Les fêtes de fin d’année chez George Sand

Pour les fêtes, le collectionneur Jean-Yves Patte a mis en scène la demeure de George Sand à Nohant dans le Berry. Animée avec des objets de son temps, fleurie, en attente de ses convives, la maison prend vie.

Des photos sans flash, des photos un peu floues par une matinée d’hiver sans soleil, il est donc difficile de rendre un bel hommage à ma visite, mais voici un petit aperçu…
Toc, toc, toc… Entrez !

 

 

 

 

Gargilesse

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Un di
manche avec du soleil et des amis, nous avons pris la route du Boischaut Sud, dans l’Indre, pour le charmant petit village de Gargilesse. Traversé par la rivière Gargilesse et nanti d’un château dont la construction fut commencée au Xè siècle, ce village pittoresque est connu pour ses activités culturelles offertes à la belle saison et pour l’une de ses petites maisons qui a appartenu à George Sand. Maison de campagne, « refuge » qu’elle partageait avec Alexandre Manceau, elle est sans prétention, nichée dans un coin. Agencée comme à l’époque de George, avec des souvenirs récoltés par sa petite-fille Aurore, elle est aujourd’hui un musée qu’on peut visiter.
Flânerie en photos…

Gargilesse 1.gargilesse1   banngar1 banngar2gargilesse5Église Saint-Laurent et Notre-Dame

IMGP6165banngar3Au sous-sol, une crypte décorée de fresques – XIIIe, XVe et XVIe siècle

banngar4Maison de George Sand

gargilesse7Le château

banngar5banngar6gargilesse11gargilesse12Maison du peintre Henri Jamet et et de son fils, le harpiste Pierre Jamet

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Confiture au potiron

logocuisinehantéeVoyage de Lou et Hilde,
destination Halloween
6ème billet

Cahier des confitures
Un partage avec Nath, « Un chocolat dans mon roman »,
et d’autres amies cuisinières
logocarte-Nath

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La semaine dernière, mon amie Do m’a offert ce magnifique livre…

Les carnets de cuisine de George Sand
Dans ma cuisine, j’avais des potirons. Je ne savais pas encore à quoi j’allais les cuisiner… En ouvrant le livre du carnet de cuisine de George Sand, j’ai vu que j’allais les préparer en confiture…
Et cela convenait également au cahier voyageur de « Un chocolat dans mon roman ».

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Confiture de potiron

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Voici la recette pour une qu
inzaine de pots :
– 1 kg d’abricots secs
– 3,5 kg de potiron
– 2 citrons
– 2 kg de sucre
– 1 gousse de vanille

– Deux jours avant, mettez les abricots dans un récipient, versez 2 litres d’eau bouillante et laissez macérer 48 heures.
– Épluchez les potirons et coupez-les. Laissez-les macérer avec le sucre 48 heures également.
– Le jour de la cuisson, mélangez les abricots et les potirons. Ajoutez les 2 citrons coupés en 4 et la vanille. Cuisez en remuant régulièrement durant 1 heure.
– Cuite, retirez de la confiture les citrons et la gousse de vanille et mettez dans les pots.

C’est simple, c’est original et c’est surtout de saison… Vive l’automne !

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Pauline

Challenges… George Sand de George, Challenge Petit BAC d’Enna et Classique de Cécile
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Pauline
George Sand

Naufragée dans une campagne sombre et reculée, Laurence, une jeune comédienne de vingt-cinq ans, demande l’hospitalité à un aubergiste, le temps des réparations de sa voiture.

Le hasard, joueur et malicieux, l’a ramenée dans le petit village de Saint-Front, un lieu qu’elle souhaitait oublier. Laissant les souvenirs vieux d’une dizaine d’années affluer, elle se remémore l’amitié qu’elle avait pour Pauline et l’époque où elle était une sous-maîtresse ; la nostalgie la conduit à la maison de son amie…

Pauline est devenue une belle jeune femme, qui s’occupe de sa mère aveugle. Entre les deux amies, les gestes, les confidences et l’affection renaissent aussitôt, renouant les liens rompus. Durant trente-six heures, le village s’anime, fier de recevoir une célèbre comédienne adulée par les grands de ce monde. La défiance et les mauvaises considérations font place au respect, à l’admiration, et chacun essaie d’avoir l’exclusivité d’un sourire, d’une parole.
Laurence, toujours prévenante, aimable, reçoit ces hommages avec beaucoup de simplicité, mais c’est auprès de Pauline qu’elle se sent authentique. A l’heure de partir, tristes de se quitter, elles se font la promesse de s’écrire régulièrement ; la correspondance durera une année.

Un jour, Laurence apprend la mort de la mère de Pauline qui se retrouve seule et désargentée. Compatissante, soucieuse, pour son amie, elle lui demande de la rejoindre à Paris et de venir vivre avec elle, sa mère et ses sœurs, dans son hôtel particulier.
La cohabitation se révèle vite heureuse et plaisante, même si Pauline s’attribue l’allure d’une gouvernante, tenant à garder une certaine distance sur cette vie fortunée.
Dans une ambiance mondaine mais chaste, arrive Mr. Montgenays, « un homme d’esprit, un homme de goût » et héritier d’une famille de riches banquiers. Séduit depuis de nombreuses années par Laurence, il souhaiterait vaincre son indifférence et la rendre amoureuse. C’est avec un esprit calculateur qu’il ourdit un canevas menteur et, immoral vicieux, pervertira une belle amitié. 

Petit livre de George Sand, cette lecture est comme une nouvelle. Même si elle s’est lue facilement et rapidement et qu’elle offre une belle écriture, je n’ai pas été séduite. J’ai trouvé les personnages peu intéressants, ternes, malgré que l’auteur les ait pourvus de beaux rôles.
Laurence a de belles qualités ; respectueuse, pudique, fidèle, maternelle envers sa famille et son amie, modeste, spirituelle, talentueuse et solaire…
J’ai détesté Pauline dès les premières pages. On devine sa jalousie, son orgueil, dans sa mise en retrait et son caractère se dévoile petit à petit…
Mr. Montgenays est un filou qui noie ses victimes sous de belles et fausses paroles. Enfant capricieux, il veut ce qu’il n’a pas, acteur roué, il joue le vertueux, le maladroit avec ses silences poseurs et des aveux timides…
Il faut donc lire le roman, non pas avec une âme romanesque, mais avec ironie. Le tableau, ou la pièce, est une caricature et George Sand joue avec le lecteur. Il ne faudra s’attendre à aucune morale car la fraîcheur et  l’innocence sera souffletée.

Cette pantomime est une histoire écrite en 1832 et terminée en 1839. Vingt ans plus tard George Sand la redécouvre et lui trouve la subtilité, la noblesse et la « spontanéité » des premiers écrits.

Pour une découverte, si je dois vous conseiller un livre d’elle, je vous orienterais vers ses romans qui racontent la campagne et les êtres qui la arpentent… Le Meunier d’Angibault, La Petite Fadette, François le Champi,  La Mare au diable, Les Maîtres sonneurs… Ils ont été mes premières lectures.

George Sand

D’autres billets chez ClaudiaLucia, Ankia, Clémentine, Cynthia,
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Mauprat

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Mauprat
George Sand

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Quelques années avant et après la Révolution.

« … sa santé robuste, sa taille droite, sa démarche ferme et l’absence de toute infirmité annoncent quinze ou vingt ans de moins. Sa figure m’eût semblé extrêmement belle sans une expression de dureté qui faisait passer, malgré moi, les ombres de ses pères devant mes yeux. »

Bernard Mauprat, vieil homme de quatre-vingts ans, reçoit dans sa demeure près de Châteauroux, dans l’Indre, un jeune homme qui souhaiterait entendre, par le dernier des Mauprat, l’histoire de cette famille légendaire.
Cette curiosité est teintée des peurs enfantines…

« C’est que dans mon enfance, j’ai placé le nom de Mauprat entre ceux de Cartouche et de Barbe Bleue, et qu’il m’est souvent arrivé alors de confondre, dans des rêves effrayants, les légendes surannées de l’Ogre et de Croquemitaine avec les faits tout récents qui ont donné une sinistre illustrations dans notre province, à cette famille des Mauprat. »

Bernard devient orphelin à sept ans. Sa tutelle est disputée par les deux branches de la famille, l’aînée et la cadette. C’est son grand-père Tristan qui l’emmène dans le Château de la Roche-Mauprat, un repère féodal lugubre, malsain, tenu par un pont-levis. Dans cet antre pernicieux, il fait la connaissance de ses huit oncles, tous plus vicieux, méchants et dégénérés les uns que les autres. Seul enfant dans ce cloaque, il est confié à la garde de l’oncle Jean, un handicapé, qui lui fait subir des sévices et des vexations. Traité comme un animal, il endure des tortures physiques et morales sans pouvoir s’en échapper. Au fil du temps, son caractère se forge, et sans être aussi immoral que sa parenté, Bernard devient dur et calque son tempérament sur celui de ses oncles, cachant son humanité sous un masque ignoble.
La vie et leurs subsides sont faits de larcins, de taxations, de brigandages et de viols. Les seigneurs d’autrefois sont devenus des tourmenteurs, des charognards et des voleurs.
Bernard a quinze ans lorsque le grand-père décède, il en a dix-sept quand pour la seconde fois sa vie bascule…
Un jour, oncle Laurent qui s’était absenté toute la journée, rentre en compagnie d’une jeune fille. Perdue, elle pense pénétrer dans la demeure de Madame Rochemaure, une dame dévote de la région, et accorde bien innocemment sa confiance.
Bernard succombe à sa beauté et, dans un conciliabule, arrive à soutirer à ses oncles la permission d’être le « forceur ». S’enfermant avec elle dans une pièce, il commence à se faire pressant. La belle ne tarde pas à comprendre le piège et se présente aussitôt… Elle est Edmée, fille de Monsieur le chevalier Hubert de Mauprat, frère cadet de son grand-père. Petit à petit, dans le bref temps qui leur est imparti, l’un essaie de lui voler un baiser, l’une tente de le raisonner, l’un est poursuivi par le sang bouillonnant des Mauprat et de dix années d’une éducation sauvage, l’une ne murmure que deux mots « Sauve-moi, sauve-moi ! ».

Et si en la sauvant, Bernard s’affranchissait en même temps ? L’évasion serait une double délivrance. L’enfant grossier et barbare, bien souvent cruel, voit son avenir près d’Edmée qu’il aime déjà passionnément. Avant de partir, une promesse est scellée…

« – Jurez que vous serez à moi d’abord, et après vous serez libre ; je le jure. Si je me sens trop jaloux pour le souffrir, un homme n’a qu’une parole, je me ferai sauter la cervelle.
– Je jure, dit Edmée, de n’être à personne avant d’être à vous.
– Ce n’est pas cela, jurez d’être à moi avant d’être à qui que ce soit.
– C’est la même chose, répondit-elle, je le jure.
– Sur l’Evangile ? sur le nom du Christ ? sur le salut de votre âme ? sur le cercueil de votre mère ? »

J’ai aimé ce roman, entre aventure et amour. Il est une saga fragmentée en plusieurs épisodes. L’introduction est celle d’un vieil homme qui se retourne sur son passé. Sa nostalgie n’est pas remplie de rancœur, elle est douce pour celle qu’il a aimée, voire vénérée.
« Elle fut la seule femme que j’aimai ; jamais aucune autre n’attira mon regard et ne connut l’étreinte de ma main. Je suis ainsi fait ; ce que j’aime, je l’aime éternellement, dans le passé, dans le présent, dans l’avenir. »
La première partie raconte la pitoyable moralité de sa famille, le château La Roche-Mauprat, les bois, l’ermite philosophe Patience, la tour Gazeau, Marcasse « le preneur de taupes »… Bernard est un sauvageon dont l’attitude est avant tout une fanfaronnade tirée de l’orgueil, de la peur et de l’inculture. Jusqu’au jour où il rencontre celle qui le fera évoluer. Plus qu’une amante, Edmée sera une mère. Dans cette deuxième partie, Bernard se retrouve à Sainte-Sévère dans la maison de son grand-oncle où il recevra l’éducation, les bases, qui lui font défaut. Ces leçons seront données par l’abbé Aubert, ami d’Edmée et de Patience. Troisième partie, c’est Paris et les salons littéraires, philosophiques, les poseurs, les précieux, le ridicule, mais aussi un début de modernité. La Fayette enrôle pour les Etats-Unis… Quatrième partie, l’Amérique et une ouverture sur un autre monde ; l’amitié fraternelle avec un scientifique-herboriste, Arthur. Cinquième partie… et dernière ; le procès.
A l’aube de la Révolution, George Sand nous présente les années d’un « siècle éclairé ». L’esprit est libre et commence à se défaire des carcans familiers. Elle donne aussi un beau rôle à Edmée qui est l’initiatrice, la femme qui tait sa passion pour faire grandir un homme.

Bernard dit…
« Ne croyez à aucune fatalité absolue et nécessaire… et cependant, admettez une part d’entraînement dans nos instincts, dans nos facultés, dans nos impressions qui ont entouré notre berceau, dans les premiers spectacles qui ont frappés notre enfance… Admettez que nous ne sommes pas toujours absolument libres de choisir entre le bien et le mal… L’homme ne naît pas méchant ; il ne naît pas bon non plus, comme l’entend Jean-Jacques Rousseau, le vieux maître de ma chère Edmée. L’homme naît avec plus ou moins de passions, avec plus ou moins de vigueur pour les satisfaire, avec plus ou moins d’aptitude pour en tirer un bon ou un mauvais parti dans la société. Mais l’éducation peut et doit trouver remède à tout ; là est le grand problème à résoudre, c’est de trouver l’éducation qui convient à chaque être en particulier… »
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Tableau de Corot

Billets de la lecture commune Somaja, Céline
D’autres billets chez George, Canthilde,
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Jean de la Roche

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Jean de la Roche
George Sand

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La Rochelambert, Bellevue, Le Puy, 1843

Il est un château incrusté dans de la roche. Il sort de ce carcan assez fièrement pour s’élever d’une façon dominante, sur des sentes, des prairies, une vallée et un torrent. Cette demeure troglodyte, château de la Renaissance, est le berceau des pères de Jean de la Roche, comte et héritier du domaine.

Jean est un jeune homme de vingt-un ans, assez taciturne, empreint d’ennui, qui aspire à quelques folies et libertés. Sa mère, une femme pieuse, sage et aimante, malgré son rigorisme, l’enjoint de quitter l’Auvergne pour Paris. Leurs revenus sont faibles pour des gens de noblesse, mais elle est prête à desserrer les cordons des finances pour que son fils connaisse les joies de la capitale et ramène en son fief une jeune fiancée.
Dans cette ville, espace de plaisirs, de culture mais aussi de perdition, Jean se sent petit, par son manque d’érudition et sa faible trésorerie. Le peu qu’il a est dépensé sans parcimonie avec des jeunes lurons et des filles de petite vertu. Au bout de trois mois, il se réveille un matin, abruti par cette vie de débauche et songe à sa pauvre mère qui s’est toujours sacrifiée pour lui.
A son retour dans son pays des volcans, il lui demande pardon et se dévoue tout à elle.
Mais son inactivité fait le désespoir de sa mère qui souhaiterait un bon mariage pour son fils…

« – Mon fils, me dit-elle avec un peu plus d’expansion que de coutume, vous vous ennuyez. L’homme ne peut pas vivre seul. Il faut absolument vous marier.
– Peut-être, lui répondis-je : mais d’abord il faudrait pouvoir aimer, et, dans le petit nombre de jeunes filles que nous connaissons et auxquelles je peux prétendre, il n’en est pas une qui seulement me plaise.
– Retournez à Paris ou allez à Riom, à Clermont, au Puy…
– Non de grâce, ne me demandez pas cela. Je me sens si peu aimable, que je craindrais d’aimer et de déplaire.
– Eh bien, voyagez, distrayez-vous, et redevenez aimable. N’êtes-vous pas le maître ? … Quelle femme rêvez-vous donc ? »
A ce sujet, elle aurait bien une petite idée à lui soumettre… A quelques kilomètres de La Roche, une famille anglaise, un veuf et ses deux enfants, s’est installée dans la grande demeure de Bellevue. L’homme est fortuné et d’un abord sympathique. Ses enfants sont un garçon d’une dizaine d’années se nommant Hope et une fille de seize ans du nom de Love. « Amour et Espérance, c’étaient les noms que sa fantaisie paternelle leur avait donnés. »

A quelques kilomètres de chez lui, il est un château appelé Bellevue, sur un parc, bordé par des bois et des eaux. La magnificence des lieux est propriété de Monsieur Butler, un homme savant, épris de sciences botaniques et minérales.
Sur les conseils de sa mère, Jean part alors visiter ses voisins et rencontre les Butler dans les jardins du domaine… Malgré sa grande envie de fuir, il se voit contraint de se présenter.
La simplicité et la bonhomie  de Monsieur Butler séduit Jean et l’honnêteté et l’intégrité de Jean enchantent Monsieur Butler qui le convie, dès cette première visite, à sa table.
C’est à l’heure de « la flânerie du dessert », que Jean s’autorise quelques regards sur Miss Love. Plus tôt, dans la prairie, il l’avait observée sous sa voilette de dentelle noire et il avait admiré son maintien sur son poney, sa silhouette fine et gracieuse. A présent, elle évoquait de la douceur, des délices.

« Elle était remarquablement jolie… Sa personne offrait des contrastes et de ces contrastes naissait précisément une harmonie charmante. Elle était plutôt petite que grande, mais elle paraissait grande ; cela provenait de la délicatesse de sa face, de l’attitude élancée de son cou, et de la ténuité élégante de ses formes, à la fois rondes et allongées. Elle me rappela certains bronzes antiques, plutôt égyptiens que grecs, qui semblent avoir servi de type à une époque de la statuaire française… Elle pouvait se passer d’avoir un joli visage. Sa personne seule constituait une beauté de premier ordre. »
La demoiselle intimide Jean. Elle semble moqueuse, insensible et surtout très érudite, mais parfois elle lui adresse des petits regards francs et aimables. C’est le coup de foudre !
« Douce et absolue ! pensais-je. C’est un peu comme ma mère ; mais il y a ici la grâce et l’animation qui dérangent toute comparaison. »

Ne souhaitant pas être pris pour un coureur de dot et étant respectueux des convenances, Jean demande par l’entremise du notaire Maître Louandre, la permission de venir régulièrement à Bellevue. Ses sentiments évoluent bien vite. Il voudrait la couvrir de caresses et sa passion devient obsédante. Près d’elle, il se montre amical et déférent, jouant le rôle du chevalier. Il l’aime, il l’admire, et imagine le mariage sans tarder. Love est jeune, très belle, riche et intelligente, il ne faudrait pas qu’un Junius Black, un jeune scientifique attaché à la famille, la lui ravisse.
On lui impose alors un bémol à cette union. Love a juré à sa mère sur son lit de mort, de rester toute sa vie près de son père. Cet ultimatum est loin de plaire à Jean, mais le jeune homme est si amoureux qu’il se sent capable de quitter sa mère, son domaine et son pays. Il est heureux et il le clame… Jusqu’au jour où, pour une raison familiale, la mariage n’est plus d’actualité. La famille Butler quitte Bellevue pour l’Angleterre, laissant Jean de La Roche inconsolable.

Cinq ans après… Il la revoit… Mêmes lieux, mêmes personnages, mais conjonctures différentes…
« J’avais vingt-sept ans, et je vivais avec cette blessure, qui saignait de temps en temps d’elle-même, et que de temps en temps aussi je rouvrais de mes propres mains, pour ne pas la laisser guérir. »

Cette belle histoire d’amour est un petit plaisir… George Sand la raconte avec tout le romantisme de son époque, mêlant avec finesse un peu d’humour à la passion des sentiments exacerbés qui nous sont rapportés par Jean, le narrateur. Elle souligne toujours bien habilement les conditions de vie de son temps et peint de très beaux tableaux des campagnes. Dans ce livre, ce sont des régions sauvages et rudes comme le basalte. Nous sommes transportés du Puy à la Roche-Vendeix, dans Le Mont-Dore.
Je vous recommande cette lecture qui j’espère vous ravira.

« Après une grippe à rechutes, et fuyant la polémique suscitée par la publication d’Elle et Lui, George Sand, accompagnée du fidèle Manceau et de l’actrice Bérengère, quitte Nohant le samedi 28 mai 1859, pour un périple d’un mois à travers l’Auvergne et le Velay… Les lieux du roman sont fidèles aux notes de voyage de George Sand, non seulement dans leur réalité objective, mais aussi dans leur caractère, dans l’impression ressentie. Ainsi retrouve-t-on, par exemple, dans le roman, cette « tristesse solennelle et majestueuse » que George Sans avait notée dans les bois de pins près de La Chaise-Dieu. L’âme des paysages impressionne tout autant George Sand que leur pittoresque et, pour éviter que les parties descriptives ne paraissent trop plaquées sur le récit, elle s’efforce de faire coïncider le caractère du paysage avec celui du personnage ou de la situation… »

 


Estampe d’Hokusai – Le mont Fuji

Billet chez George,
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Un auteur et ses mots – 23

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 » Le château de mes pères est planté haut dans la roche, puisque ses clochetons élancés en dépassent la crête. Un détail peindra tout à fait la situation. Ma mère étant d’une faible santé et n’ayant d’autre promenade qu’une petite plate-forme au pied du château, sur le bord de l’abîme, ou le sentier rapide qui descend en zig-zag aux rives du torrent, ou encore le chemin raboteux et cent fois exploré qui tourne à droite vers le coteau déprimé pour franchir le ruisseau et revenir, en face de nous, se perdre dans les bois, imagina de se créer un jardin au sommet de l’abîme où nous perchons. Comme celui de tous les contreforts basaltiques des environs, ce sommet est très uni. Il est couvert de bonnes terres végétales et de buissons épais où il était facile de percer des allées et de dessiner des parterres… »

« Jean de la Roche », de George Sand

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De Virginie à Indiana

Challenge femmes de lettres du XIXème siècle, challenge proposé par Céline
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INDIANA

George Sand

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L’île Bourbon – la Brie – Paris – L’île Bourbon – vers 1830…

« Par une soirée d’automne pluvieuse et fraîche, trois personnes rêveuses étaient gravement occupées, au fond d’un petit castel de la Brie, à regarder brûler les tisons du foyer et cheminer lentement l’aiguille de la pendule ».

Ainsi sont les premiers mots de l’histoire ; tableau charmant, rural, d’une veillée.
En fait, cela pourrait être la première scène du levé de rideau, acte 1, d’une pièce de Monsieur Molière ou de Monsieur Corneille pour la tragédie. On s’attendrait à lire « Le petit chat est mort ».

Acte 1 – Les personnages se présentent. Nous avons le mari Monsieur Delmare. Ancien soldat, titré, un colonel, l’homme est vieux, violent et jaloux. Il a épousé une jeunette. Il a beaucoup d’ambition pour sa maison. Près de la cheminée, sa femme, au doux nom qui fleure l’exotisme, Indiana. Elle a dix-neuf ans, est belle, douce, porte un regard de mélancolie presque éteint. C’est une figurante qui voit la vie s’échapper. A quoi songe-t-elle ? A l’île Bourbon ? Terre qui l’a vu naître. Près d’elle, se tient le baron Rodolph Brown que l’on nomme Ralph. Il est le cousin d’Indiana. Ce jeune homme de dix ans son aîné, a la prestance rigide. Ses traits sont pourtant beaux, mais son sérieux et son flegme le rendent comme inexistant.
Tristesse, désillusion, attente, temps mort, on se languit…
Vient alors comme un diablotin sortant de sa boîte, Raymond de Ramière. Il a la pétulance d’une jeunesse dorée. Son éloquence due à un esprit fin et lettré fait de lui un jeune « héros des salons éclectiques ». Secrètement, il est le doux ami de Noun, servante et soeur de lait d’Indiana. Elle lui abandonne son cœur et sa vertu.
Secouez le pochon, les acteurs vont se livrer à un chassez-croisez amoureux.

Noun aime Raymond, Raymond aime l’amour. Il a envers elle une reconnaissance, un besoin qui le flatte. Sans être libertin, il se ment à lui même et va mener cette innocente vers l’abîme. Monsieur Delmare aurait aimé être aimer. C’est un homme simple, qui malgré son autoritarisme, aurait pu se laisser attendrir. Ralph, figure de l’égoïsme pour la plupart, veille. Présent pour Indiana, il est à la fois son père, son frère, son ami, son médecin. Il est le ténébreux, le grave, le mystérieux. Quant à Indiana, vertueuse et candide, elle se fane, elle se meurt de ne pas avoir aimé.

Acte 2 – Paris et ses salons, ses bals, la vie est pétillante. C’est aussi un lieu de chasse. Indiana rencontre Raymond ; le chasseur va traquer la biche. Les armes sont des regards, des paroles, une onctuosité dans les gestes, un amour courtois. La vie est à portée d’un baiser. Retraite de la proie, persévérance et hypocrisie du traqueur, le jeu se mène.

Acte3 – Il existe plusieurs amours. Avec sincérité, on peut aimer avec ses sens, son âme, et les deux. Chacun se dévoile, même le portrait de Ralph, recouvert d’une fine baptiste, dans la chambre d’Indiana, raconte au lecteur l’hypothèse d’un sentiment refoulé. Les cœurs sont bridés, corsetés et amidonnés, enclos de préjugés et de carcans de l’époque.
Indiana se réveille.

Acte 4 et final – …  Je vais me taire et vous laisser les découvrir.

Chers amis lecteurs, vous avez dans ce livre un concentré de romantisme. Des amours perdus, des larmes de désespérance, des fuites tragiques, des âmes non comprises. On n’aime pas simplement ce roman, on le vit, on compatit, on s’en amourache.
Si j’ai mis « De Virginie à Indiana » en titre, c’est que Ralph aimait lire le livre « Paul et Virginie » à Indiana.

George Sand a écrit ce premier livre, alors qu’elle venait de s’affranchir d’un mari et d’un amant. Femme libre, elle devient celle que l’on connaît.

Préface de George Sand lors de la première parution du roman en 1842 :

« Ceux qui m’ont lu sans prévention comprennent que j’ai écrit Indiana avec le sentiment non raisonné, il est vrai, mais profond et légitime, de l’injustice et de la barbarie des lois qui régissent encore l’existence de la femme dans le mariage, dans la famille et la société… La guerre sera longue et rude ; mais je ne suis pas le premier, ni le seul, ni le dernier champion d’une si belle cause, et je la défendrai tant qu’il me restera un souffle de vie. »

Beau plaidoyer.

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