Les Hêtres Rouges

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Mois anglais avec Cryssilda et Lou

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Les Hêtres Rouges

Arthur Conan Doyle

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Les avis de Sherlock Holmes s’accordent avec les nôtres lorsqu’il dit que certaines de ses enquêtes sont moins captivantes que d’autres et que c’est la plume de Watson qui les pare de sensationnel et de romance. Cette petite réflexion a de quoi égratigner la susceptibilité du narrateur qui ne se prive pas de terminer sa nouvelle en disant que son ami Holmes l’a déçu dans le dénouement de son enquête. Ce ne sont pas les brillantes déductions du détective qui sont mises en cause, mais plus sa compassion et sa bienveillance…

La dernière nouvelle du recueil « Les aventures de Sherlock Holmes » raconte l’histoire d’une jeune gouvernante, Violet Hunter, à qui on propose un poste très bien rémunéré si elle se faisait couper les cheveux. L’offre est irrésistible mais elle n’en est pas moins très étrange. Décidée à l’accepter, malgré les réticences du détective, elle promet de donner de ses nouvelles.
Quinze jours après, un télégramme de la demoiselle parvient à Holmes, dans lequel elle demande son aide…
« Veuillez être à Hôtel Cygne-Noir à Winchester demain à midi. Je suis à bout. »

Une campagne dans le Hampshire, une maison « Les Hêtres Rouges », un jeune garçon de six ans et ses parents, les Rucastle, des gens très intrigants, l’histoire s’enveloppe d’une aura mystérieuse digne des romans gothiques lorsque la jeune gouvernante qui doit s’occuper du fils est invitée à jouer un rôle pour distraire sa patronne. Pas de crime, pas de violence physique, le forfait a une autre densité immorale.
Cette douzième affaire devait être la dernière de Sherlock Holmes, mais encouragé par ses groupies, Conan Doyle poursuivra les aventures avec les mémoires. « Flamme d’argent » étant le prochain tome à lire…
A suivre !

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Sherlock lecteur

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Un aristocrate célibataire

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Mois anglais avec Cryssilda et Lou

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Un aristocrate célibataire
Arthur Conan Doyle

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Je continue dans leur chronologie les nouvelles des aventures de Sherlock Holmes. Elles ne sont pas toutes égales mais elles méritent de figurer au palmarès du détective, comme le précise invariablement John Watson. Interlude à d’autres histoires plus passionnantes, celle-ci raconte l’affront subit par un pair du royaume le matin de ses noces. Les scandales sont des petits fours que la bonne société adore déguster. Si l’affaire fut étalée dans les journaux et commentée dans les meilleurs salons, elle a vite disparu au profit d’autres cancans. Mais le mystère demeure et c’est à Holmes de découvrir le fin mot de l’histoire.

Lord Saint-Simon, fils cadet du duc de Balmoral, demande à Holmes de découvrir ce qui est arrivé à sa femme, Mlle Hatty Doran, une riche héritière Américaine. Disparue juste après le mariage qui fut célébré en petit comité à Saint-George, on craint qu’elle ait été kidnappée et peut-être même tuée. Si l’inspecteur Lestrade est bien décidé à suivre les soupçons de Lord Saint-Simon qui accuse son ancienne maîtresse, Holmes s’attache à un indice, retrouvé dans les vêtements de la jeune épousée ; un petit mot et des initiales.

Lord Saint-Simon relate à Holmes et Watson la cérémonie de son mariage. La mariée était radieuse jusqu’au moment où elle a eu un vertige et fait tomber son bouquet. Elle semblait perturbée d’avoir pu l’abîmer, mais un gentleman le lui a rendu et les fleurs n’étaient  pas meurtries. Donc ce n’est pas ça qui aurait pu la chagriner… Cependant ?

Holmes commence à comprendre et le mystère revêt alors une tournure moins dramatique.

La nouvelle est brève, mais l’histoire nous fait partir loin vers la conquête de l’ouest, la ruée vers l’or, les indiens… Loin des meurtres habituels et des machinations criminelles, Watson rapporte une belle histoire d’amour.

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Agnès Grey

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Mois anglais avec Cryssilda et Lou

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Agnès GreyAgnès Grey
Anne Brontë

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Pour mieux apprécier ce roman, il faut d’abord se pencher sur la vie de l’auteur. Dans cette histoire, elle est Anne-Agnès qui confie au lecteur des morceaux de son journal mis en scène. Si elle agrémente ses écrits d’une romance fantasmée, bien des passages de ce livre racontent son vécu.
Anne est la cadette de la famille Brontë. A l’âge de dix-neuf ans, elle travaille déjà comme gouvernante ; dans son premier poste, elle n’y restera pas plus de deux trimestres et dans son second, elle y restera quatre ans. Orpheline de mère à un an, elle a vu partir au cours de sa jeune existence, ses sœurs et son frère, morts de la tuberculose. Elle mourra également de cette maladie en 1849, à vingt-neuf ans. Ces décès doivent être précisés car ils ont façonné son esprit. Deuxième point important à souligner, à Haworth, lorsque son père le vicaire Brontë s’est retrouvé seul, il a fait venir sa belle-sœur Elizabeth Branwell pour s’occuper des enfants. Femme aimante, attentionnée, elle avait aussi toute la rigueur et la morale d’une méthodiste. Sévère, elle voulait donner une éducation basée sur « l’effort et l’étude ». De la fratrie, on dit qu’Anne a été la plus sensible à cette pédagogie et on le perçoit bien dans « Agnès Grey » où elle y parle principalement de religion, valeurs et abnégation. Ça peut sembler ennuyeux, mais c’était sa vie, à replacer dans le contexte, époque-lieux-société.
Jeune fille humble et réservée, voire même austère, elle a dû dans le secret de sa solitude, rêver… beaucoup rêver.

Même si Agnès est heureuse avec ses parents et sa sœur Mary, son aînée, elle désire quitter sa maison et devenir indépendante. Pour les femmes de son rang, il n’y a alors que trois emplois qui sont admis par la bonne société, dame de compagnie, institutrice et gouvernante, et c’est sur ce dernier que son choix s’est porté. Gouvernante…
D’abord chez de riches commerçants, les Bloomfield, où elle n’y passe pas une année. La famille entière est pleine de suffisance et de mépris à son égard ; les enfants se montrant la plupart du temps désobéissants, cruels et capricieux. Agnès constate que cette vulgarité et ce pédantisme sont tout simplement un manque d’éducation. De plus, ce n’est pas auprès des domestiques qu’elle peut rechercher du réconfort car elle décèle une discrimination même chez eux. Elle n’appartient ni à l’aristocratie, ni à la bourgeoisie, ni aux classes dites inférieures.
Elle trouve une autre place chez les Murray où elle doit s’occuper de trois jeunes filles. Elle y restera plus longtemps. Autre milieu, autre ambiance, elle apprend à composer, à être transparente, avec ces frivoles superficielles et peu cultivées. C’est dans ces pages qu’Anne exprime la piété et sa spiritualité. Agnès fréquente l’église le dimanche et a de quoi dire sur le recteur Hatfield, un homme infatué et peu sympathique. Jusqu’au jour où un vicaire arrive pour le seconder, Edward Weston…

Dans la première partie du livre, Agnès fait le dur apprentissage de l’enseignement. Elle apprend beaucoup au contact de cette famille de boutiquiers et ce qui aurait pu la blesser ou la décourager, ne fait qu’entériner son émancipation. La deuxième partie raconte son arrivée à Horton-Lodge. C’est plus léger car il y a l’entrée dans le monde de l’aînée des Murray et un bal. Il s’en dégage également de la tristesse, Agnès ne connaîtra jamais cette aisance et cette insouciance. On discerne dans ce faste, une parade factice et très raisonnée. S’en suit des passages sur l’église, la campagne environnante, les balades, le voisinage et les relations amicales, puis l’arrivée du jeune vicaire. Agnès est une personne effacée, peu sûre d’elle. Quand elle rencontre Edward Weston, elle ressent une attirance qui se renforcera par la suite, mais elle ne fera aucun pas vers lui, acceptera tout juste un bouquet de primevères… On peut dire qu’Edward est le rayon de soleil de ce roman bien taciturne ! En troisième partie, proche de l’épilogue, le père d’Agnès décède et elle doit quitter les Murray pour retourner vivre avec sa mère. Elles commencent une autre vie sur la côte, face à l’océan, et ouvrent une école pour jeunes filles. C’est vivifiant et plein de promesses pour Agnès, surtout lorsqu’elle revoit Edward qui a obtenu une paroisse près d’elle…
Anne voyait-elle son futur ainsi ? C’est une confession douloureuse et amère car dans ses rêves, elle ne semble pas résignée.

« Agnès Grey » est fidèle à Anne, sans emphase, modeste, simple, jusque dans la fin où elle termine par « Et maintenant, je pense en avoir dit assez ». Cette petite phrase en dit long sur sa modération, sa retenue. Son livre n’a pas la passion du roman d’Emily, le mystère du roman de Charlotte, ou l’ironie mordante de Jane Austen, mais il est intéressant car il témoigne de la condition des gouvernantes en ce temps et de la société victorienne. Elle livre également une réflexion sur le rôle des parents dans l’éducation de leurs enfants.
A lire, pour lui rendre hommage…

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D’autres billets chez
Mind, MissPendergast, Nathalie, ClaudiaLucia, Lou,

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L’infortune de Kitty Grey

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Le mois Halloween avec Hilde et Lou
« A year in England » de Titine

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KittyPlat1.inddL’infortune de Kitty Grey
Mary Hooper

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1813, Le Devon… Londres,

Kitty Grey, une jeune fille courageuse et honnête, travaille à la laiterie du manoir de Bridgeford dans le Devon. La famille qui l’emploie l’estime, les demoiselles de la maison, Miss Alice et Miss Sophia se montrent toujours aimables et la gouvernante Mrs Bonny a pour elle de gentilles attentions.

Kitty est heureuse et elle se verrait bien vivre dans cette campagne avec Will, son amoureux secret… Depuis quelques années, ils se rencontrent en cachette une ou deux fois dans la semaine. Des instants brefs, des petites bulles hors du temps où ils se jurent un bel avenir et se disent de doux sentiments. Will, un pauvre orphelin, vit dans une cabane en bois qui n’a rien de confortable. A la mort de son père, il a hérité de sa barque et de son travail de batelier. Bon passeur et apprécié de tout le monde, il estime qu’il n’est pas encore prêt pour demander la permission de fréquenter Kitty. En charge de sa petite sœur Betsy qui habite chez leur aînée, il voudrait d’abord amasser des économies pour débuter sur de bonnes bases. Le mieux serait qu’il parte à Londres car là-bas les bateliers de la Tamise gagnent beaucoup plus. Cet avenir citadin, il voudrait le partager avec Kitty. A la capitale, il y a aussi des vaches, lui dit-il…

Mais un jour, tous les beaux rêves que Kitty échafaudait s’effondrent. Will a disparu sans laisser de message, laissant Betsy seule et sans famille pour la recueillir car leur sœur Kate ne peut plus la loger.
Partagée entre la colère et l’inquiétude, Kitty attend quelques mois pour réagir, quand l’opportunité d’aller à Londres à la recherche de Will, lui est offerte par Miss Lucie qui souhaite avoir le dernier livre de Jane Austen, « Orgueil et Préjugés », une parution en trois volumes qui va s’arracher ! Alors, avec une liste de bons conseils, une adresse respectable pour son hébergement, une bourse pour son séjour, son sac de voyage et accompagnée de Betsy, Kitty prend la diligence pour Londres.

A son arrivée, la belle aventure qu’elle envisageait se transforme vite en cauchemar. Malgré toutes les mises en garde sur les dangers de la ville dont elle a été instruite, Kitty se fait voler et se retrouve démunie, perdue dans une faune sauvage… Inconsciente, naïve, elle va vite déchanter. C’est Newgate et une déportation à la colonie de Botany Bay en Australie qui se profilent à l’horizon…

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Ayant lu et aimé « Waterloo Necropolis », j’ai fouillé les étagères de la bibliothèque municipale à la recherche de « La messagère de l’au-delà » de Mary Hooper, et je suis tombée sur « L’infortune de Kitty Grey ». Dans ce roman, rien de fantastique, à part peut-être la fin, un épilogue un peu trop invraisemblable, un peu trop féerique…

Avec Kitty, l’auteur retrace une époque victorienne bien sombre à la Dickens, et comme dans tous ses livres, les malheurs s’enchaînent et précipitent les héroïnes dans des histoires misérables. Courageuses et perspicaces, ces jeunes filles affrontent leurs déconvenues avec beaucoup de dignité et de résistance.

Le livre est scindé en deux parties, deux mondes différents ; Kitty vient d’une campagne où la vie semble plus paisible, plus heureuse malgré les déboires liés à la pauvreté et au servage, et part pour la ville, une vraie ratière où tout le monde se bouffe le nez. La structure de l’époque n’épargne pas les pauvres gens. Dans les notes de l’auteur, on apprend que la Metropolitan Police ne fut créée qu’en 1829.
Une histoire dramatique sur un fond historique… On lit, on vit… la prison de Newgate, les exécutions publiques et les spectacles qu’elles occasionnaient, les détenus incarcérés dans des conditions horribles, les jugements hâtifs et tronqués, la criminalité, les voleurs, les arnaqueurs… la déportation et les bateaux (le Lady Julian) de véritables mouroirs (Il fallait peupler Botany Bay et les femmes étaient demandées.)… les enrôlements forcés pour la Royal Navy… Le scénario est basé sur des faits réels.
Plume intelligente, une documentation riche sur le XIXe siècle, les romans de Mary Hooper sont toujours de bonnes factures. Cependant, je trouve que la construction des histoires se ressemblent un peu trop. J’aimerais un jour la lire dans une histoire moins mélodramatique, dans un genre nouveau mais toujours dans cette époque victorienne qu’elle semble bien connaître.
Un roman jeunesse à conseiller.

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Les enquêtes de Sherlock Holmes, Le diadème de béryls

Le mois anglais avec Titine, Lou, Cryssilda – 12ème billet
« XIXème siècle » de Fanny, « British mysteries » de Lou et Hilde, « Thrillers-Polars » de Liliba

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le-diademe-de-berylsLes enquêtes de Sherlock Holmes
Le diadème de Béryls
Sir Arthur Conan Doyle
Illustrations de Christel Espié

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Londres est dans son écrin hivernal. Les rues glacées et enneigées sont désertes. A la fenêtre de leur appartement, Watson observe un étrange individu qui semble perdu. Sa mise sobre et élégante est en décalage avec son comportement désordonné. Lorsque Watson fait part à Holmes de l’objet de son étude, ce dernier sait déjà que l’homme le recherche et qu’il sera son prochain client.

Son nom est Alexander Holder de la Compagnie Bancaire Holder et Stevenson, la deuxième plus grande banque de la City. Envoyé par Scotland Yard, il sollicite l’aide de Sherlock Holmes pour une affaire très délicate. Entre deux souffles, il essaie de relater les faits…
Un illustre personnage, qu’on taira le nom mais qu’on devine appartenir à la famille royale, lui a laissé en gage un diadème de béryls contre un prêt de 50.000 livres sterling. La transaction ne devant pas s’ébruiter et le prêt devant être soldé dans les jours à venir, le mystérieux inconnu confie au banquier sa caution. Bien embêté avec cet inestimable joyau, Holder décide de l’emmener chez lui pour plus de précaution…
Avant même qu’il n’ait raconté la suite de l’histoire, Sherlock Holmes a deviné qu’il y avait un gros problème avec le diadème… Holder ne voit qu’un suspect, qui se trouve déjà derrière les barreaux, c’est son fils Arthur, qui depuis quelques temps fait son désespoir avec ses mauvaises fréquentations. Trois béryls ont été dessertis et ont été dérobés. Où sont-ils passés ? Arthur se tait, fâché contre ce père qui l’a dénoncé.

A Streatham, le manoir de Holder, Sherlock Holmes et le docteur John Watson recherchent le moindre petit indice. Des empreintes de pas et des tâches de sang maculent la neige et dévoilent un pan de l’histoire. C’est à Londres que l’enquête doit se poursuivre, dans les quartiers les plus chauds du West End… Sherlock revêt le costume d’un vieux vagabond et part comme un chat solitaire sur les traces des voleurs.

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Mon amie Somaja m’a fait la surprise de m’offrir ce magnifique livre illustré. Amoureuse depuis longtemps de Sherlock Holmes, j’ai été ravie de découvrir cette parution (texte intégral) avec les dessins de Christel Espié. De plus, dès le premier coup d’œil sur la couverture, j’ai été plus que séduite par la ressemblance de Sherlock Holmes avec le personnage de la série télévisée, Jeremy Brett, fidèle incarnation de ce héros.
C’est le deuxième album qu’elle illustre car avant celui-ci, il y a eu « L’aventure du ruban moucheté ».

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Détail d’une illustration

Ce livre a de belles dimensions, on peut dire qu’il en impose. Le premier dessin affiche un hiver froid, ouaté par la neige, et l’atmosphère, bien qu’extérieure, paraît feutrée comme un salon. En deuxième illustration, nous avons un portrait de Sherlock, songeur et scrutateur. Sombre dans les tons de bruns et de noirs, seul son visage attire le regard ; je le trouve lumineux. Les chapitres se succèdent avec leurs illustrations, de véritables tableaux, des vues intérieures, extérieures, des gros plans, et des personnages acteurs de l’intrigue. Le travail est très soigné, les couleurs sont éclatantes et chaudes, les détails sont nombreux… jusqu’aux légères fêlures d’une tasse en porcelaine, jusqu’aux reflets… les portraits très vivants… ils posent ou ils sont saisis dans leur naturel… C’est beau !
Après autant d’éloges sur les dessins, vous pouvez penser que l’histoire est secondaire… Nenni ! De forme classique, sans un dénouement spectaculaire, elle a comme toutes les autres nouvelles de Conan Doyle, une magie particulière. Watson spectateur, compagnon fidèle, et Holmes le regard acéré, actif, toujours prêt à se fondre dans les bas-fonds pour établir justice et vérité. L’histoire raconte des tromperies, des déceptions et des réconciliations.

J’aime beaucoup, c’est un coup de cœur, et je vous invite à noter cet album ainsi que le nom de cette talentueuse illustratrice.

Un autre billet chez Louise,

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Waterloo Necropolis

logomoisanglais5Le mois anglais  avec Titine, Lou, Cryssilda – 8ème billet
« A tous prix » d’Asphodèle, « XIXème siècle » de Fanny, « British mysteries » de Lou et Hilde, « En tout genre » de Miss Léo et « God save the livre » d’Antoni

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waterloo necropolisWaterloo Necropolis
Mary Hooper

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« Londres, 1861, Grace, presque 16 ans, embarque à bord de l’express funéraire Necropolis, en direction du cimetière de Brockwood, pour y dire adieu à un être cher.
Elle fera là-bas une rencontre décisive en la personne de Mr. et Mrs Unwin, entrepreneurs de pompes funèbres, qui lui proposent de devenir pleureuse d’enterrement. D’abord réticente, la jeune fille finit par accepter leur offre, après qu’elle et sa sœur Lily se retrouvent à la rue. Toutes deux ignorent encore qu’elles vont devoir faire face aux manigances de cette famille peu scrupuleuse, prête à tout pour s’emparer d’un mystérieux héritage… »

J’ai cherché partout les notes que j’avais prises lors de ma lecture en octobre de l’année dernière… ça m’a permis de faire du rangement, mais je ne les ai pas retrouvées !
Pour ce roman jeunesse, je ne vous livrerai que le souvenir qu’il m’en reste, une trame encore distincte car j’avais beaucoup aimé ce livre…

Une belle écriture, simple, sobre, intelligente, très documentée, sans mièvrerie, avec juste de quoi émouvoir le lecteur…
L’auteur situe son histoire en 1861, dans le Londres victorien, le quartier miséreux de Sevan Dials, paroisse de Saint-Giles dans le West End (« On disait  que presque trois mille personnes s’y entassaient dans à peine plus d’une centaine de logements… »), et l’immense cimetière de Brockwood. Le Waterloo Necropolis est un train qui relie la ville à la nécropole. Le décor est dans les premières pages gothique, traversé de brumes, revêtu de crêpe noir, mystérieux et angoissant. Les vivants, riches et pauvres, accompagnent leurs morts vers une ultime destination.

Grace est une jeune fille courageuse, honnête et attachante qui doit s’occuper seule de sa sœur Lily, simple d’esprit. Toutes deux ont subi un traumatisme et ont dû fuir le pensionnat qui les hébergeait. La vie est très difficile et pour survivre, Grace doit effectuer plusieurs petits boulots, comme acheter du cresson et façonner des petits bouquets pour les vendre. On découvre alors le microcosme des échoppes, des marchés, et tous les négoces qui s’y attachent. Dans ce monde, les loques ont un prix, tout est monnayable, même l’âme. L’histoire raconte aussi la restructuration des quartiers pour les assainir et les pauvres gens qui se retrouvent à la rue, obligés d’abandonner leurs maigres possessions. C’est ce qui se passe pour Grace…

Lorsqu’on lui propose un rôle de pleureuse (par sa beauté, sa jeunesse, son innocence, Grace suscite de l’attendrissement), elle hésite beaucoup car cet univers lui semble grotesque et indécent. Comédiennes dans la peine, les pleureuses professionnelles devaient accompagner les familles et manifester leur tristesse, alors, que contradictoirement, la bonne société réprouvait tout étalage d’émotions. L’atmosphère vue de l’extérieur est complètement différente, feutrée et fantastique avec tout son décorum, et vue de l’intérieur, c’est une entreprise très lucrative qui exploite et escroque ; les bois vernis et précieux, les étoffes de satins, de velours, de crêpe, les sculptures en plâtre, les couronnes… les rites funéraires sont très anciens, mais en ce siècle, ils sont affaires de commerce.

En dehors du contexte historique de la toile de fond, l’auteur agrémente l’histoire d’une intrigue en mettant en scène un couple de mécréants qui arnaque les familles en deuil et qui menace Grace et Lily. Le scénario a de quoi captiver le jeune lecteur, le faire frémir… car les méchants sont très méchants ! Il est question d’une spoliation d’héritage et d’un mystère très personnel que Grace voudrait élucider. Dès le début et dans des circonstances particulières que je ne dévoilerai pas, elle fait la connaissance d’un jeune homme de bonne famille, James Solent, futur avocat, qui va lui apporter une aide précieuse. Une touche romantique à l’histoire n’est pas pour déplaire…

En fin de roman, l’auteur laisse quelques précisions qui relatent l’épidémie de choléra qui eut lieu en 1840 et qui fut à l’origine de la conception de cet immense cimetière à l’extérieur de la ville. Elle parle également du culte de la mort qui fut instauré par la reine Victoria après le décès de son mari le prince Albert (en 1861, Victoria perdit sa mère et son mari). Elle cite Charles Dickens et explique que ses histoires ont été une source d’inspiration.

Un roman jeunesse et un auteur que je vous conseille vivement. Ce titre a reçu le prix Escapages 2012-2013.

D’autres billets chez Titine, Lili, Bianca, Alice, Noveleen, Anne,

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London, La fenêtre fantôme et Le carnet volé – Tome I et II

Mercredi BD chez Mango
« Thrillers et polars » de Liliba
, « British mystéries » de Lou et Hilde et « XIXème siècle » de Fanny

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London
La fenêtre fantôme, Tome I et Le carnet volé, Tome II
Scénario de Rodolphe
Illustrations d’Isaac Wens

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Déshérité par sa famille, certainement pour sa peinture, Mort London est un jeune homme qui doit se débrouiller seul. A la suite d’une rencontre avec son ami Bram Stoker qui lui recommande une adresse, il a l’opportunité d’obtenir son indépendance en travaillant en tant qu’intendant dans un domaine au sud-ouest de Londres.
Lorsqu’il arrive dans la famille Delawny, il ne peut s’empêcher d’éprouver un malaise. La famille vit dans une belle opulence mais l’atmosphère est glaciale. C’est Miss Gray, la gouvernante du jeune Cyril, qui lui fait visiter la demeure et qui le met en garde sur les Delawny. De plus, une chose étrange serait à élucider. La façade de la maison a une fenêtre dont on ne connaît pas la pièce…
Pour les beaux yeux de Miss Gray, Mort veut bien essayer de découvrir cette fenêtre fantôme, mais ce n’est pas ce qui l’intrigue le plus. On lui demande de faire murer un vieux passage dans le jardin, or la serrure et l’endroit sont bien entretenus. C’est dans sa quête du mystère, en compagnie de Miss Gray, qu’une nuit, il surprend Sir Charles à passer par là, silhouette toute noire vêtue et allure inquiétante.

A Londres, des crimes atroces sont commis et tout le monde raconte que Jack the ripper serait revenu.

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« La fenêtre fantôme » et « Le carnet volé » nous introduisent dans une ambiance gothique. Dès le début, la rencontre avec Bram Stocker met le ton sur le sanglant. L’auteur est entrain d’écrire son roman sur Vlad Tépes, fils d’un prince des Carpates que l’on appelait Drakull. Vlad fit empaler 40.000 personnes. Le sujet du livre à de quoi faire frissonner, et lorsque Mort London se retrouve dans le château, cerné par des ombres et des secrets, il est vite visiter par des cauchemars !
Mort est un jeune homme charmant qui est attiré par les femmes ; sans façon, il peut en avoir une dans son lit et faire les yeux doux à une autre. Artiste peintre, il aime les peindre nues et lorsque Lady Paule, la femme de Sir Charles, lui fait des avances en se proposant comme modèle, les scrupules ne le font guère hésiter. Donc… séducteur, peu pointilleux sur la morale, il est aussi intrépide et curieux. Le domaine qui l’accueille est imposant et la famille n’a de singularités que les particularités de l’aristocratie anglaise. Cependant, à vivre avec elle, Mort s’aperçoit que la nuit tient éveillées quelques âmes qui rôdent et qui s’esquivent vers Londres. Je ne vais point ici raconter ce qu’elles y font… ni qui elles sont… là est toute l’histoire !
Le premier tome implante le paysage et les personnages. Le début de l’intrigue s’esquisse et s’étoffe dans les dernières pages, mettant en scène des crimes calqués sur ceux de Jacques l’Éventreur. Dans le second épisode, l’enquête est menée par des inspecteurs de Scotland Yard qui viennent poser des questions au patriarche de la famille Delawny. Mort London, toujours assisté de Miss Gray, continue d’investiguer dans la maison et de collecter des informations auprès de Lady Paule. Le fantôme du jumeau de Sir Charles fait son apparition… ainsi qu’un petit carnet rempli de lignes et de labyrinthes incompréhensibles, convoité par un groupe de fanatiques mystiques.

Cette lecture est une bonne découverte. On s’aventure dans l’Angleterre victorienne et on est tenu par une intrigue très bien scénarisée qui reprend les caractères des romans fantastiques comme « Le Dr Jekyll et M. Hyde », « Dracula », et qui conjecture sur le cas de l’Éventreur. J’ai été séduite par le graphisme et la colorisation, avec des planches qui assurent l’épouvante. Un troisième tome est sorti où l’on retrouve Mort London, Bram Stoker, Victoria Gray, audacieuse aventurière, et le fameux petit carnet rouge… j’espère le lire prochainement !

Je vous recommande cette trilogie, vous passerez un agréable moment.

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