Rossignol


Une semaine illustrée
3ème billet

 

 

Rossignol
Illustrations de Benjamin Lacombe
Texte de Sébastien Perez

 

Serait-ce une chasse au trésor ? Les enfants d’une colonie de vacances découvrent des petits morceaux de papier qui, une fois assemblés, délivrent un message très mystérieux signé de la lettre « R ». Ils aimeraient bien enquêter mais l’intendant Monsieur Jacques les force à aller se divertir sur la plage où des jeux les attendent. Le lendemain, un autre message leur parvient… Le premier faisait l’éloge de Hugo, le champion du ballon, et ce second parle de Monsieur Jacques, de son esprit rêveur et bienveillant.
Jour après jour, les enfants sont ainsi « épinglés » à tour de rôle, avec des poèmes de « R » qui racontent en quelques vers leurs personnalités. Puis un jour, une flèche de sable formée sur le sol leur indique une direction à prendre.

« Il y a des mots que l’on doit dire soi-même. Rendez-vous dans le vieux théâtre abandonné »…
Plein de bouts de papier punaisés sur les cabines de plage les invitent au théâtre d’un vieux manoir. Là-bas, découvriront-ils enfin le fantôme-poète qui les observe ?

 

Lorsqu’on pénètre cet album, c’est tout un univers à la Jacques Tati qui s’implante, bande-son comprise ; une atmosphère douce caressée par un petit air léger, bercée par les cris des goélands, parfumée des embruns iodés, teintée des couleurs surannées des années 50, et empreinte de poésie et de bonheurs simples. Sébastien Perez pour les mots, Benjamin Lacombe pour les illustrer, les deux compagnons racontent l’histoire d’un petit garçon très timide, vulnérable, qui rêve d’avoir des amis. « R », pour Rossignol surnom donné par sa maman, cherche à appâter l’intérêt des enfants d’une colonie de vacances avec son jeu de piste. Les petits bouts de papier sont comme des miettes de pain qu’il lancerait aux oiseaux.
Je vous recommande ce beau livre, source d’heureuse mélancolie et de magie.

 

 

 

L’Esprit du Temps – I

La BD du mercredi chez Mango

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L’Esprit du Temps
Tome I
Benjamin Lacombe

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Au Japon, la princesse Setsuko, seize ans, est en âge de se marier. Son père, aimant et généreux, lui accorde le droit de choisir son promis.
En ce jour d’attente, où elle espère voir son ami d’enfance Xao Ping, futur empereur de Chine, qui revient d’une absence de trois ans, elle reçoit la visite de l’un de ses plus fervents admirateurs, le prince Daïo. Refusant ses cadeaux somptueux et sa présence, Setsuko se montre impatiente et guère prévenante, en abrégeant la visite et en se réfugiant auprès de son père l’empereur, à qui elle dévoile ses sentiments pour un autre.

Xao Ping revient pour une très belle raison. Il demande la main de la princesse de son coeur, Setsuko. Cette union est bénie et fait le bonheur des deux jeunes gens.

L’histoire de cette hyménée s’arrêterait certainement à « ils vécurent heureux… », si le prince Daïo ne voulut pas se venger… Sous les traits d’un séduisant personnage se cache le dieu de la mort Daïtoku qui ne supporte pas l’affront.
Le soir même, alors que Setsuko essaie son kimono de mariée, elle subit les représailles en devenant invisible et en disparaissant dans une prison-palais.

Le temps n’a plus la même valeur et c’est en s’échappant de la forteresse que Setsuko s’aperçoit que deux siècles ont passé. Pour retrouver la matérialité de son corps, elle devra accomplir un acte qui semble impossible.
Seul l’Esprit du Temps peut l’aider…

« Ma chère et tendre Setsuko,
Tu as eu l’insigne honneur que je te choisisse pour femme. Ce temple m’est dédié à moi, Daïtoku, dieu de la mort. Il est dorénavant ton abri pour l’éternité. Tu ne peux en sortir qu’en prenant possession d’un corps qui rentrerait dans le temple. Afin que ton absence ne soit pas trop longue, tu as le temps que la lune soit pleine pour revenir. Dans le cas contraire, le corps me reviendra de droit, tu es désormais un esprit éternel et immatériel. Dès que tu rentres en contact avec un humain. Le seul moyen pour toi de te rematérialiser définitivement est de donner à l’être que tu aimes un baiser d’amour.
Tu dois donc m’aimer !
Daïtoku »
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Ce conte est paru en 2003. Benjamin Lacombe s’est essayé à la bande dessinée et a oeuvré en tant que scénariste et illustrateur. Il raconte à la fin de son album que ce premier tome est un prologue. Son esprit du temps, dans une première époque, narre l’innocence, la candeur de Setsuko, et le châtiment de Daïtoku. A travers les siècles, il entrainera le lecteur dans des thèmes plus ancrés dans l’Histoire et « les problématiques du Japon » : racisme, l’arrivée des Portugais au XIVème siècle, les croyances, jusqu’à « la seconde guerre mondiale avec le fanatisme et les propagandes ».
On retrouve l’univers de l’auteur dans sa poésie, sa mélancolie et les thématiques de l’amour, la mort et l’éternité. Aux saveurs de l’Asie, du folklore, des fables mythologiques, on est dans le rêve et le fantastique.
De son dessin, après différentes études, il en a saisi « l’essentiel ». Sa facture graphique épurée se pare de rondeurs. Si ses extérieurs sont des estampes, il marie le reste à des formes plus modernes qui rappellent certaines animations. Ainsi, je trouve que Daïtoku et son génie ressemble à des personnages de Dragon Ball Z !
Les traits sont expressifs, harmonieux et diligentent des mouvements gracieux, aériens.

Un peu surprise au début par cette imagerie qui ne me rappelle pas les autres illustrations de l’artiste, j’ai pris plaisir à lire cette histoire et à dévorer des yeux les vignettes. J’ai hâte de lire la suite.


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Grimoire de sorcières


Voyage de Lou et Hilde, destination Halloween
Je lis des albums, chez Hérisson

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Grimoire de Sorcières
Benjamin Lacombe
Sébastien Perez

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C’est à nos risques et périls que nous ouvrons ce grimoire. On nous met en garde avec tout le sérieux que l’on peut conjecturer. La curieuse que je suis, ne peut suivre le conseil. Il est des histoires que l’on doit taire, que l’on doit ignorer. Si par mégarde notre indiscrétion les réveille, alors il faut assumer.

« Enfin, ne vous fiez jamais aux apparences, elles sont souvent trompeuses. Et rappelez-vous que l’histoire est sans fin tant que le don est transmis… »

Les personnages sortent des pages et se présentent. Femmes de légendes, elles sont les gardiennes des secrets des sorcières, leurs ancêtres. La première fut Lilith.

Lilith

Lilith et Adam sont nés le même jour, d’une terre argileuse, pour peupler la Terre. Au Paradis, Lilith était avide de connaître tous les animaux et les végétaux. Adam, plus craintif, s’en abstenait et la réprimandait. Un jour, hors du jardin d’Eden, Lilith rencontra des anges aux ailes noires, des créatures déchues. Les terres en bordure du Paradis étaient le royaume de Belzébuth, un démon…
L’histoire est la vengeance d’une femme trahie par son compagnon qui lui a préféré une plus douce amie, Eve. Pour accomplir sa revanche, elle a marchandé son âme au démon. De cette alliance, il s’est transformé en un serpent pour offrir la pomme à la naïve Eve.
Lilith est la mère des sorcières, des âmes maudites.
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La seconde fut Isis, Egypte, déesse de -2500 à 535
Isis avait pour frère Osiris et Seth. Mortelle, elle rêvait d’être une déesse. Elle avait des « yeux couleur de l’eau » et son regard intimidait le monde. Savante sur l’utilisation des plantes, elle s’en servait pour faire le bien comme le mal.
Isis et Osiris furent un jour convoqués par le dieu Ra…

Léonora

Délicatement, nous tournons la page et nous rencontrons Mélusine, Yama Uba, Gretchen, Jehanne, Lisa, Malvina, Léonora, Mary et Anny, Mambo, Olga… jusqu’à Lisbeth. Les philtres, les visions, le vaudou, les malédictions, les secrets sont distillés.

Mary et Anny, soeurs siamoises

Le grimoire, comme un arbre généalogique, livre au fil  des siècles des noms bibliques, mythologiques, des noms légendaires, historiques. Leurs destins pour la plupart sont tragiques. Déçues et trahies, elles profanent et sont damnées. D’autres, sont héroïques et attisent les jalousies et les peurs. Et d’autres encore, ont soif de pouvoir, leurs désirs et leur avidité les perdent.
Des sorcières, des démones, des filles de Belzébuth, elles ont parfois de beaux gestes envers l’humanité ; soigner, protéger et aimer.

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Olga

Descendante des anciennes, née en 1975, Lisbeth se doute bien que les prémonitions qui l’habitent ne sont pas communes. Petite fille solitaire de dix ans, elle sauve son petit voisin Edward d’un grave accident. Amoureux, il était parti lui chercher une ellébore pour son herbier. De ce jour, elle prend conscience de ses pouvoirs et oeuvrera toute sa vie pour le bien et la vie.


Lisbeth

Un album fait par deux auteurs talentueux. L’univers de ces deux hommes a un parfum onirique. Dessins, couleurs, histoires contées sont un ravissement. Il est très difficile d’en définir l’essence tant la richesse est dense. On contemple avec émerveillement chaque détail des peintures, ombres et lumières, chaque mot lyrique et sensible, chaque invention et fantaisie.
Le drame, la barbarie, la noirceur des histoires ne peuvent pas être lus par les jeunes enfants. Ce grimoire ne doit être découvert qu’à un âge affranchi. Il est bien recommandé à la première page toute prudence… et de faire « le bon choix ».

Ce grimoire est précieux. Offert par mon amie Somaja, au sourire bienveillant, il est un relai vers les mondes fantastiques. J’y pénètre confiante. M’y perdrais-je !

A bientôt…


Des billets chez Soukee, Liyah,

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