Intrigue à l’anglaise

intrigue à l'anglaiseIntrigue à l’anglaise
Adrien Goetz

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Pénélope Breuil se trouve un peu vieillotte, un peu bigleuse, un peu grosse, un peu déracinée, un peu seule et beaucoup désespérée. Jeune diplômée de vingt-neuf ans, on lui a offert pour son premier poste de conservatrice du patrimoine, celui d’adjointe au musée de la tapisserie à Bayeux.

Loin de ses amis, de son amoureux Wandrille, journaliste pour un journal et chroniqueur  à la télévision, elle déprime. Fascinée depuis son enfance par les mystères de l’Égypte ancienne, elle aurait souhaité se trouver ailleurs…
L’ennui… c’est tout ce que cette broderie de 1066 lui inspire, jusqu’au jour où on lui annonce que sa chef, Solange Fulgonce, se retrouve à l’hôpital pour avoir reçu deux balles. Accident, meurtre, l’étonnement est total…
Rappelée à Paris
pour « enquêter discrètement sur des fragments de la tapisserie de Bayeux mis en vente à Drouot », Pénélope notait studieusement les propos du directeur du Louvre ; elle est le commander Bond face à M. « Chère Pénélope, je suis heureux de vous revoir. J’ai gardé un très bon souvenir de vos trois mois de stage ici, je sais que je peux vous faire confiance. » Leur entretien reposait sur la thèse saugrenue que la tapisserie ne serait pas aussi illustre et ancienne et qu’elle pourrait dater de 1803… lorsqu’il fut interrompu par un appel téléphonique annonçant la triste et surprenante nouvelle… Fulgonce est à l’hôpital, presque morte… 

Pénélope va s’installer dans le bureau de Mademoiselle Fulgonce, dans SON fauteuil, lire SON agenda, décrypter non pas des hiéroglyphes mais les codes d’un planning chargé, retourner à Paris pour acquérir des « dentelles et broderies » au nom des Musées de France et… se faire agresser à sa sortie ! Un homme lui dérobe son paquet, la laissant assommée sur le trottoir. « Au secours, Wandrille, on s’attaque à moi. »
Wandrille est la première personne à qui elle pense pour venir la secourir, mais son fier chevalier ne le peut point… il est à Bayeux et il a bien des choses à lui raconter… il aime cette ville, il a sympathisé avec Pierre Erard, « grand reporter de la Renaissance du Bassin-La Voix du Bocage », et Fulgonce a encore subi des brutalités.

Pénélope est en phase de se douter que des bouleversements sont à présager. Pensait-elle vraiment se morfondre ?
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Ce roman rentre dans notre ronde des régions. Aymeline l’a adressé à Argali, Argali me l’a envoyé. Si toutes deux l’ont apprécié, je suis navrée de dire que cela n’a pas été mon cas. Pourtant, pour l’avoir plusieurs fois repéré sur des blogs de lectrices, je voulais le lire et j’étais impatiente ! L’intrigue me séduisait, l’histoire de la tapisserie de Bayeux m’intéressait, ainsi que le personnage de Pénélope, jeune conservatrice (un métier qui fait rêver !)… Je ne vais pas m’étendre sur ma déception car le ressenti d’une lecture fluctue suivant l’humeur du lecteur, je ne louerai que la dimension historique assez passionnante à découvrir et ne soulèverai que le fond du scénario écrit avec une belle imagination…
La tapisserie de Bayeux est une fresque qui raconte la conquête normande de Guillaume le Conquérant. Elle n’est pas tissée, elle est brodée. C’est Odon, le demi-frère de Guillaume, qui l’a commandée. L’auteur reprend pour son intrigue, une expertise qui démontrerait que la tapisserie ne serait pas aussi authentique qu’on le croit, que des parties de la fresque, tenues au secret dans une crypte, racontent une autre histoire, et brode une rocambolesque affaire sur l’héritage de la couronne d’Angleterre. Rentrent en scène de nombreuses personnalités du passé… Vivant Denon, Napoléon, Mérimée, les Windsor… jusqu’à
Lady Di.
Ce roman a reçu le prix Arsène Lupin et est le premier tome d’une série. Je pense continuer et ne pas m’arrêter à cette déconvenue.
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D’autres billets chez Argali, Keisha, Liliba, Soukee, Bianca, Eiluned, Didi,
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bayeuxTapisserie de Bayeux
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L’assassinat du roi Arthur

Un livre voyageur d’Edith
Challenge Petit Bac d’Enna Catégorie « Prénom »

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assassinat roi arthurL’assassinat du roi Arthur
Les dossiers de Scotland Yard
J.B. Livingstone

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Janet Bee est une médiéviste d’Oxford reconnue. Passionnée et férue des légendes arthuriennes, des langues anciennes, elle prépare une thèse sur la légende de la Table Ronde, le Graal, Merlin l’Enchanteur et les traditions celtiques.

Lorsqu’elle se lance sur la piste du roi Arthur, plus précisément sur le lieu susceptible d’avoir accueilli sa sépulture, Janet ne pense pas que la forêt de ronces d’Ayefield puisse être aussi hostile à sa quête…

L’ancien inspecteur Higgins de Scotland Yard passe une paisible retraite anticipée dans un charmant cottage niché au creux d’une campagne paisible. Quand son ami MacCullough, un commissaire priseur, l’informe de la disparition depuis quelques jours d’une amie et lui demande d’enquêter, Higgins reste dubitatif mais se porte volontaire pour des recherches.
Avant de partir pour Ayefield, il rend visite au superintendant de Scotland Yard, Scott Marlow, et l’invite à le rejoindre pour ce petit voyage.
A bord d’une vieille Bentley, tous deux se perdent sur des routes sinueuses, bordées de prés abandonnés et de forêts inhospitalières, jusqu’à un château médiéval du XIIème siècle. L’édifice est sinistre et vétuste. Une inscription sculptée sur le sommet du porche révèle :

« Ici commence le domaine de la Table Ronde »

Reçus par une jeune femme d’une étrange beauté, Viviane Carrey, Higgins et Marlow pénètre dans un univers très surprenant… C’est comme si la frontière du portail d’entrée donnait l’opportunité, une fois franchie, de voyager dans le temps et dans l’Historia regum Britanniae.
Les habitants du château portent tous des noms légendaires et se targuent d’être les descendants de leurs illustres homonymes ; Viviane, Merlin, Blancheflore, Lancelot, Perceval, Mordret, Guenièvre. Seul Arthur est absent et introuvable.

Ainsi commence une enquête dans ce clos de vieilles pierres, de vieilles légendes et de vieilles rancoeurs, vite rattrapée par un présent bien macabre.

Merci Edith pour ce livre !!!

Si mes copines de lecture, Edith et Sharon, ont aimé ce roman policier, je suis bien penaude de vous dire que moi, non. Mais ce « non » n’est pas trop catégorique ! En fait, je pense m’être fourvoyée dès le début. Parfois, l’imagination anticipe la lecture et dès la première page j’étais dans les fourrés d’un bois épais, sombre et mystérieux, à arracher presque à mains nues les lianes de ronces, en état de transe de ce que j’allais découvrir… Le décor sauvage était une image bien séduisante et le château qui s’y découpait, renforçait les fantasmes. J’aurais pu me rappeler que ce roman était un policier et non de la fantasy ou autres récits d’aventures extraordinaires peuplés de manticores, de Saint-Graal et de magie…
Alors, ce n’est pas l’écriture un peu surannée, ni l’excentricité des personnages, qui m’a déplu, mais plutôt l’intrigue qui prenait un chemin bien différent de ce que j’avais supposé, et pourtant si prévisible dans le dénouement.
Quant à la structure de la fin, elle ressemble aux écrits d’Agatha Christie et je rejoins les avis d’Edith et Sharon. Tous (ou presque) sont réunis pour écouter Higgins rendre son verdict, avec des louvoiements roués et intelligents… Vous savez, les petites cellules grises…

D’autres histoires avec l’inspecteur Higgins ont été écrites. Il se peut que j’en lise une autre pour avoir une position plus affirmée sur l’auteur JB. Livingstone… Livingstone… savez-vous qui se cache derrière ce pseudonyme ? Je vous laisse mener l’enquête.

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tableronde
Des billets chez Edith, Sharon,

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Le fantôme de Baker Street – Tome I

Lecture commune avec Manu
Challenge Petit BAC d’Enna, Catégorie Lieu

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Le fantôme de Baker Street
Fabrice Bourland

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Communiquer avec l’au-delà est l’objectif de la communauté Spirite qui expérimente, de 1923 à 1927, des séances de psychographies et des téléplasmes photographiques. Médiums, médecins, scientifiques, membres, veulent rentrer en contact avec des auteurs célèbres, des astronomes et autres personnages connus par l’intermédiaire d’un guide psychique, l’esprit d’un mort.

Londres, juin 1932

A Montague Street, Andrew Singleton et James Trelawney, des amis de la faculté de Boston, ont traversé l’océan pour regagner le vieux continent afin d’y monter un cabinet de détectives privés. Agés de vingt-trois ans tous les deux, ils sont complémentaires et ont l’énergie bouillonnante. Si l’un est attiré par la philosophie, la poésie et la littérature, l’autre a un esprit cartésien, terrien, pratique et se montre plus actif.
Alors que l’ennui commence à les menacer, le travail faisant défaut, un jour, ils reçoivent la visite de Lady Jean Conan Doyle. Cette femme est la veuve de Sir Arthur Conan Doyle, écrivain et père de Sherlock Holmes. Elle souhaite les recruter pour mener une investigation sur une étrange histoire qui la laisse craintive et incrédule…
Au 221, Baker Street, adresse de l’illustre Sherlock Holmes, personnage fictif, des phénomènes surnaturels se manifestent et dérangent les habitants des lieux, le major Hipwood et sa femme. Raclements de chaises, bruits insolites, murmures… tout laisse à supposer que l’étage de la maison est hanté.
Pour la mémoire de son mari et le repos de son âme, elle demande alors qu’une enquête discrète soit faite.

« … Une veuve éplorée est venue confier ses peurs et ses angoisses à deux hommes qui lui étaient des inconnus il y a encore une heure à peine. J’espère qu’elle n’aura pas à regretter de vous avoir fait confiance. »

L’enquête est acceptée. James se réjouit du caractère curieux de l’affaire et Andrew reste dubitatif, refusant l’aspect fantastique qui lui rappelle son père, grand adepte de spiritisme.
En lisant le Daily Gazette, ils prennent connaissance de meurtres commis qui évoquent ceux de Jack l’éventreur, Dracula, Mr Hyde et Dorian Gray. Même scènes, mêmes lieux… les coïncidences sont troublantes. Et, en se rendant au 221 de Baker Street, ils ont les pensées toutes imprégnées de ces synchronismes.
Accueillis par le major et son neveu le docteur Dryden, James et Andrew pénètrent dans un univers « qu’ils ne sont pas près d’oublier ».
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… Et moi aussi ! Ce roman est une histoire surprenante et intéressante. Elle s’axe plus sur le thème des esprits, des fantômes, des productions d’ectoplasmes, des tables tournantes, des entités qui se réveillent, que sur la rationalité. J’ai donc été étonnée par ce livre qui garde du début à la fin un caractère surnaturel. Il est précisé en quatrième de couverture « Un hymne enflammé à la littérature victorienne et à ses monstres sacrés »… en effet, l’auteur a eu l’idée folle de rassembler les crimes des pires assassins du 19ème siècle et de les projeter dans le Londres des années 30. Ce fait déroute les deux amis détectives, friands de cette époque, qui devront demander l’assistance particulière d’un illustre enquêteur.
Si parfois ce livre fait sourire, il se laisse lire sans déplaisir, réclamant une curiosité faite de perplexité et de candeur.
Je ne sais pas si nous lirons la suite avec Manu, en tous cas pas dans l’immédiat. Mais si elle le désire, je serais partante pour dans quelques mois.

A conseiller ? Oui, pourquoi pas ! Mais avant… lire la série des Sherlock Holmes !!!

Le billet de Manu

Film

D’autres billets chez Karine, Soukee,
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Les jeux de l’amour et de la mort

Challenge amoureux de L’Irrégulière Catégorie « Amour dans le titre »
Un livre offert par Edith ! que je remercie.


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vargasLes jeux de l’amour et de la mort
Fred Vargas

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Près de vingt-cinq galeries ont refusé les peintures de Tom. Artiste peintre, il est découragé par le non recevoir de ses oeuvres. C’est dans un état d’indignation mêlé d’affliction qu’il voit un jour le grand R.S. Gaylor sortir d’un café en compagnie de sa femme et de quelques amis. Cet homme est la coqueluche du monde de l’art, une idole, une figure de la réussite, un maître.
Figé, Tom se se ratatine et se sent minuscule.
Lorsqu’il rejoint son ami Jeremy, il lui relate la rencontre et celui-ci lui narre alors, quelques brides de la vie mouvementée du peintre « Le magnifique »… A la mort de sa première femme, Gaylor, dépressif et suicidaire, s’était réfugié dans l’alcool, les drogues et les mauvaises fréquentations des bouges de San-Francisco. Au grand désespoir des marchands d’art, il ne peignait plus et s’autodétruisait. Mais dans les années 63, réveillé par sa conscience ou menacé par ses relations, il avait fui ce monde interlope et était venu s’exiler à Paris. Depuis, il avait retrouvé la gloire et la fortune de ses débuts.

Par l’intermédiaire de Robert Henri Saldon, Tom arrive à avoir une invitation pour une réception donnée par Gaylor. Saldon n’a pas revu Gaylor depuis une vingtaine d’années et de passage à Paris pour affaires, a pris l’initiative de ré-contacter son vieil ami.
A la soirée, trop de monde entoure l’artiste, Tom ne peut l’approcher, et, lorsque celui-ci le frôle, il reste paralysé de timidité et de tension accumulée. C’est en voulant laisser son dossier dans le bureau, que tout s’enraye. Il découvre un cadavre entortillé dans une cape…

L’inspecteur Galtier forme son équipe pour le meurtre de Robert Henri Saldon. L’enquête commence avec trois cent douze suspects dont le principal est Thomas Soler.
L’interrogatoire sans fin se conclut par une garde à vue de quarante huit heures, laissant Tom désemparé et hébété.
Qui a tué Saldon ? Pourquoi ? Etait-ce bien lui la cible ?
Les questions tournicotent, s’entremêlent et n’aboutissent qu’à un désordre d’actes et de pensées, chacun s’essayant à résoudre ce crime, de Paris à Frisco.

Ce roman est le premier de Fred Vargas. Il a reçu le prix Cognac en 1986.
Fan des écrits de l’auteur, pour son style et ses personnages, je suis au regret de dire que celui-ci m’a déçue. Je n’ai pas retrouvé la fantaisie, la sensibilité et le côté humain que j’apprécie dans ses autres livres. Alors, sans sympathie pour l’un ou pour l’autre, sans enthousiasme pour l’intrigue, j’ai trouvé cette histoire un peu fade et ennuyeuse.
Ce sentiment, je l’ai ressenti aussi pour le premier livre de Ken Follett « Le scandale Modigliani » ; trop de personnages, manque d’empathie, des pistes à chaque chapitre…
Je tiens à souligner que ce livre a été primé… il a certainement une valeur que je n’ai pas su déceler, c’est bien dommage, mais certains ont vu la promesse de son grand succès.

Un auteur à lire pour la série avecJean-Baptiste Adamsberg et celle des Evangélistes…

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mains

Léonard de Vinci – Dessin
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L’armée furieuse

l-armee-furieuse-fred-vargas-coverL’armée furieuse
Fred Vargas

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Remplaçant un ami sur les lieux d’un décès, le commissaire Jean-Baptiste Adamsberg de la Brigade criminelle de Paris constate en quelques minutes que la mort de la vieille dame n’est ni naturelle, ni accidentelle. C’est le mari qui après cinquante-neuf ans de mariage, n’a plus supporter la vie commune…

De retour à la brigade, on lui annonce que son ami (et ancien lieutenant) Louis Veyrenc l’attend dans le café de la même rue. Adamsberg le sollicite à nouveau pour qu’il réintègre ses fonctions (voir « Un lieu incertain »). C’est alors que son attention est attirée par une étrange femme d’une soixantaine d’années. Fleur des champs sur le bitume, d’allure campagnarde, indécise et craintive, elle semble attendre une personne. Elle piétine sur le trottoir et sa présence est curieuse, ce qui titille l’intérêt du commissaire. S’approchant d’elle, il lui demande courtoisement si elle a besoin d’aide, tout en ayant l’étrange certitude qu’elle est là pour lui.
« – Vous ne vouliez pas entrer là-dedans ? dit Adamsberg en désignant le vieux bâtiment de la Brigade criminelle. Pour parler à un policier ou quelque chose ? Parce que dans cette rue, à part eux, il n’y a pas grand-chose d’autre à faire.
– Mais si les policiers ne vous écoutent pas, ça ne sert à rien d’y aller, dit-elle en reculant de quelques pas. Ils ne vous croient pas, vous savez, les policiers.
– Car c’est bien là que vous alliez ? A la Brigade ?
La femme abaissa ses sourcils presque transparents.
– C’est la première fois que vous venez à Paris ?
– Mon Dieu oui. Il faut que je rentre ce soir, ils ne doivent pas s’apercevoir.
– Vous êtes venue voir un policier ?
– Oui. Enfin peut-être.
– Je suis policier. Je travaille là-dedans.
La femme jeta un regard à la tenue négligée d’Adamsberg et parut déçue ou sceptique.
– Vous devez bien les connaître alors ?
– Oui.
– Tous ?
– Oui.
La femme ouvrit son gros sac brun, râpé sur les flancs, et en sortit un papier qu’elle déplia avec soins.
– Monsieur le commissaire Adamsberg, lut-elle avec application. Vous le connaissez ?
– Oui. Vous venez de loin pour le voir ?
– D’Ordebec, dit-elle… »

Valentine Vendermot d’Ordebec en Normandie, vient signaler la disparition d’un homme de son village, Michel Herbier. Ce n’est pas par sollicitude, ni par inquiétude qu’elle informe la police de Paris, mais par frayeur. Si Herbier a disparu, c’est qu’il était mauvais, cruel, peut-être même un criminel. L’Armée furieuse est venue le chercher, elle l’a saisi. C’est Lina, sa fille, qui l’a vu. Et Madame Vendermot a peur pour sa fille.
Adamsberg pense aussitôt à une confrérie de chasseurs, rien de bien transcendant ! et lui propose de revenir un autre jour lorsqu’elle aura les idées plus claires et surtout, d’en parler aux autorités locales…

Le soir, quand Adamsberg rentre chez lui, il voit le lieutenant Violette Retancourt donner quelques consignes à son fils Zerk. Le pigeon découvert dans la journée près de la Brigade, les pattes ligotées avec un fil en nylon, est en sursis et Zerk est chargé des soins.
L’Armée furieuse… Adamsberg repense à la femme… qu’est-ce que l’Armée furieuse ?
C’est son ami Danglard qui répondra à la question.

La légende prend ses racines au XIème siècle. Sur les chemins boisés d’Europe du Nord, le Grimweld, « dans les pays scandinaves, les Flandres, le nord de la France et l’Agleterre », la Mesnie Hellequin, l’Armée furieuse ou la Grande Chasse, passe et fait justice en saisissant les êtres violents et mauvais.
« – Cette vieille armée qui répand son fracas n’est pas intacte. Les chevaux et leurs cavaliers sont décharnés, et il leur manque des bras et des jambes. C’est une armée morte, à moitié putréfiée, hurlante et féroce, qui ne trouve pas le ciel. »
Le seigneur Hellequin commande cette troupe fantomatique et embarque les âmes cruelles, désignant, quelques jours avant, la mort des damnés. Une seule personne par génération a la faculté de les voir ; c’est un passeur.
Lina, la fille de Madame Vandermot, a vu quatre silhouettes, dont trois sont identifiées, Herbier, Glayeux et Mortembot. Les gens d’Ordebec voient d’un mauvais oeil cette prédiction et les détenteurs de cet héritage maudit.

Adamsberg ne peut être indifférent à une telle histoire. Il décide de partir seul, dans le Calvados. Mais avant de se présenter au capitaine de gendarmerie Emeri, il veut s’imprégner de l’atmosphère et part arpenter le chemin de Bonneval dans la forêt d’Alance.  Il y rencontrera Léo, une vielle dame de quatre-vingt-huit ans qui détient tous les secrets de la région. Son séjour ne sera pas bref car un crime et une tentative de meurtre seront commis, le capitaine Emeri sera destitué de l’enquête et Adamsberg, mandaté pour la mener, demandera à son équipe de venir le rejoindre. Les visions de Lina annoncent des jours mouvementés.

Entre-temps, Momo-mèche-courte, un jeune délinquant connu de la police, spécialisé dans la combustion des voitures, est soupçonné d’en avoir brûlé une avec, à l’intérieur, son propriétaire, un homme d’affaire important. Adamsberg partagé entre les deux investigations, confie cette dernière au lieutenant Retancourt, persuadé dès le début de l’innocence de ce petit voyou qu’il apprécie… Les voix du Seigneurs sont impénétrables !… il fera tout pour le disculper, voire même jusqu’à outrepasser ses droits.

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Dernier livre de Fred Vargas, j’ai été harponnée dès les premières pages. Elle a une belle plume et une grande imagination. J’aime l’esprit fantaisiste de l’équipe d’Adamsberg, des personnages usés, chimériques, aux tempéraments extravagants et très attachants. Dans cette histoire, une série de portraits atypiques nous est présentée… chacun essaie de garder l’équilibre sur le fil d’une lame, et rien ne les effraie. Il y a les gens mauvais d’un côté, que l’Armée furieuse guette, et des gens « gentils » de l’autre, naïfs, innocents et valeureux.
L’histoire est un peu azimutée car le livre recèle trois intrigues ; les deux premières racontées précédemment et la troisième, celle du pigeon torturé… Adamsberg espère bien retrouver le coupable de cette vilénie. La légende de la Horde errante, est un support fascinant. On lit ce policier d’une traite, on est à Ordebec, on cherche les confidences, les liens occultes, on s’attend à voir derrière les arbres le seigneur Hellequin… On est de tout coeur avec Adamsberg, on le soutient… car sa vie n’est pas de tout repos et ses méninges sont un labyrinthe !
Un livre à conseiller, sans oublier « Un lieu incertain » et les autres de la série.

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Fresque de Simone Martini
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Deuils de miel

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Franck Thilliez

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Sur les remparts de Saint-Malo, Sharko reconnaît un homme. Un an que sa femme et sa petite fille ont été tuées, percutées par la voiture de ce chauffard, alors que la vie commençait à reprendre un semblant de normalité. Durant six longues années, il a guetté une lueur de vie dans le regard de sa femme, espéré l’extraire de son état végétatif et qu’elle se remette des abominations commises par l’Ange Rouge. Puis, un jour, la perspective d’une réminiscence se meurt sous les roues d’une voiture.
Il l’attend, l’épie patiemment et le file dans les ruelles. Dans un recoin, il le fracasse de ses poings et le laisse en sang sur les vieux pavés. Cette justice l’a-t-elle réconfortée ? Non, son quotidien est une flaque nauséeuse dont la matière se déploie comme des tentacules prêts à l’étouffer.
Suite à une absence d’un an, le commissaire Sharko a repris son travail au 36 quai des Orfèvres. Depuis six mois, sa vie est de nouveau dans le sordide le plus immonde.

Le lendemain, un appel du divisionnaire Leclerc le somme de se rendre de toute urgence dans une église d’Issy-les-Moulineaux. Le prêtre a trouvé dans le confessionnal, le cadavre d’une femme. Le corps est nu, rasé et sur le dessus de son crâne, sept papillons, des sphinx à tête de mort, volettent. Sur les lieux, Sharko essaie de traduire certains indices laissés volontairement par le meurtrier. La scène est arrangée comme un tableau, où chaque détail a son importance.
Assisté du légiste, de son ami le lieutenant Sibersky et du lieutenant Del Piero, nouvellement arrivée au 36, Sharko redevient « le requin ». Son analyse suit le meurtrier dans ses dérives et celui-ci synchronise avec minutie ses déplacements et déductions, jouant avec la police, les orientant en prophète vers les sept fléaux de l’apocalypse jusqu’à les contaminer de la malaria. Papillons, moustiques, abeilles, scarabées, araignées… toute une symbolique pour l’assassin qui continue ses crimes et ses expériences.
Comme à son habitude, contrariant son supérieur, Sharko se conduit en justicier solitaire et découvre des horreurs qui le confrontent à des mondes parallèles, cachés.
Il enquête, il court, il fuit, car dans le désert de sa vie, dans la torpeur de ses nuits, il revoit sa fille et entend sa femme lui parler. La folie peut être douce et destructrice.

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J’ai trouvé ce deuxième livre, avec le commissaire Sharko, encore plus puissant que le premier « Train d’enfer pour Ange Rouge ». L’intrigue, très bien construite, et le machiavélisme  nous maintiennent dans un état d’hypnose. En dehors de l’enquête, on s’inquiète pour la santé mentale de Sharko. Il sombre dans la schizophrénie et se bat dans deux enfers ; le réel et le chimérique.
Un très bon thriller !

Quant aux atrocités, je vous conseille de ne pas grignoter durant votre lecture, ni boire un chocolat au lait… Je vous passe les commentaires…
Prochainement, je lirai « La mémoire fantôme » avec le lieutenant Lucie Henebelle , puis « Le syndrome E », une troisième affaire avec Sharko, sollicité par Henebelle pour cette enquête. On retrouvera en avril, dans « Gataca » , ces deux enquêteurs de choc.
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Tapisserie d’Angers – Apocalypse de Jean

Lecture commune avec Pimprenelle, Calypso, Gridou, Accrobiblio, Vonnette,
Billets chez Cacahuète, Lili,

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Train d’enfer pour Ange rouge

Découverte d’un auteur proposée par Pimprenelle
Challenge d’Enna, catégorie « Objet »

Attention ! Ames sensibles s’abstenir…

 59179799Train d’enfer pour Ange rouge
Franck Thilliez

Le commissaire Franck Sharko cauchemarde depuis six mois. Six mois que sa femme a disparu un jour, sans laisser de message, ni de trace et sans recevoir d’appel anonyme ou une demande de rançon. Six mois que les souvenirs le hantent, qu’il la recherche la nuit entre ses draps, qu’il la voit dans la silhouette de certaines femmes, des petits objets du quotidien ou féminins, qu’il part explorer les lieux de leur rencontre, de leurs habitudes, de leur normalité. Six mois à espérer, à rêver et à sombrer dans sa mémoire, se la rappelant jeune fille sortie des corons.
Dans un désordre de pensées, il l’imagine agonisante, inerte, ensanglantée, mutilée, morte. Et ce ne sont pas ses enquêtes qui vont le rassurer.

Avant même de reprendre son travail, l’avant-dernier jour de ses congés, Sharko reçoit un appel de son supérieur, le divisionnaire Leclerc. Il lui intime l’ordre de retourner à la PJ, au 36 quai des Orfèvres. On vient de découvrir le cadavre d’une jeune femme.
« – Commissaire Sharko, cette affaire-ci ne sent pas bon. Il n’y a rien de classique dans la façon dont a été perpétré le crime. Bordel, ces assassins sont pires que les virus ! Tu en combats un, un autre prend le relais, deux fois pire que le premier. Regarde la peste noire, puis la variole, le choléra et la grippe espagnole juste derrière. On dirait que le Mal s’auto-alimente de ses propres défaites. »

Assisté de l’inspecteur Sibersky, il se rend sur le lieu du meurtre et se trouve confronté à une scène atroce. Le corps de la défunte a été supplicié, démembré, sa tête décapitée et posée sur un plateau face à sa dépouille. Le décor de l’agonie a été minutieusement élaboré par le meurtrier, présentant la toile avec une science artistique. Les effets sont ceux d’une chambre de tortures avec des poulies, des câbles, des esses, des chaînes et des pinces. Le boucher a installé un abattoir et s’est acharné sur la jeune femme, laissant un tableau abominable et maudit.
Après l’autopsie, il en résulte qu’il n’y a eu aucun rapport sexuel et on a découvert une pièce de cinq centimes sous sa langue.
Pour son enquête, Sharko demande l’appui d’une psycho-criminologue, Elisabeth Williams, experte judiciaire, le concours de son ami Serpetti, un as de l’informatique et des renseignements auprès de sa voisine Doudou Camélia, une vieille guyanaise qui a le don de double vue et qui lors de ses transes, ressent le mal autour de Sharko.
« – L’homme sans visage ! il est venu su’  Te »epou’ p’opager le Mal !
– Et à quoi ressemble-t-il, ce malin, Doudou ? »

C’est alors qu’il reçoit une lettre de l’assassin ; des mots cruels, moqueurs et inhumains. Le jeu commence. On décèle des indices qu’il a sciemment laissé et les signes les conduisent à une autre mort, vers la Côte de Granit rose à six cents kilomètres de Paris. Le meurtrier, ou le diable, va les balader dans des mondes terribles et inimaginables ; la communauté des sadomasochistes ; le culte de la souffrance, les plaisirs sans tabou, le bondage, des jeux de rôles, la soumission jusqu’au sadisme… Sharko, deviendra shark, le requin, et n’aura qu’une obsession, celle d’élucider les drames et de combattre l’histoire de l’Ange rouge.

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J’aime les livres policiers et… les thrillers. Celui-ci, croyez-moi ! il vous fait frissonner et vous rend nauséeux. L’auteur nous transporte dans l’univers de l’horreur. Les descriptions sont très sanglantes, malsaines et parfois insoutenables. C’est noir, c’est diabolique, c’est le petit train de l’enfer. Peut-on dire qu’on aime ce roman ? On pourrait répondre par la négative. Mais… c’est tellement bien écrit et l’intrigue si bien ficelée (mot très approprié !) que… ben, oui… c’était bien !…
Chère Pimprenelle, ce fut une belle découverte.

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charles-amedee-philippe-vanloo-bubbles

Peinture de Charles Amédée Vanloo – Dans le livre, le meurtrier reproduit un tableau de l’éphémère…
Retrouvez des billets sur les livres de cet auteur, chez les participantes…

Sandrine (SD49) –  LasardineStephieAccrobiblioNoukette – ABeiLLe – CalypsoJuneLaureFleurdusoleil –  LiliGridouIrrégulièreAzilisBlueverbena – Cacahuète – Emeralda – Aproposdelivres – Esperana – Véro – Flof13 – Doukanel – VonnetteMrs Pepys – DeL – Astrid – Alexielle – Sharon – Mamoun – MartialAnne – Snowball – PyraustaAnne DepocheenpocheMeloZoranePimprenelle
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