L’idole

 

l'idoleL’idole
Serge Joncour

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Être une idole ce n’est pas de tout repos. C’est angoissant. Peut-être même pire ! Dans ce monde, on peut se réveiller un matin et sans le savoir être une « star ». On boit son café, on passe sous la douche, on s’habille, on fait des gestes mécaniques, on se prépare pour la journée, on sort… et tout bascule, on n’est plus transparent. George Frangin va vivre un cauchemar. Il a été sélectionné, on ne sait trop comment, pour être une célébrité. Partout on le reconnaît, on lui demande des autographes, on veut le photographier, on veut lui serrer la main, lui poser des questions, lui taper l’épaule, s’en faire un ami. Il est en couverture des magazines, on parle de lui dans les journaux, à la télé, on le réclame, on l’encense. Il est de l’étoffe des héros… Mais des héros de quoi ? Les questions le hantent. Pourquoi ? Qu’a-t’il fait ? On l’oblige à revêtir un rôle, on lui dit qu’il est passionnant, que son livre (qu’il n’a pas encore écrit) est déjà dans le top 10, qu’il est attendu partout. Il apparaît et on l’applaudit.

George Frangin est pourtant bien ordinaire, d’une petite vie étriquée, quarante-six ans, célibataire, sans enfant. Quand les feux de la renommée l’éclaboussent et le brûlent, il dit ne rien vouloir de tout ça ! Mais l’engrenage est bien huilé, tout est programmé pour le rendre dépendant.
Une attachée de presse, une chambre luxueuse à l’hôtel, un chauffeur, on lui façonne une identité, on lui offre du rêve. Il raconte son aventure qu’il ne maîtrise pas ; des chapitres cocasses, incisifs et fantasques. Mais jusqu’où peut-il aller dans la supercherie ? Est-il prêt à tout accepter ? Et après ?

« – Dites-moi mon cher Frangin, puisque je vous ai sous la main, permettez que j’en profite pour vous demander deux ou trois petites choses.

– Ne comptez pas sur moi pour les éclaircissements.
– Tout de même, il y a un détail que je n’ai pas bien saisi ; vous avez des enfants ?
– Non.
– Pas de femme non plus ?
– Non.
– Vous êtes sûr ?
– …
– Bon. C’est mieux comme ça, beaucoup plus profitable, dans le sens de notre projet s’entend, et du contenu qu’on y veut donner… »

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Fable satirique sur le monde de la télévision, de la surmédiatisation, l’auteur prend pour cobaye un homme ordinaire pour le propulser au devant de la scène. Sur la thématique de la télé-réalité, du showbiz, de notre société consommatrice, Georges est un pantin qu’on actionne en coulisse. Ridicule (sa crédulité, son inexpérience), parfois agressif (surtout dans les premiers temps quand il cherche à comprendre et qu’il ne supporte pas sa notoriété), souvent émouvant (vers la fin), il ne nous laisse pas indifférent. L’histoire est poussée dans l’extrême quand on l’oblige à participer à des émissions télévisées, des rencontres sportives, quand il doit se raconter et extrapoler… Vous n’auriez pas un petit secret à dévoiler ? dites-nous tout ! Vampirisé, on le voit devenir petit à petit accro au système, s’en est pathétique car le zapping est tel, qu’un produit à peine déballé est déjà périmé. Et là, après avoir scénarisé la célébrité, l’auteur imagine le déclin.
Ce livre est presque une dystopie dans sa forme, tirant vers le fantastique, mais le fond est très réel, très ordinaire, montrant la vulgarité de notre monde… « Du pain et des jeux »

Ce roman intéressant, surprenant, cruel, railleur, plume scalpel, a reçu le Prix de l’Humour noir Xavier Forneret en 2005, et a été adapté au cinéma par Xavier Giannoli, avec Kad Merad dans le rôle de Georges. L’acteur ressemble beaucoup au personnage que j’ai imaginé.

Mon prochain livre de Serge Joncour sera « Combien de fois je t’aime »…

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superstar

Image extraite du film « Superstar »

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6 réflexions au sujet de « L’idole »

  1. Je n’ai pas lu L’idole, mais ça y est l’envie est là ! D’autant plus que j’ai beaucoup aimé L’écrivain national. Je vais tenter aussi Que la paix soit avec vous, tu connais ? Par contre, je viens de refermer sans le terminer Combien de fois je t’aime, malgré son indéniable qualité, je n’avais pas envie pour le moment d’autant de mélancolie et de désillusion.

    • Bonjour !
      Je découvre l’auteur à travers ce livre, où j’ai lu également une bien triste société. Il trempe donc sa plume dans la mélancolie et la désillusion… C’est noir, mais l’étude est si juste ! Au début, je ne savais pas quoi en penser, surprise par la tournure du récit. Mais après réflexions, quand j’ai écrit ce billet, je me suis dit que ce roman était vraiment bien ! Je ne vais pas le conseiller à tout le monde et quand j’en parlerai à mes amis, j’annoncerai les couleurs.
      J’ai vu Serge Joncour à un salon du livre. Il est… charmant ! Une baraque, un regard doux.
      A++

  2. J’ai beaucoup aimé les deux derniers romans de Joncour. Je me dis souvent qu’il faudrait que j’en lise d’autres, mais j’avoue avoir peur d’être déçue. C’est bête, et celui-ci a l’air vraiment pas mal aussi 🙂

    • Je comprends ce que tu veux dire. J’ai lu quelques critiques de lecteurs sur ses livres et je ne sais pas trop à quoi m’attendre. Ce qui est sûr, c’est que j’ai aimé sa prose.

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