemardé la morsure d’un baiser, donnée par le fantôme d’une jeune fille. Cette réminiscence survient juste avant son histoire.

Un jour, à la tombée de la nuit, alors que son père lui a rapporté une triste nouvelle, la mort de la nièce d’un ami survenue dans de troublantes circonstances, elle est témoin d’un accident. Un équipage luxueux se renverse lors d’une manoeuvre sur le chemin. De l’habitacle,  il en ressort une femme très perturbée par la mésaventure et sa fille inanimée. Ce fâcheux ennui risque de la retarder dans ses affaires…
Le père de Laura, toujours bon et serviable, propose l’hospitalité pour la jeune fille, le temps pour la mère d’honorer ses devoirs.

La jeune fille se nomme Carmilla. Elle a dix-neuf ans et se pare d’une beauté peu commune, avec un teint de porcelaine et une chevelure de soie noire.
Dans une étrangeté que l’on ne peut expliquer, Laura reconnaît en Carmilla son fantôme qui dix ans auparavant était venu la visiter.
Ce lien les unit dans une amitié puissante, exaltée, soumise à la passion naïve de deux adolescentes affamées de camaraderie, de fraternité, de sentiments.
Passion naïve… mais très ambigüe tout de même ! Il y aurait de quoi se poser des questions… Si Laura se prête à cette affection avec beaucoup d’innocence, elle sait que sa douce séductrice a des aspects secrets qui révèlent moins de candeur et de spontanéité que son amabilité laisse supposer.

Dans le plus proche hameau, une épidémie inquiète les habitants. Des âmes succombent après un abattement de courte durée.
De même pour Laura qui, entre transes et asthénie, semble évoluer dans une brume épaisse. La ouate est douce, plaisante à vivre, elle est presque jouissive dans sa douloureuse expérience.

Laura se remémore bien des années plus tard cette rencontre, ses pressentiments, sa confiance, son envoûtement et la tragédie. Ses souvenirs s’accompagnent de tremblements et de la frayeur qui ne l’a jamais quittée… Il était une fois, Carmilla.

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Cette nouvelle de Sheridan Le Fanu a été écrite bien avant Dracula. Si elle est prévisible dans son mystère, elle se lit très aisément avec un intérêt qui s’accroît au fil des pages. L’ambiance morbide s’explique au début, dans la préface de François Rivière : « Carmilla est donc né du combat de Le Fanu avec ses pires angoisses, alors que sa propre mort se profilait déjà par-delà les volets toujours clos de sa maison dublinoise… » . Ecrivain du fantastique, il aborde dans cette histoire les rapports troubles de deux jeunes filles. Pour un récit de l’ère victorienne, il est avant-gardiste, moderne, surprenant.
Les personnages et leurs natures sont bien décrits… Les mots sont sensibles et répercutent une belle émotion… Les décors idéalisent une vision romantique et fantastique de l’histoire… le tout se recommande sans hésitation.

Un livre à lire ! Un classique pas si classique…

Des billets chez MissyCornish,

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Illustration de Carmilla par Michael Fitzgerald

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La femme du vampire

Voyage de Lou et Hilde, destination Halloween
Etape en Europe de l’Est et dans les pays nordiques
Un livre offert par Mia
Challenge ABC de Babelio

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La femme du vampire
Nina Blazon

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Quatrième de couverture :
« Il y a des instants dans la vie où le coeur s’arrête de battre et où le sang se glace. Aujourd’hui, je sais que c’est le baiser de la mort qui nous effleure pendant ces quelques secondes.

Au XVIIIème siècle, en Serbie, la jeune Jasna est vendue par son père à Jovan, un riche propriétaire, qui cherche une épouse pour son fils Danilo. Elle quitte alors ses soeurs et la maison paternelle pour s’installer dans les trois mystérieuses tours de la famille Vukovic.
Très vite, Jasna réalise que son mari cache un sombre secret. Une fois le mariage célébré, il ne l’approchera plus jamais. Des faits effrayants se produisent : morts suspectes de villageois, moutons égorgés, chevaux blessés… Danilo serait-il un vampire ? C’est avec Dusan, un bûcheron fantasque – le seul à lui avoir tendu la main -, que Jasna va découvrir toute la vérité. »
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Suite à un jeu chez Mia, pour le lot gagnant, j’avais à choisir un livre entre plusieurs. Mon choix s’est porté sur celui-ci car les critiques annonçaient une histoire différente…

Elle débute comme un conte… l’hiver, la neige, des bourrasques de vent, la nuit, une forêt, une masure éloignée du village, une famille pauvre, un père violent qui élève seul ses cinq filles, un criminel qui rode dans les parages avec sa bande, et… un homme égaré qui tape à la porte en demandant l’hospitalité ; ami, loup, démon ? il faut montrer patte blanche.
La quatrième de couverture annonce le prélude : une jeune fille de quinze ans vendue à un inconnu qui souhaite la marier à son fils. Le mot vampire est dans le titre et on l’associe aussi au futur marié.

Nous sommes dans un temps obscur, une Europe de l’Est meurtrie par les guerres et les invasions, une campagne imprégnée de folklore, de rites, de superstition, de religiosités et de barbaries.
Le personnage de Jasna a un beau tempérament. Guerrière dans l’âme, elle peut aussi se montrer respectueuse des traditions et de ses aînés. Dans une région hostile et étrangère, elle est une « apatride » qui recherche à s’implanter, avec courage et dignité.
Sur le domaine de sa riche belle-famille, il y a les tours dont une est délabrée, inspirant la peur, le danger. Un drame s’est produit et personne ne doit en effleurer la pensée. Il y a Néma, la domestique muette, dont les yeux sombres renvoient tour à tour de l’hostilité et de la prévenance, Siméon, l’homme de confiance de la famille, un être compatissant et de bons conseils, Jovan, son beau-père, un homme torturé, toujours en conflit avec son fils et Danilo, un jeune homme mystérieux, souvent absent, son mari.
Après ces terres, au-delà des bois et des routes réputés maléfiques, il y a le village dont le rejet invoque toutes les croyances envers la magie noire, le diable et les fables sanguinaires. Aucun chrétien n’adressera la parole aux maudits Vukovic et la terre ne sera pas souillée par leurs sépultures.

L’ambiance dès le début est donnée et s’enrichit d’arcanes surnaturelles dues aux histoires imaginées et d’énigmes plus terrestres avec les meurtres de villageois. Tiraillée entre deux mondes, Jasna est partagée et mène le lecteur dans sa quête de vérité.
Loups-garous, vampires, esprits possédés, pacte avec le diable, mêlent leurs légendes à des intrigues, une vengeance et une romance… l’auteur dévoilent dans cette histoire l’ascendance de Dracula, d’une manière plus édulcorée que les faits rapportés à cette époque, en 1731. Car, à la fin du roman, elle écrit que, comme elle, Bran Stoker et John Pilidori se sont inspirés de vieux rapports racontant des évènements qui se seraient passés au XVIIIème siècle, entre l’Empire Ottoman et les Habsbourg… « Des gens mouraient dans des circonstances inexplicables, comme dans la région de la Morava. Les villageois, persuadés qu’un vampire hantait les lieux, demandèrent au commandant autrichien la permission de détruire ce mort-vivant. Une délégation fit le voyage, examina le corps et exhuma aussi les autres morts. La destruction (enfoncement d’un pieu dans le coeur, décapitation, crémation) fut autorisées et l’on rédigea un rapport médical précis… Ce rapport du commandant Fluckinger suscita un intérêt proche de l’hystérie qui déclencha dans toute l’Europe une vague de traités et d’analyse. »
Ces anecdotes s’enracinent dans des croyances encore plus vieilles, confondant les esprits du Malin.

Un livre jeunesse qui se lit très facilement, intéressant pour les informations historiques distillées avec intelligence, pour les images qu’il apporte, sombres, romantiques, féodales,  et pour les mystères qui entraînent notre lecture à tourner les pages plus vite. Quant à la romance, elle est à mon goût beaucoup trop légère, pas assez soignée, pour mon coeur de Midinette. Je rejoins donc l’avis de Shelbylee.
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