Dark Eden

logohalloween14logo thriller 13Dans le vaisseau fantôme d’Halloween
avec Hilde et Lou
Thriller chez Liliba

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dark edenDark Eden
Patrick Carman

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Will, quinze ans, suit une thérapie avec le docteur Stevens depuis plus de deux ans. Ses problèmes émotionnels qui le contraignent à rester reclus chez lui ne peuvent être soignés que dans un cadre très particulier. Sa phobie étant considérée maintenant comme un cas incurable, on propose à ses parents de l’envoyer dans un centre spécialisé, Fort Eden, pour une courte durée. Sept jours.

Il raconte… Ils sont sept adolescents, quatre garçons, trois filles, à pouvoir bénéficier de ce traitement ; sept à franchir le portail de la propriété. Le docteur Stevens a bien précisé que c’était une chance pour eux de pouvoir bénéficier des soins de Rainsford, un professeur expérimenté, et qu’à l’issue de cette semaine de thérapie, ils seraient tous guéris. Des sept, il est le seul à connaître les pathologies des uns et des autres car à chaque entretien avec le docteur Stevens, Will piratait sur l’ordinateur les dossiers confidentiels ainsi que les bandes sons de leurs entretiens… Connor, Alex, Ben, Avery, Kate et Marisa.
A l’écart, niché dans une forêt dense, le centre ressemble plus à une prison qu’à une institution médicale. La bâtisse, immense forteresse, fait face à un bunker. Aucun contact avec l’extérieur, ils sont accueillis par une vieille femme revêche, Madame Goring, l’intendante du domaine.
Alors que ses six compagnons se dirigent vers l’établissement, Will ralentit le pas et se fait distancer. Observateur méfiant, il préfère rester sur ses gardes et se cacher le temps d’un premier repérage. Planqué derrière la barrière d’arbres, il voit ses camarades disparaître dans Fort Eden. Il est sûr que quelque chose d’anormal se trame.

Dans le sous-sol du bunker, Will aménage sa planque et découvre une pièce de contrôle avec des écrans de surveillance. Une fois allumés, ils projettent avec indiscrétion les chambres de ses amis. A l’affut, Will ne veut rien laisser échapper. Les traitements se donnent dans une pièce étrange ; un fauteuil, un casque, des fils, les pensées sont vampirisées et s’étalent sur un écran comme pour un film… leurs pires cauchemars. Traiter le mal par le mal.

Qui est Rainsford ? pourquoi le traitement laisse des séquelles ? sortiront-ils vivants de  Dark Eden ?

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Une semaine après la lecture, je garde de ce livre un sentiment confus et je tiens à préciser que confusion n’est pas synonyme de déception. Le roman génère son angoisse petit à petit… les dernières pages n’apaisent aucunement cette anxiété, elles l’amplifient car le dénouement est amer.
Will, le narrateur, observe l’histoire à distance, ne s’impliquant que très rarement dans l’ambiance. Cela donne une mesure pesante, un peu doucereuse, racontée par un adolescent névrosé qui se parle beaucoup à lui même et qui se réconforte en pensant à son jeune frère. Une lenteur, des longueurs, on ne sait où tout va mener. Le suspens s’étoffe avec la venue du professeur Rainsford, un vieux monsieur charmant et bienveillant. Tout paraît trop tranquille, les guérisons sont rapides, les enfants peu curieux, le huis clos oppresse, leur solitude est étonnante. Madame Goring ne fait rien pour soulager la tension, elle ressemble trop à un pitbull. Une histoire d’amour se greffe, on n’y croit pas trop… Il faut donc arriver à la fin pour comprendre le cheminement et en percevoir toute l’horreur et le fantastique. Les enfants devront s’acquitter de leur guérison et le tribut est considérable.
Ce thriller de la littérature jeunesse est à conseiller, mais pas à tout le monde !
Particularité du roman, les sept phobies ont leurs chapitres et leurs illustrations à l’encre noire, de beaux dessins qui lestent un peu plus le livre.

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Le théorème du homard

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« Animaux du monde » de Sharon

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le théorème du homardLe théorème du homard
Ou comment trouver la femme idéale
Graeme Simsion

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Lorsque Don Tillman liste ses qualités pour se trouver une épouse, il le fait consciencieusement et avec une réelle honnêteté. Il a trente-neuf ans, un bon métier (professeur de génétique), « un corps sain, agréable », il est très intelligent, aisé… Il a tout pour plaire. Tout ? Ça serait le cas, s’il n’était pas aussi obsessionnel, souvent asocial et s’il ne commettait pas autant de maladresses dans ses rapports avec la gent féminine.
Coaché par son meilleur ami, Gene, professeur de psychologie, Don essaie de faire des efforts et d’accepter les rendez-vous qu’on lui organise. Ainsi s’ensuivent les soirées pour célibataires genre speed-dating, les rencontres sur internet et les soirées professionnelles, excellent vivier, où il espère rencontrer une jeune femme « pragmatique » pour parler avec elle algorithmes, ADN et autres facéties discursives.
Le regard de Don est un laser, son esprit est un ordinateur, sa vie est un programme. Il sonde, analyse et notifie sur des fiches ses observations, mensurations et quotient intellectuel, car sa future femme devra remplir certaines conditions spécifiées dans un questionnaire « Projet épouse » :

« Elle ne doit pas :
1. Fumer et boire.
2. Être végétarienne et aimer la glace à l’abricot.
3. Se lever après 6 heures.
Mais elle doit :
1. Faire du sport.
2. Être ponctuelle.
3. Accepter le Système de Repas Normalisé qui prévoit du homard au dîner le mardi.
« 

Toujours par l’intermédiaire de Gene, il fait la connaissance de Rosie Jarman, une barmaid qu’il trouve immédiatement « inadéquate ». La jeune fille en marge de son univers de généticien, un peu paumée, excentrique, partagée entre ses études en psychologie et son travail, sollicite son aide pour une affaire délicate. Elle souhaiterait retrouver son père biologique. Don, en plein apprentissage de sociabilité et sensible, bien malgré lui, au problème, accepte et établit un second dossier qui côtoiera celui de l’épouse… le « Dossier Rosie ».

« – Gene m’a envoyé la femme la plus incompatible du monde. Une barmaid. En retard, végétarienne, désorganisée, irrationnelle, une hygiène de vie déplorable, fumeuse – fumeuse ! -, des problèmes psychologiques, ne sait pas faire la cuisine, incompétente en mathématiques, couleur de cheveux artificielle. Je suppose que c’est une blague. »

L’affaire n’est pas facile, car recueillir l’ADN des éventuels géniteurs sans leur assistance, requiert d’élaborer de nombreuses stratégies. Et c’est ainsi que le couple le plus invraisemblable va partir à la rencontre de soixante trois ex-étudiants en médecine qui ont fréquenté la mère de Rosie, vingt ans auparavant.
Les situations extravagantes s’enchaînent mettant à l’épreuve le professeur et ses nombreux handicaps émotionnels, Rosie et sa quête d’affection.

Leur aventure, de conjonctures cocasses, incroyables, risquées, trouvera-t-elle une finalité heureuse et évoluera-t-elle vers le plus doux des sentiments ?

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J’ai quitté ce livre il y a quelques semaines et j’en garde un très bon souvenir. Comme il a été plaisant de lire ce roman ! Il provoque des émotions joyeuses…

Don est un spécialiste du syndrome d’Asperger et il est lui même atteint par cette forme d’autisme.  Il ne me semble pas que l’auteur l’écrive, mais on le devine très vite. Son inexpérience, sa balourdise, son inélégance, son intelligence, ses difficultés à lier des relations amicales, sont autant de facteurs caractéristiques de cette affection. Il est tout cela, et plus encore… Lorsqu’il se décrit, relate sa vie et son manque d’affect, ses indélicatesses chroniques, on dodeline de la tête en murmurant… mais quel fou ! quel aveugle ! quel abruti !!! on le baptise de gentils quolibets et on garde un sourire attendri. Don, malgré tout, nous charme de façon inconditionnelle… Imaginez un ringard étriqué dans le corps de Hugh Jackman ou un homme ressemblant à Clark Kent. L’apparence peut parfois être trompeuse car Don, quand il veut bien s’en donner la peine, a des habiletés talentueuses…
L’auteur nous offre un héros surprenant et fort séduisant, narrateur de l’histoire, mais il nous livre aussi un beau portrait de femme, celui de Rosie.
Rosie est une jeune fille perturbée par la mort de sa mère et le rejet de son beau-père qui l’a élevée. Elle veut s’affranchir d’une vie conformiste, nantie, et découvrir son géniteur. Sa recherche est avant tout une introspection et un cruel besoin de reconnaissance, d’appartenance et d’amour. Elle aussi, sous ses allures de chat sauvage, cache son jeu. Elle est généreuse, douce, intelligente, intuitive et très féminine.
Tous deux forment un duo fascinant et avant de comprendre certaines évidences… ils nous enchantent de leurs frasques. C’est comique et désopilant, plein de sensibilité et de délicatesse, d’entrain et de fantaisie. (Voulez-vous d’autres adjectifs ?)

Si vous désirez une lecture douce, généreuse, originale et heureuse, ce livre vous conviendra… L’auteur a une écriture fluide, imagée, avec des impacts, des accroches, des pirouettes, des temps d’action et d’émotion cadencés comme un tango. Il faut préciser que Graeme Simsion est scénariste pour la télévision et que ce roman va sans doute être adapté pour le cinéma… ça serait bien ! L’histoire n’est pas statique, on vadrouille, on prend l’avion, on rencontre des tas de personnages, on fréquente des lieux improbables comme un bar gays, et surtout on va de l’avant, on progresse avec un bel optimisme.

Vous l’aurez donc compris, c’est un coup de cœur et je vous recommande ce titre…
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D’autres billets chez Titine, Caroline, Karine, Nina, Cajou, Leiloona, Cécile, Louise, Cryssilda, Caro, Fanny, Stéphie, Bianca,

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