Peindre sur le rivage

 

Mercredi BD dans le cadre nordique de Cryssilda
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Peindre sur le rivage
Anneli Furmark

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Hélène, une femme d’une quarantaine d’années, se replonge dans le journal intime qui retrace son année 1990. La première page commence en septembre, alors qu’elle vient de quitter Stockholm pour aller étudier dans une école d’art au nord du pays, et la dernière page boucle ses confidences en juillet 1991.

Logée chez une vieille dame qui a aménagé le haut de sa maison pour des locataires, elle liste des codes de bonne conduite et se promet de rester concentrer sur son travail. Mais dès le premier jour d’école, elle fait des connaissances et se rend compte qu’il lui sera difficile de tenir ses nouvelles résolutions.
Elle raconte le paysage qui dans un premier temps ne l’enchante guère, la lumière particulière, Iris sa logeuse, Irène sa nouvelle amie, ses professeurs, Evald, un vieux peintre bohème qui parcourt les rivages en quête d’inspiration, et Lauri Stenman, un peintre reconnu qui vient passer trois semaines dans son école… Elle parle aussi d’une question qui la taraude : « Qu’est-ce que l’art ? ». Peu sûre d’elle, à la recherche d’un style, d’une œuvre à réaliser, elle admire l’impétuosité et la détermination d’Irène. Son destin semble encore incertain et rempli de doutes. En tant que femme, en tant qu’artiste, quel chemin doit-elle prendre pour s’épanouir ?
En se relisant, elle s’aperçoit que ses écrits tournent plus autour de ses amours que de ses peintures. Entre Irène et Lauri, son cœur déjà abimé par une relation malheureuse n’ose se donner pleinement.
L’année fut riche, les souvenirs reviennent et peut-être quelques regrets.

Cet album est une deuxième incursion dans l’univers d’Anneli Furmark. J’ai donc abordé l’histoire avec plus de facilité que pour la première, sensible à l’ensemble, histoire-graphisme-colorisation. J’ai beaucoup apprécié les paysages déclinés dans les différentes saisons, ainsi que la personnalité d’Hélène qui déploie ses ailes doucement. Si elle semble fragile au départ, on s’aperçoit qu’elle a aussi un tempérament terrien, bien ancré dans son monde.
Poétique, nostalgique, chargée des espoirs et des doutes de la jeunesse, cette chronique sans emphase, toute simple, éclatante de couleurs, a été une belle lecture.

 

 

 

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L’ombre au tableau

Challenge thrillers avec Sharon
Un mois de sorcellerie pour Halloween avec Hilde et Lou

Billet n° 20

 

 

L’ombre au tableau
Susan Hill

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Oliver, le narrateur, rend souvent visite à son ancien tuteur de Cambridge qui malgré son âge avancé, a gardé toute sa vivacité d’esprit et son humour. En cette nuit d’hiver, tous deux se réconfortent avec un excellent whisky, un bon feu dans la cheminée et des anecdotes croustillantes, lorsque le vieux professeur souhaite confier au jeune homme une étrange histoire. Mais avant d’entamer son récit, il lui demande d’aller chercher dans la pièce, un tableau qui représente une scène d’un carnaval à Venise, avec des personnages masqués en bordure du grand canal.

C’est sa tante qui l’a initié tout jeune à l’art et qui plus tard, lui a offert les premières peintures de sa collection. Il raconte la fois où il avait vu ce tableau, l’émoi qu’il avait ressenti lorsqu’il avait surenchéri sur les offres d’un homme qui s’entêtait à le vouloir et qui lui avait proposé une somme exorbitante pour le lui racheter. Il raconte aussi la lettre reçue quelques années après, l’invitant dans le Yorkshire dans le magnifique château de la comtesse d’Hawdon. Il raconte surtout l’incroyable maléfice qui le rattache à elle.

Un personnage de la toile qu’on ne distingue pas au premier abord, semble se mouvoir, jusqu’à pénétrer le monde réel. Et Oliver, désormais dépositaire du secret, se voit contraint de rentrer dans une farandole maudite.

C’est le deuxième livre de l’auteur que je lis et j’ai trouvé dans ce roman un peu plus de ce que je recherchais dans le précédent, angoisse, frissons et ambiance gothique. Toujours de l’ordre de la nouvelle, l’histoire commence comme une énigme à la Arthur Conan Doyle, lorsque Watson écoute son ami Holmes lui raconter une enquête, pour terminer de façon fantastique comme les histoires extraordinaires d’Edgar Allan Poe.
Dans l’ensemble ce fut une lecture sympa, mais pas assez pour m’inciter à lire un autre titre de Susan Hill. Peut-être pour me protéger, je suis restée en dehors du tableau…

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Peinture de Pietro Longhi

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Henry Caro-Delvaille

logo_babelioUn livre offert dans le cadre des Masses Critiques Babelio avec le partenariat des Éditions Faton

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henry-caro-delvailleHenry Caro-Delvaille
Peintre de la Belle Époque, de Paris à New York
Christine Gouzi

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Il est difficile de résister aux livres d’art ! surtout lorsqu’on vous les offre… N’ayant jamais été déçue par les publications des Éditions Faton, j’ai opté pour ce choix lors des Masses Critiques Babelio, séduite avant tout par la couverture et le sous-titre « Peintre de la Belle Époque ». Fin XIXe siècle, début XXe, c’est une période riche, fourmillante, élégante, prometteuse ; l’industrie, les sciences, les arts sont en plein essor.

Pour son doctorat d’histoire, encouragée par l’historien d’art Jacques Thuillier, Christine Gouzi a pris pour sujet le peintre Henry Caro-Delvaille. Elle livre à travers ce magnifique livre, vingt ans de recherches et plus d’une centaine de tableaux. La plupart de ses œuvres ont disparu. Né en 1876 à Bayonne dans les Basses-Pyrénées, fils d’un riche banquier Juif, son avenir était déjà établi dans la banque paternelle, mais ses ambitions étaient autres. Certainement peu sûr de lui, encore trop jeune, ce n’est pas vers ses sensibilités artistiques (danse et peinture) qu’il s’oriente, mais vers l’armée, chez les hussards. Cependant, après un accident de cheval, il est obligé de faire autre chose et se dirige vers la peinture. Dans un premier temps à l’École des Beaux-Arts de Bayonne où il obtient un prix en 1897, puis dans un second temps à Paris où il devient l’élève de Léon Bonnat. Indépendant, il ne se sentira jamais un disciple du maître, aspirant à se sentir « libre ». Libre comme le vent ? Il se plaisait à dire qu’il avait des origines gitanes. Ses cheveux, sa carnation, son regard noir et sa passion pour le flamenco devaient en attester !
Suite à l’avant-propos, l’auteur nous offre un passionnant entretien mené sur plusieurs années, de 1992 à 2005, avec le célèbre ethnologue Claude Lévi-Strauss qui fut le neveu du peintre. Les souvenirs sont riches, la conversation informelle ; le peintre, la famille, l’art et ses différents mouvements, Paris, la société artistique… le témoignage est captivant.


leon-bonnat-et-ses-eleves-de-marie-garayTableau de Marie Garay, « Léon Bonnat et ses élèves »
Huile sur toile, 2,16 x 2,59 m, 1914, Bayonne, musée Bonnat-Helleu
(Henry Caro-Delvaille est placé au bord du cadre.)

Ni de l’impressionnisme, ni du nabisme, rejetant le cubisme et le dadaïsme, sa peinture dite figurative et intimiste, raconte des histoires de son époque, rendant ainsi ses compositions attrayantes auprès du public. Les chapitres « Peinture mondaine et peinture du monde », « L’intimisme », « Les portraits mondains », découvrent les rituels d’une vie bourgeoise ou demi-mondaine (chez la modiste, une partie de cartes, au jardin public, un thé l’après-midi…) et célèbrent l’élégance de la femme qui rayonne aussi dans son rôle de mère. On retrouve ses modèles dans différentes scènes du quotidien qu’il aime peindre. Sa femme et ses belles-sœurs sont souvent représentées. L’auteur dit « des instantanés de vie ».

portrait-de-madame-landry-henry-caro-delvailleDétail du portrait de Madame Landry et de sa fille Hélène
Huile sur toile, 1,21 x 1,61 m, 1902, Amiens, Collection du musée de Picardie


Les commandes pour les portraits affluent. Il pare ses modèles de grâce et de douceur en gommant certaines imperfections. Il n’en délaisse pourtant pas le nu… Dans ce chapitre, l’auteur dit qu’il a commencé tôt à être attir
é par cette étude, influencé par les artistes Grecs. Ses nus ne sont pas statiques, ils accaparent l’espace ; le mouvement en rapport avec la danse (Isadora Duncan, dont il a été l’amant, a été portraiturée nue sous un voile grec en 1917).

la-robe-mouchetee-caro-delvaille« La robe mouchetée »
Huile sur carton, 0,755 x 0,515 m, Paris, Petit Palais

La deuxième partie raconte la communauté juive de Bayonne et les racines de sa famille. Il épouse, en 1900, Aline Lévy, fille aînée du rabbin Émile Lévy… Les trois filles du rabbin ont épousé des artistes peintres ; se joignent à Caro-Delvaille, Gabriel Roby et Raymond Lévi-Strauss (petit-fils du compositeur et chef d’orchestre Isaac Strauss et père de Claude).
En troisième partie ce sont ses voyages en Amérique et son installation. La guerre fait des ravages, traumatise et annihile tout élan. Réformé, il peut honorer des contrats en Amérique et part en 1916 où il reste seul durant un an. Sa femme et ses deux enfants le retrouvent en 1917. Là-bas, il fait des portraits pour renflouer les caisses, mais ce qu’il préfère peindre ce sont des fresques murales… Le succès est moindre, les critiques sont parfois assassinent, les temps changent et l’art célèbre d’autres genres beaucoup moins « classiques ».

henry-caro-delvailleHenry Caro-Delvaille dans son appartement de l’avenue Mozart avec La femme à l’hortensia au-dessus de la cheminée et sur le mur à gauche Groupe païen
Photo de Maurice Louis Branger, 1910

En fin de livre, une chronologie reprend les lignes essentielles de son existence jusqu’en 1928, l’année de sa mort. Je ne m’étendrais pas sur la période à New York, très intéressante, plus moderne, moins idéalisée, car elle compte l’autre moitié du livre… je vous la laisse découvrir.
D’après l’auteur, ce peintre appartient à une génération perdue. Pourtant primé, médaillé, exposé dans les plus grandes villes, et ami des plus grands, l’engouement pour ses œuvres n’aura duré qu’un laps de temps. Elle sous-titre son introduction par « Une gloire déboulonnée ».
J’aime beaucoup les peintures qui illustrent cet ouvrage de qualité. Outre les toilettes élégantes avec manches gigot, mousseline blanche et autres falbalas de la Belle Époque, ce sont les postures des modèles, et leurs regards, qui me charment. L’innocence se mêle à la volupté. Il y a un peu de Proust…
Je vous recommande ce livre et vous convie à rencontrer cet artiste méconnu…

 

caro-delvaille-henry-women-reading-1910-1911Devant la maison blanche
Huile sur toile, 0,66 x 0,813 m, 1910-1911

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Les carnets de Cerise, Le zoo pétrifié – Tome I

logo asphoMercredi BD chez Logo BD Mango NoirMango et ses amis
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Challenge « A tous prix » d’Asphodèle, prix Angoulême 2013, sélection jeunesse

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les carnets de CeriseLes Carnets de Cerise
Le zoo pétrifié
Tome I
Scénario de Joris Chamblain
Dessin d’Aurélie Neyret

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Cerise est une petite fille de dix ans et demi qui souhaiterait devenir écrivain comme sa voisine, Madame Desjardins. Sur les conseils de cette dernière, elle raconte sur un cahier, qu’elle illustre aussi de dessins, tout ce qui se passe dans sa vie… sa maman, ses amies Line et Erica, son entourage… et commence son journal par « Il était une fois ». 
Pour être romancière, il faut savoir observer les choses, et pour écrire une intrigue captivante, il faut chercher l’inspiration tout autour de soi. Ainsi, Cerise reste à l’affut…
« … regarder les gens, à essayer de deviner ce qui se cache derrière les apparences, ou du moins à percevoir ce qu’elles veulent bien exprimer. »
Avec l’assistance des frères de Line et Erica, les trois amies construisent une cabane perchée dans un arbre. Du haut de ce promontoire, elles peuvent tenir des séances secrètes mais aussi surveiller le monde. Comme elle le note « Avant chaque début d’intrigue, il faut planter le décor. »
Le décor est planté ; la cabane, l’arbre, la forêt. Ne reste alors à Cerise qu’à raconter son histoire, du « Monsieur Mystère »…

Il était une fois… un vieux monsieur bizarre qui circulait dans la forêt, toujours chargé de pots de peinture. Il était une fois, trois copines très curieuses qui décident un jour de le suivre et qui se font semer. Il était une fois… Cerise qui s’aventure toute seule sur les traces du vieil homme et qui découvre le plus merveilleux des endroits qu’elle n’ait jamais vu… un parc zoologique abandonné avec des animaux particuliers… ils sont peints. Elle est mille fois enchantée ! car son autre passion après l’écriture, est le dessin.
Cerise nous raconte ce vieux monsieur, son monde, et toute la magie qui s’en dégage.
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Suspendue à la plume de Cerise, j’ai beaucoup aimé son univers et ses réflexions. Elle est une petite fille adorable qui apprend à canaliser sa curiosité et son imaginaire par l’écriture (ce qui ne l’empêche pas aussi d’être active). Du haut de ses dix ans, elle découvre du monde, ses subtilités, ses petits secrets et ses différences. Lorsqu’elle pénètre le parc de Michel (le vieux monsieur), ce n’est pas simplement son beau travail de peintre animalier qu’elle admire, elle parvient à redonner vie aux images endormies et va aider Michel à rebâtir ses rêves. Solidarité, amitié, partage, Cerise arrive à fédérer ses amis, Madame Desjardins, sa mère et plein d’autres personnes pour faire renaître la réserve. C’est bien reconnu, l’union fait la force !
Avec l’histoire de Joris Chamblain, le graphisme… Aurélie Neyret nous offre de superbes illustrations, douces, vives, expressives, naïves lorsqu’elle représente les dessins de Cerise, si sûres lorsque ce sont les fresques animalières. L’album est riche en détails, en coloris, en espaces. Il mêle deux parties, l’évocation du journal intime de Cerise et l’aventure de notre future romancière.
Cet album a été primé au festival d’Angoulême de 2013 pour le prix Jeunesse et c’est bien mérité !
J’ai beaucoup aimé, je vous le recommande…
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D’autres billets chez Mango, Jérôme, Noukette, Moka, AcrO, Bianca, Bladelor, L’Or,
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Chine 365 us et coutumes

Chine 365 us et coutumesChine, 365 us et coutumes
Sophie Francoeur et Anne-Marie Cattelain Le Dû

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Ce petit livre aux « 365 us et coutumes » mêle deux civilisations, la Chine d’hier de Confucius à celle d’aujourd’hui si trépidante. Enluminé par de belles illustrations colorées, dragons, fleurs, rosaces géométriques, il avive nos sens et notre spiritualité.

Pays secret, Empire Céleste, le voyage nous convie à lire cinq parties…

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Vie en société
« 35. Oups !
Si dorénavant la bienséance veut qu’on mange sans déglutir bruyamment et sans roter, les Chinois, même éduqués, continuent d’affirmer qu’il est impossible de manger sans émettre des bruits naturels. »

Histoire de famille
« 85. Le bon moment pour le mariage
Aujourd’hui encore, beaucoup de jeunes Chinois, sous la pression de leur famille, consultent un astrologue pour qu’il fixe la date de leur union. Un calcul qui prend en compte le signe astrologique de chacun des fiancés. »

Culture et loisirs
« 161. Parfum d’ambiance
Un calligraphe peut utiliser de l’encre en bouteille mais il préfère la délayer lui-même à partir d’un bâton à encre. Cet exercice prend du temps mais permet de se concentrer, de se couper du monde. Et le parfum particulier du noir de fumée de sapin servant à fabriquer le bâton crée une atmosphère propice à la calligraphie. »

Croyances et fêtes
« 196. Slogans à tout-va
Des slogans officiels ou de sociétés privées sont affichés partout. En général ils se composent de deux parties, chacune répondant à l’autre en termes de grammaire
et de caractères, tels que : « Ne pas oublier le peuple quand on administre les affaires politiques ; ne pas oublier la probité quand on est au pouvoir » ; ou encore « L’ensemble du Parti participe au mouvement de construction et de conquête ; l’ensemble du peuple construit une ville civilisée. »

Vie privée
« 294. Le Tigre téméraire et sensible
Déterminé, courageux, séduisant, charismatique, le Tigre est aussi versatile, sujet aux sautes d’humeur, au stress, ultrasensible, ce qui lui vaut des inimitiés. Il est le roi terrestre. »

Un art de vivre, une philosophie, de la sagesse… Chaque jour, on peut s‘amuser à méditer ce qu’il nous révèle.
Dans la même édition, vous trouverez le Japon, le Maroc et l’Inde. Ça peut faire un sympathique cadeau en début d’année.

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Le maître des estampes

logo illustrations« Animaux du monde » de Sharon
« Je lis des albums » d’Hérisson


Une semaine d’illustrations, du 26 janvier au 01 février

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Le maître des estampesLe maître des estampes
Dedieu

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« Un riche mandarin de la prospère province du Siam » admire chez un ami une estampe. Saisi par la beauté du dessin, il propose de la lui acheter ! La réponse est négative, mais il s’en retourne chez lui avec le nom et l’adresse de l’artiste.
Ne perdant pas de temps, le mandarin se rend chez le maître des estampes pour lui commander un dessin. La tractation se fait moyennent un délai de six mois et la somme de cinq mille yens, la moitié payable d’avance.
Pour l’artiste et celui qui a passé commande, la notion de temps n’est pas la même. L’un s’impatiente, l’autre puise son art dans la contemplation et la méditation.
Le jour venu, après tous ces mois, le maître amène un rouleau de papier vierge qu’il déroule devant le regard surpris du mandarin très agacé. En quelques coups de pinceau, l’œuvre prend vie et subjugue. C’est un petit écureuil qui descend d’une branche de bambou… magnifique !

Le conte aurait pu s’arrêter à la satisfaction des deux parties, mais l’histoire prend une autre tournure lorsque le mandarin refuse de s’acquitter du restant de la somme demandée ; le maître n’ayant mis que quelques minutes pour tracer l’estampe. Que pensez-vous que le maître fit ?

La fable a sa morale, belle, sensible, spirituelle et d’une honnêteté très digne. La vraie valeur de l’art ne se trouve pas que dans le dessin, elle est aussi dans l’étude et l’inspiration. Pour reproduire la vie, la beauté, il faut d’abord l’approcher, l’analyser et l’apprendre. Pour le maître d’estampes, l’imagination ne suffit pas pour rendre la perfection.
(Cette philosophie peut-être discutée… mais ça serait s’éloigner du message.) 
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Si je devais décrire en deux mots ce conte illustré, je dirais élégante sobriété. L’auteur a su traduire son histoire avec des dessins rappelant la pureté des estampes et en ne colorisant que les tissus des kimonos. Il se rapproche des maîtres qui ont avant lui tracé à l’encre des histoires dessinées. Douceurs, harmonie, grâce, réflexions, intériorisations…
Les personnages sont des animaux. Le mandarin est un cochon bien gras, cupide et fat. Le maître est un renard, dont la posture est droite, altière.
Dans la dernière partie du livre, Dedieu nous offre des esquisses de son cahier d’études. Crayon, encre, un écureuil est saisi sur le naturel. Il montre la dynamique de ses observations, le détaille, l’apprivoise, et finit par rendre au pinceau la moelle essentielle de sa morphologie et de sa quintessence.

Je vous recommande ce beau conte illustré…

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Le décor réinventé

« Lart dans tous ses états » de Shelbylee
Masse critique de Babelio avec le partenariat des Editions Les Ardents Éditeurs
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Une lecture commune avec Lilasviolet

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 Le décor réinventé
Suzanne Lalique-Haviland

Sous la direction de Jean-Marc Ferrer

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J’ai eu le plaisir de découvrir dans la liste des titres proposés par Babelio, dans le cadre des Masses Critiques, le catalogue d’une exposition à Limoges « Le décor réinventé » de Suzanne Lalique-Haviland. J’avais programmé cette visite, qui s’expose jusqu’au 15 avril prochain dans les murs d’un ancien palais épiscopal, le musée des Beaux-Arts, et j’étais ravie de cette opportunité…

J’ai reçu le livre, je l’ai feuilleté, j’ai admiré, j’ai convoité les œuvres, j’ai lu quelques passages, je suis allée à Limoges par une journée froide mais ensoleillée, j’ai vu, j’ai aimé, je me suis sentie plus proche de l’artiste, j’ai voulu prendre des photos, hélas ! nous n’en avions pas le droit, j’ai vécu un temps une belle époque, un raffinement, une théâtralité, le luxe, la délicatesse… j’ai pensé que la fragilité et la beauté n’étaient pas éphémères, elles avaient presque l’éternité pour témoigner de leur temps.
Aquarelles, objets précieux, verres opalescents, peintures à l’huile, porcelaines, assiettes, vases, verres émaillés… et des noms qui racontent des voyages et des histoires… Vol d’oiseaux, Aubépine, Calabre, Marocain, Créole, Yzeures, Bengali…

Mots et photos d’un décor réinventé…

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Dans la préface, la ministre de la Culture et de la Communication, Aurélie Filippetti, parle d’un hommage fait à Suzanne Lalique-Haviland, une grande dame de la création « des arts décoratifs à la peinture, du théâtre à l’opéra ». On le lira quelques pages après, que l’artiste, dotée d’un grand talent, était assez modeste et discrète. Cette exposition-rétrospective est la première en Europe.

décor réinventé 2Vase Lagamar émaillé, dit aussi vase Six branches d’ornement,
modèle créé en 1926, verre blanc moulé-pressé-émaillé

La généalogie de Suzanne Lalique se pare d’une lignée d’artistes ; un grand-père et une mère sculpteurs, un père, René Lalique, bijoutier et verrier. Née en 1892, elle passera sa vie à Paris dans le monde des arts. Orpheline de mère à dix-sept ans, son père l’encourage très vite dans ses réalisations et l’intègre dans la société Lalique.
Elle donne une modernité à ses oeuvres et apporte finesse et détails à l’élégance de ses formes. A dix-huit ans, lorsqu’elle découvre l’univers du théâtre et de l’opéra, elle est subjuguée par les couleurs et les compositions qui se modèlent avec grâce dans l’apesanteur des mouvements. Son regard est sollicité par le dynamisme de la « liberté corporelle ». Plus tard, on la demandera pour des décors et des costumes de théâtre.

img100Gouache, peinture métallisée et encre pour projets de tissus, vers 1911-1912

Elle touche à de nombreuses matières, différents univers. La belle époque est la scène de l’Art Déco.
Elle fait des paravents et agence des décors intérieurs avec son père. Elle commence à créer pour les porcelaines de  Sèvres, dès 1911.
« Je suis heureux et te félicite d’avoir été reçue sans appui au concours de Sèvres. Sois heureuse d’être si bien douée et surtout d’être en si bon milieu.
Extrait d’une lettre de son grand-père »

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En 1912, elle expose pour la première fois au Salon d’automne. Elle crée des imprimés pour étoffes, peint sur papier à la gouache ou à l’aquarelle avec des effets métalliques argentés et dorés. Elle entrelace des arabesques végétales, florales, les agrémentant d’insectes comme les sauterelles, les scarabées…
En 1917, elle épouse Paul Burty Haviland, un photographe pictorialiste américain, descendant des porcelainiers. Esthète, il partage avec Suzanne l’amour des arts.
En 1920, elle est décoratrice de porcelaine de Sèvres et de Limoges (Manufacture de Théodore Haviland, dirigée par le cousin de son mari).
En 1937, elle est nommée directrice de la décoration et des costumes de la Comédie Française…
… En 1989, elle repose à Yzeures-sur-Creuse.

Peintre, elle a réalisé des natures mortes qui montrent ses passions pour la décoration, les objets, les collections, le monde du théâtre…

décor réinventé 3Peinture, La Garçonnière ou Les Cravates de Monsieur, 1933

Elle met en représentation les vêtements, les colifichets, les parures, l’intimité et quelques scènes que son œil a photographiés. Dans les dernières salles de l’exposition, les toiles sont mises à l’honneur. Elles sont après ses planches sur les costumes de théâtre, dessins que j’ai aimés le plus, accompagnés de leurs superbes costumes. De la complexités des plissés de la robe de Poppée (L’incoronazione di Poppée de Monterverdi) aux formes pures d’un costume de danseuse (Idomeneo de Mozart), mon admiration était béate.

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Ce catalogue, biographie de Suzanne Lalique-Haviland et de plus de quatre cents illustrations, narre la fabuleuse vie d’une artiste peu commune. Figure un peu secrète, pourtant reconnue, elle mérite d’être redécouverte.
Un beau portrait de femme, une dynastie, un décor précieux, riche, un art de vivre, du début du XXème siècle.

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Des billets chez LilasViolet, Nathalie,

décor réinventé 1Maquette pour un compartiment de train

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