Dans les rapides

Dans les rapides
Maylis de Kerangal


Après « Tangente vers l’est » et « Un monde à portée de main », je retrouve Maylis de Kerangal dans ce tout petit livre qui parle d’adolescence, de démarche identitaire, d’apprentissage et de musique. Cette fois-ci, elle nous mène en 1978 dans le sillage de trois amies qui découvrent le rock-punk avec Debbie Harry du groupe Blondie et une pop-rock baroque avec Kate Bush.

Lycéennes de quinze ans au Havre, elles se sentent un peu à l’étroit, piégées, dans une ville qui est en constante reconstruction depuis l’après-guerre. Inséparables, elles traînent leur jeunesse fardée de noir en quête d’une trajectoire non conventionnelle à suivre.

Il y a Nina, Lise et Marie la narratrice qui nous raconte comment le groupe Blondie est arrivé comme un astéroïde dans leurs vies. Leurs goûts musicaux étant enclavés entre les variétés françaises qu’aiment leurs parents et les standards sans surprise qui passent à la radio, c’est seulement par l’intermédiaire de leurs frères, leurs cousins et leurs amis, qu’elles peuvent sortir des sentiers battus. Alors lorsqu’elles entendent pour la première fois « Parallel Lines » de Blondie, c’est pour elles bien plus qu’un éveil musical, c’est une révélation qui va les sortir de leur torpeur et les faire rêver. Figure iconique, la blonde Debby Harry semble croquer la vie et mener son monde de main de maître.

Dans un tempo percutant, électrique et haché, nous les suivons sur quelques mois de l’hiver, des journées couleur « anthracite », entre le lycée, les sorties avec alcool et cigarettes, les entraînements à l’aviron, leurs béguins, leur désir de partir à New York, et leurs premières disputes ; car entre Debbie Harry et Kate Bush, qui choisir ?
Malgré le rythme rock, l’auteur distille aussi beaucoup de tendresse. Les adolescentes aspirent à une vie plus adulte, plus indépendante, mais elles ont encore la douceur de l’enfance et leurs terminaisons bien liées à leurs parents. Les passages où Marie évoque ses parents sont très beaux.
Je suis une fille de cette génération, j’avais douze ans. Et si je ne me suis pas retrouvée en elles car j’étais d’un genre plus classique, j’ai quand même connu une Nina, une Lise et une Marie qui ont pris ces rapides.
Un roman à découvrir !

 

 

Paul au parc

logoquebec14Logo BD Mango NoirSeptembre, mois québécois, avec Karine et YueYin

Mercredi BD chez Mango

.

.

paul au parcPaul au parc
Michel Rabagliati

.
Le temps de l’insurrection contre l’impérialisme et le colonialisme, les tags sur les murs qui scandent le F.L.Q., les évènements qui bousculent le gouvernement, un raz de marée se prépare… et Paul au parc.

Paul, un gamin d’une dizaine d’années, vit dans une famille aimante, avec ses parents et sa sœur aînée. Face à leur appartement, sur le même palier, il y a le reste de la famille… la grand-mère Denise, la grande-tante Jeannette et l’oncle François. On peut dire que tout ce petit monde vit dans une communauté chaleureuse et protectrice, mais parfois cela peut vite être envahissant.
Paul aime les cerf-volants, dessiner, lire des B.D. et Hélène. Il voudrait bien aussi rejoindre ses copains qui font du scoutisme !
Les chapitres s’enchaînent sur septembre et la rentrée scolaire, la découverte des bandes dessinées, les illustrations, ses dessins, les approches timides vers Hélène, le début des années 70, son enrôlement dans le scoutisme, les camps de vacances, la bande des louveteaux avec Gino, Rémi, Marc, Patrick et Joël, les dimanches à la messe, la neige… et Daniel… le plus sympa des animateurs chez les scouts.

Paul, le petit Biquet à sa grand-mère, va s’épanouir, découvrir l’amitié, l’amour, une parcelle de liberté et surtout le besoin de dessiner.
.Paul 1.
Ce volume est le septième d’une série, « Paul à la campagne », « Paul à Québec », « Paul à la pêche »…, qui raconte un jeune Québécois, de son enfance à l’âge adulte. Souvent primé pour ses albums, Michel Rabagliati reçoit avec Paul des critiques élogieuses et des prix ; Bédéis Causa au Québec, Harvey Award aux Etats-Unis et Prix Public d’Angoulême en France.
« Paul au parc » place l’histoire dans le début des années 70. L’auteur présente Paul dans l’insouciance de son âge, avec ses désirs, ses rêves et son angélisme. On voit le caractère du personnage se profiler, son attrait pour la bande dessinée et son épanouissement dans le scoutisme. La trame de fond a des actualités houleuses qui ne perturbent pas le jeune garçon, sauf dans la dernière partie de l’album où quelques évènements le feront réfléchir. Cette pression ébauchée donne un ton plus sérieux qui enlève un peu de cette superficialité inoffensive.
On lit de l’humour, de la tendresse, les banalités de la vie avec ses apprentissages et ses échelons. Il y a de la nostalgie heureuse (un terme souvent usité de nos jours).
Un bel album qui m’encourage à lire la suite.

A conseiller !

Billets chez Grigrigredin,

.
Paul 2.

.

.