Jardin rêvé, jardin brodé

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hallenge Chlorophylle
Challenge Petit Bac d’Enna – Catégorie fleurs

 

 

Jardin rêvé, jardin brodé
Cécile Franconie

 

Cécile Franconie est une créatrice bien connue dans le monde du patchwork, du tricot et de la broderie. Son travail, très reconnaissable, est magnifiquement ouvré, façonné de perles, de rubans et de broderies, l’harmonie des couleurs est admirable, et le rendu, entre le baroque et le bucolique, est toujours précieux.
Avec ce livre, nous pénétrons dans son jardin, un jardin que nous retrouvons photographié sur son blog aux teintes des saisons. Des gros plans de fleurs et de bestioles qu’elle range artistiquement entre deux créations textiles.
Pédagogue, elle offre son savoir-faire à travers des tutos qu’on peut retrouver sur son blog « Facile Cécile », dans des livres, tel que celui-ci, et avec des stages.
Jardin rêvé, jardin brodé, c’est 34 fleurs et insectes qui sont brodés et sertis de galons et de rubans. Cécile fait des fiches dans lesquelles elle détaille les fournitures, les points employés et les finitions pour des petites pochettes. Mais en introduction, chose très appréciable pour des néophytes, elle commence par nous montrer les bases dans une leçon de broderie… point de tige, de bouclette, de rose accordéon, de plumetis…

Je vous recommande ce beau livre qui fait fleurir des petits points et qui raconte leurs poésies ; leurs symphonies florales.

 

 

 

 

Mes terrariums déco


Challenge Chlorophylle

 

Mes terrariums déco
Flore Palix

 

L’auteur dit que les plantes disposées un peu partout dans la maison sont « des petits bonheurs intérieurs »… De nos jours, on découvre dans nos jardineries de plus en plus de jardins miniatures agencés dans des contenants en verre. La mode n’est pas nouvelle car l’engouement de ces mini-serres date de plusieurs siècles en arrière. Dès le XVe siècle, des botanistes et des explorateurs ont ramené des plants potagers et horticoles, cultivés et sauvages, qui ont enrichi notre monde végétal. Puis au XIXe siècle à l’époque victorienne, il était de bon goût de collectionner les plantes. On s’entichait d’orchidées, de fougères, de plantes exotiques, et on les présentait dans des pièces appelées jardins d’hiver, sous globes en verre, dans des boîtes ouvragées et d’autres réceptacles précieux…

Exprimer notre créativité en composant des terrariums peut être une activité ludique qui nous apporte de la sérénité et qui développe le sens de l’esthétisme. Avec un peu de substrat (terre, sable de rivière, tourbe, sphaigne, copeaux, fibres…), de rocailles (coquillages, pierres, gravier, pouzzolane (roche volcanique)), un habitacle (bocal à confiture, photophore, vase, bonbonnière, aquarium, théière, grandes éprouvettes…) et des plantes rustiques qui ne demandent pas trop de soins (achetées dans les jardineries ou prélevées dans la nature), on peut réaliser de belles compositions décoratives, poétiques et scéniques, aux formes et aux couleurs très variées.

Un pas à pas pour la base commune à tous les terrariums, certains ouverts et d’autres fermés, précède trente six compositions photographiées qui nous sont présentées avec les consignes pour le matériel et la préparation. Les idées vont du flamboyant au feng shu, de l’aérien à la jungle, et du bucolique pastoral aux coraux qui rappellent les fonds marins. Avec ce livre, vous trouverez assurément votre style !

 

Je vous recommande ce beau livre et vous invite à la création… Ouvrez vos placards, chinez, redonnez vie à de vieux contenants et laissez courir votre imagination ! Regardez dans votre jardin, une petite plante vous attend, prisonnière entre deux pierres…

 

 

 

Un monde à portée de main

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Un livre offert et lu, dans le cadre des matchs de la rentrée littéraire 2018 de Rakuten

 

Un monde à portée de main
Maylis de Kerangal

 

 

Un soir de retrouvailles ; Paula, Jonas et Kate se donnent rendez-vous dans un café pour reprendre contact et revivre quelques instants leur complicité, comme au temps de leurs études dans une école d’art de Bruxelles, où ils se sont rencontrés.

Paula Karst raconte la période d’après le lycée avec ses incertitudes et ses errements, puis sa décision de devenir artiste peintre, plus précisément spécialiste en décor dans l’imitation des marbres et des bois. Dans un entremêlement de souvenirs, tout chronologique, elle s’attache à nous révéler son arrivée à l’Institut, sa recherche d’un appartement qu’elle partagera avec Jonas, les étudiants qu’elle a fréquentés, sa symbiose avec sa classe, les pigments des peintures, les veinures de la matière avec qui elle fait corps, l’odeur de térébenthine qu’ils traînent partout, la fatigue, l’intransigeance de ses professeurs qui espèrent transmettre l’excellence de leur art… Elle dévoile aussi ses sentiments naissants pour son colocataire, une tendresse intuitive, un peu secrète, qui se transmet par les gestes et les regards.
Les souvenirs imbriqués, « Imbricata », dévoilent aussi l’après dans « Le temps revient », jusqu’au présent « Dans le rayonnement fossile ». L’après diplôme avec ses doutes, ses galères, ses allégresses, l’apprentissage, les premières commandes, la dislocation du groupe, inévitable, Rome, Moscou, la quête, l’attente de quelque chose… jusqu’à leur rendez-vous dans le café où Jonas lui propose un travail à Lascaux…

Paula (ou l’auteur) nous transmet dans une très belle écriture un monde de techniques et d’absolu. La créativité demande de la rigueur et une sensibilité exacerbée, un regard précis, méticuleux, amoureux. Une poésie s’en dégage, les mots sont des couleurs, des essences, des émotions, ils sont courbes, lignes, coups de pinceaux.
« Chêne, pin, eucalyptus, palissandre, acajou moucheté, loupe de thuya, tulipier de Virginie ou catalpa, octobre passe et Paula s’en tire, elle est confuse, suante, échevelée, rêve une nuit que sa peau est devenue ligneuse, mais produit des images, même si son panneau se distingue des autres, laborieux, toujours un peu faiblard. Jusqu’au jour où elle entend pour la première fois parler de la vitesse du frêne, de la mélancolie de l’orme ou de la paresse du saule blanc, elle est submergée par l’émotion : tout est vivant. »
Le trompe-l’œil est un art de l’illusoire, mais avec Paula on découvre, ou on arrive à percevoir, qu’il est aussi une porte qui mène vers d’autres univers, plus palpables… à portée de main.

Ce roman a été un plaisir de lecture. Ce que j’ai apprécié le plus, c’est l’évocation des noms des essences, du végétal à la pierre, l’incantation des peintures, et la représentation de son art, comment elle essaie de dompter la technicité, avec persévérance et habileté. Dans un passage, une page presque sans point, les mots racontent une approche alchimiste, charnelle, gourmande, antique.
« … elle ouvre les pots en glissant sous le couvercle la pointe d’un couteau, et découvrant ces surfaces brillantes, ces textures placides et onctueuses comme de la crème industrielle – de la crème Mont Blanc, en bleu -, elle songe aux procédés qui permettaient autrefois d’imiter la couleur du ciel, à ces décoctions dont elle aimait réciter la composition à Jonas, pour le faire rire, pour l’éblouir, pour jouer la sorcière affairée devant ses cornues, l’alchimiste possédant les secrets de la nature et les formules de sa métamorphose, essayant de nouveaux mélanges afin qu’il la regarde, afin qu’il l’interroge ; elle repense à ce bleu que l’on obtenait au Moyen Âge dans les fioles emplies d’essence de bleuet coupée avec du vinaigre et de « l’urine d’un enfant de dix ans ayant bu du bon vin », et à cet outremer que l’on finit par utiliser aux premiers temps de la Renaissance en lieu et place de l’or, mais qui était plus éclatant que l’or justement, et plus digne encore de la peinture, un bleu qu’il fallait aller quérir au-delà de la mer, derrière la ligne d’horizon, au cœur de montagnes glacées qui n’avaient plus grand chose d’humain mais recelaient dans leurs fentes des gouttelettes cosmiques, des perles célestes, des lapis-lazulis que l’on rapportait dans de fines bourses de coton glissées sous la chemise à même la peau, les pierres pulvérisées à l’arrivée sur des plaques de marbre, la poudre obtenue versée dans un mortier… »

Un livre que je vous recommande.

 

Parfum de glace

Un mois au Japon en compagnie de Lou et Hilde

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Parfum de glace
Yôko Ogawa

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Hiroyuki était un créateur de parfums. Talentueux, il arrivait à définir toutes les senteurs et à recréer des essences sur des ambiances et des émotions. Ses études que l’on retrouve dans son bureau, sont poétiques comme des haïkus. Deux ou trois phrases expriment des instants fugitifs et des émois ; ces petites choses qui s’accrochent à nos souvenirs et qui nous font les revivre. « Gouttes d’eau qui tombent d’une fissure entre les rochers. Air froid et humide d’une grotte. », « Réserve de livres hermétiquement fermée. Poussière dans la lumière. », « Frasil sur un lac à l’aube. », « Mèche de cheveux d’un défunt formant une légère boucle. », « Vieux velours passé qui a gardé sa douceur. »
Pour sa compagne, il avait inventé « Source de mémoire » ; notes de fougère, forêt, jasmin, rosée et des fragrances d’après la pluie.
Hiroyuki s’est suicidé dans son atelier en buvant de l’éthanol anhydre, le lendemain de ce merveilleux présent, et aux services des urgences de l’hôpital, Ryoko, la femme avec qui il vivait depuis un an, a bien du mal à comprendre ce geste.

Elle se souvient de sa douceur et de son affection… Pourquoi a-t-il voulu partir ? Pourquoi lui a-t-il menti sur son identité ? Elle découvre qu’il a un frère et une mère, alors qu’il lui avait dit qu’il n’avait plus de famille. Elle découvre qu’il était un surdoué en mathématiques et lauréat de nombreux prix. Elle découvre un autre homme, un excellent patineur sur glace.
Dans une première phase, avec l’aide d’Akira le frère de Hiroyuki, Ryoko retracera l’enfance de l’homme qu’elle aimait. Puis l’étape suivante la mènera à Prague où elle essaiera de déceler l’origine de ses blessures du temps de son adolescence, juste avant la cassure.

L’auteur laisse à Ryoko la narration de l’histoire, et les chapitres se construisent en un jeu de piste, en mêlant les deux étapes de ses investigations. Les souvenirs redéfinissent le portrait de Hiroyuki et aident la jeune femme dans son deuil. Elle n’aura jamais été aussi proche de lui que dans cette quête qui s’ancre entre deux mondes ; « entre réel et imaginaire, symbolique et inconscient ». Tout en délicatesse et poésie, le drame qui est en substance de fond s’articule autour de toutes ses évocations collectées et de certaines scènes imaginées, comme si le fantôme de Rooky (surnom de Hiroyuki) embarquait Ryoko dans ses rêves secrets. C’était un homme d’exception à multiples facettes, multiples parfums, il était ombre et lumière.
Je vous recommande ce très beau livre captivant, hypnotique. L’écriture a la particularité, le parfum, des plumes nippones ; onirisme, pudeur et chimères.

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Noël chez Ernest et Célestine

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Il était quatre fois Noël

avec Chicky Poo et Samarian

 

 

noel-chez-ernest-et-celestineNoël chez Ernest et Célestine
Gabrielle Vincent

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Il n’a pas été facile de convaincre Ernest de faire une fête de Noël ! Célestine qui avait prévu d’inviter tous ses camarades à un réveillon, était à deux doigts de se voir refuser cette joie car Ernest invoquait systématiquement le manque d’argent. Pas d’argent pour les bougies, pas d’argent pour le sapin, pas d’argent pour les cadeaux, pas d’argent pour le repas… Pas d’argent tout court !!!
Nous sommes à une semaine du grand jour, il neige, il fait froid, il y a le vent qui s’amuse à balancer des bourrasques, et Ernest qui ne veut pas abdiquer !
« – … Dis « oui », Ernest, dis « oui » !
– Non ! C’est NON ! Pas cette année ! »
Mais Célestine sait se montrer éloquente avec des mots doux et des câlins. S’ils sont pauvres, ils sont aussi très astucieux. Alors, on commence par aller chercher le sapin dans la forêt, à faire de jolis dessins qu’on enrubanne, puis on va chiner de la vaisselle dans les poubelles et…
… et…  vous le découvrirez en lisant cette belle histoire de Noël, le cœur serré, plein d’étoiles, ému.
Noël est une fête de partage, une générosité de l’âme. Ernest et Célestine vont s’appliquer à donner à cette soirée toute sa magie. Contes, violon, déguisements, farandole, que la fête commence ! Même le petit grincheux du groupe ne résistera pas à l’ambiance et souhaitera revenir le Noël prochain ! Car il y aura une fête… n’est-ce pas Ernest ?

Livre doudou, bonheur pour les enfants, je vous le recommande.

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Bombastica naturalis

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Bombastica-Naturalis 4 Bombastica naturalis
Iban Barrenetxea

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« … un infini potentiel pour le bien de l’humanité. »… Bombaltus Dulcimer est un botaniste-inventeur anglais de la fin du XVIIIe siècle et du début du XIXe. Scientifique un peu fou, il invente et transforme des engins, avec les végétaux. Dans son album, nous pouvons admirer des colonnes corinthiennes avec des feuilles d’acanthes, des buis labyrinthes, une montgolfière-poire, un carrosse-citrouille…
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Bombastica-Naturalis 1… une partition-marguerite

Bombástica-Naturalis-2 un olivier-catapulte,

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… et bien d’autres ! En tout, seize créations originales et oniriques, illustrées superbement, qui nous font voyager dans un monde toujours en mouvement. L’impulsion est donnée par un vélo, des bourrasques de vent, un pas dynamique, une danse, une montre à gousset… L’histoire est plus visuelle que contée, elle laisse part à notre inspiration.

En quatrième de couverture, il est précisé que cet album s’adresse aux enfants à partir de 7 ans et ça me laisse dubitative. Je ne dis pas que les enfants de cet âge manquent de fantaisie et d’imagination, mais je crains qu’ils ne soient pas sensibles à ces chimères.
Je recommande tout de même ce livre pour ses illustrations vraiment très belles.

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Visions Huichol, un art amérindien du Mexique

L’art dans tous ses états de Shelbylee

Un livre offert dans le cadre des Masses Critiques de Babelio
Partenariat avec les Éditions d’Art Somogy

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vision huicholVisions Huichol
Un art amérindien du Mexique
Michel Perrin

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Michel Perrin, ethnologue et anthropologue, s’est spécialisé sur le chamanisme, la mythologie, le symbolisme, l’ethnomédecine et l’art. Lors d’un voyage au Mexique, dans la sierra de Jalisco, de 1989 à 1991, il découvre la culture amérindienne et le peuple Tateikie. L’accueil est peu chaleureux. Ils sont fiers, discrets et réticents envers l’étranger. Des tableaux faits de fils retiennent son attention…
Il y retourne vingt ans après, en 2010, et perçoit un changement. L’écotourisme « a ravivé et transformé » leur art. L’artisanat s’est développé et s’ouvre sur le monde extérieur. On le découvre sur les étals des marchés mais aussi dans les musées.

Dans l’introduction, il se questionne sur deux points qu’il est important de relever…
 » Quelles relations existe-t-il entre la religion et l’art d’une société traditionnelle ?
Comment un art pictural se nourrit-il d’un milieu géographique particulier et d’une manière spécifique de concevoir l’homme et le monde, exprimée par les mythes et les rites ? »

huicholNotre-Mère-Terre
Martin de la Cruz (Niuveme), 1989 – 30 x 30 collection particulière

Ce magnifique livre sur les Huichol est un partage de connaissances (leur histoire, leurs mythes, leur religion, leur culture, leur terre…), de spiritualité (leurs visions…) et d’émotions (leurs créations, l’essence de leur art, l’harmonie des formes, des symboles, des couleurs…).

Les Wirraritai, appelés les Huichol, parlent la langue uto-astèque. Ils habitent sur des hauteurs escarpées (3000 mètres d’altitude) car ils ont été contraints de quitter les terres basses lors des incursions militaires espagnoles du XVIème siècle. Ils se divisent en cinq communautés, des scissions qui représentent le centre et les quatre points cardinaux. Santa Catarina Cuexcomatitlan, San Andrés Cohamiata, San Sebastian Teponahuaxtlan, Tuxpan de Bolanos et Guadalupe Ocotan. Le chiffre cinq est un nombre particulier qui revient régulièrement dans les rituels chamaniques.
Dans les années 50, on a demandé à ce peuple d’artistes d’exprimer par des dessins, leur croyance et leurs rêves. « Quelque cinquante années plus tard, un ethnologue a suivi un chemin inverse. Il a demandé aux Indiens de déchiffrer et d’interpréter leurs œuvres picturales… ». La mythologie huichol se raconte à travers leurs œuvres. Les formes sont « des êtres divins, humains, animaux ou végétaux ». Tout s’imbrique et passe de l’un à l’autre. On ne distingue alors de cette complexité que « les lignes dominantes » et contrastées ; le sombre, la nuit, s’opposent à la lumière, le jour, le désert à l’océan…
Pour nous aider à comprendre (ou à cheminer librement dans notre imaginaire), à reconnaître les formes, un petit répertoire dévoile les principales divinités. Elles sont animales comme l’Aigle, le Cerf, le Loup, le Lézard… elles sont éléments comme l’Eau, le Feu, le Vent, la Pluie… elles sont astres comme la Lune, le Soleil… elles sont végétales comme le Peyotl, le maïs…

Dans un des paragraphes intitulé « Voir, communiquer et créer. Un art chamanique ? », l’auteur note l’influence des traditions religieuses et des rites chamaniques. Après avoir consommé du Peyotl, l’esprit s’ouvre est accède à des strates parallèles, mondes « des ancêtres, des dieux, des esprits, des âmes et des morts ». Leurs visions racontent leurs communions et nous invitent dans « des lieux sacrés ».

Sur des surfaces de contreplaqué recouvertes de cire, ils disposent des fils de laine. Les arabesques peuvent composer des tableaux simples ou très chargés. Comme les peintures ou gravures des Aborigènes d’Australie, (je pense aussi à Picasso et Robert Combas), beaucoup d’énergie, de vie, passe par ces formes. Labyrinthe, carte au trésor, tapisserie aux teintes éclatantes, on peut dire sans paraître vulgaire, qu’on en a plein les yeux !
Suivre le cheminement, se tortiller en tous les sens suivant les remous des fils, faire une pause sur une figure et en découvrir l’expression, les couleurs, son remplissage, chercher l’histoire sans la deviner, se perdre dans les pigments… et rentrer en osmose…

Le livre compte près de 130 créations photographiées, toutes détaillées, expliquées, formulées en proses. Il y a des chemins, des naissances, des prières, des fêtes… un immense univers magnifique, généreux, spirituel, rempli de mystères et de ferveur.

Si vous avez la possibilité et la chance d’aller au Musée d’Arts Africains, Océaniens et Amérindiens de Marseille, l’exposition « Visions Huichol, un art amérindien du Mexique » se tient jusqu’au 11 janvier 2015.

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Un livre à offrir ou à s’offrir.

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108247_1411486651_5-huichol-dieux-que-ns-rencontrons_557x420pJosé benitez Sanchez, 1988 – 61 x 81,5 cm, collection particulière


Les Dieux que nous rencontrons

Un chamane et son aide sont sur des rochers.
L’un d’un côté, l’autre de l’autre.
L’un communique avec Notre-Frère-Aîné-Kauyumari.
Kauyumari a une tête de cerf à quatre ramures.

Du chamane sort un serpent rouge, c’est sa force.
De sa main émane une vibration, c’est un message.
De sa tête pend une ramure de cerf.
Celle-ci le désigne comme chamane.

Notre-Grand-Mère-Nakawé est au centre.
Colibri, messagère des dieux, la convoquée.
Ses messages sont semblables à un masque.
Notre-Grand-Mère en reçoit les paroles.

Notre-Grand-Mère est au-dessus d’un étui chamanique.
Les deux cornes, comme des pinces, sont ses gardiens.
Personne d’autre que le chamane ne pourra le toucher.

Notre-Grand-Mère parle avec l’esprit du dieu Cerf-du-Monde-Obscur.
Ils sont reliés par la tête et par le corps.
Ils échangent des paroles, ils s’envoient des messages.

L’esprit du cerf communique aussi avec Kauyumari.
Le chamane communique avec Kauyumari.
Kauyumari communique avec l’esprit du dieu Cerf.
Le dieu Cerf communique avec notre Notre-Grand-Mère-Nakawé.

Des dieux apparaissent aussi dans les montagnes.
Ils habitent des roches sacrées.

C’est à l’origine des temps, lorsque sortit Notre-Père-Soleil.
Des ancêtres se convertirent en pierres et en rochers.

Tous ceux qui n’atteignirent pas  le Mont-de-l’Aube se pétrifièrent.
Ce sont les kakauyari.

D’un rocher sort une tête, avec trois flèches.
C’est Werika, Notre-Mère-Aigle.
C’est son âme, son expression, sa parole.

Il y a aussi le Cerf-Bleu.
Il guide le chamane dans les montagnes du désert, sur le chemin des dieux.
Deux bâtons à plumes sont près deux.

Points, étoiles et flèches sont des paroles, des pensées, des expirations.
Ce sont celles du chamane, celles du cerf, celles des dieux.
Elles vont des chamanes aux dieux et des dieux aux chamanes.

Tatewari, Notre-Grand-Père-Feu, est près du chamane et de son aide.
Près de l’un est le feu bleu.
Près de l’autre est le feu rouge.
Car le feu naît d’abord bleu, puis il devient rouge.

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