Mon herbier du Berry

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mon herbier du berryMon herbier du Berry
Anne Richard

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Spécialiste en botanique, l’auteur a réuni dans son herbier les « herbes » de la campagne berrichonne, cultivées ou sauvages, à partir d’anciennes planches de la fin du XIXè siècle. Près d’une centaine servent de support à son répertoire.
Au début du livre, elle nous explique (brièvement en deux pages) son approche, sa façon de les présenter et sa passion qu’elle veut nous faire partager. Elle insiste aussi sur le fait qu’il n’est point besoin d’être un grand spécialiste pour aborder cet ouvrage. Un amoureux de la nature, des belles illustrations, un observateur, trouvera forcément son plaisir à le feuilleter.

coquelicot
Chaque fiche a sa gravure ; une identité à gauche, une illustration à droite.
La flore qui borde nos routes, qui tapisse les sous-bois, les champs, ces herbes folles qui envahissent nos jardins, elles ont un nom latin, appartiennent à des familles, elles sont utilisées à des fins particulières… elles ont une histoire.

Leurs noms… Clématite des haies, renoncule bulbeuse, réséda jaune, lobélie brûlante… des noms de fées !

Je vous conseille cet herbier, beau livre, qui à ce jour a un avantage : Il est proposé à un tout petit prix. Amoureux de la nature, vous ne devez pas vous en priver.

nymphéa.

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Chine 365 us et coutumes

Chine 365 us et coutumesChine, 365 us et coutumes
Sophie Francoeur et Anne-Marie Cattelain Le Dû

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Ce petit livre aux « 365 us et coutumes » mêle deux civilisations, la Chine d’hier de Confucius à celle d’aujourd’hui si trépidante. Enluminé par de belles illustrations colorées, dragons, fleurs, rosaces géométriques, il avive nos sens et notre spiritualité.

Pays secret, Empire Céleste, le voyage nous convie à lire cinq parties…

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Vie en société
« 35. Oups !
Si dorénavant la bienséance veut qu’on mange sans déglutir bruyamment et sans roter, les Chinois, même éduqués, continuent d’affirmer qu’il est impossible de manger sans émettre des bruits naturels. »

Histoire de famille
« 85. Le bon moment pour le mariage
Aujourd’hui encore, beaucoup de jeunes Chinois, sous la pression de leur famille, consultent un astrologue pour qu’il fixe la date de leur union. Un calcul qui prend en compte le signe astrologique de chacun des fiancés. »

Culture et loisirs
« 161. Parfum d’ambiance
Un calligraphe peut utiliser de l’encre en bouteille mais il préfère la délayer lui-même à partir d’un bâton à encre. Cet exercice prend du temps mais permet de se concentrer, de se couper du monde. Et le parfum particulier du noir de fumée de sapin servant à fabriquer le bâton crée une atmosphère propice à la calligraphie. »

Croyances et fêtes
« 196. Slogans à tout-va
Des slogans officiels ou de sociétés privées sont affichés partout. En général ils se composent de deux parties, chacune répondant à l’autre en termes de grammaire
et de caractères, tels que : « Ne pas oublier le peuple quand on administre les affaires politiques ; ne pas oublier la probité quand on est au pouvoir » ; ou encore « L’ensemble du Parti participe au mouvement de construction et de conquête ; l’ensemble du peuple construit une ville civilisée. »

Vie privée
« 294. Le Tigre téméraire et sensible
Déterminé, courageux, séduisant, charismatique, le Tigre est aussi versatile, sujet aux sautes d’humeur, au stress, ultrasensible, ce qui lui vaut des inimitiés. Il est le roi terrestre. »

Un art de vivre, une philosophie, de la sagesse… Chaque jour, on peut s‘amuser à méditer ce qu’il nous révèle.
Dans la même édition, vous trouverez le Japon, le Maroc et l’Inde. Ça peut faire un sympathique cadeau en début d’année.

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Chauvet-Pont d’Arc, Le premier chef-d’œuvre de l’humanité

Logo_BabelioUn livre offert par Babelio et les Editions Synops
dans le cadre des Masses Critiques

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chauvet pont-d'arcChauvet-Pont d’Arc
Le premier chef-d’oeuvre de l’humanité
Relevé par la 3D
Les auteurs…
Textes de Pedro Lima
Photographies de Philippe Psaïla
Réalisation 3D de Philippe Psaïla et Guy Perazio

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Les hommes préhistoriques de la période aurignacienne (40000 ans avant J-C) ont certainement ressenti comme nous l’extraordinaire beauté du site avec le cadre majestueux du Pont d’Arc qui enjambe une rivière sinueuse. Pour contourner une barre rocheuse, cette rivière a creusé le cirque d’Estre et fait apparaître des falaises escarpées. Au-dessus du méandre asséché, s’ouvrait (à l’époque des artistes préhistoriques) sur le flanc de la montagne une immense entrée de dix mètres de haut, visible de très loin. Ce porche a aujourd’hui disparu suite à un éboulement de la roche (il y a environ 21000 ans) condamnant ainsi l’accès aux hommes et animaux.

En décembre 1994, trois spéléologues (Eliette Brunel, Christian Hillaire et Jean-Marie Chauvet) s’intéressent, comme depuis de nombreuses années, à la richesse souterraine de la région. Ils recherchent à travers les fissures de la paroi le moindre souffle d’air. Ayant repéré quelques semaines auparavant un filet d’air dans la paroi (en surplomb de l’ancienne entrée), ils avancent en rampant dans un étroit boyau puis débouchent dans une vaste cavité ; la beauté minérale les sidère. Sur les sols argileux parfaitement conservés, ils marchent doucement entre des ossements d’ours. En pénétrant dans de nouvelles galeries, Eliette Brunel s’écrie : « Ils sont venus ». Sur les parois des peintures de chevaux, félins, rhinocéros se mélangent par dizaine. Encore chamboulés par leur découverte, les trois amis quittent avec précaution les lieux. Un semaine plus tard, la veille de Noël, ils reviennent accompagnés de trois amis. Pour protéger le sol, ils installent des bandes en plastique. Ils atteignent le fond de la cavité et découvrent une fresque unique et bouleversante.
« Nous en avions tous les larmes aux yeux, et nous nous demandions en permanence si nous ne vivions pas un rêve éveillé » raconteront par la suite les découvreurs. Le préhistorien, spécialiste de l’art pariétal Jean Clottes se rend le 29 décembre pour authentifier la découverte. D’abord sceptique, le spécialiste est vite stupéfait par ce qu’il voit. Devant la scène des Félins, il ressent l’une des grandes émotions de sa carrière. Certain de l’authenticité des peintures, il reste six heures dans la grotte en compagnie des découvreurs et de deux autres personnes.

Le 18 janvier 1995, le ministre de la culture Jacques Toubon annonce l’existence de la grotte Chauvet avec ses fabuleux trésors artistiques en compagnie des trois spéléologues.
Des prélèvements dont des échantillons de charbons de bois permettent, par la technique du carbone 14, de dater les peintures (autour de -35000 ans). Il s’agit des plus anciennes représentations de l’humanité, deux fois plus vieilles que celles de Lascaux. Notre conception de l’art préhistorique s’en trouve alors complètement bouleversée. En effet, on peut constater qu’il n’y a pas d’évolution stylistique dans l’art pariétal. Les artistes de la grotte de Chauvet sont aussi talentueux que ceux de la grotte de Lascaux. Ainsi, la notion de progrès n’existe pas dans l’art à l’inverse de la science. Les théories de Leroi-Gourhan se trouvent contredites car il parle d’une évolution stylistique, les formes représentées étant très schématiques à l’Aurignacien ; ce qui n’est pas du tout le cas ici.

La protection de la grotte est rapidement mise en place avec une lourde porte blindée reliée à un système de vidéo surveillance. L’accès au public est interdit. Afin d’éviter les erreurs faites à Lascaux, les visites sont rares et dépendent de plusieurs paramètres physiques enregistrés par des capteurs comme la teneur en gaz carbonique.

La capture de la grotte en 3D permet de mieux saisir les volumes, mettant en évidence les trous et les saillies. Des scanners ont enregistré seize milliards de points. Sur ces surfaces 6000 photographies réalisées en haute définition par Lionel Guichard ont été superposées. Sans se déplacer, le spectateur peut alors, par l’intermédiaire de son ordinateur (sur le site lepremierchedoeuvre.com), admirer les peintures de la grotte en visualisant bien les dessins qui épousent parfois les courbures de la roche. Les artistes ont parfaitement utilisé les anfractuosités des parois. Le relevé topographique montre la grotte selon les trois dimensions. On peut aussi voir dans l’espace, un crâne d’ours qui a été posé sur un rocher. Quelle était l’intention de ce geste, cérémoniale, rituelle… ?

La grotte renferme 442 représentations animales, des signes (points, traits, hachures) et des empreintes humaines (des mains en positif ou négatif) qui remettent en cause nos réflexions à propos de l’origine de l’art. Le bestiaire est dominé par des animaux dangereux (félins, mammouth, rhinocéros, ours).

Les techniques utilisées sont parfaitement maîtrisées et très diverses (fusain, peintre à l’ocre rouge et jaune, tampon, gravure, raclage, estompe…). Des mises en scènes avec des associations complexes suscitent notre admiration et provoquent une véritable émotion esthétique. On pense que seulement quelques artistes ont œuvré, peut-être encadrés par un maître car on retrouve des ressemblances dans la façon de représenter les oreilles. Ces artistes étaient sans doute assimilés à des chamans, donnant à la tribu une pensée spirituelle.
Les études ont montré que certaines empreintes de mains étaient celles d’une femme ou d’un adolescent. Des aménagements de la grotte ont été réalisés par les hommes préhistoriques car des blocs de pierre ont été déplacés afin de former des marches ou un bassin.

Après avoir descendu une échelle métallique, on entre d’abord dans la salle Brunel,  où on remarque à l’ouest l’éboulis qui a fermé l’ouverture première de la cavité. Au fur et à mesure que l’on progresse les peintures se révèlent de plus en plus présentes et envoûtantes. Dans la salle Hilaire, neuf ensembles regroupent des dizaines d’animaux. Ainsi le panneau des chevaux montre toute l’habilité des artistes et leur faculté à concevoir des mises en scènes très élaborées. Dans le prolongement de la salle Hilaire, la salle du Crâne est recouverte au sol d’ossement d’ours. Au centre de cet « amphithéâtre », est posé sur un bloc de pierre un crâne comme un acte symbolique. La salle du fond constitue le saint des saints avec des panneaux monumentaux et très expressifs comme le fameux panneau des lions d’une beauté fascinante.

Le projet d’un fac-similé à deux kilomètres de la grotte faisant appel à des technologies de pointe et au talent d’artistes copieurs voit le jour en 2007. En 2015 la fin du chantier permet l’ouverture de la Caverne du Pont-d’arc (reconstitution de Chauvet-Pont d’Arc).

Ce livre permet une immersion totale dans la grotte en raison de la qualité des images, le tout renforcé par la 3D sur ordinateur. D’un abord facile, le texte replace fort bien le contexte de la découverte et la portée historique de celle-ci.

Un magnifique et passionnant livre que je vous recommande !

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Détail du panneau des Rhinocéros

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Visions Huichol, un art amérindien du Mexique

L’art dans tous ses états de Shelbylee

Un livre offert dans le cadre des Masses Critiques de Babelio
Partenariat avec les Éditions d’Art Somogy

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vision huicholVisions Huichol
Un art amérindien du Mexique
Michel Perrin

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Michel Perrin, ethnologue et anthropologue, s’est spécialisé sur le chamanisme, la mythologie, le symbolisme, l’ethnomédecine et l’art. Lors d’un voyage au Mexique, dans la sierra de Jalisco, de 1989 à 1991, il découvre la culture amérindienne et le peuple Tateikie. L’accueil est peu chaleureux. Ils sont fiers, discrets et réticents envers l’étranger. Des tableaux faits de fils retiennent son attention…
Il y retourne vingt ans après, en 2010, et perçoit un changement. L’écotourisme « a ravivé et transformé » leur art. L’artisanat s’est développé et s’ouvre sur le monde extérieur. On le découvre sur les étals des marchés mais aussi dans les musées.

Dans l’introduction, il se questionne sur deux points qu’il est important de relever…
 » Quelles relations existe-t-il entre la religion et l’art d’une société traditionnelle ?
Comment un art pictural se nourrit-il d’un milieu géographique particulier et d’une manière spécifique de concevoir l’homme et le monde, exprimée par les mythes et les rites ? »

huicholNotre-Mère-Terre
Martin de la Cruz (Niuveme), 1989 – 30 x 30 collection particulière

Ce magnifique livre sur les Huichol est un partage de connaissances (leur histoire, leurs mythes, leur religion, leur culture, leur terre…), de spiritualité (leurs visions…) et d’émotions (leurs créations, l’essence de leur art, l’harmonie des formes, des symboles, des couleurs…).

Les Wirraritai, appelés les Huichol, parlent la langue uto-astèque. Ils habitent sur des hauteurs escarpées (3000 mètres d’altitude) car ils ont été contraints de quitter les terres basses lors des incursions militaires espagnoles du XVIème siècle. Ils se divisent en cinq communautés, des scissions qui représentent le centre et les quatre points cardinaux. Santa Catarina Cuexcomatitlan, San Andrés Cohamiata, San Sebastian Teponahuaxtlan, Tuxpan de Bolanos et Guadalupe Ocotan. Le chiffre cinq est un nombre particulier qui revient régulièrement dans les rituels chamaniques.
Dans les années 50, on a demandé à ce peuple d’artistes d’exprimer par des dessins, leur croyance et leurs rêves. « Quelque cinquante années plus tard, un ethnologue a suivi un chemin inverse. Il a demandé aux Indiens de déchiffrer et d’interpréter leurs œuvres picturales… ». La mythologie huichol se raconte à travers leurs œuvres. Les formes sont « des êtres divins, humains, animaux ou végétaux ». Tout s’imbrique et passe de l’un à l’autre. On ne distingue alors de cette complexité que « les lignes dominantes » et contrastées ; le sombre, la nuit, s’opposent à la lumière, le jour, le désert à l’océan…
Pour nous aider à comprendre (ou à cheminer librement dans notre imaginaire), à reconnaître les formes, un petit répertoire dévoile les principales divinités. Elles sont animales comme l’Aigle, le Cerf, le Loup, le Lézard… elles sont éléments comme l’Eau, le Feu, le Vent, la Pluie… elles sont astres comme la Lune, le Soleil… elles sont végétales comme le Peyotl, le maïs…

Dans un des paragraphes intitulé « Voir, communiquer et créer. Un art chamanique ? », l’auteur note l’influence des traditions religieuses et des rites chamaniques. Après avoir consommé du Peyotl, l’esprit s’ouvre est accède à des strates parallèles, mondes « des ancêtres, des dieux, des esprits, des âmes et des morts ». Leurs visions racontent leurs communions et nous invitent dans « des lieux sacrés ».

Sur des surfaces de contreplaqué recouvertes de cire, ils disposent des fils de laine. Les arabesques peuvent composer des tableaux simples ou très chargés. Comme les peintures ou gravures des Aborigènes d’Australie, (je pense aussi à Picasso et Robert Combas), beaucoup d’énergie, de vie, passe par ces formes. Labyrinthe, carte au trésor, tapisserie aux teintes éclatantes, on peut dire sans paraître vulgaire, qu’on en a plein les yeux !
Suivre le cheminement, se tortiller en tous les sens suivant les remous des fils, faire une pause sur une figure et en découvrir l’expression, les couleurs, son remplissage, chercher l’histoire sans la deviner, se perdre dans les pigments… et rentrer en osmose…

Le livre compte près de 130 créations photographiées, toutes détaillées, expliquées, formulées en proses. Il y a des chemins, des naissances, des prières, des fêtes… un immense univers magnifique, généreux, spirituel, rempli de mystères et de ferveur.

Si vous avez la possibilité et la chance d’aller au Musée d’Arts Africains, Océaniens et Amérindiens de Marseille, l’exposition « Visions Huichol, un art amérindien du Mexique » se tient jusqu’au 11 janvier 2015.

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Un livre à offrir ou à s’offrir.

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108247_1411486651_5-huichol-dieux-que-ns-rencontrons_557x420pJosé benitez Sanchez, 1988 – 61 x 81,5 cm, collection particulière


Les Dieux que nous rencontrons

Un chamane et son aide sont sur des rochers.
L’un d’un côté, l’autre de l’autre.
L’un communique avec Notre-Frère-Aîné-Kauyumari.
Kauyumari a une tête de cerf à quatre ramures.

Du chamane sort un serpent rouge, c’est sa force.
De sa main émane une vibration, c’est un message.
De sa tête pend une ramure de cerf.
Celle-ci le désigne comme chamane.

Notre-Grand-Mère-Nakawé est au centre.
Colibri, messagère des dieux, la convoquée.
Ses messages sont semblables à un masque.
Notre-Grand-Mère en reçoit les paroles.

Notre-Grand-Mère est au-dessus d’un étui chamanique.
Les deux cornes, comme des pinces, sont ses gardiens.
Personne d’autre que le chamane ne pourra le toucher.

Notre-Grand-Mère parle avec l’esprit du dieu Cerf-du-Monde-Obscur.
Ils sont reliés par la tête et par le corps.
Ils échangent des paroles, ils s’envoient des messages.

L’esprit du cerf communique aussi avec Kauyumari.
Le chamane communique avec Kauyumari.
Kauyumari communique avec l’esprit du dieu Cerf.
Le dieu Cerf communique avec notre Notre-Grand-Mère-Nakawé.

Des dieux apparaissent aussi dans les montagnes.
Ils habitent des roches sacrées.

C’est à l’origine des temps, lorsque sortit Notre-Père-Soleil.
Des ancêtres se convertirent en pierres et en rochers.

Tous ceux qui n’atteignirent pas  le Mont-de-l’Aube se pétrifièrent.
Ce sont les kakauyari.

D’un rocher sort une tête, avec trois flèches.
C’est Werika, Notre-Mère-Aigle.
C’est son âme, son expression, sa parole.

Il y a aussi le Cerf-Bleu.
Il guide le chamane dans les montagnes du désert, sur le chemin des dieux.
Deux bâtons à plumes sont près deux.

Points, étoiles et flèches sont des paroles, des pensées, des expirations.
Ce sont celles du chamane, celles du cerf, celles des dieux.
Elles vont des chamanes aux dieux et des dieux aux chamanes.

Tatewari, Notre-Grand-Père-Feu, est près du chamane et de son aide.
Près de l’un est le feu bleu.
Près de l’autre est le feu rouge.
Car le feu naît d’abord bleu, puis il devient rouge.

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Patchwork et quilts en liberté

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patchwork-et-quilts-en-libertePatchwork et quilts en liberté
16 créations inspirées à réaliser soi-même
Jane Brocket

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Vous avez toujours voulu tenter l’expérience, vous n’avez jamais osé. Tout est trop dur, trop compliqué, impensable à réaliser… La complexité des ouvrages vous paralyse, par où commencer, comment faire ?
Jane Brocket raconte dans son livre sa passion pour les quilts et son approche un peu timide au début. La néophyte, poussée par l’impétuosité et la bonne volonté, s’aventure avec ses fils et son aiguille dans le jardin des textiles.

Une réflexion de son amie Lucy… « Enfin Jane, s’exclama-t-elle d’un ton exaspéré, il ne s’agit que de couper des bouts de tissus et de les assembler ! » la mène vers une vision plus simple du travail. Ça doit être « une activité facile, plaisante et ludique ».
Après un stage d’un week-end pour se familiariser avec les outils et les techniques de base, Jane s’exerce sur des modèles simples issus de livres d’initialisation. Bien vite, elle acquiert « une philosophie »… Elle ne veut pas enfermer et sacraliser ses œuvres, elles veut les faire vivre. Elles seront poser ça et là et serviront.
Un quilt n’est pas qu’un travail ou un beau plaid, c’est aussi une histoire. Lorsqu’on le coud, on pense à la personne qui le recevra, les pensées sont dans chaque point, et le choix des tissus est un magnifique instant… On peut dire que c’est de l’ordre de l’intime.

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De l’introduction, nous passons à la technicité. Commence le calcul des métrages, la sélection des tissus entre choix et achat, les compositions, la coupe et la création. Avant toute couture, il est important de se projeter et de visualiser l’ouvrage final. Bien que cela soit un travail délassant voire amusant, il ne faut pas oublier que c’est aussi un bel investissement en temps et en finances.
Pour ses modèles, Jane ne cherche pas à les alambiquer. Il suffit de bien choisir les tissus et de les placer judicieusement. Ainsi, de simples bandes d’étoffes fleuries feront un superbe patchwork. Des créateurs comme Kaffe Fassett offrent une gamme alléchante de motifs et de couleurs…

img342Vingt modèles précèdent les techniques de base, l’agencement du plan de travail et un glossaire. Les explications claires s’accompagnent de toutes les mesures, fournitures et illustrations nécessaires à la conception. Les photos sont lumineuses et les réalisations sont représentées dans un décor sobre, élégant, mettant en valeur des cotonnades et des soieries. La richesse étant accentuée sur les motifs et les couleurs.

Jane est bavarde ! Le livre n’est pas seulement un instrument basique, c’est aussi un recueil d’idées personnelles sur sa passion qu’elle souhaite nous faire partager. C’est généreux et prévenant comme pourraient être les conseils d’une amie.

Un livre que je vous conseille…
Maintenant, je vais rejoindre mon atelier. A très vite !

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Parcs et jardins secrets en Limousin

Challenges « Chlorophylle » de Syl. et « Lart dans tous ses états » de Shelbylee
Masse critique de Babelio avec le partenariat des éditions Les Ardents Editeurs

.Une lecture commune avec Aifelle

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parcs et jardins
Parcs et jardins secrets en Limousin

Jean-Marc Ferrer et Marie-Hélène Restoin-Evert
Photographies d’Amélie Chassary

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Dans la préface écrite par Colette Aymard, conservateur des Monuments historiques, on lit… « Les images véhiculées par les publications sur le Limousin tendent à donner de cette région trois images d’Epinal : une nature frustre de forêts et de landes, un territoire essentiellement roman et une région d’industrie porcelainière. La réalité est toutefois beaucoup plus complexe… »

Ainsi débute ce livre magnifiquement illustré de photographies qui bousculent ces idées préconçues. La nature luxuriante, riche dans ses beautés et sa diversité, est sauvage, paysagée, secrète et pleine de grâce.

img244« La vue sur la vallée de la Briance et les paysages moutonneux depuis la terrasse au nord-est du château de Traslage. Au premier plan, l’été, les lavandes déclinent des reflets bleus qui se combinent aux couleurs que prend au loin le mont Gargan. »

Au début du XIXème siècle, les seigneuries importantes s’ornent de parcs et jardins. D’après le comte de Villelume, il n’y aurait eu à cette époque que huit parcs en Limousin ; « Montagrier, Thouron, le Bréjoux, Neuvillards, Losmonerie, Boisse, le Chatelard et les Mas sur la commune de Thouron. »
Autres que les abbayes et les châteaux, les demeures de quelques propriétaires terriens s’agrémentent plus d’un décor non domestiqué offert par des bois et des vallons. Hêtres, charmes, chênes augustes… haies d’aubépines, de charmes et de cornouillers, offrent une structure intense et bucolique. Des parcelles potagères, bien souvent proches des cuisines, sont les seules à s’orner de fleurs vivaces.

Avec l’ère industrielle, un changement est amorcé. Pour se hisser « socialement », les nouveaux fortunés investissent dans les vieilles pierres un peu défaites et apportent un esthétisme architectural et paysager à leurs résidences. « Le potager est, désormais, totalement mésestimé et déplacé plus loin sur le côté ou sur l’arrière des demeures. Il est entouré de murs et caché à la vue. » Le regard ne se porte plus sur une nature spontanée, mais sur un parc qui se veut exceptionnel, surprenant, magnifié, aux essences rares et onéreuses. La mode est aux jardins anglais que des professionnels dessinent et sculptent. Des noms sont cités… Paul-Bernard de Lavenne, comte de Choulot (1794-1864), René-Louis Girardin (1735-1808), André Laurent (1825-1866), Edouard André (1840-1911), Achille Duchêne (1866-1947)…
Des nobles qui étaient partis en exil en Angleterre sont revenus avec le goût d’un style paysager que la terre limousine adopte sans se faire prier, avec générosité et distinction. Fait avec intelligence, respect et authenticité, les paysagistes invitent la nature à partager leurs projets, rendant aux tableaux une belle harmonie, vraie et non guindée.
On retrouve tout cela de nos jours, même si l’objectif et les considérations ont parfois changé, car on parle plus « d’un jardin en mouvement », de « biodiversité » et de « charte paysagère écologique ».

Colette Aymard termine sa préface en parlant du plaisir à découvrir de telles majestés. Les sens sont exacerbés  et développent des perceptions bien plus que spirituelles…
« Effet visuel, découverte odorante, atmosphère envoûtante, voire déconcertante, peuvent transporter le promeneur en dehors du temps présent pour un moment de douce magie. »

img237« L’âme d’un parc romantique révèle l’Abbaye du Palais.
Ruines et pierres anciennes sublimées, l’Abbaye du Palais à Thauron en Creuse »

Les photographies rendent un bel hommage aux jardins et parcs des propriétés référencées. Les mots soulignent leur prestige et racontent leur histoire, leur généalogie.

Le château de Sannat à Saint-Julien-les-Combes dans la Haute-Vienne, a ses fenêtres sur un jardin à la française et une fontaine moussue au centre d’un bassin. La perspective est intéressante  et offre une dimension de grandeur, d’espace. Aux jardins anciens, d’autres se mêlent, s’enclavent, et rendent une autre dynamique plus actuelle.

Villechenine à Peyrat-le-Château dans la Haute-Vienne, domine la petite ville. Les vallons qui composent son relief font des jardins en terrasse. Les végétaux choisis doivent se plaire dans un climat humide. Ce sont des couleurs, des senteurs, des rocailles… qui donnent une estampille particulière.

L’Abbaye du Palais à Thauron en Creuse, est un site qui date de l’époque romaine. Une voie le traversait et on peut encore distinguer quelques traces dans la structure du parc. Au Moyen-Âge, une abbaye cistercienne s’érige…
La rénovation toute récente faite dans le début des années 2000 par un couple néerlandais, met en valeur le domaine. Comme il est dit dans le livre, la pierre est sublimée !

img240« Jardin du domaine de Marzac, Saint-Paul, dans la Haute-Vienne
Avec la transformation de la maison en 1830, les communs sont décorés de parements de briques, le pigeonnier-porche est construit, les toitures sont soulignées d’une quintuple génoise. »

Et ainsi une vingtaine de lieux de toute beauté suivent… Les photos parlent…
La pierre se marie au végétal dans une belle osmose et chaque petit coin raconte une histoire, celle que l’on veut bien imaginer. L’eau, sources et fontaines, offrande à des bassins ou des vasques, a son rôle cristallin et mélodieux, entre mousse et fougères. Des chemins sous des frondaisons noires de verdure se perdent en des lignes droites ou sinueuses. Les perspectives paraissent alors confidentielles ou d’une immensité inaccessible. L’atmosphère qui s’en dégage est magique, druidique. On pourrait invoquer les muses, les fées, et murmurer des sortilèges. La méditation nous accompagne à travers cette poésie ; la sérénité, la puissance, une vitalité… c’est l’âme qui respire.

img245« Parc paysager et zoologique du Reynou
Près d’une des pièces d’eau, un « tronc renversé » en ciment se fond dans un décor végétal envoûtant. »

Les sites… et presque 300 photos à des formats différents, sur 224 pages.

Les jardins secrets au Clos du Préfons, Villejoint – Crozant – Creuse
Parc paysager et zoologique du Reynou, Le Vigen, Haute-Vienne
Jardin privé, Limoges, Haute-Vienne
Arboretum du château de Neuvic d’Ussel, Neuvic, Corrèze
Val Maubrune, La Brionne, Creuse
Parc agricole et paysager du Chédal, Ségur-le-Château, Corrèze
Parc du château de Traslage, Vicq-sur-Breuilh, Haute-Vienne
Jardins sonores de la Borie, Solignac, Haute-Vienne
Jardin de Lo Tremoulado, La Pouge, Creuse
Jardins en marche, Saint-Dizier-Leyrenne, Creuse
Jardin de Marzac, Saint-Paul, Haute-Vienne
Jardins Sothys, Auriac, Corrèze
Musée et jardins Cécile Salourdy, Vicq-sur-Breuilh, Haute-Vienne
Parc du château de la Cosse, Veyrac, Haute-Vienne
Jardin du Puy Faucon, Rilhac-Lastours, Haute-Vienne
Parc du château d’Arfeuille, Felletin, Creuse
Arboretum de la Sédelle, Villejoint, Crozant, Creuse
Parc et jardins du château du Saillant, Voutezac, Corrèze

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1. « Parc agricole et paysager du Chédal à Ségur-le-Château. Volière avec ses colombes et deux kiosques datant de 1862, remis en scène après la tempête de 1999. »
2. « Un groupe d’hydrangeas se détache des ruines de l’ancienne chapelle du château de Vicq, devenu un lieu de culture et d’expositions. »
3. « La porte d’entrée de l’extension du château de Neuvic d’Ussel – début du XXème siècle – est parée à l’automne des couleurs flam
boyantes du parc. »

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J’ai eu la chance de recevoir ce magnifique livre (avec un petit mot sympathique me souhaitant une bonne lecture et un marque-page) lors d’une sélection pour les Masses Critiques de Babelio. J’avais déjà reçu des éditions Les Ardents Editeurs un beau livre sur l’exposition des oeuvres de Suzanne Lalique, et je savais, du moins je l’espérais, que j’allais avoir un ouvrage de qualité. Je ne me suis point trompée !
Les mots font écho à mes ressentis et les photographies sont des rêves. La promenade entre les pages est une source de ravissements.
Ce livre fait suite à « Intérieurs secrets en Limousin » et fait connaître une province un peu ignorée ou seulement reconnue pour ses industries porcelainières. Le Limousin comprend trois départements, la Corrèze, la Creuse et la Haute-Vienne. La région n’est pas hostile, noire, ou seulement très froide et trop pluvieuse… Elle est aussi l’écrin d’une belle flore sur un relief intéressant.
Les auteurs nous présentent vingt-deux propriétaires passionnés par cette terre et ses essences. « Qu’ils soient acteurs de «paysages jardinés» ou gardiens de la mémoire de parcs historiques, conciliant respect du patrimoine et innovation. » On nous convie à prendre note des noms, des adresses, que l’on retrouve à la fin du livre, et à venir se perdre dans leurs campagnes.
Les photos ont les couleurs de trois saisons. On les devine aux feuillages et à la lumière ; l’automne est riche de roux et d’or… tulipiers de Virginie, chênes rouges, charmes, tilleuls…

A l’approche des fêtes de fin d’année, cycle des cadeaux, je vous conseille ce superbe livre. Il a de la poésie et du rêve… On imagine paysager notre parcelle de terre et on planifie des virées dans le Limousin…

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img241« Les jardins Sothys à Auriac en Corrèze
Jardin des Constellations : une inspiration libre du jardin classique à la française. Buis, ifs et troènes taillés sont mis en scène dans une symétrie, métaphore du règne de l’ordre et du désordre. »

img243« Une subtile simplicité :
présence minérale d’un bloc de granit du Limousin dans son écrin de bambous. »

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La vie d’un potager, du jardin à la table

logo un_bouquet_des_pivoines_par_pierre_joseph_redoutelogoSyl.2Un livrelogo région reçu par Babelio à l’occasion des Masses Critiques, avec les Editions Sud-Ouest
Challenges « Chlorophylle » , « Livres gourmands » et « Les régions » de Lystig – Midi-Pyrénées

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img166La vie d’un potager, Du jardin à la table
Carol Reid-Gaillard
Préface de JP. Géné
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Ainsi commence ce livre… « – Tu laves les légumes de mon jardin ? »
JP. Géné reste un peu surpris et penaud. Y-aurait-il crime de lèse majesté ?
« – Il suffit de les essuyer, mon jardin est propre. »
La jeune femme qui le surprend est Carol, une Irlandaise blonde aux yeux bleus. Elle vit sa passion, elle la crée, elle la cultive. Elle est une véritable artiste.
Elle conçoit son potager sur une terre vierge de toute trace chimique. Elle va le façonner, il sera généreux, élégant et souriant. A l’image de la jardinière.

Six années composent les chapitres. Ils sont intitulés suivant des sentiments et en fonction des légumes plantés.
La table des matières en début de cette autobiographie potagère, raconte les conseils sur le compost, le poulailler, la terre, les ruches, les semis… les marchés et les paysans qui produisent des mets régionaux de qualité… vin, fromage, canards, cochons pie noir…
En fin de livre, nous retrouvons les recettes qui nous sont proposées au court de notre lecture.

Tout commença en 2006, ou peut-être bien plus loin encore, lorsque Carol regardait son père biner son jardin.

img1672006 se titre : Naïveté.
On peut imaginer toutes les déconvenues qui ponctueront le récit, ainsi que l’innocence un peu secouée du néophyte…
Mailhos en mai, arrivée dans une nouvelle demeure. Si la maison est en sommeil, vieillie, abandonnée, la pelouse garde une certaine distinction. Les fenêtres s’ouvrent sur des hectares de prairies, de forêts, et dans le lointain, ce sont les Pyrénées qui s’offrent au contemplateur.
Les travaux de la maison ponctuent le silence du jardin. Carol profite de ce printemps pour planter des tomates, du basilic, des carottes, des oignons… et quelques légumes qui lui rappellent sa terre natale. La terre est retournée, des tonnes de livres sur le jardin ont été lues, les idées germent en même temps que les semis et les plants, puis arrivent les escargots et les limaces, gastronomes et friands de jeunes pousses.
Les pièges fonctionnent, mais toutes les menaces, ne peuvent pas être contrôlées ! Le vent, les orages et… le mildiou sont des plaies !
A l’automne, d’autres intrus s’installent et font bombance ; les sangliers et les cervidés se régalent. Un autochtone béarnais soumet alors une astuce qui aurait fait ses preuves… J’avoue que mon incrédulité se teinte de méfiance, mais il semblerait que cela réussisse.
« Il suffit de remplir de vieux bas de nylon, épais et bruns, de cheveux (si possible de femmes), et de les suspendre dans les arbres… »
Ce chapitre se clôt sur trois notes. La première observation est légèrement teintée d’ironie… L’image toute romantique de la jeune jardinière vêtue de blanc qui s’en va cueillir ses légumes, est à proscrire ! La seconde, nous inspire et nous encourage… Le jardin prend forme et fait honneur au dévouement qu’on lui accorde. Quant à la troisième… Il est essentiel d’écouter ses voisins qui ont accumulé certaines sagesses !
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Les
recettes du printemps, nous allons cuisiner poireaux, pommes de terre, courgettes, fleurs de sureau, radis. Carol nous convie à préparer du sirop ou des beignets de fleurs de sureau et de courgettes, un velouté,  un parmentier, une spécialité irlandaise, le colcannon aux poireaux, une frittata de poireaux et bourrache, un gratin de pommes de terre aux oignons rouges et des radis confits.
Certes, ces préparations culinaires sont rustiques mais c’est là le charme de les lire et de les faire. Elles s’adressent à notre quotidien.

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L’année 2007 fait place à : Incertitude.
J’ai lu un quart du livre. Carole a préparé ses semis. Ils dorment encore au chaud dans sa cuisine car c’est l’hiver. En février, elle commence à pointer son nez sur l’extérieur.
Il est une affaire importante ; le compost. Elle est tiraillée entre deux versions, la française et la britannique et elle tranchera à l’irlandaise… « Les Français, par exemple, ne mettent jamais de peaux de citron ou d’orange au compost, alors que les Britanniques le font tant qu’elles ne sont pas sèches… ». Sa règle sera donc de mettre tous les déchets organiques de nature végétale dans son enclos.
Les promesses vertes sont belles et elles ne capitulent pas aux frimas, ni devant les pucerons. Le purin d’orties et de prêle est bénéfique…
Au potager s’ajoute un verger, puis des poules. L’espace prend vie avec les gallinacés sous le regard craintif du chat de la maison, Spider.
Le jardinage est une activité sportive, tous les muscles sont sollicités, on les redécouvre, et conviviale, car elle génère des invitations, des échanges et de l’entraide.
Alors ? Incertitude ? Non, il y a une prise de conscience et Carol se permet de dire sans persifler « que les agriculteurs sont vraiment des héros ! ».

Les recettes, comme un goût d’été, à base de fraises, shrotbreads à la fraise et la crème fouettée, de bettes, sautées à l’ail et au piment, de concombre, gaspacho au concombre et à l’aneth, pickles de concombre, de fèves, salade de fèves aux radis rouges ou braisées avec du jambon, de topinambours, avec des Saint-Jacques ou en salade avec des tomates cerise et une sauce aux noix…

L’année 2008 est : Humilité.
Nous apprenons en jardinant et la nature, facétieuse, cruelle, nous fait rester humble. Les péripéties sont nombreuses et variées, elles pimentent l’existence !
Dans le pré, il y a des vaches et cette nouvelle cohabitation se passe en bonne harmonie.

Cassis, carotte, petits légumes nouveaux, chou frisé, courge, petits pois…

L’année 2009, quatrième année, est : Fertilité.
On pourrait penser que janvier est un mois propice aux vacances. Pourtant Carol constate que ce n’est pas le cas ! Et la construction d’une serre vient l’aider dans sa vocation.
Le journal raconte l’état des fruitiers et leur production prodigue, les poules et leur nouvelle génération, les abeilles, toujours vaillantes, la profusion de légumes, les pluies, la neige, et le paysage qui se transforme aux saisons.

Abricot, haricot, oignon, panais, piment…

Année 2010 : Efficacité.
La terre est meilleure d’année en année. Il y a maintenant 700 m2 cultivés. Les conserves s’alignent sur les étagères, les tomates se muent en ketchup et en chutneys, elles font aussi le bonheur des voisins… prodigalité. Les pommes s’emmagasinent, elles seront le jus de l’hiver que Carol passe dans une centrifugeuse. On retravaille le sol des prairies, il s’aère, il devient le logis d’une faune et une flore luxuriante.

Verveine, physalis, betterave, céleri-rave, chou de Bruxelles, tomate…

Année 2011 : Sérénité.
Le livre se termine et nous ressentons toute la joie et la satisfaction des années de labeur.
La météo, de par le fait qu’elle soit capricieuse, a un rôle important. Les récoltes sont affaire de cuisine ! Carol expérimente les recettes, la monotonie, même gustative, ne doit pas survenir à tant de richesse. Le rythme de la vie est bien ancré.
Son univers ne se limite pas au jardin. Elle se donne d’autres « objectifs » qu’elle va chercher en forêt. Le sauvage est aussi comestible et tout aussi intéressant que le cultivé.
Le bucolique est un éden. Carol en devient lyrique, on la sent amoureuse et la nature le lui rend bien.
Une sérénité bien méritée.

Coing, aubergine, chou-fleur, navet, herbes…

carol reid-gaillard.
Chronique d’un jardin annoncé, vous trouverez une multitude de conseils sur la gestion de votre jardin, sa conception, des recettes de cuisines, des anecdotes pleines d’humour, et un voyage dans le Béarn paysan. Ecrit dans un style vivant, énergique, entreprenant, l’apprentissage de Carol, ses observations et sa maturité vous insuffleront des envies de créer ou de retourner dans votre potager.
Elle raconte sa pratique, mais parle aussi de ses voisins et amis, et met à l’honneur des personnalités du cru. Portraits en noir et blanc, sans fioriture, elle vante les producteurs du pays. Authenticité, terroir, rareté qui fait l’excellence, on a envie de s’attabler et de goûter.
Le charme de ce livre est dû aussi aux photographies proposées. Elles sont colorées et alléchantes, témoignent d’une campagne saine et vivifiante, et apportent l’appétit.
Le seul bémol que je pourrais émettre, se porte sur la qualité rendue des photos, un peu terne… elles auraient mérité plus de brillance.

Sur la quatrième de couverture, on précise…
Carol Reid-Gaillard, écrivain et photographe, a gagné deux années de suite, le 1er prix de jardin potager bio de France de l’association SNHF.

Je remercie Babelio et les éditions Sud-Ouest pour ce beau cadeau. Il me motive à rejoindre ma minuscule parcelle jardinée…
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Le décor réinventé

« Lart dans tous ses états » de Shelbylee
Masse critique de Babelio avec le partenariat des Editions Les Ardents Éditeurs
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Une lecture commune avec Lilasviolet

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 Le décor réinventé
Suzanne Lalique-Haviland

Sous la direction de Jean-Marc Ferrer

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J’ai eu le plaisir de découvrir dans la liste des titres proposés par Babelio, dans le cadre des Masses Critiques, le catalogue d’une exposition à Limoges « Le décor réinventé » de Suzanne Lalique-Haviland. J’avais programmé cette visite, qui s’expose jusqu’au 15 avril prochain dans les murs d’un ancien palais épiscopal, le musée des Beaux-Arts, et j’étais ravie de cette opportunité…

J’ai reçu le livre, je l’ai feuilleté, j’ai admiré, j’ai convoité les œuvres, j’ai lu quelques passages, je suis allée à Limoges par une journée froide mais ensoleillée, j’ai vu, j’ai aimé, je me suis sentie plus proche de l’artiste, j’ai voulu prendre des photos, hélas ! nous n’en avions pas le droit, j’ai vécu un temps une belle époque, un raffinement, une théâtralité, le luxe, la délicatesse… j’ai pensé que la fragilité et la beauté n’étaient pas éphémères, elles avaient presque l’éternité pour témoigner de leur temps.
Aquarelles, objets précieux, verres opalescents, peintures à l’huile, porcelaines, assiettes, vases, verres émaillés… et des noms qui racontent des voyages et des histoires… Vol d’oiseaux, Aubépine, Calabre, Marocain, Créole, Yzeures, Bengali…

Mots et photos d’un décor réinventé…

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Dans la préface, la ministre de la Culture et de la Communication, Aurélie Filippetti, parle d’un hommage fait à Suzanne Lalique-Haviland, une grande dame de la création « des arts décoratifs à la peinture, du théâtre à l’opéra ». On le lira quelques pages après, que l’artiste, dotée d’un grand talent, était assez modeste et discrète. Cette exposition-rétrospective est la première en Europe.

décor réinventé 2Vase Lagamar émaillé, dit aussi vase Six branches d’ornement,
modèle créé en 1926, verre blanc moulé-pressé-émaillé

La généalogie de Suzanne Lalique se pare d’une lignée d’artistes ; un grand-père et une mère sculpteurs, un père, René Lalique, bijoutier et verrier. Née en 1892, elle passera sa vie à Paris dans le monde des arts. Orpheline de mère à dix-sept ans, son père l’encourage très vite dans ses réalisations et l’intègre dans la société Lalique.
Elle donne une modernité à ses oeuvres et apporte finesse et détails à l’élégance de ses formes. A dix-huit ans, lorsqu’elle découvre l’univers du théâtre et de l’opéra, elle est subjuguée par les couleurs et les compositions qui se modèlent avec grâce dans l’apesanteur des mouvements. Son regard est sollicité par le dynamisme de la « liberté corporelle ». Plus tard, on la demandera pour des décors et des costumes de théâtre.

img100Gouache, peinture métallisée et encre pour projets de tissus, vers 1911-1912

Elle touche à de nombreuses matières, différents univers. La belle époque est la scène de l’Art Déco.
Elle fait des paravents et agence des décors intérieurs avec son père. Elle commence à créer pour les porcelaines de  Sèvres, dès 1911.
« Je suis heureux et te félicite d’avoir été reçue sans appui au concours de Sèvres. Sois heureuse d’être si bien douée et surtout d’être en si bon milieu.
Extrait d’une lettre de son grand-père »

décor réinventé 4
En 1912, elle expose pour la première fois au Salon d’automne. Elle crée des imprimés pour étoffes, peint sur papier à la gouache ou à l’aquarelle avec des effets métalliques argentés et dorés. Elle entrelace des arabesques végétales, florales, les agrémentant d’insectes comme les sauterelles, les scarabées…
En 1917, elle épouse Paul Burty Haviland, un photographe pictorialiste américain, descendant des porcelainiers. Esthète, il partage avec Suzanne l’amour des arts.
En 1920, elle est décoratrice de porcelaine de Sèvres et de Limoges (Manufacture de Théodore Haviland, dirigée par le cousin de son mari).
En 1937, elle est nommée directrice de la décoration et des costumes de la Comédie Française…
… En 1989, elle repose à Yzeures-sur-Creuse.

Peintre, elle a réalisé des natures mortes qui montrent ses passions pour la décoration, les objets, les collections, le monde du théâtre…

décor réinventé 3Peinture, La Garçonnière ou Les Cravates de Monsieur, 1933

Elle met en représentation les vêtements, les colifichets, les parures, l’intimité et quelques scènes que son œil a photographiés. Dans les dernières salles de l’exposition, les toiles sont mises à l’honneur. Elles sont après ses planches sur les costumes de théâtre, dessins que j’ai aimés le plus, accompagnés de leurs superbes costumes. De la complexités des plissés de la robe de Poppée (L’incoronazione di Poppée de Monterverdi) aux formes pures d’un costume de danseuse (Idomeneo de Mozart), mon admiration était béate.

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Ce catalogue, biographie de Suzanne Lalique-Haviland et de plus de quatre cents illustrations, narre la fabuleuse vie d’une artiste peu commune. Figure un peu secrète, pourtant reconnue, elle mérite d’être redécouverte.
Un beau portrait de femme, une dynastie, un décor précieux, riche, un art de vivre, du début du XXème siècle.

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Des billets chez LilasViolet, Nathalie,

décor réinventé 1Maquette pour un compartiment de train

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La Provence, de village en village

« L’art dans tous ses états » de Shelbylee, « Région de France » de Lystig, « Beaux livres » d’Eiluned, et Rencontre « Non Fiction » de Flo

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La Provence, de village en village
Aquarelle de Pierre Pellet
Texte d’Yvan Audouard

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La couverture que je vous propose n’est pas celle de mon livre. Le mien a une couverture mobile qui se glisse dans un cadre. Livre-objet, il est un présentoir des aquarelles de Pierre Pellet que l’on retrouve dans une enveloppe ; dix vues de la Provence.
J’ai reçu ce livre pour mon Noël dernier. Nous avancions, ma mère et moi,  sous des bourrasques de vent, dans les rues de Salon-de-Provence, nous étions frigorifiées. C’est une ville venteuse, à croire que le Mistral s’est réfugié dans cette petite ville pour aider les avions de la base aérienne à décoller (c’est ce que l’on aime se rabâcher !). Dans une petite rue, une galerie de peintures nous offrait un beau répit contre la froidure. Aux murs, de très belles aquarelles racontaient la région. L’artiste présent se faisait discret et c’est plus qu’évident que notre admiration devait le réjouir… Il proposait son livre de façon modeste. Elémentaire mon Cher Watson… nous sommes reparties avec notre livre dédicacé et enrubanné. Ma mère pour moi, moi pour elle…

« O fan, on se croirait aux Goudes. »
Ainsi commence Yvan Audouard qui rapporte un souvenir de voyage, dans la rade de Stockholm. Les Goudes… il faut le dire avec l’accent. Les Goudes de Marseille, tout un poème ! On y va se jeter, malheureusement bien souvent de force que de gré.
Donc, Yvan Audouard, dans ce rappel anecdotique, veut conter sa Provence. Il dit qu’il la vit depuis près d’un siècle.
On lui a demandé cette préface, alors qu’il ne connaissait pas l’artiste. Tous deux habitaient le coin, Pellet à Salon, lui à Fontvieille. La rencontre se fait d’abord par les aquarelles. Des sites que notre auteur connait bien. On ne peut pas lui mentir ! Le dessin pour l’un et les mots pour l’autre… le pays d’Arles est à l’honneur, puis Marseille, son nord, son est… jusqu’aux Alpes.
L’homme des mots parle de pierres, de terres et d’Histoire. Il sait que ce terroir a été façonné « plus à la volonté des hommes qu’à la bienveillance de Dieu ».

Isle-sur-Sorgue

Je retiens quelques mots, quelques idées qui font écho aux dessins.
Ombre et lumière, au pluriel si vous le désirez car je pense que c’est plus complexe. Pays sans frontière aux multiples facettes ; forteresses, oliveraies, cyprès, platanes, vignes, petits chemins de pierres, collines, gorges, marais, cultures, petits villages, petites crèches, ports… Poésie, parfums et gourmandises…
Lorsqu’il écrit Marseille, il dit que c’est la salle d’attente de la Provence. C’est si vrai !
Fables, galéjades, on sent l’anis et l’huile d’olive, on entend les cigales, on est bousculé par le Mistral, on trébuche sur la caillasse, la sueur colle, la poussière du soleil s’incruste. L’Antiquité nous salue, la Méditerranée nous éclabousse d’embruns, les poissons arrivent seuls dans la marmite de la bouillabaisse… Ne vous gaussez pas ! Je lis le texte, je vois tout cela et même plus. La truculence du verbe est un charme à la lecture et leste les images qui s’organisent dans notre esprit… Ça mérite un peu plus de discipline !
Audouard a assez causé, il laisse la plume et contemple avec nous, notre Provence.

Salon, la fontaine moussue et la porte de l’Horloge

La douceur des couleurs et le serti teinté sépia rendent aux paysages beaucoup de quiétude, comme s’ils avaient été faits à l’heure de la sieste, ou, pour les ciels du soir, juste avant l’apéro (ressentis très personnels !). Le touriste voyage, le Provençal revoit avec joie son pays ; les monuments, les cours intérieures, les places des villages, les rues pavées, la garrigue et des vignobles, des toitures orangées et des pierres blanches, ocrées, la côte et l’intérieur des terres. Soixante-quatorze vues qui nous baladent…

Alpilles, château d’Estoublon-Mogador

Un beau livre, source d’inspiration, que j’aime feuilleter.
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Yvan Audouard est décédé à l’âge de 90 ans en 2004. Vous trouverez des informations sur Wikipédia.
Pierre Pellet était à Salon l’année dernière. J’ai lu qu’il avait vécu à La Réunion et qu’il est en Provence depuis une vingtaine d’années.
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« A quoi bon un livre sans image… »

Un livre offert par Anne
Rencontre chez Flo, pour le projet Non Fiction
L’art dans tous ses état de Shelbylee


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« A quoi bon un livre sans image… »
Françoise Mussel

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Le titre de la brochure est une citation de Lewis Carrol,
dans son livre « Alice au pays des merveilles ».

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Une exposition a été présentée à La Piscine de Roubaix, de février à mai 2012. Trop tard, trop loin, pour rencontrer les oeuvres de Françoise Mussel, je peux le faire par l’intermédiaire d’Anne, notre copine blogueuse, qui m’a généreusement offert ce livre.
En direct, je vous livre mon ressenti… Je suis comme une conteuse.

Avant de lire et de comprendre la technique, les idées, je feuillette les pages et je m’attarde sur le travail de l’artiste.

Un monde étrange, de têtes et de corps, défile. Aux couleurs chaudes de terre, ocres, bronze, sienne, bruns, corail, vernissées, l’ignorante que je suis trouve une note médiévale et primitive.
C’est spécial, fantasque. On dirait que l’on a taillé dans la masse et que l’érosion a donné une patine avec des incrustations fossilisées sur certaines sculptures. Les têtes sont expressives, patriciennes ou grotesques, des joues rosies apportant la vie au teint ivoirin, des coquillages font sortir des visages comme des gargouilles et des coupelles sont des vasques pour des corps alanguis…

Je veux lire des explications. Comment et pourquoi ? Je trouverai peut-être une réponse dans l’introduction écrite par Sylvette Botella-Gaudichon…

Françoise Mussel est céramiste. Depuis trente ans, elle émaille son grès et invente un univers inspiré par la nature, la Renaissance et des artistes comme Picasso, Claudel et Piero Della Francesca. Les objets les plus usuels sont là pour être admirés avant de servir. Ils se transforment et prennent des identités chimériques ou celles de personnages de romans. De l’imaginaire, vraiment ? Pas toujours, car parfois ses têtes sont des autoportraits.

Sur la terre, elle dispose des couches d’oxydes de cuivre, de fer, de cobalt… et d’émaux pour rendre ces couleurs particulières. Elle fait monter la température à 1300°. Mutine, elle s’amuse à raconter son intuition et ses délires, pour nous abandonner par la suite à nos propres visions.

Les pages se tournent…
Nous découvrons son atelier, une théière, des plats, des coupes, des têtes soutenues d’une main, des masques ricanants, des pots, des boîtes à tabac… des corps qui se contorsionnent dans une « guigandélire » et d’autres qui subissent « le châtiment de Dieu ».
Du texte parle et mêle des contes, comme « Barbe Bleue », « Alice au pays des merveilles », des légendes, comme celles d’Angkor, et des damnés de la Bible.

J’aime ce que je vois et je voudrais les toucher. Mon doigt glisserait-il sur un aspect lisse, rugueux, froid, tiède ? Je pense qu’il caresserait l’émail en imaginant chaque tache comme des excavations à pénétrer.

Françoise Mussel est née en 1943 à la Chapelle-en-Vercors, dans la Drôme. Elle expose de façon permanente son univers en Bourgogne à Mont-Saint-Vincent.

Le billet d’Anne

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