Érable

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Un livre offert par les Éditions Stock

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erable Erable
Saskia de Rothschild

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Jean-Charles Erable, J.C. pour Jésus-Christ, est né dans la nuit du 31 décembre au 1er janvier 1980 à minuit pile, dans les cieux, « à l’intersection du méridien de Greenwich et de l’équateur, longitude et latitude 0° ». Aux dires de sa mère, si fière de cette étonnante probabilité, il ne pouvait vivre qu’un destin extraordinaire !

C’est à l’âge de trente-trois ans qu’on le retrouve dans un service administratif de sa mairie, entrain d’essayer pour la énième fois d’obtenir un passeport en bonne et due forme. Toutes ses tracasseries le paralysent, il se sent impuissant à combattre les arcanes tatillonnes et absurdes de la bureaucratie. C’est alors qu’Erable se retourne sur le passage d’une jeune femme qui lui rappelle son premier et dernier amour. Il se remémore une partie de son enfance, son adolescence, ses études, et nous dévoile petit à petit sa personnalité très complexe (certainement atteinte d’une forme du syndrome d’Asperger).
Extraordinaire ? Oui, on peut dire qu’il le fut, car Erable se refuse toute « humanité ».

Esprit très intelligent, rationnel, polytechnicien à vingt ans, il n’a jamais chercher à tisser des liens avec son entourage, ni sa famille d’ailleurs !  Son père, un faible homme pour qui il éprouve du mépris, sa mère, nourricière abusive à qui il ne pardonnera jamais son adultère, ses sœurs inintéressantes, son unique amour à qui il voue une profonde haine, ses connaissances de bureau qui le fournissent en études de cas… Au fil du temps, il les a observés et fichés un peu à la manière des Renseignements Généraux.
Froid et méthodique, il analyse, structure et s’imagine qu’il pourrait redéfinir leurs vies, les orienter sur d’autres chemins, sur d’autres destinées. Avec lui, il n’y aurait aucune fatalité et les hasards seraient écrits.
C’est ainsi que germe une idée. A partir de toutes ses notes, il va créer « Fortuna ».
Une des premières victimes sera Eglantine, une amie de travail, avec qui il triche depuis longtemps. Il lui offre une façade de sourires, une fausse pudeur pour expliquer son tempérament frigide, quelques invitations pour la flatter et quelques nuits pour se calmer. Les amabilités, les civilités, sont calculées, elles sont des flèches acérées qui tapent dans le cœur des cibles.

Pour un homme qui n’a jamais eu de réelles ambitions, « l’œuvre », est programmée pour prendre une belle envergure. Conscient de ce fait, il se cherche un partenaire qu’il trouve en la personne de Thomas Berger, un ancien photographe, très riche, qui vit reclus dans son appartement depuis les morts tragiques de sa femme et de sa fille.
Il tisse autour du projet tout un conte et se garde de dévoiler ses réelles motivations. Mais qu’elles sont-elles en définitive ? Peut-on dire qu’au premier jour, il y eu la haine, au deuxième, la vengeance…
Thomas, auréolé d’altruisme, est prêt à influencer la providence avec lui. L’aventure « Fortuna » peut commencer… Un immense hangar, des ordinateurs partout, des milliers de fils qui vont rechercher leurs proies.
Sous la couverture d’une coopérative de produits bio qui connecte en ligne directe les agriculteurs de proximité aux consommateurs, Erable et Thomas pénètrent les maisons comme le fait le loup du Petit Chaperon Rouge, avec un panier, des légumes et un pot de miel.

« Confiez votre vie à Jean-Charles Erable. Son métier : contrôleur de hasard, sa mission : réécrire votre destin. »

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Ce livre sait attirer l’attention par sa quatrième de couverture. Quatre petites phrases qui commencent par « Marre de la routine ? ». Oui ! ça interpelle le futur lecteur… Qui n’a pas eu envie de changer le cours du temps et de jouer les apprentis sorciers en réécrivant quelques pages de la vie ? Alors c’est avec un réel entrain qu’on commence à lire l’histoire d’Erable…
Il n’est pas facile à comprendre, ni à aimer. Très tôt, il a ressenti une supériorité sur les autres, aussi bien intellectuelle que morale. Il se détache de tout affect et relègue les émotions aux plus faibles. Il est si dédaigneux avec le commun ! C’est donc avec une petite retenue que j’ai lu les confidences de ce manipulateur à sang froid. Mais très vite, l’histoire folle divertit et nous plonge dans l’insensé. Des connexions, des images, des identités, se modèlent, prennent forment. Fortuna est un Golem. Sans trop disséquer la trame du scénario, j’ai pris plaisir à lire les débuts de l’aventure racontés avec entrain et fantaisie. Erable qui adopte souvent le rôle du contemplateur, s’investit… d’esprit et de corps. Il en est touchant. Le roman s’étoffe d’une palette de personnages intéressants que j’ai eu plaisir à suivre. Cependant… si je divisais le livre en quatre parties, j’avouerais que les chroniques qui s’enchaînent dans la troisième partie lassent un peu. Je me suis sentie moins « impliquée ».
Pour conclure, j’ai aimé lire cette histoire originale, à la belle plume. Bien des sentiments accompagnent l’intrigue car si l’enjeu est malhonnête, on est dans la quête du bonheur, de l’amour, d’un monde meilleur. La fable a sa morale, pas si heureuse pour certains, si triste dans le genre « je saigne et même pas mal ! », amère, tragique, mais pour d’autres, elle est la rédemption tant espérée. Il y a de l’effet papillon. Émouvant.
Je ferme le livre et je m’interroge encore sur Erable…

Ce livre est le premier roman de Saskia de Rothschild. Je le recommanderai.
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D’autres billets chez L’Irrégulière, Noukette,

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EDWARD HOPPER
Tableau d’Edward Hopper – Room in New York, 1932

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