Mariage impossible

ban10« Le mois anglais » avec Titine, Lou et Cryssilda – 15ème billet
Challenges…« XIX siècle » de Fanny et Kheira, « God save the livre » d’Antoni, « British Mysteries » de Hilde et Lou, « Polars » de Liliba et Anne Perry de Syl.

Une lecture commune avec Adalana et Shelbylee

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Série William Monk

Tome I, Un étranger dans le miroirTome II, Un deuil dangereux
Tome III, Défense et trahisonTome IV, Vocation fataleTome V, Des âmes noires Tome VI, La marque de CaïnTome VII, Scandale et calomnie
Tome VIII, Un cri étranglé

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Monk9Mariage impossible
Tome IX
Anne Perry

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Londres, 1860,

Oliver Rathbone est considéré comme l’un des meilleurs avocats d’Angleterre. Reconnu par ses pairs, reçu dans les plus grandes familles et anobli par la reine, il peut être fier de sa notoriété. Perdu dans ses réflexions, il est dérangé par son clerc qui lui annonce une visite.
Suivi pour violation de promesse, l’architecte Killian Melville souhaiterait qu’Oliver le représente lors de son procès. Son histoire, surprenante et bien difficile à comprendre, se résume à une certitude… il n’épousera jamais Miss Zillah, la fille de son client  Mr Barton Lambert. L’amitié qui l’unissait à la jeune fille a été mal interprétée et très vite, il s’est vu piégé dans les préparatifs d’un mariage. S’il refuse l’union, la réputation de Zillah sera entachée, la bonne société lui tournera le dos, elle ne pourra plus se marier et restera une vieille fille bannie. Le procès est donc inévitable.
Lorsque Oliver le questionne sur sa résolution à ne pas se marier, Melville reste hermétique à toute explication. Certes, la demoiselle est très belle, douce, intelligente et amoureuse, elle est de surcroit la fille de son mécène qui lui offre l’opportunité de réaliser ses œuvres, mais pour rien au monde il ne se trahirait pour de faux sentiments et certainement pas pour de l’ambition.
 » – Je suis un très bon architecte, sir Oliver, reprit-il à mi-voix. Certains me trouvent même brillant. je ne devrais pas avoir à me prostituer pour obtenir du travail. »
Pour Oliver, il n’y a pas d’alternative, il assurera la défense du mieux qu’il pourra, mais avant, il demandera à William Monk d’enquêter sur Melville et les Lambert.

Hester Latterly travaille à Tavistock Square, un quartier du nord-ouest de Londres, dans la famille des Shelton. Le lieutenant Gabriel Shelton est revenu des Indes défiguré et amputé d’un bras. Sa convalescence est hantée par des visions du massacre de Cawnpore (voir article wikipédia « Révolte des cipayes ») où ses camarades, des civils, des femmes et des enfants furent sauvagement assassinés. « – Nous étions plus de neuf cents… Nous sommes quatre à avoir survécu. » Physique et psychique sont atteints et pour l’aider à affronter ses cauchemars, les exorciser, Hester lui décrit ses propres souvenirs de Crimée, à l’époque où elle était une infirmière des troupes de Florence Ninghtingale. Même si une horreur ne peut en chasser une autre, même si cette complicité n’est pas du goût du frère aîné de Gabriel, Hester arrive petit à petit à sortir le jeune homme de son enfer. Son dévouement, son courage, son anticonformisme, sont des caractères qui intriguent  Perdita, la femme de Gabriel, qui se trouve démunie face à ce mari qu’elle ne comprend plus. Une autre personne approuve les manières sans fard d’Hester, c’est Miss Jackson, la femme de chambre de Perdita. Bien vite, elle perçoit en Hester une personne fiable et généreuse en qui elle peut confier ses remords. Lors d’une discussion, alors qu’elles en sont à parler du visage défiguré de Gabriel, Martha Jackson raconte la triste histoire de la famille de son frère. Au décès prématuré de celui-ci, sa femme a fui en abandonnant à l’orphelinat ses deux petites filles qui souffraient de malformations au visage et de surdité. Vingt ans après, Martha ne peut s’empêcher de penser à ses nièces et son vœu le plus cher serait de les retrouver. Plus proche du fantasme que de la réalité, ce souhait semble impossible mais c’est sans compter la foi et l’obstination d’Hester qui voue une confiance absolue dans les talents d’enquêteur de son ami William Monk…

Sa bienfaitrice et confidente Lady Callandra Daviot étant en Ecosse, William Monk va chercher auprès d’Hester quelques conseils sur sa dernière investigation. L’âme humaine, en particulier celle des jeunes filles de la bonne société et de « l’inconvenance » à rester célibataire, est moins impénétrable pour elle que pour lui. Les plaisirs de la revoir, de se décharger de ses préoccupations, de la trouver en meilleure forme et bien installée, font qu’il repart  de chez les Shelton réconforté, entreprenant, et nanti d’une deuxième enquête. Les deux affaires paraissent insolubles, tortueuses, et pourtant il se sent plus résolu et téméraire qu’avant. Hester est toujours pour lui une source d’agacements, mais aussi de sérénité, non… mieux, de bonheur.

Le procès Melville-Lambert débute avec toute la hargne de l’avocat adverse qui n’hésite pas à divulguer de façons calomnieuses les mœurs « contre-nature » de Melville. L’affaire prend une telle proportion que, chose inhabituelle, Rathbone se sent vaincu avant même d’avoir commencé. Maître de rien, incapable d’avoir la moindre explication de la part de son client qui se borne à se taire, il est seulement le témoin d’un acte perdu d’avance, découragé et déçu. Cette déception prendra toute son ampleur lorsqu’on l’avertira du suicide de Melville ; un être brillant, fascinant, que tous regrettent déjà.

Pourquoi ? Une question supplémentaire que Monk devra élucider. Sur les traces des nièces de Martha dans le Londres le plus sordide, sur le passé mystérieux de Killian Melville et sur les personnalités de la famille Lambert, Monk va se démener et découvrir tragiquement que toutes les routes mènent à une seule destination.

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Ce 9ème tome de la série William Monk est l’un de mes préférés. Anne Perry me surprend toujours. Si j’arrive parfois à soupçonner le meurtrier bien avant les justiciers, je suis toujours épatée par l’histoire et celle-ci est particulièrement étonnante. Comme souvent, l’auteur aime ajouter à sa trame des fils qui finissent par se rejoindre dans le final ; tout s’imbrique pour ne former qu’une intrigue. On pourrait penser que ce surpassement est excessif et théâtral, mais non… on salue l’imagination.
Dans cette lecture, c’est William Monk qui fera le lien, il est l’électron voyageur. Oliver est accaparé par sa plaidoirie et son client, quant à Hester, elle est au service des Sheldon. Monk, embauché par l’un et l’autre pour des affaires différentes, se verra tiraillé et obsédé. Les deux enquêtes sont difficiles à résoudre, presque impossibles.
Le roman aborde différents thèmes importants de cette époque victorienne. En parallèle et en analogie des mystères, il y a la Compagnie anglaise des Indes orientales et la révolte des Cipayes de 1857 à 1859, la condition de la femme dans la bonne société, l’éducation supérieure et l’homosexualité. Des sujets déjà traités par Anne Perry.
Il est à signaler que ce volume voit la réponse à une question que tout lecteur de la saga Monk se pose… et ce, dès le premier tome. Le cas de Melville, sur le mariage ou le célibat, va faire réfléchir Monk et Rathbone. L’un des deux va se décider à franchir le pas…

Un livre et une série à conseiller +++

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D’autres billets chez Adalana, Shelbylee, LilouSoleil,

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Peinture de James Tissot

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Les enquêtes de Sherlock Holmes, Le diadème de béryls

Le mois anglais avec Titine, Lou, Cryssilda – 12ème billet
« XIXème siècle » de Fanny, « British mysteries » de Lou et Hilde, « Thrillers-Polars » de Liliba

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le-diademe-de-berylsLes enquêtes de Sherlock Holmes
Le diadème de Béryls
Sir Arthur Conan Doyle
Illustrations de Christel Espié

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Londres est dans son écrin hivernal. Les rues glacées et enneigées sont désertes. A la fenêtre de leur appartement, Watson observe un étrange individu qui semble perdu. Sa mise sobre et élégante est en décalage avec son comportement désordonné. Lorsque Watson fait part à Holmes de l’objet de son étude, ce dernier sait déjà que l’homme le recherche et qu’il sera son prochain client.

Son nom est Alexander Holder de la Compagnie Bancaire Holder et Stevenson, la deuxième plus grande banque de la City. Envoyé par Scotland Yard, il sollicite l’aide de Sherlock Holmes pour une affaire très délicate. Entre deux souffles, il essaie de relater les faits…
Un illustre personnage, qu’on taira le nom mais qu’on devine appartenir à la famille royale, lui a laissé en gage un diadème de béryls contre un prêt de 50.000 livres sterling. La transaction ne devant pas s’ébruiter et le prêt devant être soldé dans les jours à venir, le mystérieux inconnu confie au banquier sa caution. Bien embêté avec cet inestimable joyau, Holder décide de l’emmener chez lui pour plus de précaution…
Avant même qu’il n’ait raconté la suite de l’histoire, Sherlock Holmes a deviné qu’il y avait un gros problème avec le diadème… Holder ne voit qu’un suspect, qui se trouve déjà derrière les barreaux, c’est son fils Arthur, qui depuis quelques temps fait son désespoir avec ses mauvaises fréquentations. Trois béryls ont été dessertis et ont été dérobés. Où sont-ils passés ? Arthur se tait, fâché contre ce père qui l’a dénoncé.

A Streatham, le manoir de Holder, Sherlock Holmes et le docteur John Watson recherchent le moindre petit indice. Des empreintes de pas et des tâches de sang maculent la neige et dévoilent un pan de l’histoire. C’est à Londres que l’enquête doit se poursuivre, dans les quartiers les plus chauds du West End… Sherlock revêt le costume d’un vieux vagabond et part comme un chat solitaire sur les traces des voleurs.

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Mon amie Somaja m’a fait la surprise de m’offrir ce magnifique livre illustré. Amoureuse depuis longtemps de Sherlock Holmes, j’ai été ravie de découvrir cette parution (texte intégral) avec les dessins de Christel Espié. De plus, dès le premier coup d’œil sur la couverture, j’ai été plus que séduite par la ressemblance de Sherlock Holmes avec le personnage de la série télévisée, Jeremy Brett, fidèle incarnation de ce héros.
C’est le deuxième album qu’elle illustre car avant celui-ci, il y a eu « L’aventure du ruban moucheté ».

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Détail d’une illustration

Ce livre a de belles dimensions, on peut dire qu’il en impose. Le premier dessin affiche un hiver froid, ouaté par la neige, et l’atmosphère, bien qu’extérieure, paraît feutrée comme un salon. En deuxième illustration, nous avons un portrait de Sherlock, songeur et scrutateur. Sombre dans les tons de bruns et de noirs, seul son visage attire le regard ; je le trouve lumineux. Les chapitres se succèdent avec leurs illustrations, de véritables tableaux, des vues intérieures, extérieures, des gros plans, et des personnages acteurs de l’intrigue. Le travail est très soigné, les couleurs sont éclatantes et chaudes, les détails sont nombreux… jusqu’aux légères fêlures d’une tasse en porcelaine, jusqu’aux reflets… les portraits très vivants… ils posent ou ils sont saisis dans leur naturel… C’est beau !
Après autant d’éloges sur les dessins, vous pouvez penser que l’histoire est secondaire… Nenni ! De forme classique, sans un dénouement spectaculaire, elle a comme toutes les autres nouvelles de Conan Doyle, une magie particulière. Watson spectateur, compagnon fidèle, et Holmes le regard acéré, actif, toujours prêt à se fondre dans les bas-fonds pour établir justice et vérité. L’histoire raconte des tromperies, des déceptions et des réconciliations.

J’aime beaucoup, c’est un coup de cœur, et je vous invite à noter cet album ainsi que le nom de cette talentueuse illustratrice.

Un autre billet chez Louise,

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Sanditon

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Le mois anglais  avec Titine, Lou, Cryssilda – 11ème billet


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sandit11Sanditon
Jane Austen
et Juliette Shapiro
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Sanditon, un village en plein essor sur la côte du Sussex, a besoin d’un médecin-chirurgien. Alors qu’ils cheminent sur la route en direction d’une petite ville pour en dégoter un et l’embaucher, Mr et Mrs. Parker ont un accident de carrosse. Il en résulte une cheville foulée pour Monsieur. Secourus par Mr Heywood, un propriétaire terrien témoin de la scène, ils sont obligés d’accepter pour quelques jours une invitation à résider dans sa demeure.
Enjoué, chaleureux et bavard, Mr Parker est intarissable sur Sanditon. Il voudrait que tout le monde connaisse et apprécie les charmes de ce petit coin qui se transforme en une station balnéaire suivant les ambitions de quelques notables…
Lorsque l’état de sa cheville leur permet de quitter la famille Heywood, Mr Parker propose alors à ses hôtes de prendre avec eux leur fille aînée de vingt-deux ans, Charlotte, pour lui faire découvrir Sanditon.
Charlotte voit en cette aubaine, l’occasion de découvrir une région et de rencontrer de nouvelles personnes. Durant le voyage, Mr Parker s’empresse de décrire un paysage superbe agrémenté de falaises, de plages, un village avec de belles boutiques, et les gens qu’ils croiseront. La plus « importante » de leur petite communauté est Lady Denham, une veuve fortunée de soixante-dix ans qui vit avec sa dame de compagnie, une jeune cousine désargentée.
Sanditon… un cadre enchanteur ! De nouvelles maisons plus pimpantes, plus modernes, grignotent le bord de mer, comme ces nouvelles cabines de bains. Et si la nostalgie pousse parfois à regretter l’ancienne vie, on peut compter sur Mr Parker pour enrailler ce sentiment et s’enthousiasmer avec lui du nouvel environnement.

Promenades vivifiantes, bienfaits des bains, visites courtoises, Charlotte s’amuse de ce quotidien et des gens qu’elle approche. Il faut dire qu’ils ont tous des personnalités bien affirmées, certaines franches, sans fard, comme Sidney Parker (frère de Mr Parker), et d’autres plus finaudes comme Sir Edward Denham (neveu de Lady Denham) qui s’essaie à séduire toutes les femmes avec ses emphases pédantes.
Le séjour n’a rien d’ennuyeux et présage de belles et étonnantes surprises…

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Jane Austen a commencé ce roman en janvier 1817 et n’a pas pu le terminer car malade, elle est décédée quelques mois plus tard. Le livre a donc été repris et terminé par d’autres auteurs…

La version que j’ai lue ne m’a pas trop séduite et je regrette. Y-a-t-il une grande différence avec les autres ?
J’ai aimé le début, l’esprit de l’histoire, l’entrain jovial et exalté des gens de Sanditon, j’ai retrouvé les sujets chers à Jane Austen, des similitudes avec des personnages de ses autres romans, la société du XIXème siècle qu’elle épingle avec une gentille ironie, le paysage balnéaire, les intrigues amoureuses avec ses quiproquos, une palette de sentiments comme la vénalité, l’avarice, la bêtise, la naïveté, la droiture, la sincérité… et je n’ai pas aimé la dernière partie du livre. Je ne sais exactement où la césure s’est faite, mais je peux comparer ma lecture à un soufflé. L’attention monte, monte, pour redescendre.
J’imagine que si Jane Austen l’avait repris et terminé, elle l’aurait façonné avec plus de vivacité et de détails, et je n’aurais vu aucune caricature à son oeuvre. Je ne demandais pas à retrouver l’ambiance de Bath comme elle l’a décrite dans « Northanger Abbey », car Sanditon n’a pas la même envergure, la ville se construit et elle a un charme bien à elle, mais j’aurais aimé plus de subtilité dans les portraits des personnages et dans les romances… Pourtant… Pourtant, tout était réuni et je suis encore à me demander pourquoi je n’ai pas été au rendez-vous…
Malgré ces bémols, ressentis très personnels, l’histoire est intéressante et fait sourire. Ce Mr Parker est tonique et c’est un plaisir de le voir stimuler l’économie de Sanditon. On peut dire de lui que c’est une bonne personne. Le reste de sa famille est également plaisante à lire. Il a deux sœurs, Diana, Susan,  et un frère, Arthur, hypocondriaques, de quoi ravir le lecteur, et un  autre frère, Edward, qui est décrit comme un très bel homme, intelligent et fort sympathique. Je ne parlerai pas de Mrs Parker qui est presque inexistante… En ce qui concerne les autres personnages, Lady Denham est bien au devant de la scène. Riche, elle est la pingrerie personnifiée et fine mouche, car elle ne se laisse pas enjôler facilement. Son neveu Edward est un barbant de la pire espèce et sa petite cousine Clara qui lui sert de dame de compagnie est une petite souris un peu trop candide et pas très sincère. Bien d’autres seconds rôles ont une belle part et interviennent pour divertir le lecteur, et… il y a Charlotte. Charlotte représente un peu toutes les héroïnes de Jane Austen. Elle est intelligente, parfois légèrement moqueuse et a cette posture distante qu’Elizabeth Bennet (Orgueil et préjugés) prend lorsqu’elle analyse son entourage. Elle va jusqu’à ressembler à Emma Woodhouse (Emma) quand elle se méprend sur les idylles amoureuses… C’est peut-être sur elle que ma déception se tourne car je la voulais moins effacée, moins spectatrice de l’histoire.

On est exigeant qu’avec ceux qu’on aime… Plus tard, je lirai le « Sanditon » écrit par Jane et Mary Dobbs ; je voudrais comprendre et voir si on décèle plus les nuances ou si la fusion est complète…

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D’autres billets chez Mind, Alice,

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fr008641-01« A calm » de James Gillray

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Waterloo Necropolis

logomoisanglais5Le mois anglais  avec Titine, Lou, Cryssilda – 8ème billet
« A tous prix » d’Asphodèle, « XIXème siècle » de Fanny, « British mysteries » de Lou et Hilde, « En tout genre » de Miss Léo et « God save the livre » d’Antoni

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waterloo necropolisWaterloo Necropolis
Mary Hooper

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« Londres, 1861, Grace, presque 16 ans, embarque à bord de l’express funéraire Necropolis, en direction du cimetière de Brockwood, pour y dire adieu à un être cher.
Elle fera là-bas une rencontre décisive en la personne de Mr. et Mrs Unwin, entrepreneurs de pompes funèbres, qui lui proposent de devenir pleureuse d’enterrement. D’abord réticente, la jeune fille finit par accepter leur offre, après qu’elle et sa sœur Lily se retrouvent à la rue. Toutes deux ignorent encore qu’elles vont devoir faire face aux manigances de cette famille peu scrupuleuse, prête à tout pour s’emparer d’un mystérieux héritage… »

J’ai cherché partout les notes que j’avais prises lors de ma lecture en octobre de l’année dernière… ça m’a permis de faire du rangement, mais je ne les ai pas retrouvées !
Pour ce roman jeunesse, je ne vous livrerai que le souvenir qu’il m’en reste, une trame encore distincte car j’avais beaucoup aimé ce livre…

Une belle écriture, simple, sobre, intelligente, très documentée, sans mièvrerie, avec juste de quoi émouvoir le lecteur…
L’auteur situe son histoire en 1861, dans le Londres victorien, le quartier miséreux de Sevan Dials, paroisse de Saint-Giles dans le West End (« On disait  que presque trois mille personnes s’y entassaient dans à peine plus d’une centaine de logements… »), et l’immense cimetière de Brockwood. Le Waterloo Necropolis est un train qui relie la ville à la nécropole. Le décor est dans les premières pages gothique, traversé de brumes, revêtu de crêpe noir, mystérieux et angoissant. Les vivants, riches et pauvres, accompagnent leurs morts vers une ultime destination.

Grace est une jeune fille courageuse, honnête et attachante qui doit s’occuper seule de sa sœur Lily, simple d’esprit. Toutes deux ont subi un traumatisme et ont dû fuir le pensionnat qui les hébergeait. La vie est très difficile et pour survivre, Grace doit effectuer plusieurs petits boulots, comme acheter du cresson et façonner des petits bouquets pour les vendre. On découvre alors le microcosme des échoppes, des marchés, et tous les négoces qui s’y attachent. Dans ce monde, les loques ont un prix, tout est monnayable, même l’âme. L’histoire raconte aussi la restructuration des quartiers pour les assainir et les pauvres gens qui se retrouvent à la rue, obligés d’abandonner leurs maigres possessions. C’est ce qui se passe pour Grace…

Lorsqu’on lui propose un rôle de pleureuse (par sa beauté, sa jeunesse, son innocence, Grace suscite de l’attendrissement), elle hésite beaucoup car cet univers lui semble grotesque et indécent. Comédiennes dans la peine, les pleureuses professionnelles devaient accompagner les familles et manifester leur tristesse, alors, que contradictoirement, la bonne société réprouvait tout étalage d’émotions. L’atmosphère vue de l’extérieur est complètement différente, feutrée et fantastique avec tout son décorum, et vue de l’intérieur, c’est une entreprise très lucrative qui exploite et escroque ; les bois vernis et précieux, les étoffes de satins, de velours, de crêpe, les sculptures en plâtre, les couronnes… les rites funéraires sont très anciens, mais en ce siècle, ils sont affaires de commerce.

En dehors du contexte historique de la toile de fond, l’auteur agrémente l’histoire d’une intrigue en mettant en scène un couple de mécréants qui arnaque les familles en deuil et qui menace Grace et Lily. Le scénario a de quoi captiver le jeune lecteur, le faire frémir… car les méchants sont très méchants ! Il est question d’une spoliation d’héritage et d’un mystère très personnel que Grace voudrait élucider. Dès le début et dans des circonstances particulières que je ne dévoilerai pas, elle fait la connaissance d’un jeune homme de bonne famille, James Solent, futur avocat, qui va lui apporter une aide précieuse. Une touche romantique à l’histoire n’est pas pour déplaire…

En fin de roman, l’auteur laisse quelques précisions qui relatent l’épidémie de choléra qui eut lieu en 1840 et qui fut à l’origine de la conception de cet immense cimetière à l’extérieur de la ville. Elle parle également du culte de la mort qui fut instauré par la reine Victoria après le décès de son mari le prince Albert (en 1861, Victoria perdit sa mère et son mari). Elle cite Charles Dickens et explique que ses histoires ont été une source d’inspiration.

Un roman jeunesse et un auteur que je vous conseille vivement. Ce titre a reçu le prix Escapages 2012-2013.

D’autres billets chez Titine, Lili, Bianca, Alice, Noveleen, Anne,

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Le portrait de Dorian Gray

logomoisanglais5Logo BD Mango NoirMercredi BD chez Mango
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Le mois anglais avec Titine, Lou, Cryssilda – 4ème billet

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le-portrait-de-dorian-grayLe portrait de Dorian Gray
d’Oscar Wilde
Scénario et dessins de Stanislas Gros
Couleurs de Laurence Croix

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Stanislas Gros a repris l’histoire d’Oscar Wilde, « Le portrait de Dorian Gray ».
Conformément au roman, il met en scène un jeune homme terriblement narcissique qui se laisse influencer par Lord Harry, un dandy cynique.
Leur première rencontre se fait dans l’atelier de Sir Basil Hallward où celui-ci s’extasie devant son tableau. Tant de beauté, de jeunesse et d’intelligence chez Dorian ! Dans une supplique, il fait promettre à Lord Harry de ne pas le débaucher… mais la tentation pour le diabolique Harry est bien trop belle ! Le chat a trouvé une souris.
« Écoutez, Harry, Dorian Gray est mon ami le plus cher. Il est d’une nature simple et belle. Ne l’abîmez pas. N’essayez pas de l’influencer… Ne m’enlevez pas la personne qui donne à mon art le charme qui est le sien ! »

« Réalisez votre jeunesse tant qu’il est encore temps… » Dorian s’ennuie d’une vie qui lui semble trop étriquée, trop sage. Les conseils et les paroles hédonistes de ce gentleman le séduisent et réveillent en lui sa part sombre. Égocentrisme, désirs, plaisirs… et c’est en regardant son portrait qu’il prend conscience que cette représentation restera toujours jeune, alors que lui vieillira et perdra sa beauté. Il serait prêt à pactiser avec le diable et lui offrir son âme s’il lui promettait la jeunesse éternelle…

Le scénario suit l’histoire du roman et raconte comment le tableau se transforme et s’enlaidit chaque jour en fonction de l’immoralité de Dorian, qui s’enlise dans les vices et la cruauté. Homme dénué de scrupule et d’émotion, il séduit les femmes et les répudie, outrage l’innocence, fréquente les bas-fonds, les fumeries d’opium, organise des bacchanales, des sacrifices, et, dans sa folie, va jusqu’à tuer son meilleur ami.
« Prince charmant » est son surnom…
Le temps a martelé le portrait avec tous les outrages. Lorsque Dorian va l’observer, à l’abri des regards, seul, il est fasciné par la transformation. Mais que se passerait-il s’il donnait à sa vie un peu plus de morale ?

Stanislas Gros a su retranscrire fidèlement la tragique dégénérescence de Dorian et représenter tous les personnages. Dans les coins des pages de droite, il a dessiné la métamorphose du portrait et lorsqu’on les fait tourner, il se met en mouvement en montrant le processus de décrépitude ; de l’aube de sa jeunesse au crépuscule de sa vie. On découvre également une petite fantaisie personnelle qu’il a insérée à l’histoire ; un célèbre personnage de fiction… Sherlock Holmes… C’est peut-être un clin d’œil à l’époque ou à l’amitié de Wilde pour Doyle.
Si j’ai aimé la loyauté de l’album envers l’oeuvre d’Oscar Wilde, j’ai un peu moins apprécié les graphismes. Ce dernier avis est affaire de goûts car il faut avouer que le rendu a de belles qualités, dans le dynamisme mondain du XIXème siècle et l’ambiance fantastique du roman.
L’auteur a voulu dans ses illustrations mettre quelques références picturales, littéraires, philosophiques et cinématographiques. On en a pleinement conscience lorsqu’on découvre dans la dernière page ses arrangements. Et on se dit… ah, oui !

Ce fut une belle découverte et je ne manquerai pas de la conseiller.

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Quelle époque !

quelle époqueQuelle époque !
Anthony Trollopoe

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Quatrième de couverture :
« Augustus Melmotte est un financier véreux. De ces capitalistes à la morale douteuse qui lancent de vastes opérations spéculatives pour piéger les investisseurs naïfs. A ses côtés : jeunes gens de bonne famille désargentés et voleurs, romancière sans talent, politiciens malhonnêtes et journalistes menteurs pour qui la triche est une seconde peau. Car dans le Londres victorien, on trompe, séduit et arnaque comme on respire, on s’adonne à la satire et cela prend des airs furieusement contemporains. »
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Je suis ravie d’avoir participé à la lecture commune organisée par Adalana. Sans cette motivation, je pense que je n’aurais jamais ouvert ce livre, ou je l’aurais reposé après avoir lu les premières pages. Même s’il est intéressant et très bien écrit, ce roman n’est pas facile à lire. Ce billet commencera par une présentation des personnages et finira par une petite conclusion.

Aux premières pages, on rencontre lady Carbury. Cette veuve d’une quarantaine d’années, encore belle, souhaite que ses écrits sur les amours d’Henri VIII soient édités. C’est obsessionnel et d’une ambition démesurée. Manipulatrice, elle joue de son petit pouvoir auprès des hommes, peu scrupuleux, qui seraient susceptibles de la publier ; œillades, frôlements, lettres… elle promet sans donner. Son caractère se dévoile dès les premiers mots. Je sais alors que je n’éprouverai aucune sympathie pour elle, trop stratège et vulgaire dans ses desseins. L’auteur explique, peut-être pour l’excuser, que sa vie ne fut pas facile avec une enfance misérable et un mari odieux. Ce militaire anobli était généreux mais violent, impulsif et tyrannique. Lady Carbury a deux enfants.

La cadette, Henrietta que l’on appelle Hetta, est une jeune fille de vingt-un ans. Moins lumineuse que son frère aîné, elle possède une beauté douce et bonne. Soumise à l’autorité maternelle, elle reste souvent en retrait, cherchant à n’occasionner aucun remous, aucune affliction. Cette jeune fille, image parfaite, est courtisée par son cousin Roger…

L’aîné, le baronnet sir Félix Carbury, est l’héritier. Il dilapide la fortune familiale au jeu, trop gâté par sa mère qui voit en ce fils des promesses qu’il ne tiendra jamais. Beau, on le compare à un Adonis, jeune, plein de suffisance, égoïste, paresseux, stupide, inconscient ou insouciant, il est détestable. Il n’aime pas, il s’aime. Responsable de l’état pitoyable des finances familiales, il est obligé de chercher une héritière. Les familles nobles sont en ce siècle, désargentées. Le travail étant une indignité, ils vendent leurs titres, leur pedigree, en épousant des filles de « boutiquiers ». La finance tient le monde fermement par le collet. Les maîtres de la City sont des hommes d’affaires qui donnent le tempo, et font la pluie et le beau temps. Souverain absolu, Augustus Melmotte, est l’homme à courtiser… sa fille Marie est la proie de tous les coureurs de dot, elle est dans la mire de sir Félix…

Augustus Melmotte est Midas. On le dit si riche ! Mais qui connaît vraiment cet aventurier de la finance ? Les gens le haïssent, le craignent, l’écoutent et s’en méfient. Il oblige la noblesse à courber l’échine. Sans considération, sans estime pour son prochain, il est possédé par l’envie de dominer ; affaires et politique. Son empire est considérable, mais ce qu’il convoite est difficile à acquérir. Si certains désirent l’argent, lui veut la terre, des biens fonciers, un patrimoine et toute l’histoire qui s’en rattache. Il cherche une légitimité. Il propose des actions dans le Grand Chemin de fer du Pacifique Centre et Sud du Mexique. Il distribue les rôles et implique la bonne société dans ses conseils d’administration. Sa fille ? elle est un pion qu’il dispose pour assouvir ses ambitieux projets…

Marie Melmotte, d’après la noblesse, n’est pas une fille « comme il faut ». Au premier coup d’œil, Sir Félix la trouve sotte, commune et inintéressante. Seule sa fortune la pare d’une aura particulière. Forcé à se montrer galant, il arrive à s’en faire aimer. Rival de son ami de débauche lord Nidderdale, fils de marquis, il triche sur ses sentiments sans effort et même sans conviction. Et Marie, qui aspire à rencontrer l’amour, s’abuse bien tristement.

Lors de son premier bal, Henrietta prend conscience de son attirance pour Paul Montague. Ami de longue date du cousin Roger Carbury, presque un parent, il était parti en Amérique rejoindre son oncle. De retour en Angleterre, ses projets professionnels et financiers sont en affaire avec ceux de Melmotte. Jeune homme intègre et fidèle, il m’a paru naïf et falot (rien de bien séduisant).

Dernier personnage principal, un homme un peu en retrait de l’intrigue financière, c’est le cousin Roger Carbury. Il est une âme loyale, honnête et juste. Proche de sa terre, de ses gens, il a su gérer son capital et bénéficie de belles rentes. A travers ses yeux, l’auteur nous parle de son domaine d’une façon aimante et respectueuse. Les descriptions sont belles, elles m’ont enchantée. Roger est un homme d’âge mûr de quarante ans, hélas trop vieux aux yeux d’une jeune demoiselle dont il est passionnément épris. Ce qui le distingue, c’est sa sincérité et le fait qu’il place l’amour au dessus de tout. Généreux dans ses actions, il l’est aussi dans les sentiments. Par amour, il saura placer le bonheur d’Henrietta hors de sa portée et l’offrir à son ami avec sa bénédiction. Homme d’un seul amour, le lecteur sait tout le mal qu’il peut endurer.

D’autres personnages animent l’histoire. Ils participent avec bassesse aux impostures et manigances. Se vendre paraît être l’élément commun de cette noble assemblée, l’argent étant le carburant vital.
Le roman est une satire sur l’immoralité. Cette époque voit des jeunes gens de l’aristocratie s’endetter sans se formaliser ; le jeu, la paresse, la vanité, les faussetés…
L’auteur met en branle sa mécanique. Le XIXème siècle se transforme, il s’épanouit dans son industrie et les bénéfices sont colossaux pour ceux qui se hasardent à investir. Le pouvoir est donné aux hommes les plus rapaces et les plus corrompus. C’est l’introduction du monde capitaliste actuel.

Ai-je aimé cette lecture ? Oui, certainement. Elle est très intéressante. J’ai pris de nombreuses notes, accordant de l’importance à toutes les trames du scénario, appréciant les histoires de coeur comme celles plus politisées et sociétales. Cependant… là, étant mes bémols… j’ai trouvé certains passages trop longs, trop bavards dans leur analyse, et je n’ai pas eu cet élan admiratif que j’ai à chacune de mes lectures des oeuvres de Jane Austen ou Elizabeth Gaskell. Je suis restée en retrait, j’étais simple spectatrice, alors que j’aime m’impliquer dans mes lectures. 

En ce qui concerne la couverture du J’ai lu, je suis du même avis que certaines lectrices, elle est horrible. Cependant, elle caricature bien les personnages, leur donnant une forme de gnome pour les deux hommes, et de charretière pour la femme. Le ton est grotesque, vulgaire, presque libidineux pour l’un des trois. Sa convoitise est malsaine. Au plus je regarde cette illustration, au plus je lui trouve une vérité. Elle raconte tout l’abject du roman. La concupiscence de l’un, la grossièreté de l’autre…

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James Tissot, Le cercle de la rue Royale

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