Un auteur et ses mots, 27

 

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« … J’essayais de trouver la beauté là où je m’étais jamais figuré qu’elle fût, dans les choses les plus usuelles. »

 

A la recherche du temps perdu,
A l’ombre des jeunes filles en fleurs
Marcel Proust

Tableau de Chardin
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Un auteur et ses mots, 26

Tout a commencé avec les moustaches de Zorro et celles d’Errol Flynn, entre San-Tooshy et moi… Les divagations sur cette pilosité ont continué à nous divertir lors de certains commentaires ; des bacchantes, des vaniteuses, en croc, en guidon… San-Tooshy aurait pu me dire « Un baiser sans moustache est comme une soupe sans sel » (dixit wiki), peut-être l’a-t-elle proclamé, je ne sais plus trop !
Hier, j’ai eu la joie de trouver dans ma boîte aux lettres, une très belle carte représentant le portrait du comte Robert de Montesquiou-Fézensac, surnommé aussi « Prince Hortensia ». Cette peinture est l’oeuvre du peintre Giovanni Boldini et elle est exposée au musée d’Orsay.
Bel homme, dandy, ami de Proust, écrivain, poète et passionné d’art.

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« L’infidélité des objets, c’est de survivre à ceux qui les ont aimés. »

Comte Robert de Montesquiou
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Un auteur et ses mots, 25

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« Rictus avait vu le jour en bord de mer, et c’était en bord de mer qu’il allait quitter ce monde.

Il s’était débarrassé de son bouclier et restait assis sur une touffe de marram jaunâtre, les orteils séparés par des andains de sable froid et gris alors que les festons d’écume de la marée montante l’éblouissaient comme de la neige.
Redresser la tête lui aurait permis de voir à l’ouest, sur les épaulements du Panjaeos, de la neige véritable. Dans les hauteurs où Gaenion avait forgé le cœur des étoiles.
Ce lieu en valait un autre pour mourir.
Il sentait le sang couler de son flanc, une lente promesse qu’il considérait pleine d’ironie. Ce qui le fit sourire. Je sais, pensa-t-il. Je sais ces choses. Insister et superflu. Le fer de la lance d’un Burrien s’était chargé de mettre les points sur les i.
Il avait toujours son épée, pour ce qu’elle valait, une arme bon marché en fer tendre dont il s’était muni plus pour soigner son apparence que pour toute autre raison. Comme la plupart des hommes, il savait qu’il ne pouvait compter que sur sa lance. Une épée était un symbole de défaite, une arme qu’on utilisait à des fins funestes quand il devenait impossible de se bercer d’illusions. »

Extrait du livre « 10 000 au cœur de l’Empire »
de Paul Kearney

Peinture de KALF Willem – Armes et armures
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Un auteur et ses mots – 24

 

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« Le monde rebondissait et nageait sous mes yeux, onduleux comme des reflets dans un miroir déformé, et chaque fois que je m’efforçais de regarder une chose précise, d’isoler un détail du flot des couleurs tournoyantes – un foulard bleu noué sur la tête d’une femme, par exemple, ou le feu arrière rouge d’un camion de livraison -, il commençait aussitôt à se briser et de dissoudre, à disparaître comme un goutte de teinture dans un verre d’eau. Tout tremblotait et vacillait, s’éparpillait en tous sens et, pendant plusieurs semaines, j’eus de la difficulté à discerner où s’arrêtait mon corps et où commençait le reste du monde. »

 

La nuit de l’Oracle, Paul Auster

Peinture de Basquiat
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Un auteur et ses mots – 23

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 » Le château de mes pères est planté haut dans la roche, puisque ses clochetons élancés en dépassent la crête. Un détail peindra tout à fait la situation. Ma mère étant d’une faible santé et n’ayant d’autre promenade qu’une petite plate-forme au pied du château, sur le bord de l’abîme, ou le sentier rapide qui descend en zig-zag aux rives du torrent, ou encore le chemin raboteux et cent fois exploré qui tourne à droite vers le coteau déprimé pour franchir le ruisseau et revenir, en face de nous, se perdre dans les bois, imagina de se créer un jardin au sommet de l’abîme où nous perchons. Comme celui de tous les contreforts basaltiques des environs, ce sommet est très uni. Il est couvert de bonnes terres végétales et de buissons épais où il était facile de percer des allées et de dessiner des parterres… »

« Jean de la Roche », de George Sand

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Un auteur et ses mots – 22

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Une lampe naquit sous la mer
Un oiseau chanta
Alors dans un village reculé
Une petite fille se mit à écrire
Pour elle seule
Le plus beau poème
Elle n’avait pas appris l’orthographe
Elle dessinait dans le sable
Des locomotives
Et des wagons pleins de soleil
Elle affrontait les arbres gauchement
Avec des majuscules enlacées et des cœurs
Elle ne disait rien de l’amour
Pour ne pas mentir
Et quand le soir descendait en elle
Par ses joues
Elle appelait son chien doucement
Et disait
« Et maintenant cherche ta vie ».

L’enfant précoce – René Guy Cadou

Tableau de Bronzino
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Un auteur et ses mots – 19

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L’amour est assis sur le crâne
De l’Humanité
et sur ce trône le profane,
Au rire effronté,

Souffle gaiement des bulles rondes
Qui montent dans l’air,
Comme pour rejoindre les mondes
Au fond de l’éther.

Le globe lumineux et frêle
Prend un grand essor,
Crève et crache son âme grêle
Comme un songe d’or.

J’entends le crâne à chaque bulle
Prier et gémir :
– « Ce jeu féroce et ridicule,
Quand doit-il finir ?

Car ce que ta bouche cruelle
  Éparpille en l’air,
Monstre assassin, c’est ma cervelle,
Mon sang et ma chair ! »

 

L’amour et le crâne de Charles Baudelaire

Peinture de Antonio de Pereda y Salgado – Allégorie de la vanité du monde
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Un auteur et ses mots, 17

 

« Plein d’ardeur et de joie, on marche… on prend comme elles viennent la bonne et la mauvaise fortune, les plaies et les bosses… Oui, l’on marche et le temps marche aussi – jusqu’au jour où l’on découvre devant soi une ligne d’ombre qui vous avertit qu’il va falloir laisser derrière soi la contrée de sa prime jeunesse… »

 

La couleur de l’Archange
Viviane Moore

 

Peinture murale,August Spiess
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Un auteur et ses mots, 16

« Sur le bord de la route, les lauriers-rose offraient leurs corolles au soleil du début de l’après-midi. Entre les ronces, les mûres juteuses n’attendaient que ma main pour les cueillir et, au loin, le sommet du Vésuve pointait vers le ciel comme un hommage aux dieux, ses flancs généreux disparaissant sous les ceps noueux et les bosquets. Le parfum des treilles et des cyprès, auquel se mêlaient les légers effluves iodés de la mer toute proche, m’enveloppa. J’inspirai l’air vivifiant à pleins poumons tout en engloutissant les mûres grappillées sans descendre de ma monture.
La Campanie semblait plus soucieuse de m’apparaître sous son meilleur jour que moi de m’y installer et, pourtant, les dieux savaient qu’en cet instant je lui étais reconnaissant pour ces parfums et cette débauche d’espace. »

Les mystères de Pompéi
Cristina Rodriguez

Dessin des studios Gothika
Site Kaeso le prétorien 

Un auteur et ses mots, 15

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« Ils se serrèrent l’un contre l’autre, les mains jointes. Leurs pouls s’accordèrent presque immédiatement, comme ils se retrouvaient après une trop longue absence.
Quand le coeur de Myrddin battit au rythme du sien, le bonheur envahit Azilis. Ainsi qu’une peine immense, que traversaient les éclairs d’une haine incandescente… »

Azilis, Le sortilège du vent
Valérie Guinot

Illustration de Stéphanie Hans
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