Le croque-mort enfonce le clou

Lecture commune avec Manu

Tome 1 – Le croque-mort à la vie dure
Tome 2 – Le croque-mort préfère la bière
Tome 3 – Le croque-mort à tombeau ouvert
Tome 4 – Le croque-mort est bon vivant

Le croque-mort enfonce le clou
Tim Cockey


Rappel du premier billet :

L’entreprise des Pompes Funèbres Sewell et fils, dans les quartiers de Baltimore, près du port, est dirigée par un sémillant croque-mort, Hitchcok Sewell, trente-quatre ans, un mètre quatre-vingt dix, corps d’athlète, visage d’ange, et sa tante Billie, une dame douce et malicieuse.

Pas très futé le Sisco. C’est ce qu’on se dit en faisant sa connaissance.
Un vieux copain de lycée, du temps des Metaphysicals, contacte Hitch. Il a besoin de son aide pour débarrasser de la cuisine de sa maîtresse, le cadavre du mari poignardé. Ahurissant ! A-t-il contacté la police ? Non. Est-ce lui qui l’a tué ? Doublement non !!! Pourquoi a-t-on tiré dans la gamelle du chat ? Mystère ! Où est passé la femme ? Elle lance des balles de golf dans la piscine.

« Comme son mari, elle était pieds nus, mais contrairement à lui, elle était encore dans le circuit O2-CO2. C’était une blonde canaille avec des cheveux de terrier, masse de boucles compactes dotée d’une vie propre, si dense que l’on devait pouvoir y planquer de petits zinzins et les perdre à tout jamais. »

Jake Weisheit est mort. Hitch repart en faisant le constat et en refusant de faire disparaître le corps. Cela ne serait pas sérieux ! La veuve, encore en état de choc et sous calmants, promet d’appeler la police. Cette idée ne venait pas d’elle, c’est Sisco qui était inspiré.

Un corbillard est une voiture qui ne passe pas inaperçue. Le lieutenant Kruk s’invite chez Hitch pour le lui dire. Que faisait-il sur les lieux du crime ? De sérieux soupçons menacent le croque-mort et son ami Sisco. Entre défiance, questions, exaspération et impatience, Kruk se laisse séduire par tante Billie qui lui offre thé et petits biscuits, mais soumet Hitch à une pression inquisitrice. On lui interdit d’effectuer l’enterrement de Weisheit et surtout on lui intime l’ordre de ne pas se mêler de l’enquête.

Lors d’un dîner avec son ex-femme Julia, Hitch raconte les dernières nouvelles et arrive à la conclusion que la veuve est une blonde de quarante ans, froide, calculatrice et… éventuellement… meurtrière.
Ce même soir, il reçoit une intimidation musclée : « T’approche pas de Polly Weisheit ». Ce sbire serait-il envoyé par la veuve non éplorée ?

Quand on connaît bien le croque-mort, on sait que ce genre de chantage l’émoustille. De plus, des soucis s’enchevêtrent. Madame Papadakis décède, son fils Spiro se balade tout nu dans le jardin sous la pluie et massacre une vasque avec un banc (une manière de faire son deuil), une vieille connaissance Madame McNamara est dans la même maison de retraite que Madame Papadakis et a des problèmes, Sisco se retrouve derrière les barreaux et beaucoup de personnes lui demandent : qui a bien pu tuer Jake ?

Péniblement mais sûrement, Hitch essaiera de répondre à la question.

Dernier volet des aventures enquêtrices de notre croque-mort de Baltimore et je suis au regret de laisser un avis mitigé. Triste, parce que j’aime le personnage. Il séduit les femmes avec sa galanterie, sa douceur et sa générosité. Il a gardé son humour croustillant, sa dérision et son obstination. Il est toujours beau, grand, félin, disponible… enfin, jamais trop longtemps… Comment alors résister ? Non, si je suis chagrin, c’est que j’ai la nostalgie des premiers livres. J’ai trouvé une faiblesse dans l’intrigue et de nombreuses longueurs. Déjà, dans le tome précédent, je n’avais pas eu satisfaction et j’avais reporté sur ce dernier volume, toute la foi accumulée dans les trois premiers. A part Hitch, sa tante, le chien Alcatraz, les autres personnages qui font la singularité de cette série sont simplement esquissés. De plus, je n’aime pas trop sa dernière petite amie (et ce n’est pas une jalouse qui parle !).
Alors pour conclure, je vous conseille cette série pour son style drôle, son extravagance, ses scènes vaudevillesques, ses personnages azimutés, farfelus, pour la joie et les sourires qu’elle apporte, pour son héros Hitch au grand cœur. Quant aux intrigues policières, elles sont un sous-chapitre des livres.

J’ai lu cette saga en compagnie de la charmante Manu. Ce fut un plaisir et j’espère que nous trouverons un autre personnage au tempérament de feu pour alimenter nos lectures communes. Etant une inconditionnelle du fringant fossoyeur, je sais qu’elle a été ravie par cette dernière lecture et je vous invite à aller lire son avis

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Magritte – Miroir de poche

Les billets de Manu : Tome 1Tome 2Tome 3Tome 4 Tome 5
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Le croque-mort est bon vivant

Lecture commune avec Manu,
l’avant-dernière de cette série

Défi de Mia

Tome 1 – Le croque-mort à la vie dure
Tome 2 Le croque-mort préfère la bière
Tome 3 – Le croque-mort à tombeau ouvert

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Le croque-mort est bon vivant
Tim Cockey

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Rappel du premier billet :

L’entreprise des Pompes Funèbres Sewell et fils, dans les quartiers de Baltimore, près du port, est dirigée par un sémillant croque-mort, Hitchcok Sewell, trente-quatre ans, un mètre quatre-vingt dix, corps d’athlète, visage d’ange, et sa tante Billie, une dame douce et malicieuse.

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Lors d’une cérémonie funèbre, Ray chuchote à Hitch que Libby est revenue…
Six ans plus tôt, cette amoureuse l’avait laissé pour épouser un ancien fiancé éconduit. A cette époque, Hitch, jeune divorcé, n’était pas prêt pour fonder une famille et c’est vers un autre que Libby avait projeté ses ambitions conjugales et maternelles.
Lorsqu’il se présente à sa porte, il retrouve Libby avec deux petits enfants. La jeune femme est toujours aussi belle, mais elle ne peut cacher son angoisse.
Son mari, Mike, substitut du procureur général d’Annapolis, promis à un brillant avenir, fait l’objet d’une enquête interne et risque d’être radié du barreau. Dans cette tourmente, il s’est montré violent et Libby a fuit leur domicile. Cependant, si elle a souhaité revoir Hitch, ce n’est pas pour lui raconter ses déboires matrimoniaux. Elle s’inquiète de la disparition de la jeune fille au pair, Sophie, qui s’occupe de ses deux enfants et demande à Hitch de l’aider à la retrouver.
Sophie a vingt-deux ans et est originaire de Hongrie. Sa soudaine absence n’est pas normale car la jeune fille est une personne sérieuse et responsable.
Hitch est légèrement dubitatif, mais face à une femme en détresse, il ne peut que se montrer chevaleresque et lui promettre de s’intéresser à l’affaire.
C’est sur son répondeur téléphonique, qu’il reçoit un premier indice par la voix enrouée de Libby… On a retrouvé Sophie au fond de la Severn River.

Fin de l’enquête ? Et non… Hitch ne veut pas s’arrêter au premier constat de police qui aimerait bien clore le dossier par un « suicide ». Surtout qu’à l’autopsie, on apprend que Sophie était enceinte.
Dans la chambre de la défunte, Hitch en retire les premières évidences. Sophie aimait l’acteur Gary Cooper, des dizaines de photographies ornent les murs, elle appartenait à une église fondamentaliste, l’ARCH, des tracts sont éparpillés sur son bureau, et sur un petit coffret à bijoux repose une alliance. A la stupéfaction de Libby, il est facile de comprendre que l’anneau ne lui est pas inconnu.

« Je me retournai vers Libby. Plus une goutte de sang n’irriguait son visage.
– La bague, Hitch. Cette alliance.
– Oui, quoi ?
Il lui fallut un moment pour arriver à faire le point sur mes yeux.
– C’est celle de Mike. »

La recherche d’informations se poursuit à travers son ancienne école, ses employeurs, l’église, ses amis et toutes les personnes qui seraient susceptibles de donner le plus infime des indices. Sophie était timide, naïve, effacée mais aussi enjouée et merveilleuse.
Qui a voulu détruire ce petit ange, un angyalkam (mot hongrois) ?

Quatrième épisode de cette série, je n’ai pas trouvé l’essence humoristique qui m’avait séduite dans les précédents. La particularité de ces polars était surtout l’écriture taquine, ironique, vitriolée qui relevée l’histoire. J’aimais lire les réparties de notre croque-mort et les situations burlesques où il s’empêtrait. Son cœur d’artichaut le rendait vulnérable et charmait la lectrice. Dans ce volume, je l’ai senti désabusé et fatigué. Alors que le titre annonçait « Le croque-mort est bon vivant », je m’attendais à une suite de chapitres loufoques, frétillants, piquants et singuliers. J’aurais pu me rabattre sur l’intrigue policière, et là, déconvenue… Presque trois cents pages à raconter, chercher, de façon languissante… Seules les dernières pages ont pimenté le livre, mais elles étaient tardives ! Je suis navrée, j’éreinte une de mes séries fétiches et je suis très curieuse de connaître l’avis de Manu qui m’a accompagnée dans cette lecture.

Je peux ajouter que j’ai appris un mot… Evatonné. Ce dit d’une personne évatonnée quelqu’un de désinvolte, de dégagé et d’évaporé. Ce passage du début est digne de Hitch. Il est irrésistible ! Il m’en aurait fallu d’autres Monsieur Cockey !

Comme je ne veux pas vous laisser avec cette note de déception, je vous laisse un extrait où Hitch rencontre Mike, un homme qui l’insupporte. Toujours dans ces cas-là, quand il est énervé, Hitch se surpasse :

« Mike lança une jambe par-dessus la chaise et s’y abaissa comme sur une selle. Les vieux cow-boys ont la peau dure. Il tendit la main par dessus la table et tenta de me broyer les doigts.
– Comment tu vas, Sewell ?
– Oh, je vais… à pied, en voiture, ça dépend.
– Ça fait une paye, hein ? J’imagine que tu gagnes toujours ta croûte en enterrant les gens ?
– Voui m’sieur, absolument. J’en ai planté un ce matin même, d’ailleurs. Rien de tel pour se sentir bien vivant, tu vois ce que je veux dire ? »

Je vous dis à bientôt pour le dernier tome… « Le croque-mort enfonce le clou ».
Une série que je vous recommande, à lire ++

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Magritte

Billets de Manu : Tome 1Tome 2Tome 3Tome 4
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Les Spellman se déchaînent, tome II

1. Spellman et associés

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Les Spellman se déchaînent
Lisa Lutz

« Samedi 22 avril, 19 heures

– Allô ?
– Salut, maman.
– Qui est à l’appareil ?
– Ne me fait pas répéter.
– Qui ?
– Maman, c’est pas drôle.
– Sérieusement, qui est à l’appareil ?
– Je n’ai pas trop le temps de jouer, là.
– Moi non plus, dit Maman, renonçant enfin à son numéro d’amnésique. Je t’appelle d’ici quelques jours.
J’ai hurlé dans le téléphone :
– Ne raccroche pas !!!
– Du calme, Isabel.
– Ne raccroche pas, tu veux ?
– Pourquoi ?
– Parce que je n’ai droit qu’à un coup de fil. »

Et voilà ! le ton est donné…

Izzy a trente ans et pour sortir, elle doit faire intervenir un octogénaire… Morty. Sortir ? Au restaurant ? En discothèque ? Au cinéma ? Nooon ! Rien de cela… Izzy veut sortir de prison. Nous sommes dans le cas, où on ne compte plus ses incarcérations d’une nuit, car Izzy collectionne les arrestations et les numérote. Certains, comme l’expliquerait le très honorable et méticuleux (maniaque) et irrésistible inspecteur Henry Stone, aiment collectionner les timbres, les poupées, les cartes postales, des mouchoirs usagés plein de substances, des rognures d’ongles… Izzy, elle, accumule les « Nous avons un mandat…  Vous avez le droit de garder le silence. Tout ce que vous direz pourra être utilisé contre vous devant un tribunal. Vous avez le droit de consulter un avocat… ».

Petit rappel :
Il est une famille, dans la bonne ville de San Francisco, qui se nomme Spellman.  Il y a le père, Albert, la mère, Olivia, les trois enfants, David, Isabel (dite Izzy) et la petite dernière Rae. Tous, excepté David le raisonnable, sont atteints du syndrome de l’espionnite aiguë, affection qu’ils mettent au bénéfice de leur activité rémunérée (ou pas… cette passion déborde sur les loisirs), une agence de détectives tout-terrain.
Albert et Olivia dirigent la Society-Family sans ménager leurs progénitures. David est dans le Droit des Affaires, marié à la pulpeuse Petra, artiste-coiffeuse, ex-co-délinquante-tatouée, amie d’enfance d’Izzy. Rae, petite adolescente de quinze ans, a la fibre enquêtrice et est admirative de sa grande soeur (elle a ausi un mentor qu’elle A-DO-RE, son meilleur ami, mais vous le lirez…). Isabel (Izzy), toujours célibataire, héritière en pourparlers de l’agence, a un passé très alcoolisé, déjanté et frondeur. Atteinte de manies paranoïaques soupçonneuses, elle établit des listes pour pouvoir progresser (grandir, s’adapter, se « poser », évoluer et peut-être bien trouver le grand amour) … énumération des ex-petits chéris avec pedigree, nomenclature des phrases à dire et ne pas dire, inventaire de ses arrestations, rapport sur les comportements suspects des personnes qui l’entourent…
A cette charmante dynastie, nous avons le plaisir de rencontrer d’autres personnages. Morty, Mort Schilling, un retraité du barreau de quatre-vingt-deux ans qui officie dans son garage, Henry Stone, un inspecteur de police qui devient de plus en plus intime avec les Spellman, un « membre honoraire », Daniel Castillo, un ancien d’Izzy, qui est chargé des soins buccaux de la famille, grand aficionado du fil dentaire, et les voisins…
La commémoration des dignitaires de cette histoire étant faite, passons aux aveux d’Izzy qu’elle relate dans ce deuxième tome de la saga Spellman…

Les parents étant en disparition (langage spellmanien : vacances – Voir 1er tome, Sans prévenir, Rae avait fuit le foyer pour s’accorder des petites vacances qui ont pris le nom de « disparition »), Izzy ne peut demander qu’à Morty de la faire sortir de prison en payant la caution et de suivre son dossier.
« – On devrait arriver à éviter que les deuxième et troisième arrestations ne viennent en jugement. Je peux argumenter qu’elles sont sans lien.
– Parfait.
– Quoi ?
– Parfait !
– Pendant nos déjeuners, tu m’a raconté deux ou trois choses concernant cette affaire, mais j’ai besoin de tout savoir pour décider comment présenter au mieux ton histoire à l’audience.
– Tu crois que ça va vraiment passer un jugement ?
– Hein ? Parle plus fort.
– Tu crois que ça va passer – Morty mets ton appareil. »
Morty, règle ton sonotone, car Izzy ne répétera pas une seconde fois…
Transcriptions, enregistrements, rétrospectives, listes, chapitres, éphéméride, Issy raconte son journal.

Tout a commencé un dimanche 8 janvier. (Il faut suivre !!!)
Olivia, la mère, réveille Izzy pour lui dire que Rae, la petite soeur, a écrasé Henry Stone, l’inspecteur-meilleur ami et éventuellement professeur de conduite de la chère petite.
Lors d’une séance, Rae a « manu vehiculari » failli faire trépasser Henry en confondant le frein avec l’accélérateur. Celui-ci, à l’hôpital, sous perfusion, oxygène et autres alambics, supplie Izzy d’extraire sa petite soeur de sa chambre… « Débarrasse-moi de sa présence (…) Isabel, je t’en prie. J’ai besoin d’air (…) J’ai besoin d’air, de vacances : des vacances de ta soeur. S’il te plaît, aide-moi. »
Depuis bientôt deux ans, Rae joue les arapèdes. Henry est pour elle un gourou qu’elle vénère et cette erreur de pilotage l’a traumatisée, elle ne veut pas le quitter. Comme elle le dit dans un cri de désespoir, elle a presque assassiner son meilleur ami accidentellement.
Arrachée de force, malgré ses lamentations, Rae se retrouve escortée par Izzy qui la ramène au foyer. A peine la voiture s’arrête devant leur maison, que la furie s’enfuit dans l’idée de retrouver le blessé, mais en chemin elle percute une pile de cartons transportée par deux bras.
« Les corps s’effondrèrent au sol, les cartons se renversèrent, les dossiers s’éparpillèrent comme un paquet de cartes (…) Mes parents, sortis de la maison, arrivèrent après la bataille.
– Qu’est ce qui est arrivé ? demanda ma mère en se tournant vers moi.
– Elle lui est passée dessus, littéralement.
– Elle n’a pas recommencé ! »
Un nouveau voisin aménage. Cet homme est charmant, un sourire sympathique, des manières courtoises. Il se présente… John Brown.

Cher Morty, est-ce que notre Izzy, dès cette première rencontre, a vu en ce mâle un potentiel amoureux ? Peut-être. Est-ce qu’elle a sourcillé à son nom ; un nom anodin et très courant ? Immédiatement. Est-ce qu’elle a commencé à analyser ses attitudes et à le nommer dans la rédaction de ses rapports comme « le sujet » ? Pas encore… Mais ça ne serait tarder !

Izzy confesse les jours et les nuits d’avant son arrestation n°… Elle raconte les tensions familiales qui l’ont maintenue hors de toutes défiances : David et Petra, les parents, Rae, Henry et même Daniel, Bennie et Milo !
Et dans ce marasme, Izzy se questionne. Pourquoi ne s’est-elle pas orientée vers la neurochirurgie ou tout simplement pourquoi n’a-t-elle pas fait les jeux olympiques ? Bizarreries et complexités toutes Izzyennes…
Le monde est fou ! Enfin, surtout celui qui gravite autour des Spellman.

J’ai beaucoup aimé.
Deuxième livre de la série, ce roman porte bien son titre « Les Spellman se déchaînent ». Du début au point final, j’ai lu cette histoire dans un souffle, captivée par leur hyperactivité. J’en suis ressortie souriante et épuisée ! Cette famille est un cirque. Pitreries, acrobaties, grands numéros de clairvoyance, il y a même un domptage d’homme taciturne.
On ne peut qu’être sensible à l’extravagance de tous les personnages, même si les membres de cette famille remportent le pompon.
Je vous recommande cette saga en vous précisant que ce tome est à ce jour mon préféré. Il y a aussi un troisième, traduit, et un quatrième, non traduit.
Quant à savoir si je vais répertorier cette lecture dans la catégorie « Polar », je suis comme mon amie Somaja, indécise. La petite part policière est minuscule. Je pense que je vais classer ces tomes dans les « Folies douces », une division toute à eux.

PS. : Passages éducatifs ! Je ne connais pas la série du « Doctor Who » si souvent traitée sur vos blogs. J’ai donc appris, car Henry Stone a tous les épisodes, que le premier a été diffusé en 1963, qu’il y a eu dix docteurs et sept cents épisodes.

 

First Doctor

Billets des lectures communes de Somaja, Tome 1Tome 2

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Moonlight mile

 

Moonlight Mile
Dennis Lehane

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Boston,

Les années ont passé, Patrick Kenzie et Angela Gennaro n’ont plus leur bureau de détectives privés  dans le clocher de l’église de Dorchester. A quarante-deux ans (tous les deux), Angie prend des cours en sociologie et Pat travaille, par intermittence, pour une importante agence de surveillance, en espérant être recruté de façon permanente. L’époque est en crise, être un simple salarié et pouvoir bénéficier d’avantages sociaux devient une aspiration récurrente pour le couple. Il faudrait seulement que Patrick calme ses ardeurs et soit un peu plus conciliant avec les clients…

« – Brandon Trescott a dit à ses parents que vous l’aviez menacé et insulté.
– Je crois me souvenir que je l’ai traité de crétin.
Il a consulté un document sur son bureau.
– De « branleur » aussi. Et de « con », entre autres. Vous avez également plaisanté sur le fait qu’il bousillait le cerveau des autres.
– Il a condamné sa passagère à la chaise roulante. A vie.
Jeremy Dent a haussé les épaules.
– On ne nous paie pas pour défendre les intérêts de cette fille ni ceux de sa famille. Non, on nous paie avant tout pour empêcher Les Mayles de mettre nos propres clients sur la paille. La victime, ce n’est pas notre problème. (…)
– J’en déduis qu’il n’est pas question d’embauche définitive.
– Non. (Il a secoué la tête) Vous n’avez pas encore acquis la culture de l’entreprise, Patrick. Vous êtes un excellent enquêteur, c’est évident, mais cette hargne qui vous habite…
– Cette quoi ?
Il s’est esclaffé en me portant un toast.
– Cette haine des nantis que vous croyez dissimuler sous un beau costume – moi, je ne vois que ça. Elle vous colle à la peau. Et nos clients la voient aussi. »

Pat et Angie n’ont pas voulu quitter Boston, et c’est dans une petite maison entourée d’un jardinet qu’ils vivent, (toujours amoureux l’un de l’autre), avec leur petite fille Gabriella, quatre ans.

Un matin, sur le chemin du travail, Patrick est abordé par Beatrice McCready. Ce sont douze années qui s’effacent et qui le renvoient à l’affaire de la disparition de la petite Amanda (Voir « Gone, baby gone »). Les McCready l’avaient embauché pour retrouver leur nièce de quatre ans disparue, retirée à une mère indigne, absente, défoncée à l’alcool et la drogue – Le dénouement de l’histoire avait détruit plusieurs vies et avait séparé quelques temps Patrick d’Angela – Amanda, seize ans, s’est à nouveau volatilisée et Beatrice souhaiterait que Patrick se charge de la retrouver une seconde fois. La réponse à cette requête est négative et ce ne sera ni les suppliques, ni les remords et ni la contrition qui le feront changer d’avis.
Les vieilles enquêtes sont devenues des dossiers, les dossiers des archives, les archives sont des rappels que l’on aimerait parfois ne plus se souvenir.
Mais, c’est sans compter la compassion et la sensibilité d’Angie qui l’incite à accepter… la bande de jeunes mafieux qui menacent de mort Patrick et sa petite famille, s’il se mêle de cette affaire… le combat contre l’injustice… la prière d’une femme toujours digne malgré les épreuves de la vie… les regrets qui le taraudent après tant d’années et la repentance qui l’oblige à réécrire cette histoire.

Comme Angie le dit avec beaucoup de crainte (et d’admiration)… Patrick va se lancer dans une « croisade ». Mais…
« – OK. A une condition.
Jamais je n’aurais cru qu’elle accepterait. Et même si, tout au fond de moi, je l’espérais un peu, jamais je n’aurais osé imaginer qu’elle accepterait aussi vite. Je me suis redressé, aussi attentif et servile qu’un setter irlandais.
– Je t’écoute.
– Emmène Bubba. »

Pour commencer, il va demander des comptes aux « putains de méchants » qui ont essayé de l’impressionner en lui envoyant une barre de fer dans la tempe, en lui pointant un revolver sur la nuque et en lui faisant miroiter une mort précoce. Oncle Bubba pourra se défouler. Après, il ira au lycée d’Amanda et questionnera ses professeurs et les élèves. Avec ces premiers indices, il pourra pister la fugueuse, démanteler une affaire aux accents slaves, visqueuse comme de la mélasse, et réparer les torts qu’il aurait pu commettre douze ans plus tôt.

Il faut espérer que Patrick ressorte de cette affaire, plus sage et apaisé.

J’ai beaucoup aimé (comme d’habitude !).
Dernier livre de la saga Kenzie-Gennaro, c’est avec une certaine nostalgie que j’ai lu ce livre. Pour les livres précédents, j’ai été dégoutée, effrayée, scandalisée, j’ai apprécié l’humour, j’ai souri souvent aussi… dans celui-ci, j’ai ressenti de la tristesse. Dès les premières pages, l’auteur donne un ton légèrement mélancolique ; le déclin d’une époque, la retraite d’un duo invincible. Cela ressemble presque à un western où l’ancien shérif se retire dans un petit ranch et organise sa vie en fonction des saisons et de la transhumance, heureux et à la fois résigné et amer. Puis arrive une bande de jeune bandits « new génération », sans foi ni loi, qui l’interpellent en disant d’un ton narquois : « Hé ! papy ! t’es pas encore à la maison de retraite ? » (Leurs mots sont plus crus ! Une histoire de « bonbons » qui ferait plaisir à Edith…). Aussitôt, on a envie de riposter et Patrick ne s’en prive pas. Dans les derniers épisodes, on lisait que la noirceur du monde pesait sur ses épaules et celles d’Angela. Malgré un goût prononcé pour le risque, les dernières sueurs des condamnés et les coups reçus, Patrick était las de cette adrénaline. Dans ce livre, il avait remisé son colt dans le fond d’un tiroir et profitait, avec les deux femmes de sa vie, des joies maritales et paternelles. Pris dans l’engrenage d’une énième affaire et certainement la dernière, il a un sursaut de frénésie, l’opportunité de s’aventurer à l’orée du droit et de toutes les légalités. Il s’engouffre alors dans cette brèche, désireux de rattraper un passé, de s’amender, mais aussi de retrouver son indépendance et son épanouissement dans son rôle de justicier. Patrick va cheminer très rapidement vers la conclusion de son enquête, mais ce qu’il ne sait pas, c’est que dès le début, des sillons ont été tracés par un esprit ingénieux et doué. Lorsqu’il assimilera ce fait, sa présence sera spectatrice, témoin d’une subtile manipulation.
J’ai eu le plaisir de lire Bubba, le bon scout toujours prêt…, un petit pincement d’apprendre que Devin et Oscar avaient fui la grisaille de Boston pour un lieu où il fait bon de faire des barbecues-party quotidiens… et que Richie était toujours présent pour refiler à son copain une petite info concernant son investigation. L’amitié et la fidélité ont une grande importance dans ces romans, elles s’allient à la famille, c’est une union sacrée.
En ce qui concerne le cocon familial, Lehane l’égratigne souvent. Ancien éducateur, il a travaillé « dans le secteur de l’enfance maltraitée » source wikipédia et infuse certaines duretés dans ses intrigues, « Gone, baby gone » et « Moonlight Mile ».

Dernier volet de la série, nous le refermons tout doucement sur la vision d’un Patrick et d’une Angela heureux et épanouis, puisque « les joies l’emportent sur les peines ». Je leur souhaite une belle et longue vie avec leur petite Gabriella…

Pas seulement un livre à recommander, mais toute une série.

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Prière pour la pluie

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Prières pour la pluie
Dennis Lehane

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Boston,

Depuis quelques mois, Patrick est seul. Suite au dénouement de l’affaire concernant la disparition de la petite Amanda, un profond désaccord a fait fuir Angela. Sa popularité s’est détériorée et il entretient des relations très conflictuelles avec les services de police qui le boudent. Seuls Devin et Oscar continuent de le côtoyer.

Alors que Patrick se balade avec Bubba dans la rue de l’église Saint-Bathélémy, une jeune femme avec qui il avait rendez-vous, l’accoste. Aussitôt, il pense que Karen Nichols est le style de femme « à repasser ses chaussettes » ; toute douce, petite, tirée à quatre épingles, lumineuse…
Elle souhaiterait lui confier son tourment… Cody Falk, un homme rencontré à son club de gym, la harcèle et se montre de plus en plus violent.

Après quelques renseignements pris auprès de Devin, Patrick, assisté de Bubba, rend visite à Falk et règle de manière expéditive et énergique ce dilemme. L’histoire est classée, le persécuteur a retenu le message à coup de raquette de tennis et de roulette russe avec un calibre 22 monté d’un silencieux.

« – Je hais ce mec, ai-je confié à Bubba. Et je ne le connais même pas.
– C’est cool, la haine. Ca ne coûte rien.
L’Audi a émis deux petits bips lorsque son propriétaire a actionné la télécommande sur son porte-clés pour désactiver l’alarme et ouvrir le coffre.
– Si tu m’avais laissé faire, a repris Bubba, il serait pulvérisé à l’heure qu’il est.
Bubba voulait fixer une charge de C-4 au moteur de l’Audi et le relier au système d’alarme. Quitte à rayer de la carte la moitié de Watertown et expédier le Mount Auburn Club quelque part de l’autre côté de Rhode Island. Il ne voyait toujours pas en quoi ce n’était pas une bonne idée.
– On ne tue pas un type simplement parce qu’il a démoli la voiture d’une nana.
– Ah ouais ? C’est écrit où ? »

Six mois ont passé… La radio annonce la mort de Karen Nichols. Elle se serait suicidée en se jetant de la terrasse panoramique d’une tour.
Lorsque Patrick entend l’information, il revoit en pensée la jeune femme et se rappelle les quelques messages laissés sur le répondeur de son téléphone. Des appels angoissés, embarrassés, qui reflétaient son trouble.
« – Bonjour, Monsieur Kenzie. C’est Karen. Vous, euh… Vous m’avez aidé il y a un mois, ou peut-être six semaines ? Alors, je , euh… Enfin, rappelez-moi, d’accord ? Je, j’aimerais vous parler de quelques chose…. »
Mais à cette époque, Patrick avait projeté un voyage et il était parti sans prendre la peine de la ré-contacter.
À présent, l’incompréhension et le remords le taraude. Les journaux et les informations télévisées présentent Karen comme une femme droguée, alcoolique, qui se prostituait.

Qui était réellement Karen ? Qu’avait-elle subi pour sombrer dans la déchéance ? On la disait fragile, dépressive, atteinte par des souvenirs d’enfance traumatisants. Qui l’a blessée et humiliée pour qu’elle s’abîme ainsi ?
Patrick, obsédé par cette mort, souhaite réparer son indifférence et intrigué par la double personnalité de Karen, commence à questionner son entourage, ses parents, ses amis , sa psychiatre et les flics chargés de l’enquête.
Elle a été déçue et son désenchantement a crevé la sphère qui la protégeait.
« Personne n’aime personne. »

L’histoire s’annonce bien plus alambiquée qu’elle ne se présente. Une partie d’échec se joue et l’adversaire mène pour l’instant une stratégie très psychologique et machiavélique. A Patrick de le contrer, et il le fera avec l’aide de Bubba et…  d’Angie qui reviendra. Sans elle, son soutien, la vie est vaine et sépulcrale.

Ce livre est le cinquième volet des enquêtes de Patrick Kenzie et Angela Gennaro. Je l’ai relu avec autant de plaisir que pour la première fois. La violence est toujours présente mais avec une force beaucoup plus mentale.Quant à l’humour, il est vitriolé, sarcastique et glacial. Dans ce tome, on retrouve Patrick fatigué, las, désabusé, en manque d’Angie qui était sa force et son ambition. Il y a aussi Bubba bien plus actif que dans les autres épisodes… un Bubba qui arrive à témoigner sa tendresse et sa fidélité avec beaucoup d’énergie et qui succombe aux flèches de Cupidon (Ça fait plaisir à lire !)… Tous sont usés, tous vont prendre des coups, mais la solidarité, l’amour qui les unit, les fera vaincre.
On se doute de l’épilogue, cependant on reste toujours sous le charme des personnages et de l’écriture de l’auteur. De ce livre, je retiendrai un message : la loyauté. Comme le dit Stevie Zambuca, un parrain mafieux : « Vous savez, la loyauté, ça ne s’apprend pas. Ca ne se commande pas. C’est comme l’amour. Vous l’avez dans votre cœur ou vous ne l’avez pas. » Ce sentiment circule dans les veines de Pat, Angie et Bubba, il les soude pour le meilleur et pour le pire.
Avant-dernier de la série, il nous reste à découvrir le sixième que nous n’avons jamais lu « Moonlight Mile »… Il me tarde et en même temps je ne suis pas pressée de les quitter.

PS : J’ai un petit conseil à vous donner… Si un jour on vous faisait des misères, style : Un abrutis vous vole votre place de parking… ou si votre voisin vous réveille au son d’une tronçonneuse (Je pense à toi Vilvirt !)… Vous n’avez qu’à lui glisser dans le creux de l’oreille que vous êtes ami avec Ruprecht Rogowski (C’est Bubba !!!). Il terrorise même le croquemitaine…

 

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Gone baby gone

 

Gone, baby gone
Dennis Lehane
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Dorchester, Boston, 1997

Une petite fille de quatre ans a été kidnappée. Elle dormait bien sagement dans son lit, et au matin, elle avait disparu.

« Dans ce pays, deux mille trois cents enfants sont portés disparus chaque jour.
Parmi eux, bon nombre sont enlevés par un parent séparé de son conjoint (…)
D’autres sont des fugueurs (…)
Et puis, il y a aussi les exclus, ces gosses que l’on chasse de chez eux ou qui s’enfuient, et dont les parents ne cherchent pas à retrouver la trace (…)
Au total, sur plus de huit cent mille enfants portés disparus tous les ans au niveau national, seulement trois mille cinq cents à quatre mille d’entre eux relèvent de ce que le ministère de la Justice nomme les « kidnappings non familiaux » – ces affaires dans lesquelles la police écarte rapidement la thèse du rapt par un proche, de la fugue, du rejet parental ou encore la possibilité que le mineur se soit perdu ou blessé.
Dans cette catégorie, ils sont environ trois cents à disparaître définitivement chaque année (…) Pendant un certain temps, leur souvenir hante les étrangers au courant de ces affaires ; il hante leurs familles beaucoup plus durablement. Sans un corps abandonné derrière eux, sans une preuve de leur décès, ils ne meurent pas. Ils ne font qu’aviver notre conscience du vide.
Et de leur éternelle absence. »

Lionel McCready et sa femme Béatrice souhaiteraient que Patrick Kenzie et Angela Gennaro s’associent à la police pour retrouver leur nièce. Depuis quelques jours, une armada de flics du Boston Police Departement, les médias et des bénévoles cherchent des indices et les pistes qui mèneraient à Amanda.
Au plus les jours passent, au plus l’espoir de la revoir diminue.
Après avoir hésité, désireux de se protéger et de ne plus s’impliquer dans une affaire abjecte, Pat et Angie acceptent et vont collaborer avec le lieutenant Jack Doyle.
« Amanda est terrifiée, j’en suis sûre. Elle a disparu. Et pendant ce temps-là, ma salope de belle-soeur ne pense qu’à se vautrer dans mon salon pour se regarder à la télé et écluser des bières en compagnie de sa grosse vache de copine. Mais qui se soucie de la petite ? Hein ? Qui va lui prouver que sa vie a de l’importance ?
(…) Enfin, Angie a répondu dans un souffle :
Nous, je suppose. »
Dès le premier contact avec Hélène, la mère d’Amanda, ils s’aperçoivent que la jeune femme souffre de carences maternelles. Immature, indigne, alcoolique, droguée, Hélène n’est pas l’image de la mère aimante, inquiète et affolée qu’elle laisse paraître à l’écran lors des émissions télévisées, qui se sont accaparées de l’histoire.

Leur enquête commence dans un bar misérable, puant la crasse, le Filmore. Après une investigation houleuse, des noms fusent, orientant Pat et Angie vers la piste de trafiquants de drogue… Hélène travaillerait pour Cheddar Olamon et aurait subtilisé une importante somme d’argent. Amanda, servirait-elle de monnaie d’échange ?

Patrick et Angela devront à nouveau affronter la noirceur de Dorchester le sombre et le sordide, celle du milieu mafieux des dealers, des hommes en marge de la société, brutaux, criminels, celle d’une perversion immonde qui perd les enfants et les livre à un destin tragique, et celle sournoise des personnes punitives qui s’investissent d’un rôle justicier et répressif. Les séquelles de cette histoire briseront plus d’une âme et les deux enquêteurs ne seront pas épargnés.

Ma série coup de coeur
Encore une fois, ce quatrième épisode s’est lu d’une seule traite. Il nous est impossible d’abandonner l’histoire et de vaquer à d’autres occupations. Nous sommes dans la misère et la déchéance des bas-fonds. C’est bestial. Dans ce livre, l’humour est moins présent, ou bien distillé de façon violente avec des mots grossiers ponctuant l’ambiance. Nous retrouvons Bubba (en peignoir de satin rouge), Richie, Devin et Oscar qui viennent encore en aide à leurs deux amis, brièvement mais pour le premier, toujours aussi intensivement. Le sujet abordé dans ce tome est la disparition des enfants et dans le cas de cette affaire, on se pose inévitablement la question : La négligence est elle synonyme de maltraitance ? Certaines scènes sont atroces et je peux vous avouer que j’ai oublié de lire deux ou trois pages. A cette faune, se mêlent des gens plus sensibles et intègres, mais leur conscience les mène parfois sur des chemins pas toujours honorables ou raisonnables. Lehane a le talent de rendre ses écrits si réels, si imagés que parfois c’est insoutenable. Je ne peux pas vous raconter la fin, mais pour ma part, j’ai refermé ce livre avec un sentiment de doute… Patrick et Angela sont partagés sur le dénouement de l’histoire…  et moi ? A qui des deux donnerais-je mon soutien ? Seul Lehane, dans son dernier livre « Moonlight Mile » qui reprend l’affaire, pourrait me répondre…
Série à conseiller +++

Le prochain de notre lecture commune sera « Prières pour la pluie ».

Ben Affleck a fait jouer son frère Casey dans son film. J’ai été déçue par son adaptation. Je n’ai pas retrouvé Patrick dans sa juvénile physionomie, par contre Angela est bien représentée, même si elle est un peu incolore, presque absente. Quant à l’histoire… les avis sont partagés. J’ai regardé ce film avec des amis qui n’avaient pas lu le livre. Ils ont été captivés par l’intrigue, moi, du début à la fin, j’ai décortiqué les scènes, les personnages et n’ai de ce fait, pas ressenti l’émotion m’étreindre. Ce fut un regret…

 

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Sacré

.Sacré
Dennis Lehane

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Cinq mois sont passés depuis le décès de Phil et les traumatismes physiques et psychologiques que Patrick et Angela ont subit. Les blessures ont laissé des stigmates encore très douloureux, trop sensibles pour que Angie puisse vivre seule dans sa maison. C’est donc chez Patrick qu’elle a déposé ses valises. L’empreinte du mal est une brûlure au coeur et à l’âme.

Les affaires pour leur agence sont en stagnation. C’est alors qu’on les kidnappe un matin, en pleine rue. Trevor Stone, un homme d’affaires milliardaire, a envoyé ses sbires lui ramener Patrick Kenzie et Angela Gennaro drogués et ficelés. Il aurait une affaire à leur proposer. La méthode est cavalière, le terme est un euphémisme, mais ils sont bien obligés d’écouter la proposition qui leur ai faite… Rongé par un cancer, en phase terminale, avec une espérance de vie de six mois, Stone désire retrouver sa fille Désirée disparue. C’est devenu l’obsession de ses derniers jours. Fragilisée par le décès de son petit-ami, puis quelque temps après par celui de sa mère tuée par des malfrats, et par l’annonce de la maladie de son père, Désirée a fuit la maison et n’a plus donné signe de vie. Angie et Pat sont le dernier recours de Stone car un autre, célèbre et talentueux, a essayé d’honorer ce contrat, mais sans succès. Ce détective privé est Jay Becker, un très bon ami à eux et aussi le mentor de Patrick. Il est parti un jour sur les traces de Désirée et depuis, ne s’est plus manifesté.
Avec cinquante mille dollars pour « les frais de fonctionnement », Angie et Pat commencent l’enquête. Pour débuter, ils se basent sur les intuitions féminines d’Angie et sur les indications que Jay a laissées dans ses rapports.
« – On meurt beaucoup autour de cette fille.
– Mouais. »

Désirée aurait rencontré un jeune homme du nom de Sean Price qui fréquenterait le groupe SOS Détresse. Cette communauté est une branche de l’Eglise de la Vérité et de la Révélation.
Sous le masque d’un homme désespéré, Patrick se rend à l’association pour approcher les thérapeutes qui organisent des retraites aux différents stades des dépressions. Cinq niveaux sont installés pour écouter les malheureux désespérés – Malaise / Abattement / Hostilité / Dépression grave / Crise aiguë / Non retour. Il se dit atteint du syndrome « Vingtième siècle finissant ».
« – La fin de siècle, donc a dit Ginny Regan.
– La fin de siècle, oui, ai-je répondu.
– Et ça vous inquiète ?
– Bien sûr. Pas vous ?
Ginny Regan, standardiste dans les bureaux de SOS Détresse, S.A., avait l’air un peu déconcerté. Je la comprenais. Chico Marx, me répétais-je sans arrêt, Chico Marx. Comment Chico Marx se dépêtrerait-il d’une conversation pareille ?
– A vrai dire, je ne sais pas trop, a déclaré Ginny.
– Vous ne savez pas ? (Du plat de la main, j’ai frappé son bureau.) Comment pouvez-vous ne pas savoir ? Quand on parle de « fin de siècle », bon sang, c’est du sérieux ! L’achèvement du millénaire, le chaos intégral, l’Apocalypse nucléaire, des cafards de la taille d’une Range Rover (…) Les écritures sur le mur, Ginny ! Notre société craque aux coutures, c’est évident. Les preuves sont partout : Oklahoma City, les attentats contre le World Trate Center, David Hasselhoff… les signes sont tous là. »
Mais cette couverture ne dure que le temps nécessaire à Angie pour dérober des disquettes et Patrick se voit découvert par le manitou-mafieux Manny…
Il ne reste plus qu’à demander l’aide de Richie Colgan pour le décryptage des dossiers et celle de Bubba and Co pour protéger les arrières ; le petit monde de SOS Détresse n’est pas tout sucre-tout miel.
Bubba, juste avant d’aller faire un petit séjour en prison pour une condamnation, aimerait bien s’éclater avec sa bande de félés…
« Quand il a pivoté, Bubba s’est servi de sa main libre pour lui agripper la nuque, et le couvercle s’est abaissé à quatre reprises, chaque coup produisant le bruit mouillé d’une pastèque lâchée d’un toit.
– Manny, a fait Bubba quand celui-ci s’est effondré. (Il l’a attrapé par les cheveux, et le corps de Manny s’est balancé, souple et élastique, au bout de son bras.) Manny, a répété Bubba. Comment ça va mon pote ?
Ils ont jetté Manny et John à l’arrière de la camionnette, puis soulevé les deux autres types pour les expédier dans le camion à ordures, parmi les restes de ragoût de tomates, les bananes noires et les cartons vides de surgelés.
L’espace d’un instant terrifiant, Nelson a mis la main sur le vérin hydraulique à l’arrière du camion en demandant :
– Je peux Bubba ? Dis, je peux ?
– Vaut mieux pas, a répondu Bubba. Ca ferait trop de boucan.
Nelson a acquiescé, mais il avait l’air tout triste. »

Angie et Pat sont tenaces, ils feront tout pour retrouver Désirée… jusqu’à se rendre à Tampa en Floride… jusqu’à frôler la mort…  jusqu’à provoquer le plus pervers des manipulateurs.

Troisième livre de la série et je suis toujours une admiratrice inconditionnelle. Moins lourd et mois atroce que le précédent, l’histoire est tout aussi fine, vive et captivante. Cette lecture est passionnante. Les amis de Patrick et Angela font de petites apparitions et suivant les personnalités, elles relèvent l’intrigue avec un humour mordant, voire corrosif ! L’intrigue a une fin surprenante. Je vous redis… cette série est un régal ! A vos livres…
Petite précision… dans ce livre, il y a une évolution, une concrétisation après seize ans d’attente…
Je pense que mes copines de lectures n’ont pu qu’aimer…

Le croque-mort à tombeau ouvert

Lecture commune avec Manu de Chapum
Challenge Summer PAL de Bleue et Violette
Défi STAR, 2ème édition de Liyah

Le croque-mort à la vie dure, T1
Le croque-mort préfère la bière, T2


Le croque-mort à tombeau ouvert
Tim Cockey

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Rappel du premier billet :
L’entreprise des Pompes Funèbres Sewell et fils, dans les quartiers de Baltimore, près du port, est dirigée par un sémillant croque-mort, Hitchcok Sewell, trente-quatre ans, un mètre quatre-vingt dix, corps d’athlète, visage d’ange, et sa tante Billie, une dame douce avec une petite pointe de malice.

 

Juin à Baltimore,

Le téléphone sonne, Hitch décroche et se retrouve en conversation avec Calmar Martin, le dernier petit-ami de Lucy. Lucy Taylor est généreuse, gentille et crédule. Julia, l’ex-femme de Hitch, la surnomme « Miss-la-Poisse » car depuis sa naissance, elle accumule les ennuis comme les attrapes-mouches aspirent les insectes ou comme si elle dégageait une substance phéromone spécial-tourment.
Les quelques mots que Calmar ânonne sont décousus et hachés. Rien de surprenant, le cher homme agonise ; Lucy lui aurait tiré dessus.
A peine Hitch enregistre l’information, que Lucy arrive et lui dépose sur le bureau le revolver du délit. Elle se remet corps et âme à son ami d’enfance, en sa sagesse et sa protection.
A l’hôpital, l’état de Calmar est stationnaire. Hitch contacte Julia, partie dans une chasse à l’amoureux, et lui raconte la dernière frasque de Lucy.
L’histoire aurait pu se clore sur un accident, une émotion mal maîtrisée, mais dans le courant de la nuit, le détective John Kruk apprend à Hitch que Colmar est décédé, poignardé sur son lit de convalescence.

« – Vous êtes en état d’arrestation.
J’ôtai la main de mon bras comme on tient un rat mort.
– Pour quel motif ?
– Présence indéfectible sur le lieu de tous mes crimes.
John Kruk me décocha le rictus qui, chez lui, fait office de sourire. Peut-être même pouffa-t-il. Il scruta mon smoking de haut en bas et retour.
– J’étais sorti faire un footing, dis-je. »

Ça sent le roussi… Lucy, première suspecte, a disparu, ainsi que Julia… Seraient-elles en villégiature toutes les deux ? Hitch cherche alors à disculper son amie recherchée par la police et essaie de collecter des renseignements sur Calmar. Aux premières confidences des gens qui l’entouraient, le défunt était infidèle, bookmaker et trafiquait de la drogue.

Petit à petit, les pièces du puzzle s’imbriquent et racontent une histoire…

J’ai bien apprécié cette troisième aventure de Hitch, le croque-mort de Baltimore. J’ai retrouvé l’humour qui ponctue les histoires, les galéjades, le tombeur de ses dames, tous les personnages secondaires… Julia et ses parents, la tante Billie, Kruk… ainsi que des nouveaux aux portraits croustillants. Quant à l’intrigue, elle se laisse lire sans déplaisir. Ça se passe dans les arcanes interlopes du jeu, des paris et des magouilles. Cependant, j’avoue avoir ressenti un peu d’ennui dans le milieu du livre.
Bientôt, avec Manu, nous vous raconterons la suite des enquêtes de Hitch, détective amateur, ainsi que ses déconvenues concupiscentes…



Peinture de Magritte

Billets de Manu :
Le croque-mort à la vie dure, T1
Le croque-mort préfère la bière, T2
Le croque-mort à tombeau ouvert, T3
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Ténèbres, prenez-moi la main

Lecture commune avec Flo, Scor13 et Edith
Notre deuxième livre de la série
Challenge Thriller de Cynthia

Un dernier verre avant la guerre – Tome 1
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 Ténèbres, prenez-moi la main
Dennis Lehane

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Le bureau Kenzie-Gennaro, Enquêtes et Filatures, abrite des toiles d’araignées saupoudrées de poussière. L’agence est fermée, elle subit un deuil. Pat essaie de vivre normalement malgré les angoisses psychologiques et les douleurs physiques qui le persécutent. Dans sa dernière affaire, la petite part d’ingénuité, que l’on entretient tous pour ne pas perdre espoir et se rappeler l’enfant naïf tapi en nous, s’est volatisée.
Angie est partie ; elle a fuit le décor de Dorchester et ses drames. Seuls Bubba, Richie, Devin et Oscar l’entourent, presque maternellement, précieusement ; termes désopilants, car ces personnages ont une puissance virile très exacerbée.
Obsédé, hanté, par une lettre, une phrase,
Patrick se sent englué par les mots, sali…
« Ce qui compte, c’est la souffrance. Celle que j’éprouve, celle que j’inflige. »

Cela avait commencé par un appel téléphonique, un jour d’automne, quelques jours plus tôt, ou quelques mois, ou quelques années…

Un vieux copain, Eric Gault, professeur en criminologie à l’université de Bryce souhaite que Patrick et Angela se chargent d’une petite enquête et viennent en aide à son amie Diandra Warren, psychiatre et professeur dans la même université.
Le docteur Warren est harcelée par Kevin Hurlihy, « une force brute sans intelligence », bras droit de Jack Rousse, un malfrat et parrain irlandais. Menaces de mort, intimidations, photos compromettantes tout est enclenché pour terroriser la victime.
Patrick et Angie connaissent bien Kevin. Il appartenait à Dorchester et à la bande de gosses qui errait dans les rues avec eux. Même enfant, Kevin avait un regard vide, un regard de mort. Mais pour rentrer en contact avec lui, les services de Bubba sont réquisitionnés.
« – A gauche, dit Bubba. Maintenant, environ vingt centimètres à droite. Bien. Ca y est presque.
Séparé de nous par un bon mètre, les mains à la hauteur de la poitrine, il reculait en nous parlant, et agitait les doigts comme pour guider un camion en train de faire marche arrière.
– OK, reprit-il. Déplace ton pied gauche de vingt-deux centimètres sur la gauche. Ouais, c’est ça.
Rendre visite à Bubba dans le vieil entrepôt où il habite, c’est un peu comme jouer à colin-maillard au bord d’un précipice. Les dix premiers mètres du rez-de-chaussée étant bourrés d’une quantité d’explosifs suffisante pour pulvériser la côte est, mieux vaut suivre ses instructions à la lettre pour ne pas passer ses jours sous respirateur artificiel. (…)
– Patrick, fit-il en me regardant d’un air grave alors que mon pied droit stagnait à quelques millimètres au-dessus du sol, j’ai dit quinze centimètres à droite. Pas treize. »

C’est alors que l’affaire prend une tournure atroce. On retrouve une jeune fille crucifiée et tout fait référence au meurtre d’un petit garçon en 1974, ainsi qu’à d’autres monstruosités ; enlèvement, séquestration, démembrement, éviscérassions… L’intervention du FBI, avec l’agent Barton Bolton, officialise l’enquête qui plonge Pat et Angie dans un magma angoissant, de violence, d’horreur, et les projette dans le décor rétro de leur enfance, à la recherche du père, du fils et du saint-esprit. Cette trinité n’a rien de religieux, elle est une association machiavélique qui plane sur Dorchester. Une gangrène qui suppure depuis des années.

« Je repoussai aussitôt ma chaise et allai m’agenouiller entre ses jambes. Angie m’enlaça, appuya le côté de son visage contre le mien et m’agrippa le dos.
Sa voix se réduisit à un chuchotement tiède dans mon oreille.
– Au cas où il me tuerait, Patrick…
– Je ne…
– Au cas où, il faut que tu me promettes quelque chose.
J’attendis la suite, conscient de la terreur qui faisait palpiter sa poitrine et suintait par tous les pores de sa peau.
– Promets-moi de rester en vie assez longtemps pour le massacrer. Lentement. Pendant des jours et des jours, à condition que tu tiennes le coup.
– Et s’il s’en prenait d’abord à moi ?
– Il ne peut pas nous supprimer tous les deux. Personne n’est de taille à faire ça. Mais si jamais il te tuait avant moi…
Elle recula légèrement de façon à plonger son regard dans le mien.
– … je repeindrai cette maison avec son sang. Du sol au plafond. »

Ma série coup de coeur,
Deuxième livre après « Un dernier verre avant la guerre », nous retrouvons Patrick amoureux de Grace Cole, médecin et maman d’une petite fille Mae. Quant à Angela, elle s’est séparée de son mari Phil qui la battait. Nous franchissons un seuil dans la noirceur. L’histoire débute et finit de façon abominable avec une surenchère effarante de barbarie, de sadisme et d’inhumanité. A chaque page tournée, frissonnante de dégoût, je me demandais comment Lehane arrivait à me captiver ainsi ! En fait, c’est le talent ! Lisez et vous comprendrez…
Tous les personnages secondaires et amis de Pat et Angie sont présents et nous avons encore beaucoup de plaisir à lire les interventions de Bubba, l’homme des situations extrêmes et sans retour.
Bientôt, nous chroniquerons le troisième livre « Sacré »…

Billets chez
Flo           Tome 1Tome 2
Scor13    Tome 1Tome 2
Edith       Tome 1Tome 2
Des billets chez Mathilde,

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Peinture de Bernard Buffet

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Un dernier verre avant la guerre

Lecture commune avec Flo, Anne, Edith et Scor13 
et tout l’été, nous écumerons cette série, jusqu’au titre final.
Challenge thriller de Cynthia

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Un dernier verre avant la guerre
Dennis Lehane

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Boston,

Patrick Kenzie a délaissé son jean et ses baskets pour un complet Armani. Il a rendez-vous au Ritz Carlton avec des politiciens, les sénateurs Sterling Mulkern et Brian Paulson. Une connaissance, Jim Vurnam, joue les intermédiaires pour lui proposer une affaire ; retrouver des documents importants qu’une femme de ménage aurait emportés avant de disparaître.
L’enquête semble débonnaire et Patrick accepte de retrouver Jenna Angeline, femme noire d’un quartier pauvre de Dorchester, Boston.

« – Jenna était la femme de ménage qui faisait mon bureau. Celui de Brian aussi. Pour des foncés, je n’avais pas à me plaindre.
Mulkern était le genre de type qui disait « foncés » quand il n’était pas assez sûr de ses interlocuteurs pour dire « nègres ».
– Jusqu’à ce que…, ai-je repris.
– Jusqu’à ce qu’elle disparaisse, il y a neuf jours.
– Des vacances impromptues ?
Mulkern m’a regardé comme si je venais d’avancer que les matches de basket-ball inter-universités n’étaient pas truqués.
– Lorsqu’elle a pris ces « vacances », Pat, elle a aussi emporté ces documents avec elle.
– Un peu de lecture facile pour la plage ? Ai-je suggéré. »

Patrick est détective privé et a pour associée son amie d’enfance, Angela Genaro. Tous deux ont leur bureau dans le clocher de l’église Saint-Barthélémy.
Le jour, où ils retrouvent Jenna, les présentations sont un peu houleuses. Aux mots « documents, papiers », Jenna lance un regard froid, ironique et plein de rancœur. Elle est prête à leur donner un dossier si justice sera faite, car Jenna conserve encore un espoir, une toute petite confiance en l’humanité. Accompagnée de Patrick, elle va chercher l’enveloppe précieusement conservée dans le coffre d’une banque.

« – J’avais pas fumé depuis dix ans – jusqu’à quelques jours. (Elle s’en est allumé une et a recraché une bouffée de fumée qui a embrumé la petite pièce.) C’est pas des documents, monsieur Kenzie. Vous comprenez ? C’est pas des documents.
– Alors qu’est-ce que…
– Vous savez, monsieur Kenzie, tout le monde qui me cherche, qui embauche des gens comme vous, qui essaye de trouver Jenna, de parler à Jenna, d’avoir ce que Jenna a… Personne va avoir ce que j’ai. Vous m’entendez ? Personne. Sauf celui à qui je décide de le donner. C’est moi qui prend la décision… Et ce que j’ai n’est pas à vendre.
– Alors, c’est pour quoi ?
– La justice, a-t-elle dit à travers un flot de fumée. Et à hautes doses. Il y a des gens qui vont souffrir, monsieur Kenzie. »

Pat et Angie se doutent bien que l’histoire qui s’amorce est bien plus complexe qu’elle ne semblait le paraître. Elle sent le souffre, la corruption et le sordide. Cette méfiance sera confirmée, lorsque Jenna, juste après avoir remis les documents compromettant à Patrick, meurt en se faisant cribler de balle par une arme automatique.
Bientôt, une loi contre « Le terrorisme de rue » doit être votée et des gangs de voyous sont sur le sentier de la guerre. Affaire politique ou simple vengeance, ça va trinquer !

Ce livre est le premier de la série Patrick Kenzie et Angela Genaro. Je n’ai qu’une chose à vous dire… Si vous ne l’avez pas encore lu, n’hésitez pas et faites-le ! Je suis une fan absolue de cet auteur. Ce fut une ré-lecture… suite à un billet de chez Anne sur la sortie du dernier livre « Moonlight Mile », Flo a proposé de reprendre toute la série. Ce que j’ai fait avec bonheur. Cette histoire raconte l’impunité que certains hommes de pouvoir s’autorisent. Face, ils sont des hommes louables, généreux, parfois héroïques, pile, ils sont pervers, violents et malhonnêtes. Lehane a un style d’écriture percutant et allie à la noirceur de l’intrigue beaucoup d’humour. C’est vivant, imagé et jamais caricatural (sauf peut-être pour Bubba !!!). Son monde est celui de la rue, des quartiers de Boston, un mélange de société, un brassage de nationalités et de races, irlandaise, italienne, polonaise…, noire, blanche, métisse… Souvent, dans le plus sombre des tableaux, l’auteur arrive à nous faire sourire, alors que ses histoires sont les pires que l’homme peut imaginer et croyez-moi, cela aide à tourner les pages.
Nous retrouverons dans les autres lectures Patrick, Angela, Bubba, Devin, Richie Colgan, Phil et bien d’autres personnages. Il est très important de les lire dans l’ordre chronologique car ils évolueront au fil des histoires.

Voici des extraits pour lier connaissance…

Bubba Rogowski, homme bulldozer, arsenal et terreur sur jambe.
« Bubba est un anachronisme absolu à notre époque – il déteste tout et tout le monde à l’exception d’Angie et de moi-même, mais, à la différence de la plupart des gens animés d’inclinations similaires, il ne perd pas de temps à y réfléchir. Il n’écrit pas de lettres aux rédacteurs en chef ou de courrier haineux au président, il ne forme pas de groupes, n’organise pas de manifestations… Bubba a autant de conscience de soi qu’un carburateur, et il remarque encore moins les autres – à moins qu’ils ne lui fassent obstacle. Il mesure 1,90 m pour 105 kilos d’adrénaline brute et de colère discordante. Et il tuerait quiconque me ferait un clin d’oeil torve. Je préfère ne pas examiner cette loyauté de trop près, ce qui ne gêne pas Bubba. Quant à Angie, disons que Bubba a promis une fois de couper chacun des membres de Phil et de les remettre en place – à l’envers – avant que nous l’en dissuadions… »

Phil, le mari d’Angela, violent, un conard.
« Angie, Phil et moi avons grandi ensemble. Angie et moi, meilleurs amis. Angie et Phil, meilleurs amants. Ca se passe comme ça, parfois. Un jour, il y a quelques année, Angie est arrivée au bureau avec les lunettes de soleil et deux billes de huit à la place des yeux. Elle avait aussi une jolie collection de bleus sur les bras et le cou…
Phil le conard. Je ne l’avais pas vu depuis le jour où je l’avais envoyé à l’hôpital, trois ans plus tôt. Il avait meilleure mine qu’alors – allongé par terre à se tenir les côtes, à cracher du sang sur la sciure du sol -, mais il avait toujours l’air d’un connard. »

Richie Colgan, journaliste.
« Tout le monde sait que Richie Colgan et moi sommes amis. Nous nous sommes rencontrés sur le joyeux campus de U-Mass/Boston, quand nous étions tous les deux en licence de Spade Invaders, option « bonnes manières au pub ». Maintenant Richie est le plus grand chroniqueur du Trib, et c’est un vrai teigneux s’il pense que vous participeez d’un des trois grands maux : élitisme, sectarisme ou hypocrisie… Tout le monde adorait Richie Colgan – jusqu’au jour où ils ont publié sa photo sous sa signature. Un nom bien irlandais. Un bon garçon irlandais. Qui traquait les gros manitous corrompus à la mairie et à la Chambre. Et puis ils ont publié sa photo, et tout le monde a pu voir que sa peau était aussi noire que le coeur de Kurtz… ».


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Boston

Billet chez les copines de lecture : Scor13, Edith, Flo et une participante Mathilde
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