Les carnets de Cerise, Le zoo pétrifié – Tome I

logo asphoMercredi BD chez Logo BD Mango NoirMango et ses amis
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Challenge « A tous prix » d’Asphodèle, prix Angoulême 2013, sélection jeunesse

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les carnets de CeriseLes Carnets de Cerise
Le zoo pétrifié
Tome I
Scénario de Joris Chamblain
Dessin d’Aurélie Neyret

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Cerise est une petite fille de dix ans et demi qui souhaiterait devenir écrivain comme sa voisine, Madame Desjardins. Sur les conseils de cette dernière, elle raconte sur un cahier, qu’elle illustre aussi de dessins, tout ce qui se passe dans sa vie… sa maman, ses amies Line et Erica, son entourage… et commence son journal par « Il était une fois ». 
Pour être romancière, il faut savoir observer les choses, et pour écrire une intrigue captivante, il faut chercher l’inspiration tout autour de soi. Ainsi, Cerise reste à l’affut…
« … regarder les gens, à essayer de deviner ce qui se cache derrière les apparences, ou du moins à percevoir ce qu’elles veulent bien exprimer. »
Avec l’assistance des frères de Line et Erica, les trois amies construisent une cabane perchée dans un arbre. Du haut de ce promontoire, elles peuvent tenir des séances secrètes mais aussi surveiller le monde. Comme elle le note « Avant chaque début d’intrigue, il faut planter le décor. »
Le décor est planté ; la cabane, l’arbre, la forêt. Ne reste alors à Cerise qu’à raconter son histoire, du « Monsieur Mystère »…

Il était une fois… un vieux monsieur bizarre qui circulait dans la forêt, toujours chargé de pots de peinture. Il était une fois, trois copines très curieuses qui décident un jour de le suivre et qui se font semer. Il était une fois… Cerise qui s’aventure toute seule sur les traces du vieil homme et qui découvre le plus merveilleux des endroits qu’elle n’ait jamais vu… un parc zoologique abandonné avec des animaux particuliers… ils sont peints. Elle est mille fois enchantée ! car son autre passion après l’écriture, est le dessin.
Cerise nous raconte ce vieux monsieur, son monde, et toute la magie qui s’en dégage.
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Suspendue à la plume de Cerise, j’ai beaucoup aimé son univers et ses réflexions. Elle est une petite fille adorable qui apprend à canaliser sa curiosité et son imaginaire par l’écriture (ce qui ne l’empêche pas aussi d’être active). Du haut de ses dix ans, elle découvre du monde, ses subtilités, ses petits secrets et ses différences. Lorsqu’elle pénètre le parc de Michel (le vieux monsieur), ce n’est pas simplement son beau travail de peintre animalier qu’elle admire, elle parvient à redonner vie aux images endormies et va aider Michel à rebâtir ses rêves. Solidarité, amitié, partage, Cerise arrive à fédérer ses amis, Madame Desjardins, sa mère et plein d’autres personnes pour faire renaître la réserve. C’est bien reconnu, l’union fait la force !
Avec l’histoire de Joris Chamblain, le graphisme… Aurélie Neyret nous offre de superbes illustrations, douces, vives, expressives, naïves lorsqu’elle représente les dessins de Cerise, si sûres lorsque ce sont les fresques animalières. L’album est riche en détails, en coloris, en espaces. Il mêle deux parties, l’évocation du journal intime de Cerise et l’aventure de notre future romancière.
Cet album a été primé au festival d’Angoulême de 2013 pour le prix Jeunesse et c’est bien mérité !
J’ai beaucoup aimé, je vous le recommande…
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D’autres billets chez Mango, Jérôme, Noukette, Moka, AcrO, Bianca, Bladelor, L’Or,
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Paul au parc

logoquebec14Logo BD Mango NoirSeptembre, mois québécois, avec Karine et YueYin

Mercredi BD chez Mango

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paul au parcPaul au parc
Michel Rabagliati

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Le temps de l’insurrection contre l’impérialisme et le colonialisme, les tags sur les murs qui scandent le F.L.Q., les évènements qui bousculent le gouvernement, un raz de marée se prépare… et Paul au parc.

Paul, un gamin d’une dizaine d’années, vit dans une famille aimante, avec ses parents et sa sœur aînée. Face à leur appartement, sur le même palier, il y a le reste de la famille… la grand-mère Denise, la grande-tante Jeannette et l’oncle François. On peut dire que tout ce petit monde vit dans une communauté chaleureuse et protectrice, mais parfois cela peut vite être envahissant.
Paul aime les cerf-volants, dessiner, lire des B.D. et Hélène. Il voudrait bien aussi rejoindre ses copains qui font du scoutisme !
Les chapitres s’enchaînent sur septembre et la rentrée scolaire, la découverte des bandes dessinées, les illustrations, ses dessins, les approches timides vers Hélène, le début des années 70, son enrôlement dans le scoutisme, les camps de vacances, la bande des louveteaux avec Gino, Rémi, Marc, Patrick et Joël, les dimanches à la messe, la neige… et Daniel… le plus sympa des animateurs chez les scouts.

Paul, le petit Biquet à sa grand-mère, va s’épanouir, découvrir l’amitié, l’amour, une parcelle de liberté et surtout le besoin de dessiner.
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Ce volume est le septième d’une série, « Paul à la campagne », « Paul à Québec », « Paul à la pêche »…, qui raconte un jeune Québécois, de son enfance à l’âge adulte. Souvent primé pour ses albums, Michel Rabagliati reçoit avec Paul des critiques élogieuses et des prix ; Bédéis Causa au Québec, Harvey Award aux Etats-Unis et Prix Public d’Angoulême en France.
« Paul au parc » place l’histoire dans le début des années 70. L’auteur présente Paul dans l’insouciance de son âge, avec ses désirs, ses rêves et son angélisme. On voit le caractère du personnage se profiler, son attrait pour la bande dessinée et son épanouissement dans le scoutisme. La trame de fond a des actualités houleuses qui ne perturbent pas le jeune garçon, sauf dans la dernière partie de l’album où quelques évènements le feront réfléchir. Cette pression ébauchée donne un ton plus sérieux qui enlève un peu de cette superficialité inoffensive.
On lit de l’humour, de la tendresse, les banalités de la vie avec ses apprentissages et ses échelons. Il y a de la nostalgie heureuse (un terme souvent usité de nos jours).
Un bel album qui m’encourage à lire la suite.

A conseiller !

Billets chez Grigrigredin,

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Paul 2.

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La nostalgie heureuse

La-Nostalgie-heureuseLa nostalgie heureuse
Amélie Nothomb

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« Tout ce que l’on aime devient une fiction. La première des miennes fut le Japon. A l’âge de cinq ans, quand on m’en arracha, je commençai à me le raconter. Très vite, les lacunes de mon récit me gênèrent. Que pouvais-je dire du pays que j’avais cru connaître et qui, au fil des années, s’éloignait de mon corps et de ma tête. »

Pour certains, la nostalgie s’accompagne de mélancolie et de tristesse, pour d’autres, elle est heureuse même si l’émotion fait verser des larmes.
Amélie Nothomb retourne au Japon qu’elle a quitté en 1996 et amène dans ses bagages une équipe de télévision de France 5 qui va la filmer tout au long de cette « renaissance ». Les souvenirs se confondent et laissent une empreinte indéfinie. Une image, une odeur, une perception, contribuent à scénariser ses réminiscences. C’est fou comme un petit rien peut rappeler beaucoup ! Pour Amélie, c’est un trottoir, un portique dans une école, des cerisiers en fleurs.
Bien avant, elle annonce sa venue et reprend contact avec deux personnes de ce passé. Ce début est cocasse (je souris encore) car elle n’a plus les coordonnées de l’une ; un nom, un pays, une ville… l’investigation s’effiloche jusqu’au secrétariat de l’ambassade de Belgique à Tokyo.
« – Bonjour. Je cherche un numéro à Tokyo, mais j’ai seulement le nom de la personne.
– Dites toujours, répondit l’homme qui ne semblait pas conscient de l’énormité de ma question – l’agglomération de Tokyo comptant vingt-six millions d’habitants.
– Le patronyme est Mizuno, le prénom Rinri.
J’épelai, moment pénible, car je n’ai jamais retenu les classiques, et je dis des choses comme « M de Macédoine, R de Rossinante », et au bout du fil je sens qu’on m’en veut. »
Sa nounou à Kobé, Nishio-San, une vieille femme qu’elle découvrira solitaire et abandonnée de sa famille, et son ex-fiancé, Rinri, un homme d’une gentillesse infinie qu’elle a fui.

Sur les pas de son enfance, tout a changé depuis le tremblement de terre de 1995 et il est bien difficile pour elle de retrouver les souvenirs. Seuls des images fugaces, des sensations, reviennent. A-t-elle vraiment vécu ici ? Une photo d’école attestera de cette vie, de ce passé « indicible ».

Amélie est fantasque et fragile ; elle émeut son équipe. Les sentiments sont difficiles à endiguer, ils affluent comme une lame de fond. Elle est un héron à l’orée des chemins, craintif et curieux. C’est ainsi que j’aime l’auteur, dans ses récits personnels qui content le temps du Japon. En ce sens, ce livre fut un plaisir de lecture, une réconciliation.

Lorsqu’elle rencontre Rinri, leur tête à tête n’aboutit qu’à de pâles retrouvailles. Amélie est tétanisée de voir son ancien fiancé si sûr de lui, si confortablement installé dans sa vie professionnelle et familiale. Son intelligence la déserte, ses réparties font des plats, un vide s’installe progressivement en elle. Quel est le poète qu’elle préfère ? cette petite question devient une obsession… elle ne sait plus ! Elle, la lettrée.
Trop tard, elle se le rappellera… c’est Gérard de Nerval.

Je suis le Ténébreux, le Veuf, l’Inconsolé,
Le Prince d’Aquitaine à la Tour abolie :
Ma seule Etoile est morte, et mon luth constellé
Porte le Soleil noir de la Mélancolie.

Dans la nuit du Tombeau, Toi qui m’as consolé,
Rends-moi le Pausilippe et la mer d’Italie,
La fleur qui plaisait tant à mon cœur désolé,
Et la treille où le Pampre à la Rose s’allie.

Suis-je Amour ou Phébus ?… Lusignan ou Biron ?
Mon front est rouge encor du baiser de la Reine ;
J’ai rêvé dans la Grotte où nage la sirène…

Et j’ai deux fois vainqueur traversé l’Achéron :
Modulant tour à tour sur la lyre d’Orphée
Les soupirs de la Sainte et les cris de la Fée.

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Je vous le recommande.

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Lien du reportage « Amélie Nothomb, une vie entre deux eaux »
D’autres billets chez Argali, Hérisson, Mango
, Aifelle, Anne,

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Hiroshige
Hiroshige

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Philipok

logonoël« Je lis des albums » de Hérisson, « Contes à rendre » de Coccinelle, « Classique » de Stéphie
« Il était une fois Noël » avec Chicky Poo, Samarian et Petit Spéculoos

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philipokPhilipok

Une histoire de Léon Tolstoï
Illustrée par Gennady Spirin
Adaptée par Ann Keay Beneduce et Françoise Rose en français

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L’histoire débute comme tous les contes par « Il était une fois… »

Philipok, un petit garçon qui n’est pas encore en âge d’aller en classe, veut suivre son frère tous les matins. Prestement, il enfile son manteau, met son bonnet, et engage ses pas dans ceux de son aîné… Sa maman attendrit le retient par son paletot et lui dit d’un air navré que son temps est aux jouets et pas encore à l’étude.
Près de sa grand-mère, Philipok joue, regarde avec intérêt le livre sur les lettres et rêve. Lorsque sa babouchka ferme les yeux, son imagination le pousse vers la porte. Chaudement couvert, l’abécédaire sous le bras, Philipok prend le chemin de l’école.

Sur la route, il subit quelques mésaventures… mais que ne ferait-il pas pour aller voir l’instituteur ?!

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img269Ce conte ne s’étend pas en palabres, il est bref. Dès les premières phrases, le conteur nous parle du rêve de Philipok qui veut aller étudier. Garçon sage, il parvient tout de même à désobéir et à poursuivre son idée. Si l’enfant paraît têtu et indiscipliné, il est heureux de le voir impatient d’apprendre ; le « savoir » est ainsi élevé au rang de la plus merveilleuse des aventures. Les périples qu’il rencontre lors de sa courte quête sont ses premières embuches.
Une propagande pour l’instruction…

L’histoire de Tolstoï est admirablement mise en valeur par les dessins à l’aquarelle de Gennady Spirin, un illustrateur Russe que j’ai récemment rencontré entre les pages de « La princesse Grenouille ».
C’est une magnifique poésie qu’il nous livre, si douce, si lointaine. Les couleurs sont des velours et des satins, de la fourrure et des fils de soie, une campagne enneigée et des isbas en bois.
Je conseille donc ce superbe petit livre, optimiste et heureux, pour les enfants et… nous les grands !

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Le plus beau de tous les pays

« Rentrée littéraire » chez Hérisson
Partenariat avec les Editions Robert Laffont

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le plus beau de tous les paysLe plus beau de tous les pays
Grace McCleen

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D’après la Genèse, Dieu créa le monde en six jours. Après les ténèbres, l’abîme et les eaux, viennent la lumière, puis successivement, le firmament des cieux, l’air, la terre, le soleil, le jour, la lune, les étoiles, les saisons, les créatures animales et Adam…

Judith McPherson est une petite fille de dix ans, précoce et dotée d’une vive imagination. Orpheline de mère, elle vit avec son père qui est membre de la communauté des Frères. Ils prêchent la parole du Christ dans leur cité ouvrière et annoncent la fin du monde pour bientôt. Armageddon sera la dernière bataille du bien contre le mal et l’anéantissement de ce monde.
Le quotidien de Judith est rythmé par les Choses Nécessaires, la lecture de la Bible, les rencontres avec les Frères de la congrégation, l’école et son pays imaginaire.

Judith a dans sa chambre « Le plus beau de tous les pays ». A la manière de Dieu, elle a créé son petit paradis. Une terre, une galaxie, elle s’évade dans cette dimension qu’elle aime penser, dessiner et réaliser.
D’abord, il y a eu les champs, une maquette composée de toiles, de plastiques et de papiers. Les rivières et les montagnes sont apparues pour orner le paysage de manière méthodique et artistique. Et la lumière a suivi avec un soleil de fer suspendu au dessus. Des miroirs sont des mers, les villages des boîtes, des morceaux de papiers mâchés s’animent… Toute matière est bonne pour la création.
A l’école, son regard est souvent baissé pour récolter des miettes, des particules, un papier, un bouton, et lorsqu’il s’élève à la hauteur de ses camarades qui jouent dans la cour, elle se rabat vite dans son univers. Elle a le sien, ils ont le leur.
Cinglée, tarée. Leurs paroles la blessent, puis viennent les gestes, les menaces.

« Il a les cheveux jaune paille, des cils pales et un toupet. Du toupet, il n’en manque pas, d’ailleurs. Il y a deux autres garçons avec lui. L’un deux m’arrache mon sac. Il le retourne et le papier de bonbon, le lacet et les couvercles de boîtes s’envolent.
Le garçon aux cheveux jeune paille me relève d’un coup.
– Qu’est-ce qu’on pourrait faire d’elle ? demande-t-il.
– La suspendre à la rambarde.
– Lui baisser son pantalon.
Le garçon aux cheveux jaune paille sourit. Il lance :
– T’as déjà vu l’intérieur d’une cuvette de chiottes, la cinglée ? »

Noyée, la tête plongée dans une cuvette des W.C. C’est terrifiant.
La menace de Neil Lewis poursuit Judith tout le week-end. Il faudrait qu’un évènement bouscule l’ordre des choses pour qu’elle ne puisse pas aller en classe lundi.
Alors qu’elle écoute attentivement le prêche de Frère Michaels, une révélation s’impose à elle. Tout est question de foi, « tout est possible, à tout moment, partout et pour toutes les sortes de gens. »
Elle voudrait une neige épaisse, paralysante. Elle prie en répandant sur le dessus du Plus Beau de Tous les Pays, du coton. « Qu’il neige, qu’il neige… » et la nuit dans ses rêves, Dieu intervient en lui parlant. Simple hallucination engendrée par un esprit inventif ? Judith n’approfondit pas la question car il semblerait qu’elle soit une élue. Un miracle se produit le lendemain et surprend tout le monde. La neige recouvre tout.

D’une manière spontanée, simple, Judith confie dans ses écrits ce premier signe. Elle essaie également de prouver que cette coïncidence d’octobre n’en est pas une. Après la neige, elle additionne d’autres petits miracles et les énumère. Toujours accompagnée par la voix qui l’encourage, elle aspire à plus… faire tomber la neige, retrouver le chat de Madame Pew, ce n’est pas suffisant ! Elle désire ne plus avoir peur, être débarrassée de Neil et se faire aimer de son père.
Très vite, son ascendant dévie de sa trajectoire. Elle appelle ça « l’effet boule de neige » et « les ennuis appellent les ennuis ». Les évènements se succèdent en modifiant l’ordonnance du quotidien, heurtant sa bulle familiale et le Plus Beau de Tous les Pays. Il est difficile de tout maîtriser, surtout la violence et l’intolérance.
Mais l’amour ne serait-il pas la plus belle des fois ?

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L’histoire de Judith est belle. La poésie de son journal est douce, faite d’espérance, de sincérité, mais le lecteur en perçoit aussi toute la tristesse. Elle allie à la candeur de son âge, des réflexions d’une maturité surprenante. Ses secrets, son désenchantement, ses angoisses, ses rêves, ils sont racontés, écrits et enfouis dans son pays imaginaire, là où se cache l’âme de sa mère.
Seule enfant de la congrégation, élevée dans une foi aveugle qui est une force et une faiblesse, Judith connaît la retenue et la prudence. Elle discerne avec lucidité les tangentes des mondes, ses agressions, ses discriminations et les subit sans opposer de défense. Tendre l’autre joue est un précepte de la Bible.
Lorsque la voix lui parle, on ne sait d’où elle vient et Judith aime à penser qu’elle appartient à Dieu. Elle est salvatrice. Les mots s’enchainent alors… élue, « Etre suprême », bien, miracles, pacte, choix… et nous retrouvons par opposition… doute, méfiance, scrupule, colère, mal, démon. La voix peut-être l’expression d’un délire, d’une schizophrénie, elle est inquiétante, mais Judith s’en accommode relativement bien et conserve son objectivité. Ce petit bout de fille, tendre et fragile, n’hésite pas à s’imposer lorsque son jugement diffère de celui de « Dieu ». Elle a un esprit libre.

Dans un style imagé, fantasque, émouvant, parfois désopilant et drôle, Judith nous présente son entourage : un père atone, qui paraît indifférent, ancré dans le souvenir de sa femme et qui appréhende l’amour, une vieille voisine charmante, les membres de la communauté qui lui témoignent de l’affection, Neil Lewis son tortionnaire à l’école… et son professeur Madame Pierce pour qui elle éprouve une véritable confiance. Madame Pierce peut être considérée comme un miracle car depuis son arrivée à l’école, l’existence de Judith est beaucoup plus sereine. Vigilante, attentive, elle a rapidement compris son calvaire.
Elle dévoile aussi une société en perdition, pauvre, des âmes troublées qui s’égarent dans la violence ou la religion (très actuel). Autres thèmes abordés, le deuil, vécu avec rancoeur, la quête d’amour, entre un père et sa fille, l’imagination et la création.

Le Plus Beau de Tous les Pays est le premier roman de Grace McCleen. Sur la quatrième de couverture, il est précisé qu’elle a vécu dans une famille de chrétiens fondamentalistes, à l’écart du monde. Je peux en conclure que les pensées de Judith ont dû être les siennes un jour et qu’elle nous rapporte quelques bribes de cette vie passée…

Ce livre est une rentrée littéraire. Je vous le recommande car il est un de mes derniers coups de coeur !

D’autres billets chez Cryssilda, Fanny, Karine, Laetitia, Alice,

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Au sud de la frontière, à l’ouest du soleil



Littérature japonaise d’Adalana
Petit BAC d’Enna
Un livre offert par San-Tooshy

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Au-sud-de-la-frontière-à-l’ouest-du-soleilAu sud de la frontière, à l’ouest du soleil
Haruki Murakami

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Hajime se rappelle ses années en primaire. Il était un enfant unique assez solitaire jusqu’à ce qu’il rencontre Shimamoto-san, une fille de son âge. Avec elle, il découvre la musique et la littérature. Ils parlent beaucoup, se confient, éprouvent les prémices de l’amour sans le témoigner. Handicapée par une poliomyélite, elle souffre en silence, avec le sourire, toujours d’humeur heureuse et confiante. Elle est sa meilleure amie.
A l’âge de douze ans, Hajime doit partir au collège et quitte son quartier. Son amitié avec Shimamoto-san se délie. L’éloignement, la pudeur, la crainte absurde d’importuner son amie, l’adolescence bouillonnante…, il espace leurs rencontres jusqu’à les faire cesser.
L’amour, pur et innocent, cherche une autre plénitude.
Avec Izumi, une camarade de lycée, Hajime découvre les premiers abandons…
Ses souvenirs sont doux et âpres. L’enfance avait ses rêves, elle était entreprenante. Après ses études, durant une dizaine d’années jusqu’à ses trente ans, le vide s’était presque matérialisé ; sensation douloureuse de vivre en marge de sa vie, sans passion, apathique…

Les fantasmes se réveillent avec l’apparition de Shimamota-san.
Hajime, à trente-sept ans, vit à Tokyo, est marié à Yukiko, a deux enfants et est propriétaire de deux clubs de jazz huppés. Sa vie agréable, sereine, se rythme entre les clubs, sa famille et quelques incartades extra-conjugales sans importance. Son portrait d’homme en pleine ascension a fait l’objet d’un article dans un magazine et quelques figures du passé viennent le saluer. Ainsi, on lui reparle d’Izumi, fantôme d’un amour froissé et humilié… ainsi arrive, un soir de pluie, Shimamoto-san, insaisissable, mystérieuse, toujours aussi lumineuse.
Le passé ressurgit et Hajime voudra saisir le temps, oublier son quotidien, peut-être fermer la parenthèse de ses obsessions.
Est-ce que ce premier amour sera aussi le dernier ?

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Le narrateur raconte ses amours à différents âges de sa vie jusqu’à l’aube de sa quarantaine. Shimamoto-san est la première. Elle garde l’image de l’inaccessible, la grâce, les émois encore indéfinis. Elle revient souvent dans son existence par le souvenir. Des jeunes femmes qu’il côtoie, il recherche la complicité, l’émotion intellectuelle, la fusion de l’esprit et du coeur qu’il avait avec elle. Plusieurs fois, Hajime nous dit qu’il n’est pas attiré par la beauté. Une petite étincelle, un charme discret, une authenticité, peut l’émouvoir et le précipiter dans la passion. Adolescent, il rencontre Izumi. Elle est fragile, elle a peur de souffrir. Elle sera le spectre qui le hantera ; une trahison qu’il regrettera et le pardon ne pourra être obtenu. Izumi lui présente sa cousine. Avec elle, le charnel à l’état brut se vit intensément, ce qui provoque une crise de conscience et le plonge dans une torpeur jusqu’à son mariage avec Yukiko. Sa femme le rassure, lui offre la stabilité, la pérennité.
Tout ce passé, Hajime le revit lorsqu’il découvre Shimamoto-san. Son équilibre devient précaire, il est capable de tout abandonner pour la suivre et ne plus la laisser disparaître. L’histoire est étrange, sombre, triste, elle est faite de quêtes, de fugacités, de doutes, d’insatisfactions et l’amour est décliné à toutes les passions, innocentes et destructrices, douces et sauvages.
L’auteur marie deux univers. Si la première partie des souvenirs tient du concret avec sa mélancolique nostalgie, la seconde tient du songe avec les apparitions surprises de Shimamoto-san, la fille qui vient avec la pluie. On ne sait rien d’elle et ce n’est que vers la fin, qu’elle concède des petites révélations, laissant à notre imagination sa part d’histoire.

J’ai aimé ce livre et ses personnages fragiles, mystérieux. Ma préférence va pour l’épouse Yukiko. Elle a la force de tout offrir à son mari, ses enfants, sa vie, son pardon, une deuxième chance. Sa souffrance est pudique, son amour est intense. J’aimerais penser qu’après l’histoire, Hajime grandit de ses amours enfantines, s’arrache des sortilèges, et la redécouvre.

Une très belle histoire que je vous conseille.
Merci San-Tooshy !

Des billets chez Emma, Miss Léo, Bianca,
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