Le maître des estampes

logo illustrations« Animaux du monde » de Sharon
« Je lis des albums » d’Hérisson


Une semaine d’illustrations, du 26 janvier au 01 février

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Le maître des estampesLe maître des estampes
Dedieu

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« Un riche mandarin de la prospère province du Siam » admire chez un ami une estampe. Saisi par la beauté du dessin, il propose de la lui acheter ! La réponse est négative, mais il s’en retourne chez lui avec le nom et l’adresse de l’artiste.
Ne perdant pas de temps, le mandarin se rend chez le maître des estampes pour lui commander un dessin. La tractation se fait moyennent un délai de six mois et la somme de cinq mille yens, la moitié payable d’avance.
Pour l’artiste et celui qui a passé commande, la notion de temps n’est pas la même. L’un s’impatiente, l’autre puise son art dans la contemplation et la méditation.
Le jour venu, après tous ces mois, le maître amène un rouleau de papier vierge qu’il déroule devant le regard surpris du mandarin très agacé. En quelques coups de pinceau, l’œuvre prend vie et subjugue. C’est un petit écureuil qui descend d’une branche de bambou… magnifique !

Le conte aurait pu s’arrêter à la satisfaction des deux parties, mais l’histoire prend une autre tournure lorsque le mandarin refuse de s’acquitter du restant de la somme demandée ; le maître n’ayant mis que quelques minutes pour tracer l’estampe. Que pensez-vous que le maître fit ?

La fable a sa morale, belle, sensible, spirituelle et d’une honnêteté très digne. La vraie valeur de l’art ne se trouve pas que dans le dessin, elle est aussi dans l’étude et l’inspiration. Pour reproduire la vie, la beauté, il faut d’abord l’approcher, l’analyser et l’apprendre. Pour le maître d’estampes, l’imagination ne suffit pas pour rendre la perfection.
(Cette philosophie peut-être discutée… mais ça serait s’éloigner du message.) 
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Si je devais décrire en deux mots ce conte illustré, je dirais élégante sobriété. L’auteur a su traduire son histoire avec des dessins rappelant la pureté des estampes et en ne colorisant que les tissus des kimonos. Il se rapproche des maîtres qui ont avant lui tracé à l’encre des histoires dessinées. Douceurs, harmonie, grâce, réflexions, intériorisations…
Les personnages sont des animaux. Le mandarin est un cochon bien gras, cupide et fat. Le maître est un renard, dont la posture est droite, altière.
Dans la dernière partie du livre, Dedieu nous offre des esquisses de son cahier d’études. Crayon, encre, un écureuil est saisi sur le naturel. Il montre la dynamique de ses observations, le détaille, l’apprivoise, et finit par rendre au pinceau la moelle essentielle de sa morphologie et de sa quintessence.

Je vous recommande ce beau conte illustré…

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Le petit Tōkaidō

logo L'art dans tous ses états
L’art dans tous ses états de Shelbylee

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Le petit Tōkaidō
Hiroshige
Présentation par Nelly Delay
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C’est en sortant de l’expo Okusai que je me suis offert ce superbe recueil d’estampes présenté dans un coffret. Les illustrations, chacune sur deux pages, se déploient en accordéon et racontent le voyage en cinquante-six stations, de la route du Tōkaidō ; de Tokyo à Kyoto. C’est une des voies les plus importantes qui était fréquentée en toutes saisons. 

« LeTōkaidō fut pour Hiroshige ce que le Fuji était pour Hokusai : une passion. »

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Hiroshige
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Hiroshige admire la nature et la dessine sur tous ses aspects. De caste élevée (son père était un officier de la brigade des pompiers), il a pu choisir à vingt-sept ans de se réaliser dans sa passion, le dessin. Toutefois, héritier de la charge de son père, il n’a pas pu abandonner ses responsabilités qui le menèrent à voyager...

« La nature était aussi vivante que les êtres humains. »

A l’âge de trente-six ans, il décide de reprendre les routes qu’il a prises lors de ses périples officiels. Les estampes s’accumulent et parlent essentiellement du Tōkaidō.
Le livre, « œuvre considérable », prendra forme sous le titre « Le grand Tōkaidō », paru entre 1833-1834. Le petit Tōkaidō, avec une sélection de dessins, a été édité en 1840 par Sanoki ; chaque station étant accompagnée d’un poème.

Peintre paysagiste, il célèbre la nature et l’anime par des voyageurs qui la sillonnent.
On voit sur la première station le mont Fuji au loin et au premier plan, le pont Nihonbashi qui enjambe la rivière Sumida. C’est un matin, rose de son aube, déjà en activité.

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tokaido3Nihonbashi – 1ère station

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Sur les autres peintures, toutes les vues sont égayées par une effervescence qui témoigne des passages incessants. Commerçants, cortèges, porteurs, itinérants…, sur terre et sur eau, les processions semblent s’accommoder de la pluie, du vent, de la neige et de la nuit.
Les couleurs sont lumineuses, variées, des dégradés bigarrent les tons, les bleus sont superbes, mais aussi les verts et les ocres. Les traits sont bien dessinés, précis, les compositions sont magnifiques !

 .tokaido2Mishima – 12ème station

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Je vous incite à noter ce livre
des Editions Hazan. Son originalité pourrait faire un beau cadeau. La couverture est toilée d’un tissu moiré, riche, sobre, ses dimensions sont 120 x 176 mm, les reproductions sont de belles factures, et un petit livret écrit par Nelly Delay, historienne d’art et spécialiste d’art japonais ancien, nous permet de comprendre et de situer les planches.
N’hésitez pas !

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Ishiyakushi – 45ème station

 

 

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