Bagels bien garnis…

Septembre américain avec Titine

Vous trouverez d’autres plats chez les marmitonnes :
Asphodèle – Muffins aux myrtilles
Sandrion – Aubergines farcies
L’Irrégulière – Flan aux champignons et aux courgettes
Enna – Cobbler pommes-myrtilles
Hilde – Coffee cake

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Dimanche dernier, les bagels vus chez Hilde et Enna ont séduit ma gourmandise ! J’ai donc essayé la préparation de Hilde… En cliquant sur son nom, vous accèderez à la recette.

Ces petits pains ont une origine polonaise et ont été importés par les Juifs d’Europe de l’Est en Amérique dans les années 1900.

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Ingrédients :
Pour les petits pains – Farine, levure, sucre, eau, sel, épices et graines
Pour la garniture – Fromage blanc à tartiner, salade, chèvre (crottins de Chavignol), magret de canard, tomates, oignon rouge, ciboulette, poivre 5 baies

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Préparation :
– Faites les petits pains avec la recette « ici ». J’ai mis de l’huile d’olive et j’ai passé un jaune d’œuf sur le dessus avant de mettre des graines de sésame et de pavot.
– Ouvrez les bagels et tartinez l’intérieur de fromage blanc ; les deux parts. Ajoutez de la ciboulette ciselée, puis par couche sur la base… de la salade, des lamelles d’oignon rouge, des moitiés de petites tomates, le magret de canard et le crottin de Chavignol.
– Refermez et écrasez légèrement.
– Pour les crottins de Chavignol, je les ai coupés en deux. Je les ai placés sur une feuille de papier sulfurisé sur un plat. J’ai ajouté un filet d’huile d’olive, j’ai poivré avec les 5 baies et je les ai mis quelques minutes au four.

Verdict : Plus que bon !

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Ils vont tuer Robert Kennedy

Un livre offert par les Éditions Gallimard dans le cadre des partenariats Babelio

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Ils vont tuer Robert Kennedy
Marc Dugain

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Mark O’Dugain, un professeur universitaire de soixante ans, retourne avec sa jeune compagne sur l’île de Vancouver, dans la maison familiale héritée de ses parents lorsqu’il avait quatorze ans. A travers cette maison, dressée sur une falaise de roches noires face au Pacifique, ce sont les souvenirs d’une enfance tourmentée, ponctuée par des moments heureux et insouciants de sa prime jeunesse et ceux qui ont scarifié le reste de sa vie. Il nous raconte les origines de sa famille, une mère Irlandaise et un père d’ascendance juive qui a quitté la France en 1951 pour s’installer au Canada. Il nous raconte le dévouement inconditionnel de l’une, qui vient à contre-courant du sérieux et de la réserve de l’autre, un éminent psychiatre reconnu pour ses travaux sur l’hypnose et les traumatismes endurés par les survivants des camps de concentration.

Ce retour dans le passé s’articule surtout autour de deux évènements tragiques et traumatisants qui détermineront l’avenir de chacun, car le narrateur lie à la chronologie de son histoire, les assassinats des Kennedy, John (1963) et Robert (1968). Les années soixante dans leurs différentes sphères, citent un répertoire de noms fascinants et dévoilent tous les désordres politiques, les névroses et les passions de l’époque. La base sur laquelle tout repose est chancelante et gangrénée.

Élevé par sa grand-mère Maine après les décès mystérieux et suspects de ses parents (suicide de sa mère en 1967 et accident de la route pour son père en 1968), Mark a orienté ses études sur le clan Kennedy. D’un chapitre à l’autre, il alterne les confidences sur sa famille et les informations collectées pour sa thèse qui retracent le parcours et la personnalité obscure des deux frères. Par des concordances et des suppositions étayées de témoignages indiscutables, il nous fait part de ses recherches et de ses conclusions qui fusionnent petite et grande Histoire, ponctuée par un chapelet de morts singulières. Enquête policière, immersion dans le monde de l’espionnage, entre CIA, IRA et MI6, il doit être vigilant et ne pas dépasser la frontière d’une « paranoïa complotiste », comme le souligne dès le début, Madsen, son directeur de thèse…

Intense, inquiétant, manipulateur, le roman maintient le suspense jusqu’à la dernière page et la fiction s’arrange avec l’Histoire, tout en accentuant et démasquant des faits troublants qu’on s’empresse de vérifier sur le net. Si cet enchevêtrement compliqué ne facilite pas notre lecture, il la rend aussi captivante. Quant à la violence, elle est froide, latente, comme une ombre menaçante.
Mark O’Dugain, Marc Dugain, le jeu des noms place l’auteur dans le rôle du narrateur.

Un livre très intéressant de la rentrée, à noter ! Je vous le recommande…

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Cupcakes à la banane et aux noix

Bonjour les Gourmands !

Nous reprenons en ce jour nos rendez-vous du dimanche et nous passerons un septembre américain avec notre hôtesse Titine.

Cliquez et découvrez des idées de recettes chez :

Béa – Lasagnes
Sandrion – Cake aux courgettes
Hilde – Bagels au saumon et à la sauce au fromage, Grimoires de sorcières pour Halloween, et Gâteau au fromage blanc

 

Cupcakes à la banane et aux noix

Ingrédients :
– 150 g de farine
– 80 g de beurre
– 2 œufs
– 70 g de sucre
– 2 bananes
– 1 sachet de levure
– 2 cuillères à soupe de miel
– 1 poignée de cerneaux de noix
Pour la chantilly : Mascarpone, sucre glace, colorants alimentaires et d
écorations.

Préparation :
– Mélangez dans une terrine la farine, les œufs, le sucre, la levure et le miel.
– Faites fondre le beurre et ajoutez-le à la pâte.
– Écrasez grossièrement les cerneaux de noix, écrasez à la fourchette les bananes et mélangez à la pâte. N’oubliez pas d’épargner des cerneaux pour la déco.
– Versez dans des petits moules et mettez au four environ 15 à 20 minutes.
– Sortez les cupcakes et laissez-les refroidir.
– Pour la chantilly, battez au fouet électrique le mascarpone avec le sucre glace et versez quelques gouttes de colorant.
– Mettez la préparation dans une poche avec douille et décorez le dessus de vos gâteaux…
– Mettez au frigidaire vos cupcake pour la bonne tenue de la chantilly.
Vous pouvez également parfumer le mascarpone avec un arôme ; vanille, pistache, citron, café, cannelle…

Verdict : Très bon, mais je dois vraiment apprendre à manipuler les poches avec les douilles sans en mettre partout !
Dans le jaune, j’ai mis du citron. Dans le vert, c’est de la pistache. Et dans le bleu, de la vanille.

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Henry Caro-Delvaille

logo_babelioUn livre offert dans le cadre des Masses Critiques Babelio avec le partenariat des Éditions Faton

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henry-caro-delvailleHenry Caro-Delvaille
Peintre de la Belle Époque, de Paris à New York
Christine Gouzi

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Il est difficile de résister aux livres d’art ! surtout lorsqu’on vous les offre… N’ayant jamais été déçue par les publications des Éditions Faton, j’ai opté pour ce choix lors des Masses Critiques Babelio, séduite avant tout par la couverture et le sous-titre « Peintre de la Belle Époque ». Fin XIXe siècle, début XXe, c’est une période riche, fourmillante, élégante, prometteuse ; l’industrie, les sciences, les arts sont en plein essor.

Pour son doctorat d’histoire, encouragée par l’historien d’art Jacques Thuillier, Christine Gouzi a pris pour sujet le peintre Henry Caro-Delvaille. Elle livre à travers ce magnifique livre, vingt ans de recherches et plus d’une centaine de tableaux. La plupart de ses œuvres ont disparu. Né en 1876 à Bayonne dans les Basses-Pyrénées, fils d’un riche banquier Juif, son avenir était déjà établi dans la banque paternelle, mais ses ambitions étaient autres. Certainement peu sûr de lui, encore trop jeune, ce n’est pas vers ses sensibilités artistiques (danse et peinture) qu’il s’oriente, mais vers l’armée, chez les hussards. Cependant, après un accident de cheval, il est obligé de faire autre chose et se dirige vers la peinture. Dans un premier temps à l’École des Beaux-Arts de Bayonne où il obtient un prix en 1897, puis dans un second temps à Paris où il devient l’élève de Léon Bonnat. Indépendant, il ne se sentira jamais un disciple du maître, aspirant à se sentir « libre ». Libre comme le vent ? Il se plaisait à dire qu’il avait des origines gitanes. Ses cheveux, sa carnation, son regard noir et sa passion pour le flamenco devaient en attester !
Suite à l’avant-propos, l’auteur nous offre un passionnant entretien mené sur plusieurs années, de 1992 à 2005, avec le célèbre ethnologue Claude Lévi-Strauss qui fut le neveu du peintre. Les souvenirs sont riches, la conversation informelle ; le peintre, la famille, l’art et ses différents mouvements, Paris, la société artistique… le témoignage est captivant.


leon-bonnat-et-ses-eleves-de-marie-garayTableau de Marie Garay, « Léon Bonnat et ses élèves »
Huile sur toile, 2,16 x 2,59 m, 1914, Bayonne, musée Bonnat-Helleu
(Henry Caro-Delvaille est placé au bord du cadre.)

Ni de l’impressionnisme, ni du nabisme, rejetant le cubisme et le dadaïsme, sa peinture dite figurative et intimiste, raconte des histoires de son époque, rendant ainsi ses compositions attrayantes auprès du public. Les chapitres « Peinture mondaine et peinture du monde », « L’intimisme », « Les portraits mondains », découvrent les rituels d’une vie bourgeoise ou demi-mondaine (chez la modiste, une partie de cartes, au jardin public, un thé l’après-midi…) et célèbrent l’élégance de la femme qui rayonne aussi dans son rôle de mère. On retrouve ses modèles dans différentes scènes du quotidien qu’il aime peindre. Sa femme et ses belles-sœurs sont souvent représentées. L’auteur dit « des instantanés de vie ».

portrait-de-madame-landry-henry-caro-delvailleDétail du portrait de Madame Landry et de sa fille Hélène
Huile sur toile, 1,21 x 1,61 m, 1902, Amiens, Collection du musée de Picardie


Les commandes pour les portraits affluent. Il pare ses modèles de grâce et de douceur en gommant certaines imperfections. Il n’en délaisse pourtant pas le nu… Dans ce chapitre, l’auteur dit qu’il a commencé tôt à être attir
é par cette étude, influencé par les artistes Grecs. Ses nus ne sont pas statiques, ils accaparent l’espace ; le mouvement en rapport avec la danse (Isadora Duncan, dont il a été l’amant, a été portraiturée nue sous un voile grec en 1917).

la-robe-mouchetee-caro-delvaille« La robe mouchetée »
Huile sur carton, 0,755 x 0,515 m, Paris, Petit Palais

La deuxième partie raconte la communauté juive de Bayonne et les racines de sa famille. Il épouse, en 1900, Aline Lévy, fille aînée du rabbin Émile Lévy… Les trois filles du rabbin ont épousé des artistes peintres ; se joignent à Caro-Delvaille, Gabriel Roby et Raymond Lévi-Strauss (petit-fils du compositeur et chef d’orchestre Isaac Strauss et père de Claude).
En troisième partie ce sont ses voyages en Amérique et son installation. La guerre fait des ravages, traumatise et annihile tout élan. Réformé, il peut honorer des contrats en Amérique et part en 1916 où il reste seul durant un an. Sa femme et ses deux enfants le retrouvent en 1917. Là-bas, il fait des portraits pour renflouer les caisses, mais ce qu’il préfère peindre ce sont des fresques murales… Le succès est moindre, les critiques sont parfois assassinent, les temps changent et l’art célèbre d’autres genres beaucoup moins « classiques ».

henry-caro-delvailleHenry Caro-Delvaille dans son appartement de l’avenue Mozart avec La femme à l’hortensia au-dessus de la cheminée et sur le mur à gauche Groupe païen
Photo de Maurice Louis Branger, 1910

En fin de livre, une chronologie reprend les lignes essentielles de son existence jusqu’en 1928, l’année de sa mort. Je ne m’étendrais pas sur la période à New York, très intéressante, plus moderne, moins idéalisée, car elle compte l’autre moitié du livre… je vous la laisse découvrir.
D’après l’auteur, ce peintre appartient à une génération perdue. Pourtant primé, médaillé, exposé dans les plus grandes villes, et ami des plus grands, l’engouement pour ses œuvres n’aura duré qu’un laps de temps. Elle sous-titre son introduction par « Une gloire déboulonnée ».
J’aime beaucoup les peintures qui illustrent cet ouvrage de qualité. Outre les toilettes élégantes avec manches gigot, mousseline blanche et autres falbalas de la Belle Époque, ce sont les postures des modèles, et leurs regards, qui me charment. L’innocence se mêle à la volupté. Il y a un peu de Proust…
Je vous recommande ce livre et vous convie à rencontrer cet artiste méconnu…

 

caro-delvaille-henry-women-reading-1910-1911Devant la maison blanche
Huile sur toile, 0,66 x 0,813 m, 1910-1911

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Cookies sucrés et salés

logogourmandisesaméricaines
La brigade des Gourmandises et septembre en Amérique de Titine.

avec Sandrion – Scones aux pépites de chocolat
Nahe – Soupe de maïs à l’américaine

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cookies sucrés salésCookies sucrés et salés
Stéphanie Bulteau
Photographies Valéry Guedes
Stylisme Natacha Arnoult

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Savez-vous que les cookies sont apparus en 1930 ? C’est dans le Massachusetts qu’une aubergiste a expérimenté la formule pâte à gâteau + éclats de tablette de chocolat. Elle pensait à tort que le chocolat allait fondre…
Depuis, le cookies est presque un emblème national !
Dans son petit livre, elle développe le goût sucré mais aussi le salé en 31 recettes. Cookies aux abricots et à la cardamome, gingerbread cookies à la nougatine, cookies miel et pistache… et…cookies pavot-romarin et ail confit, cookies olives et amandes fourrés au Saint-Marcellin…
Elle dévoile également ses astuces, son savoir-faire, un côté pratique, qui ravira toutes les cuisinières. De belles compositions, du naturel, de la simplicité et des recettes abordables. What else ?

Donc… l’inspiration est venue et j’ai bidouillé des cookies au chèvre, noix et pavot.

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Cookies au chèvre, aux noix et au pavot

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Ingrédients :
– 1 œuf moyen
– 100 g de beurre mou (salé)
– 200 g de farine
– 1/2 cuillère à café de levure
– Des cerneaux de noix
– Chèvre
– Pavot
– Sel, poivre 5 baies

Préparation :
– Préchauffez le four à 210° (th.7).
– Mélangez le beurre mou avec la farine, l’œuf, la levure, le pavot, le chèvre, les cerneaux de noix un peu écrasés… bref, mélangez le tout !
– Du bout des doigts, formez des boules et aplatissez-les avec la paume de la main.
(l’astuce de l’auteur… mettez au congélateur 30 minutes).
– Disposez les cookies sur une feuille de papier sulfurisé et enfournez environ 20 minutes.

Verdict : Très bon ! j’ai servi avec une petite salade d’endives-pommes-gingembre confit-graines de sésame et une vinaigrette au miel.
Mais à la maison, ils n’ont pas été courageux et n’ont pas voulu goûter.

« – Explique ! Tu as fait des cookies au fromage ??? et le chocolat alors ?
–  …
– T’as pas mis le chocolat ET le fromage, quand même !!!
– …
– Quoi ? pas de chocolat ! Mais un cookie c’est AVEC du chocolat. Sinon c’est pas un cookie !!! »
Et gnagna et gnagna… Je n’ai que des vieux schnocks à la maison !

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scones2

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I love America

logomoisamericain.
Les mois passent et ne se ressemblent pas. Nous avons eu notre voyage ibérique, british, et nous voilà, septembre en Amérique avec Titine.
Comme à mon habitude, je vais mélanger lectures et recettes culinaires. Régalez-vous bien !

Au menu…

06 : Salade américaine, carottes-maïs – Cake aux myrtilles

 

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Le premier Dieu

logo_babelioUn livre en partenariat avec Babelio et les Editions La Baconnière
avec mes remerciements…

Une lecture commune avec Nahe

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le premier dieuLe premier Dieu
Emanuel Carnevali

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« Le premier Dieu » est l’autobiographie de l’écrivain poète Emanuel Carnevali qui fut traduite et publiée en 1978, trente-six ans après sa mort, par Maria Pia Carnevali, sa demi-sœur. Comme l’éditeur le précise dans un mot à la fin du livre, la traduction n’était que partielle, omise ou édulcorée lorsque les écrits parlaient du père et de la religion. Les textes originaux ont refait surface avec la nouvelle version de Jacqueline Lavaud…
Carnevali n’a pas écrit dans sa langue maternelle. Sa plume acérée, violente, ironique, parfois sans pudeur et sans compromission, est en anglais, une langue qu’il ne connaissait pas et qu’il a découverte à l’âge de seize ans en Amérique.

Né en 1897 à Florence, Emanuel est un enfant chétif. Il nous raconte ses premiers souvenirs dans la campagne florentine avec sa mère, sa tante et ses cousins. De son frère, il me semble qu’il n’en parle pas, ou peu (C’est seulement en Amérique qu’une brève complicité s’établira). Il a deux ou trois ans et déjà il perçoit toute la misère qui l’entoure. Des cours chapitres parlent de ce séjour à la ferme et présentent sa famille. Sa mère, belle, altière, si grande dame, désenchantée et morphinomane, une martyre à l’image des Saints qu’elle vénère. Un père qui les a laissés, violent, jaloux, égoïste. Sa tante, comparée à une lionne, qui nourrit tout le monde, câline, maternelle, et qui dans sa rage frappe ses enfants jusqu’à la pâmoison. Ses cousins, des enfants un peu bêtas qui le torturent… Des images, des émois et une attente… Il se décrit comme un enfant observateur, calme et soumis.
Le temps de la ferme sera bref car le manque d’argent les pousse à partir à Biella dans le Piémont, une ville industrielle avec ses manufactures textiles. Cette enfance est bien souvent malheureuse. Sa mère décède, il a neuf ans, et il doit partir chez son père qui s’est remarié. Si au début son père consent à faire un effort affectif envers lui et son frère, bien vite la cohabitation dégénère et ils sont envoyés dans des internats.
Ces années, il va à la manière de Picasso leur donner des noms colorés. « Blanc » pour la première partie avec sa mère, « Rose » pour la seconde, celle au collège « douce et légère », et « Noir » pour la troisième, celle qui correspond à New-York.
Élève brillant, il obtient une bourse pour étudier et découvre les grands auteurs littéraires et la passion d’écrire. La passion, il la ressent aussi pour un étudiant, ce qui fâche le directeur de l’école et le mène à son renvoi. De cette époque, Venise est admirée… l’écriture est exacerbée, grandiloquente, romantique, juvénile, platonique, encore inhabile et vive de tout son amour pour ce jeune ami.  Mais comme les poètes maudits rien n’est simple chez lui. Carnevali est habité par une force tragique, une instabilité qui le pousse vers d’autres horizons. Il va tout quitter et partir en Amérique. En 1914, il n’a pas encore dix-sept ans, il arrive à New-York…

Il vit son exil dans le dénuement le plus total. Vagabond, il va de chambres miteuses en squats, vit de mendicité et de petits boulots. Il est comme on dit un traîne-misère, affamé, en équilibre, perdu dans un tourbillon. Il jette les mots rapidement, tout est effervescence dans cette Amérique d’immigrés, du bas de l’échelle. Le personnage est étrange avec un caractère brusque, entier, fuyant, insaisissable, presque fictif et je dois dire pas très sympathique. Grand amoureux, il admire les femmes, les belles, les moches, les innocentes, les putains, il les aime, il recherche l’attention et l’amour, ça le grandit, ça le rassure… Elles sont toutes « des reines ». En 1917, il se marie mais ne peut rester fidèle. Sa femme est simple, sans éducation. Un jour, alors qu’il cite Shakespeare, elle lui demande qui c’est. Il lui répond qu’il l’a rencontré dans la rue. Aimant et cruel… C’est cette année qu’il rencontre son ami Louis Grudin, un poète, et d’autres auteurs qui vont le propulser dans les cercles littéraires.

Il écrit… il est publié… l’ascension a été douloureuse, la côte fut raide, et tristement, en 1920, on peut dire qu’il est déjà au sommet, il a vingt-trois ans. Épuisé. Les médecins diagnostiquent une encéphalite léthargique. L’indigence est une saleté qui le colle… la maladie, la folie, comme du temps de son enfance avec sa mère et sa tante, le précipice est terrible. Il est aidé par ses amis qui lui offrent les soins et un retour en Italie dans une pension. Il va décrire sa résurrection si éphémère dans les dunes de l’Indiana à vivre comme un sauvage, et ses passages en cliniques et hôpitaux en Italie, cerné par une faune aliénée, viciée, et lui, drogué à la scopolamine. Le délire le rend fantasque. Serait-il Dieu ?
Hôpital, clinique, pension… Il est publié jusque dans les dernières années de sa vie, « porté » par ses amis dévoués, toujours attentifs et présents, qui impuissants devant la déchéance de Carnevali, continuent à le stimuler.
Il est mort en 1942 ; il avait quarante-cinq ans. Et il n’a pas eu la notoriété tant désirée.

« Le premier Dieu » mêle plusieurs récits aux styles différents qui témoignent de l’évolution d’un poète damné. Son identité prend racine dans son enfance et comme le dit  Baudelaire, « … le profane, au rire effronté, souffle gaiement des bulles rondes… »… il se joue de tant de misères. Confessions d’un enfant malheureux, rejeté, mots précieux d’un adolescents, chroniques égocentriques par la suite, puis paranoïaques sur la fin… l’autobiographie emporte le lecteur au-delà des pages. La verve est toujours luxuriante, fine et belle, elle fait mal aussi. La souffrance est sublimée.
C’est en lisant les trois témoignages de ses amis qu’on arrive un peu à cerner l’auteur. Il dit de lui… « Sur mon visage, il y a tout à la fois, la lutte des idées, des impressions, des sensations anciennes et dépassées. Qui a dit que le visage est le miroir de l’âme ? ».

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Extrait tiré du chapitre « Croquis »

« J’ai vu la nuit de petits animaux phosphorescents sur les flancs d’un bateau. J’ai vu bien des choses étranges. J’ai vu également des choses qui ne le sont pas du tout, mais qui concernent le cerveau humain.
La littérature est faite de choses semblables, mais alors l’ensemble est hybride. Il est facile d’en laisser échapper une. J’ai aussi entendu à bord d’un bateau le bruit que produit une corne de brume : il terrifie tout le monde. Ces notations n’ont pas grand-chose à voir avec la littérature. Essayons quand même : épouvantable, ce bruit, surtout la nuit… Non, non, il n’y a rien à en tirer. »


Je vous recommande ce livre.

D’autres billets chez Jérôme,
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.new york 1920

New York, 1920
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