La femme de l’ombre

Un livre offert par Babelio et les éditions Métailié dans le cadre des Masses Critiques
Décembre, mois nordique, avec Cryssilda
Challenge Polars de Sharon

 

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La femme de l’ombre
Tome 2
Arnaldur Indridason

 

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Dans certains de ses romans avec l’inspecteur Erlendur, Indridason pioche dans le passé trouble de la seconde guerre mondiale. Avec la trilogie de L’Ombre, il situe son nouveau duo d’enquêteurs, Thorson et Flovent, en plein dans les années 40. Le Danemark et la Norvège sont sous l’occupation allemande, la Suède et la Finlande tentent de rester neutres, et l’Islande, bien malgré elle, voit les troupes britanniques, puis américaines débarquer pour contrer les Allemands.

Le roman débute à Copenhague, par l’arrestation de deux jeunes ressortissants Islandais qui appartenaient à un réseau de résistance. Pris par la Gestapo, Christian et Oswaldur disparaissent. Le chapitre suivant décrit l’inquiétude de la fiancée d’Oswaldur qui ne le voit pas arriver, alors qu’ils avaient rendez-vous ensemble à Petsamo en Finlande, pour prendre le bateau qui les ramènerait chez eux en Islande. Un chapitre après, c’est l’agression d’un jeune homme qui est laissé pour mort devant un café malfamé de Reykjavík… C’est aussi la disparition d’une jeune fille « pas regardante » en quête de rêves, qui aimait fréquenter les soldats Américains… C’est aussi la mort par noyade d’un assureur, qu’on retrouve dans la crique de Nautholsvik.
Il faut vraiment dépasser les cent premières pages pour commencer à spéculer sur les liens qui relieraient ces affaires…

« – Ça fait longtemps que nous envisageons de créer une brigade criminelle au sein de la police militaire, poursuivit le gradé. Vous êtes peut-être au courant. Un service chargé d’enquêter sur les crimes commis dans le rang de l’armée américaine. j’ai l’impression qu’on en a bien besoin. le nombre de soldats présents ici a été multiplié en quelques années, il y a parmi eux des brebis galeuses, et nous n’avons aucun département capable de traiter les crimes les plus sérieux. C’est aussi votre opinion, n’est-ce pas ?
– Oui, je suppose que vous avez raison, convient Thorson… »

A l’hôpital militaire du camp de Laugarnes, Thorson est au chevet d’un jeune homme qu’un soldat a retrouvé gisant devant le bar Piccadilly, dans le quartier miséreux des Polarnir. Sauvagement agressé, le malheureux succombe très vite des coups qu’il a reçus. Affaire militaire du ressort de l’armée américaine, ou affaire civile du ressort de la police criminelle de Reykjavík, la question délicate n’a pas de réponse et c’est à Thorson que l’enquête est remise. De son côté, Flavent, inspecteur de la criminelle de Reykjavik, est en charge de deux enquêtes. La disparition d’une jeune fille, Elly, et le suicide par noyade d’un employé d’une compagnie d’assurance.
Au fil des investigations, les deux policiers et amis vont se retrouver et débattre, pour deux d’entre elles, de leurs enquêtes respectives.
Nous sommes en 1943, depuis deux ans, les forces américaines sont en place et font grincer les dents des Islandais qui n’apprécient pas cette occupation. L’auteur met l’accent sur la cohabitation forcée en soulignant l’antipathie des uns pour les autres, mais aussi sur les alliances malhonnêtes qui génèrent de sombres profits tirés des trafics d’alcool et de prostitution. Le fait que Thorson ait des origines islandaises et qu’il parle couramment la langue, facilite son immersion, mais c’est du côté de l’armée américaine qu’il découvre des obstacles.
Sur une toile de fond historique passionnante, les trames des intrigues parlent de l’intrusion de l’armée américaine, ses abus et sa façon de régler les problèmes internes, de vengeance, de jalousie, de connivences avec les nazies, de prostitution, d’homosexualité et d’une société insulaire un peu rude prise en étau par la guerre.

Déjà sensible à la plume de l’auteur, aux ambiances polaires et à la personnalité attachante de ses inspecteurs, j’ai beaucoup aimé ce roman que je vous recommande. Thorson et Flavent sont des hommes intègres, téméraires et compatissants. Ils mènent leurs enquêtes dans le respect de l’âme humaine.
A suivre !

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D’autres billets chez Aifelle,

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Une photo prise sur le site « Polars des glaces »

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L’étang aux libellules

logo mois anglais 3logo Challenge-anglaisLogo-Sharon« God save the livre » d’Antoni
« Animaux du monde » de Sharon

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Le mois anglais avec Titine, Lou, Cryssilda – 9ème billet

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L'étang aux libellulesL’étang aux libellules
Eva Ibbotson

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Londres, 1939,

Tally Hamilton est une petite fille « de presque 12 ans » qui habite avec ses deux tantes et son père médecin, dans une maison modeste d’un quartier populaire de Londres. Toujours gaie comme un pinson, curieuse de tout, intelligente, attentionnée pour sa famille et les gens qui les côtoient, elle est pour eux un rayon de soleil.
En 1939, les informations parlent de la guerre et des risques de bombardements sur Londres. Malgré le chagrin que cela occasionnera, le Dr Hamilton décide d’envoyer Tally à la campagne et de saisir une opportunité qu’on lui propose. Elle pourrait bénéficier d’une bourse d’étude pour un pensionnat dans le sud du Devon, à Delderton. Déterminé à lui offrir cette éducation bien supérieure à celle qu’elle reçoit, et surtout, à la mettre à l’abri, il fait fi des larmes de Tally et demande le soutien des deux vieilles filles dans les préparatifs de ce départ. Bien vite, la peine est surmontée par l’excitation de cette nouvelle aventure !

Dès les premiers instants du voyage sur le quai de la gare, Tally est surprise par l’ambiance si peu conformiste qui différencie son groupe des autres. La fantaisie des élèves n’a rien en commun avec ceux qui partent pour d’autres écoles. Il y a celle qui ne veut pas mettre ses chaussures préférant aller pieds nus, celui qui veut faire disparaître sa cravate dans le trou des W.C., un autre qui se balade avec une salamandre dans un bocal, et une enseignante complètement farfelue et dépassée qui court dans tous les sens… Dans le train, elle fait la connaissance de Julia qui la renseigne sur Delderton, une école atypique défiant les normes de l’enseignement. Déjà, Tally trouve ses nouveaux compagnons, bien que bizarres, dignes de sa sympathie et de sa loyauté…

Une vallée pleine de fleurs, une rivière, un superbe château un peu défraîchi sis dans un parc, un cèdre vieux de trois siècles, gardien des lieux, un directeur et des professeurs soucieux du bonheur de leurs élèves, une éducation progressiste, sans châtiment, libre ; on apprend sans contrainte…
A son arrivée,Tally admire le cadre d’exception et bien vite, adhère sans retenue à la pédagogie de Delderton, où la pratique et la théorie fusionnent. Elle s’immerge et prend part à la vie des uns et des autres, en étant la première à réconforter et à recevoir les confidences. Magda, la prof de philo, pleure la nuit lorsqu’elle pense à son pays, l’Autriche. Armelle, la prof de théâtre, a perdu son fils en Espagne. Le mystérieux prof de biologie, Matteo, a un regard mélancolique quand il joue de la saquebute. Kit veut aller dans une école « normale ». Julia est obnubilée par Gloria Grantly, une célèbre actrice. Augusta zozote et souffre d’allergies… Tout un monde singulier et fragile qu’elle materne avec dévouement.

Un jour, lors d’une séance cinéma, Tally voit un reportage sur la Berganie, un  petit pays d’Europe qui fait parler de lui.  Leur roi s’oppose à Hitler en lui refusant une alliance ainsi que le passage de son armée sur ses terres. Figure de héros dans une actualité inquiétante, Tally éprouve une grande admiration pour ce monarque courageux et se plaît à penser à lui souvent, en se remémorant les images d’une silhouette en habit d’apparat, digne et imposante.
Comme parfois le destin fait bien les choses… le directeur de Delderton reçoit peu de temps après, un courrier du ministère de la Culture au sujet d’un festival de danses folkloriques organisé par la Berganie : « Les autorités berganiennes ont très à cœur de renforcer leurs liens avec les démocraties européennes et de favoriser l’amitié entre les enfants des différentes nations, qui est l’un des moyens les plus efficaces d’assurer la paix dans le monde… ». C’est une chance incroyable pour Tally et ses amis… surtout que leur groupe sera encadré par Matteo.

En ces temps noirs de 1939, la joyeuse équipée ne se doute pas encore que leur voyage s’avérera bien dangereux. Les sbires d’Hitler préparent un coup d’état dont le dénouement sera radical.
Derrière les fenêtres du palais, le jeune prince Karil, prisonnier d’un protocole rigide, rêve de l’étang aux libellules et de liberté. Des camps se dressent pour la prochaine fête, plein de jeunesse et de vie. Il a déjà remarqué cette fille si remuante, si expressive, qui semble détenir tout ce qu’il veut. Mais cousine Frederica, comtesse d’Aveling, branche maternelle et anglaise de son arbre généalogique, est pire qu’un cerbère. Le devoir doit primer… mais pour combien de temps encore ?

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Eva Ibbotson est un auteur britannique, née à Vienne en 1925, qui a écrit de nombreux romans pour la jeunesse mais aussi pour adultes. J’ai lu il y a très longtemps « Une comtesse à l’office » et « Les matins d’émeraude ». J’inscris ce dernier dans mes livres préférés et doudous. Avec « L’étang aux libellules », je la découvre dans le registre « jeunesse » et, ayant aimé cette lecture, je continuerai à la lire avec d’autres titres.
Dans les notes qu’elle laisse à la fin du livre, elle raconte qu’elle a été une petite fille timide, bien éduquée par des religieuses en Autriche. Lorsque ses parents d’origine juive ont fui l’Autriche et les nazis, elle s’est retrouvé dans un univers inconnu et peu rassurant. On comprend alors que certaines de ses histoires racontent une grande part de sa vie. Comme Tally, elle s’est retrouvée un jour dans une école extraordinaire… La première partie du livre parle de ce qu’elle a vécu… « De formidables cours de biologie qui commençaient parfois à quatre heures du matin, une cuisinière qui avait posé pour des peintres, une cabane aux animaux remplie de créatures bizarres… Comme Tally, je trouvais difficile d’être « libre » et « progressiste ». Pourtant, je me suis vite attachée à cette endroit, qui a remplacé le foyer que j’avais perdu en quittant Vienne. »
Dans la deuxième partie, le roman prend une tournure plus épique. L’aventure est palpitante car il est question de trahison, d’assassinat et de fuite. Hitler n’est plus une lointaine menace et Tally prend conscience de certaines réalités. Elle n’hésite pas alors à prendre des risques et à combattre tout abus et toute cruauté.

Ce roman plaira aux jeunes car il apporte du rêve, de l’aventure, des intrigues, parle d’amitié, de vaillance, d’intégrité, de solidarité, de belles valeurs, raconte un pan de l’Histoire, et fait voir de beaux paysages.
Une lecture que je vous recommande…
« L’étang aux libellules était hors du temps, à l’abri de la guerre, protégé, intime, magnifique… »

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Eva Ibbotson - Dutton-Penguin Young Readers GroupEva Ibbotson

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