Le secret du quai 13


Halloween à Poudlard avec Hilde et  Lou
Les lundis sont romans jeunesse
Billet n°23
Une lecture commune avec Nahe

 

Le secret du quai 13
Eva Ibbotson

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J.K. Rowling raconte que pour quitter le monde des Moldus et pénétrer dans le monde fantastique des Hautes-Terres en Écosse, il faut prendre le chemin de traverse de la plateforme 9 3/4 de la gare de King’s Cross. Dans son roman « Le secret du quai 13 », Eva Ibbotson reprend le même lieu pour nous transporter sur l’Île d’Avalon. Tous les neuf ans, durant neuf jours, sous l’un des quais de la gare, avec l’aide d’un faiseur de brume, le Chunnel s’ouvre pour le voyage.
Le faiseur de brume est un animal qui ressemble à une petite hermine.

L’Île d’Avalon, ou Terre de Saint-Martin, ou Pays des Brumes, est habitée par toutes les créatures imaginaires ; ogres, dragons, sorciers, fées, fantômes, sirènes, trolls… Et comme dans tous les mondes des contes, elle a sa famille royale, un roi, une reine et un petit prince.
L’histoire débute en 1983. Les nounous qui sont au service du petit prince, sont trois sœurs adorables et dévouées qui viennent du monde des humains. Très attachées au bébé, elles feraient tout pour lui ! Mais lorsque Violette, Lilas et Rose, voient arriver le grand jour de l’ouverture du Chunnel, elles ne songent qu’à faire un saut dans leur ancienne vie et ainsi mettre un baume sur leur nostalgie qui commence à poindre. C’est avec la permission de la reine, qu’elles embarquent sur le bateau en compagnie du petit prince alors âgé de 3 mois, pour une journée dans le Monde du Haut, la dernière de la période des neuf jours…
Le bébé est très sage, la journée passe vite, les trois sœurs sont ravies de leur excursion, et le retour se fait sous de bons hospices. Mais, alors que le passage se referme pour neuf ans, les sœurs découvrent que le couffin royal est vide. Le petit prince a été kidnappé…Tragédie suprême !
C’est par les fantômes qui sont les seuls à pouvoir franchir le Chunnel en dehors de la période, qu’ils apprennent que le petit prince a été pris par Mme Trottell, la femme du banquier et qu’il s’appelle désormais, Raymond.

Neuf ans plus tard : La petite sorcière Odge Gribbell veut faire partie de l’équipe de sauvetage. Peu expérimentée, mais très décidée, elle va tout faire pour participer au retour du prince Raymond.
Cornélius le sorcier, Cornichette la fée, Hans le géant et Odge vont faire une drôle de découverte… Raymond est un odieux gamin qui ne pense qu’à manger et à rabaisser le jeune Ben qui a été placé au service de sa famille pour faire les plus basses besognes…

Comment décider Raymond à les suivre ? « – Ça simple, dit Hans. Je tape lui sur tête, je jette lui dans sac, et on retourne dans le Chunnel. »… Mais ça ne sera pas aussi facile ! Il faudra demander de l’aide à toutes les créatures surnaturelles qui peuplent le Monde du Haut.

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Ce mois-ci dans le roman-fantastique-jeunesse, je découvre Eva Ibbotson et j’en suis ravie. Sa plume lie toujours humour et tendresse. Dans cette histoire, les mésaventures de nos sauveteurs vont faire sourire les jeunes lecteurs, car les rebondissements sont nombreux et désopilants. Si nous devinons la trame de l’aventure dès le début, ce n’est pas bien grave… la lecture se poursuit avec plaisir. Elle est aussi douce que le faiseur de brume.
Je vous recommande ce livre, ainsi que cette auteure.

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Illustration de Gianni de Conno

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L’étang aux libellules

logo mois anglais 3logo Challenge-anglaisLogo-Sharon« God save the livre » d’Antoni
« Animaux du monde » de Sharon

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Le mois anglais avec Titine, Lou, Cryssilda – 9ème billet

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L'étang aux libellulesL’étang aux libellules
Eva Ibbotson

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Londres, 1939,

Tally Hamilton est une petite fille « de presque 12 ans » qui habite avec ses deux tantes et son père médecin, dans une maison modeste d’un quartier populaire de Londres. Toujours gaie comme un pinson, curieuse de tout, intelligente, attentionnée pour sa famille et les gens qui les côtoient, elle est pour eux un rayon de soleil.
En 1939, les informations parlent de la guerre et des risques de bombardements sur Londres. Malgré le chagrin que cela occasionnera, le Dr Hamilton décide d’envoyer Tally à la campagne et de saisir une opportunité qu’on lui propose. Elle pourrait bénéficier d’une bourse d’étude pour un pensionnat dans le sud du Devon, à Delderton. Déterminé à lui offrir cette éducation bien supérieure à celle qu’elle reçoit, et surtout, à la mettre à l’abri, il fait fi des larmes de Tally et demande le soutien des deux vieilles filles dans les préparatifs de ce départ. Bien vite, la peine est surmontée par l’excitation de cette nouvelle aventure !

Dès les premiers instants du voyage sur le quai de la gare, Tally est surprise par l’ambiance si peu conformiste qui différencie son groupe des autres. La fantaisie des élèves n’a rien en commun avec ceux qui partent pour d’autres écoles. Il y a celle qui ne veut pas mettre ses chaussures préférant aller pieds nus, celui qui veut faire disparaître sa cravate dans le trou des W.C., un autre qui se balade avec une salamandre dans un bocal, et une enseignante complètement farfelue et dépassée qui court dans tous les sens… Dans le train, elle fait la connaissance de Julia qui la renseigne sur Delderton, une école atypique défiant les normes de l’enseignement. Déjà, Tally trouve ses nouveaux compagnons, bien que bizarres, dignes de sa sympathie et de sa loyauté…

Une vallée pleine de fleurs, une rivière, un superbe château un peu défraîchi sis dans un parc, un cèdre vieux de trois siècles, gardien des lieux, un directeur et des professeurs soucieux du bonheur de leurs élèves, une éducation progressiste, sans châtiment, libre ; on apprend sans contrainte…
A son arrivée,Tally admire le cadre d’exception et bien vite, adhère sans retenue à la pédagogie de Delderton, où la pratique et la théorie fusionnent. Elle s’immerge et prend part à la vie des uns et des autres, en étant la première à réconforter et à recevoir les confidences. Magda, la prof de philo, pleure la nuit lorsqu’elle pense à son pays, l’Autriche. Armelle, la prof de théâtre, a perdu son fils en Espagne. Le mystérieux prof de biologie, Matteo, a un regard mélancolique quand il joue de la saquebute. Kit veut aller dans une école « normale ». Julia est obnubilée par Gloria Grantly, une célèbre actrice. Augusta zozote et souffre d’allergies… Tout un monde singulier et fragile qu’elle materne avec dévouement.

Un jour, lors d’une séance cinéma, Tally voit un reportage sur la Berganie, un  petit pays d’Europe qui fait parler de lui.  Leur roi s’oppose à Hitler en lui refusant une alliance ainsi que le passage de son armée sur ses terres. Figure de héros dans une actualité inquiétante, Tally éprouve une grande admiration pour ce monarque courageux et se plaît à penser à lui souvent, en se remémorant les images d’une silhouette en habit d’apparat, digne et imposante.
Comme parfois le destin fait bien les choses… le directeur de Delderton reçoit peu de temps après, un courrier du ministère de la Culture au sujet d’un festival de danses folkloriques organisé par la Berganie : « Les autorités berganiennes ont très à cœur de renforcer leurs liens avec les démocraties européennes et de favoriser l’amitié entre les enfants des différentes nations, qui est l’un des moyens les plus efficaces d’assurer la paix dans le monde… ». C’est une chance incroyable pour Tally et ses amis… surtout que leur groupe sera encadré par Matteo.

En ces temps noirs de 1939, la joyeuse équipée ne se doute pas encore que leur voyage s’avérera bien dangereux. Les sbires d’Hitler préparent un coup d’état dont le dénouement sera radical.
Derrière les fenêtres du palais, le jeune prince Karil, prisonnier d’un protocole rigide, rêve de l’étang aux libellules et de liberté. Des camps se dressent pour la prochaine fête, plein de jeunesse et de vie. Il a déjà remarqué cette fille si remuante, si expressive, qui semble détenir tout ce qu’il veut. Mais cousine Frederica, comtesse d’Aveling, branche maternelle et anglaise de son arbre généalogique, est pire qu’un cerbère. Le devoir doit primer… mais pour combien de temps encore ?

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Eva Ibbotson est un auteur britannique, née à Vienne en 1925, qui a écrit de nombreux romans pour la jeunesse mais aussi pour adultes. J’ai lu il y a très longtemps « Une comtesse à l’office » et « Les matins d’émeraude ». J’inscris ce dernier dans mes livres préférés et doudous. Avec « L’étang aux libellules », je la découvre dans le registre « jeunesse » et, ayant aimé cette lecture, je continuerai à la lire avec d’autres titres.
Dans les notes qu’elle laisse à la fin du livre, elle raconte qu’elle a été une petite fille timide, bien éduquée par des religieuses en Autriche. Lorsque ses parents d’origine juive ont fui l’Autriche et les nazis, elle s’est retrouvé dans un univers inconnu et peu rassurant. On comprend alors que certaines de ses histoires racontent une grande part de sa vie. Comme Tally, elle s’est retrouvée un jour dans une école extraordinaire… La première partie du livre parle de ce qu’elle a vécu… « De formidables cours de biologie qui commençaient parfois à quatre heures du matin, une cuisinière qui avait posé pour des peintres, une cabane aux animaux remplie de créatures bizarres… Comme Tally, je trouvais difficile d’être « libre » et « progressiste ». Pourtant, je me suis vite attachée à cette endroit, qui a remplacé le foyer que j’avais perdu en quittant Vienne. »
Dans la deuxième partie, le roman prend une tournure plus épique. L’aventure est palpitante car il est question de trahison, d’assassinat et de fuite. Hitler n’est plus une lointaine menace et Tally prend conscience de certaines réalités. Elle n’hésite pas alors à prendre des risques et à combattre tout abus et toute cruauté.

Ce roman plaira aux jeunes car il apporte du rêve, de l’aventure, des intrigues, parle d’amitié, de vaillance, d’intégrité, de solidarité, de belles valeurs, raconte un pan de l’Histoire, et fait voir de beaux paysages.
Une lecture que je vous recommande…
« L’étang aux libellules était hors du temps, à l’abri de la guerre, protégé, intime, magnifique… »

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Eva Ibbotson - Dutton-Penguin Young Readers GroupEva Ibbotson

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