Protocole gouvernante

Octobre est Halloween avec Lou et Hilde
France obscure
Un livre offert dans le cadre des Masses Critiques de Babelio par les Éditions Payot et Rivages

 

Protocole gouvernante
Guillaume Lavenant

Dans une société qui semble dystopique mais guère éloignée de la notre, l’histoire du Protocole est contée par un narrateur qui dicte un scénario très bien orchestré, à une jeune femme. Tout a été analysé, cadencé, et pour que sa mission soit menée à bien, il faut qu’elle en suive fidèlement chaque mot et chaque tempo. Le rythme est important, essentiel. Celui qui guide ses pas et qui nous invite à les suivre emploie le « vous ». Par ce pronom, il nous associe encore plus à elle… « Vous irez sonner chez eux un mercredi. Au mois de mai. Vous serez bien habillée, avec ce qu’il faut de sérieux dans votre manière d’être peignée. Vous ressentirez un léger picotement dans le bout des doigts. Il vous faudra tourner la tête et projeter votre regard sur le voisinage pour recouvrer votre calme. Ce qui finira par survenir, à la vue des pelouses bien tondues et du soleil qui dessine les contours de chaque chose… ».
La jeune femme suit à la lettre chacune de ses anticipations et lui voue une admiration et une confiance absolue. Dès les premières lignes, on comprend qu’elle a une mission à accomplir et qu’elle n’est qu’un pion sur l’échiquier. Mais le mystère est total.

Elle se présente pour le poste de gouvernante dans une famille aisée pour s’occuper de leur deuxième enfant, une petite fille de cinq ans qui se nomme Elena. Le mari et la femme trop pris par leur travail, ont sollicité ses services pour gérer également le quotidien de la maison. Dans une ambiance aseptisée et très conventionnelle, elle est considérée comme un androïde. Elle suit des rituels, doit se faire très discrète, parler quand on lui demande de parler et se tenir à l’écart ; aucune fantaisie. Cette distance prévue par le protocole est une manigance car au fil des jours, son comportement doit changer. Sans trop de hardiesse, elle doit gagner la confiance du couple et créer une complicité. Habilement, une toile se tisse.

Le narrateur pare au moindre détail, même pour les situations qui s’accompagnent d’un « si ». Le souffle s’accélère et l’angoisse monte crescendo. Des connivences avec la femme qui s’extériorise de plus en plus, oubliant ses névroses, et qui la convie à regarder une série télévisée avec elle, instaurant ainsi une familiarité anticonformiste… jusqu’à une entente charnelle avec le mari, le protocole mène la jeune fille au terme de ce qu’il doit se passer.

Sur un ton faussement monotone, l’intrigue captivante devient envoûtante lorsqu’on comprend que la jeune femme n’est pas seule à agir et que d’autres personnes larvées un peu partout n’attendent que le signal final pour se manifester. On parle alors de chaos.
L’auteur nous livre une fiction très originale qui glace le sang. Son univers nous rappelle un peu celui de « La servante écarlate » et les temps anarchiques des révolutions. Dystopie, thriller, conte terroriste, il est un futur que nous n’aimerions pas connaître. Nous refermons le roman, songeur…
Un livre surprenant à recommander !

Un autre billet du livre de… Keisha

 

 

 

Le fils

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Le passeur, tome 1
L’élue, tome 2
Messager, tome 3

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le filsLe fils
Tome 4

Lois Lowry

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Elle est arrivée un jour de tempête, accrochée à un mat brisé. Belle, étrange, différente, elle aurait pu être une sirène…
A moitié morte, les pêcheurs l’ont ramenée dans leur village et l’ont confiée à Alys, une vieille guérisseuse qui la soignera et la traitera comme sa fille. Lorsqu’elle se réveille, elle ne peut leur dire d’où elle vient, qui elle est. Elle sait seulement qu’elle s’appelle Claire. Claire…elle sera alors pour eux, Claire de l’Eau.

« Le village était lové au pied d’une importante falaise, dans l’anfractuosité d’un bras de terre. Cet endroit où la péninsule rejoignait le continent était tellement isolé que le temps n’avait pas d’importance car rien ne changeait jamais. De mémoire d’habitant, nul n’y était jamais venu, et ce n’est que rarement que quelqu’un, d’insatisfaction, le quittait ou du moins essayait. Dans ce cas, on disait qu’il « montait ». Un sentier broussailleux et plein de racines serpentait vers la base de la falaise mais s’interrompait au pied d’un véritable mur de pierre et ensuite il n’y avait pas d’autres issue que de grimper, en effet. Plusieurs l’avaient tenté et avaient fait une chute fatale. Un habitant, Einar le Farouche, avait réussi à grimper mais il était revenu, profondément aigri par ce qu’il avait rencontré au sommet. »

Claire de l’Eau cherche à retrouver la mémoire dans toutes les petites choses du quotidien. Puis un jour, lors de l’accouchement d’une jeune femme du village, tout lui revient…
Elle est née dans un monde par-delà la mer, qui s’est reconstruit après le Chaos. Loin de ressembler à cette communauté de pêcheurs, elle vivait dans une société aseptisée, compartimentée, qui a rayé de son monde les sentiments, les couleurs, les animaux, toute indépendance et libre arbitre. Dans cet univers, on absorbe une petite pilule qui annihile les émotions. Il n’y a alors plus d’intuition, d’affection, d’amour. On compose les couples et on leur attribue des enfants nés de mères porteuses. Éduqués dans cette cellule d’accueil jusqu’à leur douze ans, ils sont après dirigés vers leur fonction. Pour Claire, le comité de gouvernement lui a attribué le rôle de matrice. Durant deux ans, elle s’est façonnée pour qu’à quatorze ans elle puisse engendrer un enfant. Claire a eu cet enfant, n° 36, mais l’accouchement s’étant mal passé, elle n’a pu rester à son poste. C’est à l’Alevinière, au laboratoire d’insémination des poissons,
qu’on la place et qu’on lui apprend les gestes mécaniques d’un nouveau travail.
Elle raconte tout cela à Alys, et plus encore, car Claire n’a pas oublié son enfant et elle a tout fait pour le retrouver…
Résolue, elle arrive à avoir ses entrées au centre nourricier et voit pour la première fois son bébé, un petit garçon magnifique avec de beaux yeux clairs. Lorsqu’elle peut, et sans attirer l’attention sur elle, elle va dans la pouponnière pour s’occuper de lui. On ne lui a pas
attribué de famille ni donné de nom, car c’est un enfant difficile ; on le nomme toujours par son matricule, mais Claire l’appelle Aby.
Puis un jour, le nourricier avec qui elle a sympathisé lui annonce que n° 36 va être élargi. Élargir est le terme qu’on emploie pour dire qu’on efface, on supprime. Il n’ y a alors qu’une issue pour Claire ; prendre Aby, fuir par la rivière et partir en quête de l’Ailleurs. Cependant, rien ne se passe comme elle le pense et Aby disparaît…

L’Ailleurs est terrifiant et captivant. On n’en revient jamais. Dans un premier temps, pour Claire c’est ce petit village suspendu et prisonnier qui fait face à la mer. Aidée de Einar le Farouche, elle va tout faire pour continuer sa route et découvrir ce qu’est devenu son fils.

L’Ailleurs, c’est aussi le terrain de jeux du Commissaire Troqueur ; il peut nous donner tout ce qu’on désire. Une question sera posée.
Que peut-elle sacrifier pour retrouver Aby ?

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Dernier livre d’une tétralogie dystopique, ce tome dénoue l’intrigue initiale et relie les histoires entre elles. Ainsi, nous en découvrons un peu plus sur la communauté de Jonas (Le Passeur) car elle est la même que celle de Claire. L’auteur a la fantaisie de nous balader dans le temps et d’étaler sa narration sur plusieurs années, en trois parties.
La première, « Avant », ambiance froide, stérile, raconte l’époque où Claire brave les interdits en cherchant à se rapprocher de son enfant. C’est troublant et douloureux lorsqu’elle évoque ses sentiments. La seconde, « Entre-deux », se situe dans le village de pêcheurs. La mesure du temps est difficile à définir car on la calcule en fonction de la vie des gens du village. On peut dire ainsi que des années passent… Les phrases émeuvent quand elles parlent du berger Einar, un être solitaire, cassé par son père. Le village reclus, lové sur lui-même, aurait pu être dénaturé, dépravé, primitif, mais l’auteur a préféré écrire une société généreuse et hospitalière, agréable à lire. La troisième partie, « Au-delà », se passe dans cet Ailleurs qui reçoit les exilés, une terre protégée par une forêt dense et enchanteresse. Là, on retrouve Jonas et Kira (L’Élue). Claire n’a plus le premier rôle, c’est son fils qui relate les faits.
Si on peut imaginer qu’un jour notre monde sombre dans une société totalitaire, si on peut concevoir une vie autarcique, la troisième partie nous fait pénétrer dans un univers totalement fantastique avec le
maléfique Commissaire Troqueur. Le genre tend alors vers la fantasy plus que vers une fiction dystopique. Mais belle plume, on se laisse porter par l’histoire sans trop chercher noise aux étrangetés du scénario.
Claire, personnage courageux et déterminé, plaira aux jeunes lecteurs. Elle n’a peut-être pas la même aura que Kira, mais nous la suivons avec plaisir dans ses aventures.

Si je dois vous dire ce que j’ai aimé dans ce livre, je vous réponds de suite, la deuxième partie du livre. Il y a Alys, le vieux Benedikt et Einar. Quant aux décors que je visualisais, ils me faisaient penser aux histoires de Jules Verne et je me suis remémorée une vieille série télévisée « Les Robinson Suisses »… (Je vous parle d’un temps que les moins de trente ans ne peuvent pas connaître.)

Je vous recommande cette série. Le voyage vers ces Ailleurs fut captivant et je n’ai pas été déçue par cette fin.

 

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146.
Illustration du roman « L’île mystérieuse » de Jules Verne

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Messager

Le passeur – Tome 1
L’élue – Tome 2

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messagerMessager
Tome 3

Lois Lowry

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Village est un sanctuaire qui accueille toutes les personnes qui ont fuit les dictatures de leurs comtés. Au-delà de Forêt, nul ne peut imaginer qu’un tel endroit puisse exister…
Jonas le Passeur se nomme à présent Meneur. Le père de Kira qui avait été victime d’une conspiration est le Visionnaire. Quant à Matty, le petit protégé de Kira, il est le Messager. Lui seul peut parcourir Forêt sans crainte.

Les années ont passé, Matty vit désormais avec Visionnaire qui l’éduque et l’estime comme un fils. Le petit garçon que Kira appelait Farouche, est devenu un adolescent courageux et respectueux des règles.
La vie à Village est heureuse, il n’y a aucune répression, tous se montrent solidaires et valeureux dans leurs tâches. Mais un jour, Matty s’aperçoit que l’ambiance commence à s’altérer. Plus individualiste et agressive, leur société semble être sous l’emprise d’une force malfaisante.
C’est en assistant à une séance de trocs, qu’il prend conscience d’un réel changement. Mentor, l’instituteur du village, un homme sage et généreux, se métamorphose en un homme colérique et avide. Une femme douce et maternelle frappe son enfant sans aucune raison. Et plus surprenant, certaines personnes veulent fermer les frontières aux exilés.

Les présages sont alarmants, l’atmosphère s’alourdit, Forêt devient plus dense, plus menaçante. Meneur et Visionnaire décident d’envoyer Matty chercher  Kira. La jeune tisserande devra tout abandonner sans perdre de temps…

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Troisième tome de la série « Le Quatuor », « Messager » raconte l’histoire de Matty. Il réunit les deux autres intrigues qui n’avaient en commun que leur monde dystopique.
Le petit chenapan intrépide qui nous avait fait sourire dans le précédent livre, est devenu un adolescent brave, studieux et attentionné envers son père adoptif. Sans avoir bridé son caractère vif et indépendant, Visionnaire a su modérer son impulsivité.
A village, comme dans les autres communautés que nous avons lues, chaque personne reçoit le nom de sa vocation. Meneur voit sa personnalité et la rebaptise. Ainsi Matty est devenu le messager qui maintient un lien avec l’extérieur. D’autres sont Herboriste, Ramasseur, Mentor…
L’auteur donne à cette histoire sa part obscure. Sous l’influence d’une énergie ou d’une entité pernicieuse (grande énigme du livre), Village change. Une exaltation se propage et modifie la personnalité des gens. Avec cette violence latente, ce désir de fermer les frontières et de ne plus accueillir les exilés, ce monde fantastique nous renvoie à notre triste actualité.
Si le récit débute avec légèreté, petit à petit nous sombrons dans l’angoisse. Des secrets, des conspirations, une autorité qui va vers l’oppression et qui contrôle les esprits, une nature qui sanctionne cette « pollution », et Matty qui nous livre ses intuitions pessimistes.
Pour en revenir à Matty, il va se découvrir un don. Il a la faculté de soigner. Il est l’un du Quatuor et rejoint Jonas et Kira qui tout deux ont les facultés de voir l’avenir.
Nous finissons la lecture avec plein de questions. Ce tome ne livre aucun des mystères. Nous finissons la lecture avec une petite larme… car l’aventure a ses drames.
Le prochain et dernier livre a pour titre « Le fils ». Quel sera son univers ?

Une série à recommander.

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Photo prise « ici »

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L’Elue

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Lois Lowry

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Kira qui était orpheline de père, vient de perdre sa maman, et son kot, sa maison, a brûlé avec toutes ses possessions. Handicapée depuis sa naissance d’une jambe difforme, personne ne veut l’accueillir et presque tous désirent l’envoyer dans la forêt où elle sera dévorée par des bêtes féroces ; hors des limites, nul n’ose s’y aventurer, sauf les chasseurs pour ramener du gibier. Ce monde, régi par un conseil de douze hommes qui établissent des règles strictes, élimine les faibles de la communauté, une société construite après la Catastrophe. Chacun a sa place et celle de Kira était auprès de sa mère dans l’atelier de tissage où elle excellait dans son rôle d’ouvrière.
Convoquée au Palais du Conseil, seul vestige des anciens temps, Kira se retrouve devant les douze Seigneurs en tant qu’accusée. A ses côtés, Vandara l’accusatrice convoite ses terres. La malformée subit le jugement avec beaucoup de dignité et pour ne pas contrarier les Sages, elle accepte un défenseur en la personne de Jamison, un homme de la génération de son père.
Tout en reconnaissant son statut d’orpheline et d’handicapée, Jamison informe l’assemblée du don de Kira. Elle produit un tissage et des broderies d’une qualité exceptionnelle comme on n’en a jamais vu jusqu’à aujourd’hui. Son travail n’est pas simplement d’une finesse absolue, il est magique. L’étoffe vit, se remplit de lumière, danse, évoque des histoires…

Sauvée… Grâce à son don, Kira est épargnée. Jamison la prend sous sa tutelle, l’installe dans une chambre spacieuse du palais, riche d’un confort qu’elle n’a jamais connu, et lui confie une tâche. Pour débuter, on lui remet un ouvrage d’une rare préciosité. Elle le connait bien pour l’avoir vu tous les ans entre les mains de sa mère. C’est la robe du Chanteur qui raconte la genèse de son peuple avant la Catastrophe. La restauration des vieux fils passe aussi par l’élaboration d’écheveaux. La teinture est un art qu’elle ne maîtrise pas tout à fait et c’est chez Annabella, une vieille femme, qu’elle va poursuivre son apprentissage, à l’élaboration d’un jardin de couleurs ; entre fleurs et racines.

Voisin mitoyen de sa chambre, elle fait la connaissance de Thomas, un garçon de son âge doué pour la sculpture, qui passe son temps à produire des pièces de remarquables factures. Orfèvre talentueux, lui aussi entretient une parure du Chanteur ; sa canne.
Kira ne pouvait rêver d’avenir plus enchanteur ! Surtout lorsque Jamison autorise Matt et son chien Branch à s’installer avec elle. Matt est le frère qu’elle aurait aimé avoir, un gosse débrouillard, fidèle, qui joue a être son chevalier protecteur.
Retracer les dessins érodés, insuffler encore du nerf au tissage, n’est pas le seul objectif qu’on lui destine, et quand l’énigmatique Jamison lui en parle, transfiguré, elle en ressent toute l’exaltation. Elle va devoir écrire leur avenir. Sur un pan de la robe, vierge de toute trace, elle va entreprendre la vision de leur monde ; l’actuelle et la future.

Chez Annabella, Kira se passionne pour la science des teintes dont une est difficile à trouver, le volubilis qui donne le bleu. Matt s’engage alors à le lui trouver et quitte l’enceinte protégée pour s’aventurer dans la forêt. Inquiète, Annabella cherche l’amitié de Thomas et échange avec lui des confidences. C’est lors d’un de leurs rendez-vous nocturnes qu’ils perçoivent les pleurs d’un enfant dans les sous-sols du palais…

Pourquoi enferme-ton un enfant ? Quelle est cette malédiction qui semble frapper les enfants dotés d’un talent particulier ? Et si le palais n’était qu’une prison ? En cherchant des réponses à ses questions, Kira découvrira des secrets bien enfouis et la cruauté des Seigneurs qui les dirigent.

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Ce livre est le deuxième tome d’une tétralogie dystopique qui débute avec « Le Passeur ». L’auteur a imaginé un monde reconstruit après une apocalypse, qui subit la dictature des castes dirigeantes et honore la mémoire des anciens temps. Aucune faiblesse n’y est admise, le savoir n’est que parcimonieusement offert. Dans cette histoire, Kira ne sait pas lire et son univers ressemble à un royaume moyenâgeux avec sa société féodale. Si dans le premier tome les émotions n’étaient pas admises, dans cette suite (qui n’en est pas une), l’amitié, l’amour et la fraternité sont des sentiments tolérés. Moins angoissant que le précédent, mais tout aussi mystérieux, le scénario est plus subtil, moins dramatique, et laisse dans sa fin un espoir d’une vie différente. Alors que Jonas était seul, Kira a deux amis, on ne ressent donc pas le poids de la solitude.
« L’élue » est une belle histoire servie par des personnages très intéressants, ambigus, fourbes pour certains, courageux, intègres pour d’autres. L’intelligence de Kira est sa force, c’est ce qui lui permettra d’affronter les desseins les plus noirs. Au jeu des stratégies et des faux-semblants, elle vaincra.
De Jonas à Kira, on peut penser qu’ils vivent dans des communautés voisines et qu’un jour ils se rencontreront… Leurs mondes sont parallèles, communs, et les frontières pas si infranchissables.
Je vous recommande ce livre de la littérature jeunesse qui fut un plaisir de lecture et je me plonge prochainement dans la suite, « Le Messager ».

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Le passeur

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Lois Lowry

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Jonas est un jeune garçon de douze ans qui va bientôt célébrer la cérémonie de décembre avec ses amis Asher et Fiona. Dans leur communauté, c’est à cet âge qu’on leur attribue leur véritable fonction qui définira leur vie. L’étape n’est pas sans inquiétude car c’est aussi un adieu à l’insouciance et à l’indépendance des jeunes années.
Dans sa famille, on se demande bien quel statut on va lui attribuer… Son père est nourricier et sa mère a un poste à la justice. Quant à sa sœur Lily, elle est encore bien petite. Ses seules préoccupations sont les études et savoir bien attacher ses cheveux.
Le jour de la célébration, Jonas a la surprise de recevoir la plus haute charge de la communauté. Il sera le dépositaire de la mémoire, un Passeur, car il possède  les quatre qualités requises ; intelligence, intégrité, courage et sagesse.

Le Passeur est l’homme qui détient le savoir du monde ancien, celui qui existait avant le contrôle climatique. Il est le seul car dans le monde actuel, nommé aussi « Identique », personne n’est au courant de cette forme de vie. Ce monde est aseptisé, sans couleurs, sans émotions, divisé en castes, avec des cellules familiales d’un masculin, d’un féminin et de deux enfants, c’est aussi un univers qui ne tolère aucune faiblesse. Lorsqu’on est déficient, lorsqu’on commet une faute impardonnable, on est « élargi » et le terme n’est pas anodin. Tout cela, Jonas le reçoit par le Passeur quand il pose ses mains sur lui. Le fluide passe avec des images et des sensations surprenantes, inconnues, qu’il doit conserver et taire. Il apprend également à dissimuler, il apprend surtout que ses parents sont les premiers à le faire, à mentir.
La complicité avec le Passeur est immédiate. Jonas essaie de le soulager de ses douleurs et des noirceurs qu’il a emmagasinées, mais le vieil homme commence par lui offrir les belles choses des temps passés, la neige, des animaux, des instants heureux en famille, le nom des couleurs, le bonheur, l’amour, la liberté, avant de lui montrer la peur, les guerres, la souffrance et la sauvagerie des hommes. C’est enivrant  et si déchirant !

Alors un jour, lorsque ses parents lui apprennent que Gabriel, l’enfant qu’ils élèvent depuis sa naissance, va être élargi, Jonas s’insurge et décide de fuir leur communauté avec ce frère de cœur. Il va partir à la recherche d’un « Ailleurs »…

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J’ai beaucoup aimé cette dystopie qui révèle un monde sans pitié. La cruauté est dans l’absence des sentiments et le contrôle despotique de la société. Tout bien ordonné, propre, sans faille, avec une petite pilule pour annihiler les émotions, on découvre petit à petit l’inhumanité des programmes et la frigidité de chacun.
Jonas est un enfant différent qui se distingue par ses réflexions et sa sensibilité. Les Sages ont vu juste, il est un esprit brillant et téméraire. Son apprentissage avec le Passeur va stimuler son désir d’émancipation ; vivre un monde vrai et pas seulement le rêver.
Une belle histoire, émouvante, que je vous conseille. Elle est la première d’une série. Il me reste à lire « L’élue », « Messager » et « Le Fils ».

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D’autres billets chez Adalana,

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Film The giver
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Les Brillants

logo_babeliologosérienoiregallimardUn partenariat avec Babelio et les Editions Gallimard

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les-brillants 1Les Brillants
Marcus Sakey

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Depuis les années 1980, on s’est aperçu qu’une nouvelle génération d’enfants surdoués naissait. On les appelle les Brillants. Dotées de pouvoirs exceptionnels, ils sont placés dans des académies dès l’âge de huit ans afin de les observer et les « éduquer ». Séparés de leurs familles, on leur enlève toute identité, on leur attribue un tuteur et on leur donne tous le nom de Smith. Au fil des ans, les programmes des académies s’affermissent et on leur implante des micro-puces.
Depuis qu’un as de la finance, Erik Epstein, a fait effondrer les marchés boursiers, on sait que les Brillants peuvent être une menace pour l’économie planétaire.
Depuis l’attentat qui a tué soixante-treize personnes, dont un sénateur influent, dans un club proche du sénat, le militant anormal John Smith est l’homme à abattre.
Depuis… le DAR, une agence bien plus subventionnée que la NASA, essaie de maintenir l’ordre en traquant les Brillants qui se distinguent. Son directeur Drew Peters a toutes les libertés pour les réprimer.

Nick Cooper, un agent des Services Équitables, la branche active du DAR, est un Brillant de niveau un qui a la faculté surnaturelle de lire les schémas du langage corporel. Il déchiffre, devine et anticipe tout comportement, réactif ou émotif. Avec son équipe, il pourchasse les Brillants hors la loi et applique sans faillir une justice assez expéditive. Peters dit de lui qu’il est son meilleur inquisiteur, l’homme en qui il a le plus confiance.
Le vœu de Cooper serait que les « surdoués » et les « normaux » vivent en bonne harmonie, qu’il n’y ait plus d’académies-prisons et que John Smith soit arrêté car aux dernières informations, ce terroriste envisagerait de pirater les réseaux informatiques des lignes aériennes et d’y mettre un virus. Les conséquences seraient dramatiques…

L’enquête le lance sur la piste d’Alex Vasquez, une Brillante qui œuvre pour Smith. Mais sur le point d’être arrêtée, la jeune fille préfère se suicider plutôt que d’être embarquée par le DAR pour être interrogée. Juste avant de mourir, elle lui confie qu’un projet d’une grande envergure a été planifié et qu’il y a au sein du DAR quelques infiltrés.

Les évènements s’enchaînent rapidement et modifient les trajectoires ! Joueur d’échecs hors pair, Smith déjoue tous les plans de Cooper et fait exploser des bombes. La dernière tue 1143 personnes dans un centre de Manhattan. Cooper, présent lors de ce drame, comprend que la politique envers les Brillants va être plus répressive et que le monde va se fragmenter en deux clans. Il pense aussitôt à sa fille Kate qui malgré son jeune âge commence à présenter toutes les caractéristiques d’un Brillant de niveau un. Il désire pour ses enfants un monde moins chaotique et certainement pas un monde où les Brillants seraient ostracisés.

Avec l’aval de Peters, et de lui seul, Cooper va brouiller les données en se faisant passer pour un renégat ; c’est le seul stratagème qui s’impose. Juste le temps de dire au revoir à sa famille et le voilà devenu un homme traqué par ses anciens amis du DAR.
Le banni investit le milieu criminel et met tout en marche pour faire sortir John Smith de son antre.
Mission suicide ? Ce qui est sûr, c’est que Cooper découvrira certaines vérités qui seront aussi puissantes qu’un tsunami ou que mille explosifs. Les apparences peuvent être trompeuses.

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Premier tome d’une trilogie et une très bonne lecture !
Sans connaître la plume de l’auteur, juste à la lecture de la 4ème de couverture, j’ai accepté de recevoir ce roman et j’en suis ravie.
J’ai beaucoup apprécié l’histoire, le rythme et les personnages ; le roman mélangeant les genres fantastique, espionnage et thriller. L’écriture est si bien scénarisée et imagée qu’on oublie qu’on tient un livre et qu’on ne regarde pas un film d’action. Les 495 pages se lisent très facilement, captant notre intérêt sans temps de pause. Question intrigue, on devine assez rapidement la trame, mais ça ne m’a pas gêné.
Cooper est un héros intègre, patriote, qui doit faire cavalier seul pour sauver son pays (il a du Jack Bauer !). Sa singularité donne à son personnage séduction et intelligence, ses rapports avec sa famille le montre humain et protecteur. Dans certaines circonstances pour défendre ses valeurs, il peut se montrer très violent et radical. L’auteur va le bousculer en insérant dans l’histoire des conspirations qui ébranleront ses certitudes et sa foi en l’humanité. Il est très intéressant de lire toutes ses ambiguïtés qui le déstabilisent et le cheminement de ses interrogations.
D’autres personnes l’encadrent, toutes aussi sympathiques et attachantes… Natalie son ex-femme, vaillante et déterminée, peut-être toujours amoureuse de lui, Bobby Quinn son ami et coéquipier, fidèle et loyal, et Shannon « La Fille Qui Passe A Travers Les Murs », mystérieuse et inébranlable.

Je vous recommande ce roman qui fut une lecture distrayante. Le prochain tome paraîtra en 2016.

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PhilidorLeJeuDesEchecs1792
Philidor, illustration de 1792

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