Gone baby gone

 

Gone, baby gone
Dennis Lehane
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Dorchester, Boston, 1997

Une petite fille de quatre ans a été kidnappée. Elle dormait bien sagement dans son lit, et au matin, elle avait disparu.

« Dans ce pays, deux mille trois cents enfants sont portés disparus chaque jour.
Parmi eux, bon nombre sont enlevés par un parent séparé de son conjoint (…)
D’autres sont des fugueurs (…)
Et puis, il y a aussi les exclus, ces gosses que l’on chasse de chez eux ou qui s’enfuient, et dont les parents ne cherchent pas à retrouver la trace (…)
Au total, sur plus de huit cent mille enfants portés disparus tous les ans au niveau national, seulement trois mille cinq cents à quatre mille d’entre eux relèvent de ce que le ministère de la Justice nomme les « kidnappings non familiaux » – ces affaires dans lesquelles la police écarte rapidement la thèse du rapt par un proche, de la fugue, du rejet parental ou encore la possibilité que le mineur se soit perdu ou blessé.
Dans cette catégorie, ils sont environ trois cents à disparaître définitivement chaque année (…) Pendant un certain temps, leur souvenir hante les étrangers au courant de ces affaires ; il hante leurs familles beaucoup plus durablement. Sans un corps abandonné derrière eux, sans une preuve de leur décès, ils ne meurent pas. Ils ne font qu’aviver notre conscience du vide.
Et de leur éternelle absence. »

Lionel McCready et sa femme Béatrice souhaiteraient que Patrick Kenzie et Angela Gennaro s’associent à la police pour retrouver leur nièce. Depuis quelques jours, une armada de flics du Boston Police Departement, les médias et des bénévoles cherchent des indices et les pistes qui mèneraient à Amanda.
Au plus les jours passent, au plus l’espoir de la revoir diminue.
Après avoir hésité, désireux de se protéger et de ne plus s’impliquer dans une affaire abjecte, Pat et Angie acceptent et vont collaborer avec le lieutenant Jack Doyle.
« Amanda est terrifiée, j’en suis sûre. Elle a disparu. Et pendant ce temps-là, ma salope de belle-soeur ne pense qu’à se vautrer dans mon salon pour se regarder à la télé et écluser des bières en compagnie de sa grosse vache de copine. Mais qui se soucie de la petite ? Hein ? Qui va lui prouver que sa vie a de l’importance ?
(…) Enfin, Angie a répondu dans un souffle :
Nous, je suppose. »
Dès le premier contact avec Hélène, la mère d’Amanda, ils s’aperçoivent que la jeune femme souffre de carences maternelles. Immature, indigne, alcoolique, droguée, Hélène n’est pas l’image de la mère aimante, inquiète et affolée qu’elle laisse paraître à l’écran lors des émissions télévisées, qui se sont accaparées de l’histoire.

Leur enquête commence dans un bar misérable, puant la crasse, le Filmore. Après une investigation houleuse, des noms fusent, orientant Pat et Angie vers la piste de trafiquants de drogue… Hélène travaillerait pour Cheddar Olamon et aurait subtilisé une importante somme d’argent. Amanda, servirait-elle de monnaie d’échange ?

Patrick et Angela devront à nouveau affronter la noirceur de Dorchester le sombre et le sordide, celle du milieu mafieux des dealers, des hommes en marge de la société, brutaux, criminels, celle d’une perversion immonde qui perd les enfants et les livre à un destin tragique, et celle sournoise des personnes punitives qui s’investissent d’un rôle justicier et répressif. Les séquelles de cette histoire briseront plus d’une âme et les deux enquêteurs ne seront pas épargnés.

Ma série coup de coeur
Encore une fois, ce quatrième épisode s’est lu d’une seule traite. Il nous est impossible d’abandonner l’histoire et de vaquer à d’autres occupations. Nous sommes dans la misère et la déchéance des bas-fonds. C’est bestial. Dans ce livre, l’humour est moins présent, ou bien distillé de façon violente avec des mots grossiers ponctuant l’ambiance. Nous retrouvons Bubba (en peignoir de satin rouge), Richie, Devin et Oscar qui viennent encore en aide à leurs deux amis, brièvement mais pour le premier, toujours aussi intensivement. Le sujet abordé dans ce tome est la disparition des enfants et dans le cas de cette affaire, on se pose inévitablement la question : La négligence est elle synonyme de maltraitance ? Certaines scènes sont atroces et je peux vous avouer que j’ai oublié de lire deux ou trois pages. A cette faune, se mêlent des gens plus sensibles et intègres, mais leur conscience les mène parfois sur des chemins pas toujours honorables ou raisonnables. Lehane a le talent de rendre ses écrits si réels, si imagés que parfois c’est insoutenable. Je ne peux pas vous raconter la fin, mais pour ma part, j’ai refermé ce livre avec un sentiment de doute… Patrick et Angela sont partagés sur le dénouement de l’histoire…  et moi ? A qui des deux donnerais-je mon soutien ? Seul Lehane, dans son dernier livre « Moonlight Mile » qui reprend l’affaire, pourrait me répondre…
Série à conseiller +++

Le prochain de notre lecture commune sera « Prières pour la pluie ».

Ben Affleck a fait jouer son frère Casey dans son film. J’ai été déçue par son adaptation. Je n’ai pas retrouvé Patrick dans sa juvénile physionomie, par contre Angela est bien représentée, même si elle est un peu incolore, presque absente. Quant à l’histoire… les avis sont partagés. J’ai regardé ce film avec des amis qui n’avaient pas lu le livre. Ils ont été captivés par l’intrigue, moi, du début à la fin, j’ai décortiqué les scènes, les personnages et n’ai de ce fait, pas ressenti l’émotion m’étreindre. Ce fut un regret…

 

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