Delirium – Tome II

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La quinzaine de l’imaginaire organisée par Aymeline
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Tome I

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delirium 2Delirium
Tome II
Lauren Oliver
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Rappel du premier tome :
Depuis soixante-quatre ans, le gouvernement des Etats-Unis a catalogué « l’amour » comme une maladie. C’est le « deliria ». Attenter à cette décision est grave, la pénitence est l’emprisonnement. Cela fait quarante-trois ans que les scientifiques ont trouvé l’antidote. « Les maladies les plus dangereuses sont celles qui nous donnent l’illusion d’aller bien. Il nous faut constamment être en garde contre la maladie : la santé de notre nation, de notre peuple, de nos familles et de nos esprits dépend de cette vigilance permanente… »
Tout est précisé dans Le Livre des Trois S ; le Manuel pour la Sûreté, la Santé et la Satisfaction.

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Lena Morgan Jones a réussi à franchir la clôture et à fuir les Régulateurs, seule, sans Alex. Dans la forêt, milieu sauvage de la « Nature » et des Invalides, elle ne peut plus faire un pas. Ses blessures la font souffrir et la fièvre la plonge dans un tunnel sombre…
« – Hé ! Réveille-toi ! Allez, réveille-toi, allez ! »
Secourue par des Invalides, elle rencontre un univers interdit, une zone libre.

« Avant de rencontrer Alex, pendant près de dix-huit ans, j’ai vécu dans une confiance aveugle du système, croyant à cent pour cent que l’amour était une maladie, qu’il fallait se protéger, que les filles et les garçons devaient impérativement rester à l’écart les uns des autres pour se prémunir contre toute contagion. »

La colonie qui la recueille vit dans la crypte d’une ancienne église. Les bombardements, les incendies, ont détruit toutes les habitations. Les marques du passé sont des empreintes fantômes, le quartier de Rochester est disloqué.
Si la survie est difficile,
la promiscuité incommode et le manque d’hygiène et de nourriture éprouvants, les Invalides sont des jeunes gens bien plus humains que les autres, ceux qui ont reçu le protocole, l’opération qui supprime toute émotion.
Lena, encore dans le souvenir d’Alex, de sa famille et d’Hana, essaie de se formater à la discipline. Bientôt l’hiver les fera migrer dans une région moins froide et Raven, leur chef, une jeune fille d’une vingtaine d’années, commence à préparer leur départ… Leurs possessions matérielles sont insignifiantes, mais chacun s’apprête pour l’épreuve.
Survient alors un raid aérien qui anéantit leur volonté.

Lycée Quincy Edwards à New-York, quelques mois ont passé depuis l’attaque. La forêt est à présent loin derrière les clôtures. Magdalena, Lena, se retrouve lycéenne. Avec Raven et Tack, ils sont revenus pour espionner l’APASD, l’Association pour une Amérique sans Delirium. Membres d’un mouvement de résistance, ils reçoivent des directives d’instances supérieures et organisent, sous le couvert d’identités falsifiées, l’infiltration de Lena.
Le jour si médiatisé où le fils de Thomas Fineman, fondateur de l’ASPASD, va se faire opérer, Lena a pour mission de ne pas le lâcher des yeux. C’est un jour particulier, une célébration qui amène beaucoup de monde… Un groupe de terroristes, les Vengeurs, intervient et kidnappe Julian… Lena doit les poursuivre, quitte à être prise elle aussi…
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Ce second tome alterne ses chapitres avec un « avant » et un « maintenant ».
« Avant », c’est l’arrivée dans la forêt et la vie dans la communauté des Invalides. « Maintenant », c’est la résistance, le combat, le vif du sujet.
J’ai bien apprécié l’histoire. Les actions se succèdent avec un rythme énergique et parfois violent. Lena a changé, son passage dans la forêt a été une rampe pour son entrée dans l’insurrection, et l’auteur l’a entourée de personnages intéressants et séduisants, dont un… Julian.
Si la fin de ce volume ne m’a guère surprise, j’attends le troisième et dernier de la dystopie avec impatience ! Lena va avoir un choix à faire…. Ggrrr ! lequel ?

Une série que l’on peut recommander aux jeunes ! Le premier tome était vraiment très bien.
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Blanche et le vampire de Paris, Tome III

Tome 1 – Blanche ou la triple contrainte de l’enfer
Tome 2 – Blanche et l’Oeil du grand Khan
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9782226174079Blanche et le vampire de Paris
Tome 3

Hervé Jubert

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Paris, Janvier 1973,

Blanche a vingt ans. Dans la salle des mariages de la mairie de son arrondissement, elle prononce d’une voix claire et déterminée un « oui ». En toute simplicité, un huit janvier, devant sa famille, ses amis, elle épouse son ingénieur des Ponts et Chaussées, Alphonse Petit ; Blanche Petit.
Mais, même en ce jour particulier où la félicité fait voyager l’esprit de la jeune épousée sur un nuage, Blanche questionne son oncle, le commissaire Gaston Loiseau, sur ses enquêtes en cours. Tout en versant le champagne dans les coupes, celui-ci lâche « La Compagnie des Casquettes noires ».
Est-ce le bon moment pour parler de crimes et délits ?

Le père de Blanche offre au couple un appartement qu’il habitait du temps de sa jeunesse. Le confort et l’espace sont certes défraîchis, mais agréables et plongent Alphonse et Blanche dans une routine bien désuète pour des jeunes gens. Pour faire le bonheur de la jeune femme, il ne manque qu’une douche, petit souci technique que le preux époux s’empresse de promettre… Il ramènera de son séjour en Angleterre ce cadeau pour sa femme. Alphonse doit traverser La Manche avec son patron, pour visiter le Crystal Palace, un édifice de fonte et de verre, qui servit à l’Exposition Universelle de 1851.

Du côté de Gaston, le décès d’un homme maintient toute son attention. La crise cardiaque qui est diagnostiquée est bien vite démentie. Monsieur de Saint-Auban est mort à son club, Place du Théâtre-Français, en jouant une partie d’échec et après autopsie, le médecin légiste informe que son corps a été vidé de ses cinq litres de sang. Deux petites marques sont retrouvées dans le cou, une croix griffée sur l’épaule, ainsi qu’une sangsue logée dans le nombril. Il serait bon qu’aucune information fuse à l’extérieur. Le cas doit rester au secret.

En dégustant son chocolat chaud du matin, Blanche lit attentivement la une du Figaro ; « Le vampire de Paris, par notre envoyé spécial Zacharie R. Cavendish ».
Aussitôt, elle regroupe certains faits et tel un horloger, replace un à un les indices qui permettront à l’engrenage du mécanisme, de s’enclencher… Dans le courant des derniers jours, elle avait rendu service à une petite blanchisseuse illettrée, brune, peau très blanche, lèvres écarlates, qui lui avait demandé de lui lire une lettre. Ce message, signé Philémon, s’adressait à Camille et lui fixait un rendez-vous dans un café en face du Théâtre-Français. Blanche est intimement persuadée que Phiménon est le macchabée qui git à la morgue. Il faudrait qu’elle retrouve cette Camille… Mais aussitôt l’idée émise, la raison émousse son exubérance et décourage Blanche de toute entreprise.

Dans les archives de l’ancienne préfecture, les registres parlent de cas les plus horribles et les plus fantastiques. Deux affaires semblent correspondre à des crimes nécrophiles et vampiriques. Alors que Gaston et son collègue Arthur Léo, devenu commissaire, sont dans les annales du Sommier, Blanche retrouve Camille, au comportement bizarre.

Un autre cadavre crucifié, mordu, vidé de son sang, stigmatisé par une croix et porteur d’une sangsue, s’ajoute à l’énigme. Le journaliste Cavendish, à travers ses articles, se gosse de la police.
Pour l’une, les indices la mènent vers un asile d’aliénés tenu par le docteur Blanche, pour l’autre, ils le conduisent vers les sociétaires d’une loge de l’opéra où Bizet lance les débuts d’une Carmen. Il paraît que dans toute investigation, il faut chercher la femme.
Oncle et nièce se retrouveront sans se voir, au son d’une polka, au bal du Château des Fleurs… la nuit des masques et des faux-semblants.

Troisième et dernière aventure de Blanche et on referme cette série en demandant à Monsieur Jubert une suite… L’auteur a la particularité d’étonner le lecteur. Dans les scènes les plus banales, il arrive à nous faire sourire, frissonner ou émouvoir.

Blanche, sous son allure de jeune fille bien sage et dans ce dernier tome, de femme mariée, n’est pas faite pour ressembler à sa mère ou à sa soeur aînée (L’auteur a eu la fantaisie d’imaginer la petite dernière, Berthe, en pleine passion religieuse !). Sa condition d’épouse ne la satisfait pas entièrement. Elle voudrait reprendre ses études à la Sorbonne et installer son laboratoire dans son nouvel appartement. Livrée à elle-même durant l’absence de son mari, elle a bien des difficultés à voir son oncle qui est accaparé par son enquête. Gaston, dans cet épisode, ressemble à Vidocq. Il se travestit et s’immerge sur le terrain. Quant à son amie Emilienne, elle prend une tangente très éloignée d’elle. La rousse Emilienne s’est éprise d’un Russe et vit avec lui sans sacrement civil.
J’ai trouvé Blanche un peu en retrait. Elle est entre deux mondes et cherche sa place ; à la fois fougueuse, énergique, pleine d’audace, et observatrice, détachée, ethnologue. A l’aube de tout, il faut espérer qu’elle réussisse à se façonner une vie sans regret. Alphonse, être doux, patient et amoureux, saura l’épauler.

Cette série est écrite avec intelligence. Elle parle de l’Histoire dans toutes ses sphères ; Sciences, littérature, musique, architecture, politique… Il est très intéressant de lire le livre avec quelques pages de wikipédia. Lorsque Alphonse parle du Crystal Palace, une illustration du palais est presque essentielle.
1873, c’est le début des impressionnistes en peinture, le réalisme, le naturalisme, le symbolisme en littérature, progrès dans les sciences et les technologies, les bals dans les guinguettes, l’Opéra comique, la troisième République, les dernières exécutions des communards, la mort de Napoléon III, Mac-Mahon est élu président pour un septennat et le début de la Belle Epoque, où l’insouciance avait soif de vivre.

Un livre à l’image d’une pièce, divisé en scènes, actes et rideau pour le final.
Une série à recommander ++++

Eiluned : Tome 1Tome 2Tome 3
Aymeline : Tome 1Tome 2 Tome 3

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Blanche et l’Oeil du grand Khan – Tome II

Tome 1 – Blanche ou la triple contrainte de l’Enfer

book_cover_blanche_et_l_oeil_du_grand_khan_12108_250_400Blanche et l’Oeil du grand Khan – Tome 2
Hervé Jubert

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Paris 1871,
Paris assiégé par les Prussiens, Paris sous la Commune, Paris enflammé. Durant la semaine sanglante, la guerre civile a fait des ravages dans les rues de la capitale. Hommes, femmes, enfants, sous le nom des communards, ont péri fusillés.

Avant d’aller chercher sa soeur et sa famille à la gare, le commissaire Gaston Loiseau s’accorde le plaisir d’une baignade dans la Seine. Après ce petit temps de quiétude, il est appelé sur les lieux d’un suicide. Une jeune femme rousse est remontée des fonds du fleuve. Elle se nommait Marie. Petite ouvrière qui faisait des fleurs artificielles, elle travaillait aussi pour le commissaire Loiseau. Dans sa main, solidement crispée et refermée, le légiste trouve une petite abeille en or. C’est un petit cloisonné, vieux et précieux.

Ce même jour, après trois mois d’absence, il tardait à Blanche de revenir à Paris, revoir son oncle et son amie Emilienne, la fille de la concierge. Une confidence lui brûle la langue… elle est amoureuse d’un jeune homme rencontré à Saint-Cénéri, un étudiant en dernière année aux Ponts et Chaussées. Mais à son retour, elle apprend qu’Emilienne est emprisonnée à Saint-Lazare pour avoir été « coupable de sédition et d’intelligence terroriste ». Sa peine sera une déportation en Nouvelle Calédonie. Son oncle l’informe aussi, que le jeune Victor Pilotin, un garçon de quatorze ans qui l’avait aidée dans une enquête quelques mois plus tôt (voir le 1er tome), a été fusillé pour avoir participé aux barricades du 28 mai au Faubourg Saint-Antoine.
Blanche est rattrapée par la réalité morbide qui hante la capitale.

Quinze jours d’attente pour obtenir un sauf-conduit et Blanche a droit à cinq minutes d’entretien avec Emilienne à la prison des femmes. Que lui racontera-t-elle ? Son secret lui paraît vain désormais. Peut-elle lui dire « Emilienne, je suis enfin amoureuse ! » ?
« – Qu’est-ce que je peux faire ? Qu’est-ce que je peux faire ? balbutiait la locataire de la rue Neuve-des-Petits-Champs.
Tuer Thiers, lui aurait bien répondu Emilienne. Mais la minute était décidément trop précieuse pour qu’on y glisse l’ordure. Alors Emilienne énuméra une liste de tâches :
– Tu vas faire attention à toi. Tu vas penser à moi. Souvent. En tout cas, tu ne m’oublieras pas. Tu ne prendras plus ce que les journaux te racontent pour argent comptant. Tu ne vas pas te laisser marcher sur les pieds et puis… tu vas aimer, veinarde.
La porte s’ouvrit dans le dos d’Emilienne qui ne tressaillit pas.
– Vous êtes dans mon cœur, petite sœur. Toi et ton Alphonse.
Emilienne se pencha vers Blanche et l’embrassa sur les lèvres. Blanche cessa de respirer pour cacher ce baiser au plus profond d’elle-même. »

Blanche, égarée, saisie par ce cauchemar, se laisse mener par l’omnibus qui la conduit en bordure du canal. Dirigée par le destin vers la seule personne qui pourrait la réconforter, elle se retrouve face à Alphonse, passionné par les systèmes hydrauliques. Tous deux vont chez le Père Martin, un éclusier, qui est un ami, presque un père, pour le jeune homme. Là, Blanche se fait conter une étrange histoire, celle du Nautile de Fer… Un matin, en février 1868, un scaphandrier semblable à un monstre fit son apparition… homme de fer, homme poisson, il sondait les fonds du canal…

Chez les Paichain, les humeurs sont exacerbées. L’aînée des filles, Bernadette, va se marier. Les essayages des robes, les papiers administratifs, les préparatifs de la noce, rendent une ambiance frémissante… Alors, lors d’un repas familial conviant Gaston, dans cette fermentation, les mots parfois dépassent les pensées et les nervosités parentales remuent la bauge du temps présent… Que comprennent les petits bourgeois de ce cloaque répressif ?
« – Et tu vas me faire le plaisir d’oublier cette canaille d’Emilienne ! Tout le monde sait que tu étais son amie. C’est à peine si on nous adresse encore la parole. N’oublie pas que ma respectabilité te nourrit en partie.
Le coco fêlé, songeait Gaston. L’expression était en deçà de la réalité.
Le commissaire fit signe à Blanche de rester calme. Il considéra Berthe. Du haut de ses treize ans, elle pouvait entendre, jugeât-il. Alors il raconta ce qu’il avait vu en revenant de la Sarthe un mois plus tôt et dont il n’avait pu encore parler à cette table.
– Lorsque je suis arrivé à Paris, commença-t-il sur un débit très lent, il y avait un énorme nuage noir au-dessus de la ville. Il venait des dix mille cadavres d’hommes, de femmes, d’enfants et de vieillards que l’on brûlait au pétrole sur le Champ-de-Mars pour éviter une infection.
Sa sœur déglutit bruyamment. Robert avala son verre de morgon cul sec et faillit s’étrangler.
– J’ai parcouru Paris et je n’en ai pas cru mes yeux. Il suffisait de porter un képi, des godillots ou un pantalon de garde national pour être fusillé. On vous envoyait à l’Ecole militaire ou au Luxembourg. Et ça revenait au même. Ils avaient une technique particulière. Ils attachaient les ROUGES. (Et il aboya ce mot pour faire frémir sa sœur.) Avec une corde. Façon bottes d’asperges. Et ils les abattaient en masse en tirant dans le tas.
Gaston marqua une pause et dégusta son verre. Il s’assura d’un coup d’œil que la prétendue fragile Berthe élevée à la fleur d’oranger, à l’huile de foie de morue et au Xylofa qui dégage la poitrine, tenait le coup. Elle était forte, Berthe. Et Blanche aussi. Seuls Robert et Madeleine tremblaient. Impitoyable, il continua :
– On m’a raconté qu’un gamin de dix ans jetait des cartouches dans le caniveau. Il avait peur que son père ne soit pris avec. Une escouade est passée et l’a fusillé contre un mur.
Gaston considéra les deux pétrifiés en face de lui. Il se leva (…).
– Vous m’excuserez mais j’ai un rendez-vous au cabinet des Médailles.
– On peut venir avec vous ? implora Blanche. »

Au cabinet des Médailles, le conservateur, Monsieur Chabouillet, répond au commissaire… La petite amulette, qui représente une abeille, est l’abeille de Childéric. En 1653, un ouvrier travaillant à la démolition d’une maison, avait trouvé le caveau du roi des Francs avec son trésor ; épée, bijoux, pièces d’or, torque… et trois cents abeilles en or. Cette fortune fabuleuse fut conservée à la Bibliothèque Royale. Mais en 1831, un vol la ravit avec d’autres objets, dont le sceau de Louis XII.
En compagnie de son oncle, Blanche s’informe de sa nouvelle enquête et Gaston, ne se faisant pas prier bien longtemps, lui relate les quelques faits en sa possession.
Un de ses prédécesseurs, Eugène-François Vidocq, quarante ans plus tôt, avait mené l’enquête et arrêté un bandit qui fuyait avec des lingots d’or. Ce cas d’étude lui avait été proposé pour son concours d’entrée dans la police et les éléments étaient encore vivaces dans sa mémoire.
Maintenant, il fallait relier les deux chaînons… Comment Marie est rentrée en possession de l’abeille ? Et pourquoi s’est-elle suicidée ?

« Les jours se succèdent sans que rien ne change. » Blanche s’ennuie et ne pense qu’à Emilienne. Aussi, décide-t-elle d’aller consulter des livres à la Bibliothèque Nationale. Perdue dans le dédale des rayonnages poussiéreux, elle a la surprise d’y rencontrer Mr. Chabouillet. Les lunettes toujours de travers, le regard aussi vif et enthousiaste, il lui pose d’emblée la question : « Avez-vous trouvé la trace du capucin ? »

Loué soit Mr. Chabouillet, qui sans le savoir, va sortir Blanche de son abattement. Une immersion dans quelques écrits dévoile la légende de l’anneau de Gengis Khan, bijoux dérobé dans le cambriolage du cabinet des Médailles avec le trésor de Childéric.
Cette bague, serti d’un rubis sang-de-boeuf, avait la réputation d’avoir des pouvoirs magiques. Elle était aussi appelée l’Oeil du Grand Khan. Objet de convoitise, la bague devient l’obsession de l’Hydre, un syndicat criminel dirigé par six comtes, le tout, contrôlé par une septième personne, le cerveau. Prostitution, jeux, mendicité, empirisme, opiacés… l’Hydre maîtrise toute cette fondation souterraine.

Blanche se lance sur la piste du capucin, tandis que son oncle, doit résoudre une série de meurtres. Les comtes de la pègre se font décapiter et éviscérer par une ombre.
Paris est très mystérieux, envoûtant et la Seine sait garder les secrets.

Deuxième tome de la trilogie de Jubert, nous retrouvons Blanche avec sa famille. J’ai trouvé cette histoire encore plus sombre que la première. Les événements historiques pèsent gravement dans le récit. J’ai voulu reporter le passage où Gaston raconte sourdement la répression sur le peuple car ces quelques mots font ressortir la noirceur de l’époque. Blanche grandit, est amoureuse, mais cette insouciance lui est soufflée. Son amie Emilienne incarcérée et bientôt exilée la rejette dans une pesanteur solennelle. L’enquête est une bonne motivation pour combattre son apathie. Elle cherche aussi un peu de frivolité auprès d’Alphonse qui, tout en étant scientifique, est aussi un esprit poète. Quant à Gaston, il change d’envergure. De policier zélé, courtisé par ses supérieurs, un peu mondain, il se mue en un justicier plus dur, plus motivé et plus impertinent.
J’ai beaucoup aimé ce livre. Il est sans ennui. On se projette très rapidement dans la peau de Blanche et on vit avec elle les péripéties qui chamboulent l’histoire. J’ai eu plaisir à parcourir ce Paris du XIXeme siècle. Dans le tome précédent, l’auteur avait souligné quelques sciences et technologies, dans celui-ci, il accentue sur le mesmérisme, rendant à cet épisode un accent ténébreux et fascinant.
Plus qu’un livre-jeunesse, une enquête policière, il est une bonne source historique, un tremplin pour aller rechercher des informations concernant Le temps des Cerises. Il est un bel hommage à l’émancipation des femmes.

Un livre, un auteur, une série à recommander +++

Billets des lectures communes :
Aymeline : Tome 1 Tome 2
Eiluned : Tome 1Tome 2

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Edouard Manet
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Blanche ou la triple contrainte de l’enfer – Tome I

9782226209597FSBlanche ou la triple contrainte de l’enfer
Tome 1

Hervé Jubert
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1851, Bois de Vincennes.

Iouri, suivant une recette de son pays, la Sibérie, fait un vin de champignons peu habituel. Un ingrédient est indispensable pour son élaboration, la mandragore. Cette plante se trouvent dans les sols riches d’un compost de feuilles, mais aussi aux pieds des gibets. Dans l’allée des pendus, il se dirige en compagnie de son lynx vers le platane des suppliciés.
C’est alors, qu’il est témoin d’une scène atroce. Un enfant est posé sur une table en pierre, l’autel de Teutatès, maintenu immobile par des silhouettes mystérieuses. L’une d’elle soulève une lame vers les cieux avant de l’abattre violemment sur la poitrine de l’enfant. Sortant de sa torpeur, Iouri intime l’ordre à son lynx d’attaquer l’assemblée.

1870, Paris.

A la gare Montparnasse, c’est l’effervescence et les quais fourmillent de personnes affolées qui n’ont qu’une obsession, quitter Paris. L’armée prussienne sera bientôt aux portes de la capitale.
Monsieur et Madame Paichain entraînent leurs trois filles, Bernadette vingt-un ans,
Blanche dix-sept ans et Berthe douze ans, vers leur train. La désorganisation et la panique génèrent des bousculades brutales et impitoyables.
Juste avant de monter dans le train, Blanche s’éloigne pour venir en aide à un petit garçon en pleur. Lorsqu’elle essaie de rejoindre sa famille, elle ne peut que regarder impuissante, la fermeture des wagons et le train glisser sur les rails.
Blanche, seule mais pas désemparée, pense immédiatement à son oncle Gaston, commissaire de police. Finalement… cette mésaventure exauce son souhait secret : Rester à Paris avec lui et retrouver sa chambre pour continuer ses expériences scientifiques. Peu importe si la ville est assiégée, elle va goûter à la liberté…

A la recherche de son oncle, Blanche se retrouve à la morgue où elle fait la connaissance de Claude Salmacis, le préparateur anatomique. L’homme est bizarre et dégage une odeur de violette. Sur une table, le cadavre d’un homme scalpé et tatoué attire son regard. Elle le reconnaît aussitôt, c’est Edmond Alba, le chapelier qui vend des hauts-de-forme à son père.
Lorsque le commissaire s’aperçoit de la présence de sa nièce, l’incrédulité se partage à l’inquiétude et la joie. La guerre se profile et l’invasion risque d’être terrible, Blanche devrait être à l’abri loin du conflit, mais un sentiment de pur bonheur l’étreint aussi. La fille de sa soeur est l’enfant qu’il aurait aimé avoir. Blanche est intelligente, curieuse, courageuse, a un esprit scientifique et aime particulièrement élucider les énigmes. Elle pourrait être une excellente assistante…
Après avoir confié le nom du macchabée à son oncle, Blanche retourne dans l’appartement de ses parents. Son amie d’enfance Emilienne travaille pour Monsieur Nadar et son atelier d’aéronefs. Il ne lui reste plus qu’à trouver une occupation qui serait en harmonie avec ses aspirations… élève à l’Ecole de médecine aux cours de dissection et maniement du bistouri sous la férule du Professeur Séverin Klosowski et infirmière-brancardière à l’hôpital pour s’occuper des blessés rapatriés du front.
Ainsi débute sa nouvelle vie de jeune fille indépendante…

Un mois plus tard, lors d’une autopsie dans le cadre de ses études, Blanche découvre que le cadavre exposé a le même tatouage sur le bras que le chapelier décédé : « Trois sphères, deux corbeaux, un personnage en robe à la bouche cadenassée ». Elle en réfère à son oncle qui poursuit toujours l’apprenti du chapelier, Victor Pilotin, un garçon de quatorze ans, suspecté du meurtre. Le plus extraordinaire de ces deux affaires, le plus abracadabrant, n’est pas la similitude des tatouages, mais c’est la dissolution des corps. Après quelques heures, il ne reste de ces morts qu’un amas de matières organiques, comme si on les avait désagrégés avec de l’acide.

Blanche décide alors de mener son enquête en parallèle de celle de son oncle, n’étant pas d’accord avec lui sur l’identité du coupable. L’assassin est appelé l’Alchimiste et il est fort probable qu’il ne s’arrêtera pas à ces deux crimes.

Voyages en montgolfière, poursuite en omnibus, expériences savantes, formules magiques, occultisme, confrérie, photographies, rencontres avec Félix Nadar, Sarah Bernhardt… Blanche trouvera dans l’opéra de Gounod, Faust, un début de réponse avec la souffrance chantée de Marguerite :
« – Ces mains rouges de sang, ce cauchemar de fer… Est-ce le prix à payer pour la triple contrainte de l’Enfer ? »

Un livre fort captivant, que je vous recommande ! Classé dans les lectures jeunesse, ce volume est le premier d’une trilogie. Je n’ai pas retrouvé la folle fantaisie de la série « L’Opéra du diable » lue récemment, mais une histoire plus vraisemblable, moins loufoque et plus accessible à mon esprit. Nous sommes dans un XIXème siècle bouillonnant d’inventions, de nouvelles technologies et techniques. Des sciences qui jouxtent d’autres dogmes plus mystiques, tels que le spiritisme et la magie. L’ambiance est celle aussi du siège de Paris par les Prussiens, des barricades, d’un hiver rigoureux, du rationnement des denrées, de la guerre et de ses déchets. L’auteur aime mélanger ses personnages à d’autres aux noms illustres. Il s’amuse aussi à imaginer celui qui deviendra, dix-huit ans plus tard, l’assassin de Whitechapel, Jack l’Eventreur. La nuit, les rues sont noires et dangereuses. Rien de surprenant me direz-vous, mais j’ai ressenti dans certains passages l’oppression de l’angoisse d’un roman fantastique.
J’ai beaucoup aimé cette histoire et j’espère retrouver ses sensations dans les prochains tomes.
A bientôt… avec mes comparses de lecture.

Billets de la lecture commune chez Eiluned, Aymeline, Sharon et Scot13
Billets chez Lilibook,
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Sarah Bernhardt photographiée par Nadar

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Sabbat samba – La trilogie Morgenstern, Tome III

Le quadrille des assassins, Tome I
Un tango du diable, Tome II

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La trilogie Morgenstern – Tome III
Hervé Jubert


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Carmilla Banshee et son acolyte Archibald Fould souhaite présenter lors d’une soirée au palais du Liedenbourg, un enfant. Les deux associés ont créé une descendance au Diable, une petite fille qu’ils nomment Morgane, mais qui se débaptisera pour se faire appeler Lilith. Carmilla rêverait de faire revenir le malin, alors, avec un mégot qu’il avait abandonné lors de sa dernière apparition due à une invocation du comte Palladio, elle a pu reconstituer ses cellules et concevoir un bébé.
Pour cette nuit de sabbat, tous sont conviés pour rétablir la magie noire et appeler celui qui ne se manifeste plus depuis de nombreuses années… le Diable.

Près du buffet, un couple étrange et très coloré contemple l’assemblée. Sous les traits de vampires venus des Carpates, Roberta Morgenstern, sorcière et ancienne enquêtrice au Bureau des Affaires Criminelles, et son compagnon Grégoire Rosemonde, illustre professeur d’histoire en sorcellerie au Collège des Sorcières, s’apprêtent à kidnapper l’enfant. Depuis l’affaire avec le Baron des Brumes, nombreux sont devenus réfractaires à la nouvelle politique et ont organisé une résistance. Avec l’assistance des pirates Louis et Claude Renard, de Suzy Boewens, professeur de droit satanique, d’Ernest Pichenette et de bien d’autres, Roberta et Grégoire veulent contrer l’ambition démoniaque de Banshee.
Seul Clément Martineau s’est séparé du groupe. Sa droiture étant trop rigide, il ne peut imaginer de turpitudes au sein de sa hiérarchie. Toutefois, n’étant ni stupide ni borné, il arrivera à se poser des questions et à rejoindre les rebelles.

Parents adoptifs et très aimants de la petite Lilith, Roberta et Grégoire fuient Banshee et Fould, en usant de tous les moyens de locomotion mis à leur disposition et les lieux de villégiatures, des plus paradisiaques aux plus surprenants… De Rome dans une maison du Palatin, à la Ville de Verne, en passant par le berceau des contes de fées et des mille et une nuits…
Pour sauver l’enfant et combattre les forces funestes, Roberta devra rencontrer les cinq entités patronnes des cinq éléments. Lilith se meurt, sa carence en fer la décompose petit à petit. Quant à Banshee, elle essaiera de réunir des forces malignes, les gardiens de différentes maisons, telles que les fantômes, les lycanthropes et les magiciens, pour lui venir en aide.

Qui vaincra et que dira le Diable de cet acharnement ?

Alors…
Je suis contente, je l’ai pensé, il l’a écrit… Avis à ceux et celles qui ont lu la trilogie… Je le savais !!! Ah ! Monsieur Jubert… je n’aurais pas aimé être déçue. Et, oui ! un mystère plane sur les trois volumes, j’ai extrapolé et ma vision était juste…
Fermons cette parenthèse jubilatoire…
Ce livre est le dernier de la saga Morgenstern. J’avais adoré le premier volume. Etant nouvelle lectrice de cet univers, j’ai fantasmé joyeusement de la première ligne à la dernière. Pour le second tome, j’ai été une lectrice un peu plus mitigée. Certes, j’étais heureuse de retrouver la fine équipe, mais j’ai gardé une certaine distance. Pour ce troisième livre, j’ai été conquise. Nous retrouvons le loufoque, l’humour, le grinçant, l’action, des inventions mécaniques sophistiquées, des chasses aux trésors, des paysages lointains, nous avons des passages de tendresse, un petit soupçon de passion et quelques chapitres poignants. Les images sont belles dans notre imagination, elles sont chimériques et extravagantes, à l’image de Roberta Morgenstern, sorcière gainée, courageuse, coquine, attendrissante, mère poule,  fidèle, brillante, délirante, excentrique, modèle pour un Jean-Paul Gaultier ou un Jean-Paul Goude.
Cette trilogie est à conseiller pour sortir de notre ordinaire…

Avant de clore ce billet, je souhaiterais vous dévoiler un passage adorable ! Lilith et Roberta prennent un bain et s’amusent comme des folles…

 » Un mouvement creusa la mousse à la surface du bain. La délicate odeur qui flotta jusqu’aux narines de Roberta ne lui laissa aucun doute quant à sa non moins délicate provenance.
– Frais, ça. Très frais. (Lilith recommença, une nuance de défi dans les yeux.) Tu le prends sur ce ton ?
Roberta renvoya à Lilith le même regard intimidant. Une bulle énorme chassa la mousse entre les jambes de la sorcière. Lilith afficha une mine dégoûtée lorsque le nuage toxique l’atteignit. Un triomphe. Une reddition. Une déculottée exemplaire.
– Alors cocotte, on fait moins la fière, hein ?
Lilith ne bougeait pas. Et son immobilité, en soi, aurait dû inquiéter la sorcière. Il y eut un chapelet de bulles ridicules eu égard à celle qui venait de remporter le concours. Mais suivit un objet flottant long et noir. La sorcière le regarda dériver vers elle sans trop y croire. Lilith affichait un air pas très éloigné de la béatitude.
– Là, je crois que tu as gagné… »

Billet de la lecture commune avec Eiluned, Aymeline et Scor13

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Illustration du livre de Jules Verne « Vingt mille lieues sous les mers », dessin de A. de Neuville
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Un tango du diable – La trilogie Morgenstern, Tome II

Tome I – Le quadrille des assassins
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La trilogie Morgenstern – Tome II
Hervé Jubert

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Deux ans après l’affaire du quadrille des assassins, le service des Affaires criminelles entretient moins d’inspecteurs qu’avant. Seule une petite trentaine se partage les quelques enquêtes non élucidées par les traceurs. Mais Alberta Morgenstern et Clément Martineau sont toujours sous les ordres du major Gruber.
Les villes historiques ont été fermées, l’Albatros remisé dans un hangar.

A son temps perdu, Alberta aide son ancien professeur Rosemonde à pister des esprits en dansant le tango, la salsa…, dans des étreintes lascives (sur le parquet, comme dans un lit). Clément apprend à maîtriser ses pouvoirs de jeune sorcier et fait des expériences audacieuses, sans jamais ménager son intrépidité ; il est un homme-oiseau ! Quant au patron du service, le major Gruber, il reçoit, un matin, une lettre lui apprenant sa prochaine mise à la retraite.

Jusqu’au soir, où Alberta reçoit l’appel de son supérieur…
« – Major ? Quelle surprise ! s’exclama Roberta, sincèrement ravie. Ne me dites pas que votre appel va bouleverser ma routine quotidienne ?
– Si.
– Chic !
Gruber grogna.
– Un automobile vous attend en bas de chez vous.
– Pardi, la situation est si grave ?
– Elle l’est. Je cherche Martineau. Vous savez où il est ?
– Quelque part entre le ciel et la terre, je suppose. (Il y eut un silence) Que se passe-t-il, major ?
Gruber répondit sur un ton à la foi neutre et las qui ne présageait rien de bon :
– Ne tardez pas. Je vous attends. »

On a retrouvé un corps mutilé et dépecé dans un zoo. Des fourmis amazones en seraient les auteurs… Ce cas pourrait être un accident, si ce n’est que d’autres morts ont été signalées et qu’elles sont toutes suspectes… Un jeune garçon a été broyé dans un tunnelier de la Montagne Noire et un boulanger a été carbonisé dans son four.
« Accidents ? Suicides ? Meurtres ? »
Il revient alors à la mémoire d’Alberta, d’autres crimes commis quarante ans auparavant. Tous sur la même chronologie, accomplis par un tueur se faisant appelé le Baron des Brumes.
Il sera question aussi, au fil des pages, d’une figure de glaise conservée à Prague dans une synagogue. Deux sorciers, Camilla Banshee et Hector Barnabite veulent ressusciter le Golem.
Alors qui et pourquoi ?

Deuxième épisode de la trilogie, j’ai retrouvé avec plaisir les personnages du premier.
Ma lecture a été agréable, mais je tiens à préciser que j’ai une préférence pour le premier tome.  L’histoire est intéressante, mais je n’ai pas trouvé l’osmose, la complicité, entre Roberta et Clément (une petite rivalité ou divergence d’opinion les sépare quelques temps et cela pèse ou divise le récit), ainsi que la magie du voyage dans le temps. De plus, je n’en croyais pas mes yeux quand… (bip !)… et cela m’a attristée, revenant sur mes pages pour relire et re-relire. J’espère que mes copines de lecture ont apprécié et leur donne rendez-vous pour le final.
A bientôt…

PS : Alberta reçoit un catalogue de gaines de maintien miraculeuses. J’aimerais également le recevoir pour passer commande.
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Golem
Le Maharal de Prague et son golem. Gravure du XIXème siècle

Billet chez Scor13, Aymeline et Eiluned
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Le quadrille des assassins – La trilogie Morgenstern, Tome I


quadrille_assassins2Le quadrille des assassins

La trilogie Morgenstern – Tome I
Hervé Jubert

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Londres au XIXème siècle, avec ses manufactures, son brouillard, sa pollution industrielle, les quartiers en bordure de la Tamise, les docks…

Mary Graham longe les rues de Whitechapel. Elle a rendez-vous avec un docteur. A la taverne du Black Dog, elle rit, elle danse, elle l’attend… Il arrive, il l’emmène, elle se laisse faire car elle est « une gentille fille ». Le personnage est bien habillé, ses traits sont aristocratiques… mais lorsqu’il l’accule contre un mur, dans un lieu sinistre et isolé, Mary commence à scruter son regard. Et dans les yeux de l’homme qui la maintient avec force, la jeune femme y voit la mort.

Ailleurs…
Roberta Morgenstern est une femme d’une quarantaine d’années (approchant des cinquante). De petite taille, avec des rondeurs toutes douces, elle a des cheveux bruns-roux et des yeux verts. D’un tempérament optimiste et jovial, elle vit avec son mainate et son chat Belzébuth dans un appartement. Roberta est enquêtrice aux Affaires criminelles. Elle est surtout un atout important pour le service car la demoiselle, sous le sceau du secret, est une sorcière de grande qualité !
Un jour, alors qu’elle voulait profiter d’une journée de repos, son patron, le major Gruber, l’appelle en urgence pour une enquête à caractère « sensible ».
Pour mener à bien cette affaire, on lui délègue un assitant, Clément Martineau ; beau, jeune, fougueux…
On a découvert une femme morte, éviscérée, dans le Londres victorien.
« – Pourquoi me mettre ce freluquet entre les pattes ? lâcha-t-elle.
– Un peu de compagnie ne vous fera pas de mal Roberta. Sinon vous risquez de devenir comme votre mainate : bornée et répétitive.
– N’essayez pas de me faire rire. Ce gamin vient des Contrats et vous le mettez sur un cas d’homicide, hors juridiction.
– Ce gamin a fini premier au concours de police théorique.
– Très bien, il connaît son manuel par coeur. Il pourra lire ses droits à son assassin pendant que ce dernier le transformera en chipolata.
– Je n’ai pas le choix, Morgenstern. Il voulait une affaire. C’est la seule que nous ayons. (Roberta poussa un soupir interminable.) Bon… d’accord. Il vient d’une famille puissante sans laquelle le Bureau n’existerait sans doute plus.
Roberta lut sur les traits de Gruber tout ce que lui coûtait cette révélation.
– Martineau… J’ai déjà entendu ce nom-là quelque part.
– Des Ciments Matineau.
– Les Ciments Martineau, bien sûr ! s’exclama Roberta. Ce ne sont pas eux qui ont construit l’Edifice ?
– Retrouvez l’assassin, ordonna tout à coup le major. C’est un malade. Il ne s’arrêtera pas à Mary Graham. »

Le comte Palladio, homme d’affaires, milliardaire, étrange, mégalomane et mystérieux, est passionné par l’Histoire. Il a créé des villes à différentes époques… Londres du XIXème siècle, Paris au XVIIème… Plus que des parcs d’attractions ou à thème, elles essaient d’être la copie conforme de leur passé, une reconstitution historique, un voyage dans le temps.
Sur le vaisseau l’Albatros, dans les airs, Roberta et Martineau, invités du comte, contemplent Londres. Tout y est… La Tour de Londres, le British Museum, la Cathédrale Saint-Paul, Trafalgar Square, l’Exposition Universelle…
Pour pouvoir pénétrer dans ce monde virtuel, il faut revêtir des costumes et des falbalas. Alors, c’est en robe avec cerceaux et crinoline, avec un manchon et armée d’une ombrelle, que Roberta, sur les lieux du crime, se penche sur le cadavre de la misérable jeune femme. Discrètement, elle lui vole ses cils. Plus tard, dans la chambre d’hôtel du Savoy, qu’on lui a attribuée, après une incantation, elle revoit dans le miroir, les dernières minutes de Mary. Le meurtrier avant de la poignarder l’a appelée Annie Chapman.
Jack l’Eventreur referait-il surface ? Jouera-t-il plusieurs fois le rôle macabre et historique que nous lui connaissons ?

C’est dans les coulisses de ce théâtre grandiose, qu’une infime partie de l’intrigue sera dévoilée. Au delà de la ville, des machineries, des poulies, des réacteurs à vapeur, à vent et à ambiances, un petit hérisson mènera Roberta et Martineau vers la noirceur d’une âme égarée et manipulée.

Ce premier chapitre est le début d’une machiavélique obsession. Une entité puissante essaie de faire naître des jumeaux astraux issus d’illustres criminels dans différentes villes et différentes époques ; Paris, Venise, Tenochtitlan.
Roberta, suivie de Martineau, qui se révèle être une aide précieuse, aura l’aimable soutien de Hans-Friedrich Gustavson, l’hérisson télépathe, et celui de son ancien professeur Rosemonde du Collège des Sorcières qui met à sa disposition des archives très confidentielles.
Et si le quadrille des assassins n’était invoqué que pour faire venir une personne ? Celle dont le nom est faiblement murmuré et que l’on croyait morte… La créature cornue…

J’ai beaucoup aimé ce livre. Premier tome d’une trilogie, il fut un régal ! J’y étais. L’ambiance, les personnages, l’humour, l’action, la beauté des décors… j’ai tout visualisé comme si j’étais face à un écran. L’histoire fantastique se déployait en une mécanique ultra sophistiquée, huilée de magie blanche et noire. Le voyage dans l’extraordinaire et l’illusoire est très bien raconté. Nous nous déplaçons à bord d’appareils dignes de Jules Verne et des plus grands architectes, nous pénétrons dans des peintures et sautons d’un tableau à un autre, réveillant au passage quelques personnages saisis pour l’éternité. Le méchant de l’histoire est laid, dégoulinant d’humeurs fétides, verdâtres, recouvert de pustules et de chairs décomposées. Parfois je l’imaginais comme une araignée, et d’autres fois, il était une grosse limace. J’ai outrepassé les mots et j’avais plaisir à le gâter encore plus ! Les gentils, eux, sont vaillants, sympathiques, spirituels et très intelligents… je les ai aimés, donc, dans mon inspiration, je les ai vus très beaux ; une Roberta pulpeuse, racée, et un Martineau fort séduisant.
Ce livre se lit très vite. Il m’a été impossible d’appuyer sur la touche « pause ». J’ai hâte de retrouver la suite que nous avons programmée en lecture commune. L’auteur a écrit une autre série… Blanche. Je pense qu’elle rentrera prochainement dans ma PAL.
Un livre à conseiller.
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Leonard de Vinci - char a faux
Dessin de Leonard de Vinci

Billets de la lecture commune chez Scor13, Eiluned et Aymeline
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Delirium – Tome I

Lecture commune avec Theoma

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delirium-1-lauren-oliverDelirium
Tome I
Lauren olivier

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Depuis soixante-quatre ans, le gouvernement des Etats-Unis a catalogué « l’amour » comme une maladie. C’est le « deliria ». Attenter à cette décision est grave, la pénitence est l’emprisonnement.

Cela fait quarante-trois ans que les scientifiques ont trouvé l’antidote.
Dans quatre-vint-quinze jours, Magdalena Ella Haloway recevra le protocole.

« Les maladies les plus dangereuses sont celles qui nous donnent l’illusion d’aller bien. Il nous faut constamment être en garde contre la maladie : la santé de notre nation, de notre peuple, de nos familles et de nos esprits dépend de cette vigilance permanente… »
Tout est précisé dans Le Livre des Trois S ; le Manuel pour la Sûreté, la Santé et la Satisfaction.

Portland, une ville clôturée par des grillages électriques, sous le contrôle des Régulateurs. A la nuit tombée, un couvre-feu s’installe. La dictature se veut bienveillante, elle protège les siens…
Lena est une jeune fille qui, à ses dix-huit ans, connaîtra le soulagement de ne plus craindre d’être contaminée par une maladie neurologique, l’amor deliria nervosa. Ce sentiment avilissant est une folie microbienne qui peut circuler dans le sang. C’est à proscrire, c’est condamnable, c’est sale. Sa mère en était atteinte. Après trois tentatives pour être désensibilisée, toutes des échecs, elle s’est suicidée en se jetant du haut d’une falaise. Cette affection est une aliénation douloureuse et mortelle. Sa sœur aînée, Rachel, a été infectée elle aussi, mais a été guérie à temps.
Orpheline à l’âge de six ans, élevée par sa tante Carole, Lena s’est conditionnée dans l’attente de cette libération. Trop d’exemples d’hystérie autour d’elle l’ont confortée de cette nécessité. La tendresse, le désir, l’amour sont des émotions dangereuses pour la conscience. Etudiante en terminale, il est temps pour elle de se préparer à l’évaluation. Ce passage est une étape qui prélude l’ultime opération, une intervention chirurgicale qui n’est pas sans risque. Mise à nue, au sens propre comme au sens figuré, elle est soumise à une inquisition par des Évaluateurs. Ces personnes, après avoir établi une note, présenteront une liste de « compatibles », les compagnons parfaits pour une union ; le choix de l’apparié sera fait par la promise.
Face à ses Évaluateurs, elle se remémore les réponses apprises avec sa tante… Elle veut présenter l’image d’une jeune fille sereine, docile et humble et surtout avoir une bonne notation. Ses couleurs préférées ? Le bleu et le vert, son livre de chevet ? Roméo et Juliette, un exemple d’amour destructeur, effrayant… Mais devant le jury, Lena se rappelle sa mère et la phrase qu’elle lui a murmurée juste avant de partir : « Je t’aime. Souviens-toi. Ils ne peuvent pas nous enlever ça. »
Que lui a laissé sa mère ? Ces souvenirs sont comme des petites veilleuses allumées pour qu’elle ne puisse pas se perdre.
A la première interrogation… une vague balaie son esprit, l’instinct ou une franchise crue révèle sans fausseté…
« – Quels sont vos livres préférés ?
– Amour, guerre et intrusions (…), Frontière (…) Et Roméo et Juliette, de William
Shakespeare, conclus-je.
– Et pourquoi ? s’enquiert le troisième Évaluateur.
« Parce que c’est terrifiant » : c’est ce que je suis sensée répondre (…) la réponse qui m’échappe est la suivante :
– Parce que c’est beau.
– Beau ? Le choix de ce terme est intéressant. Très intéressant. Peut-être trouvez-vous une forme de beauté à la souffrance ? Peut-être appréciez-vous la violence ?
– Non. Non, pas du tout. (…) Je voulais simplement dire… C’est tellement triste d’une certaine façon…
… Le sacrifice. J’aimerais leur parler de la beauté du sacrifice, mais les mots ne sortent pas.
– Avançons, reprend froidement l’Evaluatrice, qui s’est départie du ton amical. Nous allons vous poser une question simple. Quelle est votre couleur préférée ?
– Gris bredouillé-je.
– Gris ? s’exclame le quatrième Évaluateur.
– Pas vraiment gris. Juste avant le lever du soleil, il y a un moment où le ciel est de cette couleur pâle indéfinissable, une sorte de gris, ou de blanc, et je l’ai toujours aimée parce qu’elle me fait penser à ce qu’on éprouve en attendant un évènement heureux. »
Lena s’englue dans ses justifications.
C’est alors qu’un évènement contrarie l’examen et l’annule… Un troupeau de vaches envahit les lieux. Elles sont costumées en étudiantes, perruques, blouses, et portent sur leurs flancs « Le protocole ne sauve pas. Il tue. » Ce mouvement de contestation est perpétré par les « Invalides » et certainement assisté aussi par des « Sympathisants ». Les premiers sont des personnes qui résistent à la tyrannie du gouvernement et qui vivent derrière les frontières, des bois sauvages et insoumis, la Nature. Les seconds sont des personnes qui ont gardé leur acuité, qui n’ont pas reçu le Protocole ou qui sont insensibles à son action. Elles se cachent et œuvrent dans l’illégalité et le secret.
En levant les yeux vers l’observatoire, Lena voit un jeune homme. Il rit du spectacle, il est beau, il est saisissant, il est irrespectueux, il est magnifique… taquin, il lui fait un clin d’œil complice.

Depuis des années, avec son amie Hana, Lena avait programmé leur dernier été avant le Protocole. Il devait être insouciant et libre. Frivole, il ne le sera pas, mais affranchi et licencieux, certainement ! Des jours d’audace qui la réveilleront de sa léthargie et lui feront trouver la lucidité et la force pour rejoindre la Nature. Lena va courir… loin… au delà de la crédulité, de la peur, de la répression, mais aussi loin de son amour.

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Ce livre jeunesse a été une lecture captivante. Il est le premier tome. Lena raconte ses angoisses, son refus de ressembler à sa mère, son rejet de l’héritage émotionnel, sensitif… puis les prémices de la maladie, le flirt, l’amour, jusqu’à réaliser la malhonnêteté de l’Etat et son absolutisme. Les personnages principaux sont jeunes, séduisants et touchants. A la fin de ce volume, ils sont les héros révoltés d’un monde indifférent, mécanique, déshumanisé.

Comme Bladelor l’a remarqué avant moi, ce livre me renvoie à la trilogie « Hunger Games » de Suzanne Collins. Un Etat despotique, un mouvement révolutionnaire, une jeune fille qui se rebelle, courageuse et forte. Sa force, elle la doit à sa mère qui lui a inculqué l’amour, un sentiment enfoui, pratiquement terrassé par des années de sevrage, puis elle la doit à Alex, qui l’a réveillée, non pas avec un baiser (même s’ils viendront au fil de l’histoire) mais avec un clin d’œil.

Clarabel a écrit une belle conclusion que j’aurais aimée laisser, « voici son lien ! »
A la fin de l’année, il est prévu la suite… L’attente est longue !

Et Theoma… Qu’en a-t-elle pensé ?
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Billet de la lecture commune chez Theoma
Billets chez Bladelor, Liyah, Hérisson, Clarabel, Lily, Cécile, Adalana,

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Hunger games, La révolte – Tome III

Tome I
Tome II

166408_495092478485_282277558485_5893026_355114_nHunger Games
La révolte – Tome III
Suzanne Collins

ATTENTION SPOILERS !
Je vous prie de bien vouloir me pardonner…

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« Je m’appelle Katniss Everdeen. J’ai dix-sept ans. J’ai grandi dans le district Douze. Je participais aux Hunger Games. Je me suis sauvée. Le Capitole me hait. Peeta a été fait prisonnier. On suppose qu’il est mort. Il est sûrement mort. Sans doute vaut-il mieux qu’il le soit… »
Après son départ précipité du jeu « Hunger Games », sa deuxième participation, Katniss a eu une commotion cérébrale. A présent, elle doit se rappeler les choses les plus simples ; son nom, son âge, son district…
Le district Treize lui a permis, complaisamment, de revenir quelques heures sur les lieux calcinés du district Douze où il ne reste que des cendres, des ruines et des cadavres. On estime que quatre-vingt-dix pour cent des gens sont décédés, les autres se sont réfugiés dans les souterrains du district Treize. Le Capitole dirigé par le président Snow, a détruit par des bombes et le feu tout le site. Vengeance, répercussions, représailles, c’était la conséquence à la rébellion de Katniss.
Dans son ancienne maison, elle récupère quelques objets, le blouson en cuir de son père, un médaillon, la photo de mariage de ses parents… et Buttercup, le chat de sa sœur Prim qu’elle cache dans sa sacoche. Les règles du district Treize sont draconiennes. La présidente Coin maintient l’ordre avec une autorité militaire et des lois martiales qu’il ne faut pas bafouer sous peine d’incarcération.

Symbole de la rébellion, Katniss est pour tous le geai moqueur, un emblème, une arme dans la lutte révolutionnaire. Bien malgré elle, elle inspire la force pour le combat et le désir d’un monde nouveau, libre. Mais la jeune fille est brisée, perdue. Des images violentes des jeux percutent son esprit et la tétanisent…
« Je m’appelle Katniss Everdeen. J’ai dix-sept ans… » Il faut qu’elle se répète cette litanie. Elle est vivante, près de sa mère et sa sœur qui ont survécu grâce à Gale. Gale qui est toujours à ses côtés pour la réconforter et la soutenir, et non pas Peeta, captif du Capitole.

Dans ce district Treize, la vie se passe sous terre. Ancienne colonie chargée du nucléaire, les sous-sols sont des couloirs qui mènent à des mondes. Celui des dortoirs, celui des fermes pour une production alimentaire, celui de la cantine… Et le labyrinthe est construit sur plusieurs étages, jusqu’aux abysses les plus profonds. C’est une manière de rester saufs, cachés et hors d’atteinte. C’est là aussi que se tapit l’armée des rebelles.

Les souvenirs affluent. Katniss revoit Snow et son petit sourire ironique, ses camarades de jeux, le vieillard du district de Rue, elle se rappelle le salut et les quelques notes sifflées… Elle sait qu’une seule issue se présente à eux, celle du combat. La vie qu’elle a connue n’est plus, une existence de servitude, de crainte et d’intimidation.
Ils ont besoin d’une image ? Elle le sera. Ils veulent qu’elle soulève les districts ? Elle le fera. Elle va devenir la soldate Katniss Everdeen, le geai moqueur, elle sauvera Peeta et elle tuera Snow. En elle, une puissante rage, un sentiment de revanche et un désir d’insurrection la chevauchent. Habillée des vêtements que Cinna a dessiné, confiée aux soins de son ancienne équipe de stylistes, Katniss est prête pour la propagande de la mutinerie.

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J’ai beaucoup aimé cette trilogie. J’ai lu les deux premiers livres au mois de mars. Il aura fallu que j’attende deux petits mois pour lire cette fin. Mais à la fin du deuxième volume, je voyais ce mois de mai très lointain… le tourbillon des dernières pages était haletant, presque extrême et désespéré. Dans cette suite, j’ai retrouvé l’engourdissement, la fatigue, la convalescence que l’on endure après un grave accident. Les cent premières pages paraissent monotones et léthargiques. Elles n’ont pas l’énergie des autres livres. En fait, elles sont légitimes car elles sont à la mesure du traumatisme subit par Katniss. Et au fil de sa prise de position, de son engagement, on sent l’ambiance changer. On commence à angoisser, à se dire que la guerre est inévitable et qu’elle demande toujours un tribut de chair humaine. On passe en revue tous les personnages et on craint pour eux. A chaque page tournée, on espère et on se désole. Les pièges des Hunger Games ne sont plus dans une arène, ils sont partout. De plus, il n’y a pas que le thème de la guerre qui est abordé. Il y a aussi le problème de la propagande et des confiances trahies. Aux prémonitions que l’on ne peut s’empêcher de deviner entre les phrases, on ajoute la méfiance. Dans le premier tome, il y avait de la spontanéité, de l’audace, dans le second, de l’attente, une expectative, et dans le troisième, de la maturité dans l’action, le désespoir et l’espérance.
Sur les cendres et les ruines, fleuriront les pissenlits et des primevères. Des enfants joueront et apprendront à se rappeler… Il fut un temps où…
Ce fut une belle lecture, triste, émouvante et captivante. Cette série est un coup de cœur.
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Peinture de Demachy Pierre-Antoine – Les ruines


Billets pour cette lecture commune chez Lasardine et Somaja
D’autres billets chez Bladelor, Cécile, Mlle Pointillés, Ida,
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Le puzzle de chair

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Serge Brussolo

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Sur la planète Fangh, la grande danseuse étoile Léonora menace de ne pas assurer la représentation sur scène dans la soirée. Un maniaque-fétichiste lui a dérobé ses chaussons de danse. Invectivant avec cruauté son habilleuse Elsy, le petit commis chausseur et le directeur de l’Opéra, elle réclame sur le champ une paire de Schroeder-Mac Faren…
« – Des souliers coupés dans une étoffe spéciale, tissée avec les fibres constituant la toile de la grande araignée rouge ghanienne. »
Dans son complet trois pièces, le zélé fonctionnaire sue d’inquiétude. De hauts dignitaires de diverses galaxies et des notables Fanghs viendront spécialement voir Léonora. Se tournant vers Elsy, il lui demande avec hargne de trouver une solution. Contrainte, la jeune fille doit supporter la responsabilité avec stoïcisme et met tout en œuvre pour donner satisfaction. Après plusieurs recherches qui n’aboutissent à rien et à bout de ressource, Elsy est désespérée et envisage le suicide ; les sangsues de Falmer sont très voraces et dessèchent le corps en moins de deux heures. Quand elle reçoit un appel du voleur… Pris de pitié, il lui ramènera les chaussons avant le lever de rideau.
Léonora face à son public émerveillé, enchaîne des figures qu’elle seule peut exécuter. Dans un saut, elle tournoie très haut en apesanteur et au moment d’amorcer sa descente, une explosion retentit. Léonora retombe en sang sur la scène, il ne lui reste que des moignons à la place des pieds. Ses chaussons étaient piégés.
Un chaos, des cris, l’épouvante, les gens se piétinent et fuient vers les portes des sorties, une brigade d’intervention anti-attentat s’empare des lieux et met en joue toutes les personnes sur les lieux.
Au même moment… En salle d’opération, un brillant chirurgien voit éclater ses mains. Dans les entrailles du patient qu’il devait opérer, une mini-bombe était placée.
Sur une scène, un trompettiste de renommée intergalactique se fait dévorer la bouche par un acide qui était situé dans le bec de son instrument.
Dans le Musée d’Art Moderne, une bande de garçons à moto saccage des œuvres avec du napalm, des chevrotines et des grenades. Les kamikazes, après avoir tout détruit, écrivent un « V » sur le parvis marbré de la place et avalent une pilule de cyanure.
Durant la nuit, neuf attentats sont commis et revendiqués par un groupuscule. « La révolte des Vandales » lutte contre tout ce qui est glorifié, vénéré et admiré.

Elsy se retrouve suspecte et est interrogée par l’inspecteur Cazhel, chef de la brigade de l’anti-terrorisme.
« – C’est toi l’habilleuse ? siffla-t-il. Le directeur de l’Opéra vient de me raconter l’histoire des chaussons… Un peu dingue, non ? On les vole, on les ramène. Pas très fixé, ce cambrioleur. D’ailleurs personne ne l’a vu à part toi… un bonbon ? Un bonbon ? se contenta-t-il de répéter sur un ton menaçant.
Incapable de se maîtriser, elle glissa deux doigts dans l’emballage, enfonçant le pouce et l’index dans un grouillement de pattes minuscules. Elle ferma les yeux, refusant de voir ce qu’elle ramenait et déposa sur sa langue une petite chose fourmillante qui se mit à courir vers le fond de sa gorge. Elle eut un haut-le-corps, s’étouffa et réalisa qu’elle avait avalé l’insecte vivant. Une sueur glacée nappa son front.
– Et gourmande avec ça ! ricana l’officier… On dit : « Merci, monsieur »…
Elsy balbutia une vague formule de politesse. Il lui semblait percevoir le trottinement du coléoptère le long de son oesophage. »
Appréhendée, soupçonnée, Elsy est aussi licenciée. Dans une succession de faits irrationnels, de menaces et d’incriminations, elle se retrouve fugitive. Elle devra se débrouiller seule et fuir, se cacher… jusqu’au jour où un petit homme râblais sort d’une Cadillac rose et lui offre son aide. Belle aubaine ou malheur ?

J’aime beaucoup les romans de Brussolo. Il a un univers bien particulier, qu’il soit historique ou futuriste, avec une imagination débordante. A chaque histoire, j’imagine l’écrivain, un petit sourire carnassier et goguenard, qui écrit et qui surenchérit dans l’horreur, avec des situations cocasses, abracadabrantes et très « attractives » pour le lecteur. On tourne les pages et on se demande toujours « Que vais-je découvrir maintenant ? ».
« Le puzzle de chair » est une bonne lecture d’anticipation, mais si je devais conseiller un livre de cet auteur, je vous louerais « Hurlemort ». J’ai découvert son écriture avec ce livre et depuis… je suis une lectrice assez fidèle, préférant quand même ses livres qui parlent de chevaliers, de pyramides, de vikings, de centurions… que ses livres intergalactiques et cybernétiques…
Un auteur à découvrir !

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Peinture de Picasso
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