Chéri

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Colette

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Elle est « Nounoune », il est « Chéri ».
Léonie Vallon appelée Léa de Lonval fut une reine dans l’aristocratie des courtisanes. A l’approche de la cinquantaine, fière de son parcours et toujours aussi désirable, elle s’accorde une passade avec le fils d’une de ses amies, Fred Peloux, alors âgé de dix-neuf ans. L’enfant qu’elle a vu grandir est devenu un bel ange.
Six ans d’une relation devenue passionnelle, la dépendance de l’un pour l’autre est toujours aussi forte. Cependant le jeune homme doit se marier et les amants décident d’interrompre leur liaison.
Chéri se plie sans rechigner à son devoir, prenant ce destin comme une nouvelle aventure, et Léa, lucide, laisse son jeune amant la quitter. N’est-ce pas le seul épilogue possible ?
Après cette renonciation, tous deux prennent alors conscience du sacrifice ; le manque est une torture, leur affection était un réel amour.

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J’ai voulu relire ce petit roman après avoir vu l’adaptation filmée de Stephen Frears (un film qui respecte le livre). Il y a fort longtemps, j’ai lu cette histoire après mes passionnantes lectures des « Claudine » et « Le blé en herbe » ; j’étais une adolescente qui avait eu un coup de cœur pour Colette. En regardant le générique de fin défiler, je me posais la question… Qu’elle serait ma lecture aujourd’hui, alors que mon âge approche plus celui de Léa de Lonval que celui de Fred Peloux ?
C’est donc l’esprit moins ardent et plus mûr que j’ai entrepris cette relecture…

Colette dresse un portrait de Chéri peu sympathique. Il est pathétique, capricieux, fantasque, versatile et égocentrique (un beau panel !). Puéril, il joue de sa jeunesse en se laissant materner par Léa. Certaines scènes paraissent pernicieuses, entre réprimandes et câlins ; Chéri se comporte comme un enfant et Léa aime son ascendance sur lui. Femme intelligente qui a su gérer sa carrière de courtisane et faire fortune, sa beauté n’est pas son seul atout, elle est une fine tacticienne. Lorsque Fred, à peine sorti de l’adolescence, lui fait des avances, elle est flattée et n’hésite pas à entreprendre une liaison. Cela ne surprend même pas Madame Peloux mère qui en est spectatrice… Il faut que jeunesse se fasse ! Ce qui ferait sursauter aujourd’hui, n’avait rien de scandaleux à l’époque.
Petit aparté, Colette a écrit ce roman en 1912 et c’est en 1920 qu’elle l’a fait publier. Il faut préciser qu’il était annonciateur de ce qui allait arriver… A quarante ans, elle a « initié » un jeune homme de dix-sept ans, Bertrand de Jouvenel, le fils de son époux, et leur histoire a duré cinq ans.
Il faut une rupture pour que les amants se rendent compte de leur attachement. Léa en perd le souffle. Elle se trouve vieillie, cache les plis de son cou sous un rang de perles, se sent abandonnée, bien seule, et dans le vide de son lit, appelle Chéri. Fred est atteint de spleen, tout l’ennuie. Il délaisse Edmée, sa jeune et belle épouse, devient même grossier et méchant avec elle. Nounoune a toujours était dans le paysage familial de Chéri, elle lui manque énormément. Le drame amorce sa spirale et enlève toute frivolité aux personnages.
Malgré un sursaut illusoire qui amène une dernière ardeur, le couple de Léa et Fred s’éteint malgré les braises encore rougeoyantes. Comme l’amour est cruel !

Jeune, je n’avais lu que la passion, je n’avais pas aimé Fred, ses jérémiades, et j’avais eu de la peine pour Léa. Aujourd’hui, je vois en plus une incroyable modernité et l’affranchissement de Colette. Elle peint une satire de son époque et ironise sur l’empreinte du temps ; la maturité malmenée par la jeunesse. La plume est alerte, vive, taquine, sans complaisance, mais aussi chagrine. Colette conte une triste histoire, le deuil de l’amour.
J’ai aimé le relire avec les images du film, les mots étaient plus colorés, plus parlants.

Un roman à conseiller…

D’autres billets chez Natiora,

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Michelle Pfeiffer dans le film « Chéri »

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