La nature morte française au XVIIe siècle

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« L’art dans tous ses états » de Shelbylee

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la-nature-morte-francaise-au-xviie-siecleLa nature morte française au XVIIe siècle
Eric Coatalem

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Eric Coatalem, galeriste à Paris,  est spécialisé dans les peintures françaises des XVIIe et XVIIIe siècles, et a organisé de nombreuses expositions sur Lubin Baugin, François Perrier, Jacques Rigaud, Gustav Klimt, Louyse Moillon…

Avec cet ouvrage de belle facture, érudit, dense de 500 pages, de 200 artistes répertoriés et de 500 reproductions (pour la plupart venant de collections privées), il honore les natures mortes qu’on appelait à l’époque le « petit genre » peu prisé par les collectionneurs, l’Académie royale de peinture et les musées.
Les choses naturelles, une nature détaillée avec une méticulosité infinie, qui célèbrent aussi bien la vie que la mort, sont magnifiquement exposées dans ce livre-musée scindé en deux parties :

Les artistes français du XVIIe siècle
Les artistes étrangers et français de toutes époques

Dans l’introduction, il est dit que la nature morte raconte « la fugacité du temps, la mort ou la simple beauté du monde ».
C’est au XVIIe siècle qu’elle prend son essor en Europe, mais Hilliard T. Goldfarb (conservateur en chef adjoint et conservateur des maîtres anciens, musée des Beaux-Arts de Montréal) tient à revenir dans le temps en citant des artistes de la Grèce antique, les enluminures du Moyen-Âge, la Haute Renaissance…
La corbeille de fruits du Caravage est l’un des premiers tableaux présentés dans le livre.
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caravageMichelangelo Merisi, dit le Caravage, Corbeille de fruits
huile sur toile, 31 x 47 cm, daté vers 1598-1599

A travers ces tableaux, peintures de la réalité, on pénètre… « les intérieurs des maisons, les fleurs et les denrées alimentaires vendues sur les marchés du XVIe siècle. ». On lit que les classes nobles et bourgeoises s’étaient prises de passion pour les jardins. Avant, le jardin était médicinal, après, il était aussi d’agrément. Les fleurs (cultivées et non sauvages) resplendissent sur les toiles, et les bouquets sont peints en dépit des saisons. Une fleur de l’hiver se mêlera à la fleur de l’été. L‘Académie royale des sciences s’intéresse alors à l’étude de la botanique (fleurs, fruits), et à l’étude de la faune (planches anatomiques d’animaux). Les pièces de boucherie, de dépeçage, trouvent une place dans le décor.
On admire les nombreuses compositions florales dont l’éphémère beauté nous saisit.
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jean michel picartJean Michel Picart, Bouquet de fleurs dans un vase en verre,
huile sur toile, 45,7 x 35,7 cm, vers 1600-1682

Au fil des différentes époques, les compositions changent. De classiques, mesurées, elles tendent vers une exubérance riche et artificielle. Précieuses, débauche de trésors, œuvres décoratives, les scènes sont composées pour flatter les sens. L’esthétisme luxueux convient au règne de Louis XIV.
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jean-blin-de-fontenayJean-Baptiste Blin de Fontenay, Vase de fleurs avec un buste de Louis XIV
huile sur toile, 190 x 162 cm

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« Le plus la Peinture imite fortement et fidèlement la nature, plus elle nous conduit rapidement et directement vers sa fin, qui est de séduite nos yeux. » De Piles, chef de file des théoriciens à l’Académie à la fin du siècle, en 1708.

trophime_bigot_allegory_vanityTrophime Bigot, Le maître à la chandelle, allégorie à la vanité,
huile sur toile, 95 x 135 cm

La vanité « tout le tragique de la condition humaine », particularité de la nature morte, montre une composition qui amène au funèbre et à la fragilité de la vie. Le religieux est dépassé et suggère d’autres symboles. Aux ossements, aux crânes, les artistes intègrent souvent des objets comme un livre, un sablier, un vase, une bougie… Le matériel, toute chose tangible, et le spirituel, l’essence mystique de l’âme. Ce chapitre est rédigé par Alexis Merle du Bourg, docteur en Histoire de l’Art.
Là encore, les tableaux montrent des styles bien différents et « ambivalents ». (L’ambivalence, lorsque le peintre ajoute un miroir dans lequel un crâne s’y mire. « De manière continue depuis le Moyen-Âge, le miroir a été associé à la dénonciation explicite de la vanité, et secondairement de la luxure… »).
La sobriété de certaines œuvres qui renvoient à la déchéance, au néant, à la solitude, fait place à une autre génération qui montre une « sophistication » plus prononcée.

.Pieter BoelPieter Boel, Allégorie des vanités du monde,
huile sur toile, 207 x 260 cm, 1663

L’éphémère et l’éternel se conjuguent dans des mystères, l’évanescence, l’austérité et le faste. Les spécialistes nous racontent ces beaux tableaux qui inspirent admiration et frissons. Les sentiments évoluent suivant les représentations… L’opulence d’une corbeille de fruits et les richesses d’une tablée de François Habert (actif au XVIIe siècle) procurera une émotion autre que « La vanité au crâne, rose et montre à gousset » de Nicolas de Largillierre (1656-1746).

crâne et bulles de savonVanité aux bulles de savon, crâne et instruments de musique,
Simon Renard de Saint-André, huile sur toile, 60 x 43 cm

Un crâne, je songe immédiatement au poème de Baudelaire… « L’Amour est assis sur le crâne de l’Humanité, Et sur ce trône le profane, Au rire effronté, Souffle gaiement des bulles rondes qui montent dans l’air, Comme pour rejoindre les mondes au fond de l’éther… ».
Lorsque je vois « Le dessert de gaufrettes » de Lubin Baugin, (1610-1663), je pense aussitôt à « Tous les matins du monde » et j’entends la musique de M. de Sainte-Colombe
La peinture est poésie, rêve, voyage, tout au long de ce
« dictionnaire des peintres travaillant en France au XVIIe siècle » ; de Nicolas Baudesson (1611-1680) à Baudoin Yvart (1611-1728?) et autres anonymes…

Magnifique livre, j’ai conscience d’avoir été une privilégiée lors des Masses Critiques de Babelio. Bible, référence, il est à recommander à tous les amoureux des arts. Je tiens à préciser qu’il n’est point nécessaire d’être savant pour apprécier cet ouvrage et comprendre les symboles. On se balade émerveillé devant tant d’adresse, on se questionne sur le temps qui passe et les lésions qu’il laisse, la vie, la mort, la beauté, la pureté, la fragilité, la décrépitude, les croyances, notre monde, leurs mondes et l’essence réelle et irréelle des choses.
Il serait un superbe cadeau pour Noël !

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Lubin_BauginLe dessert de gaufrettes, Lubin Baugin,
huile sur bois, 41 x 52 cm

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14 réflexions au sujet de « La nature morte française au XVIIe siècle »

  1. Je note ce livre pour une idée de cadeau à Noël (ma belle sœur adore les vanités, a son mariage elle a eu deux tableaux de vanité en cadeau, certains gens étaient choqués. C’était trop drôle, car pas dans le thème)

    • Bonsoir Sabariscon, de passage sur ce billet, je m’aperçois que je n’avais pas répondu à ton commentaire… Oui, ce sont de beaux tableaux.

  2. Etudiant l’histoire de l’art je dois pourtant avouer que je n’ai jamais vraiment accroché au natures mortes même si les vanités tiennent une place à part car il en existe de superbes. D’ailleurs j’ai toujours trouvé amusant que les bulles soient représentatives de la conditions fragile de l’homme. Ça m’évoque un tableau conservé à Besançon que j’aime beaucoup, l’enfant à la bulle de savon : http://images.google.fr/imgres?imgurl=http://doudou.gheerbrant.com/wp-content/lievensbsac.jpg&imgrefurl=http://doudou.gheerbrant.com/%3Fp%3D4570&h=546&w=387&tbnid=DSs1isONyiMwDM:&docid=JUjIm4nN1SawOM&ei=XdZZVvCdLoLQaKXgqZAE&tbm=isch&iact=rc&uact=3&page=1&start=0&ndsp=19&ved=0ahUKEwiwwOD5xLPJAhUCKBoKHSVwCkIQrQMIITAA
    Très bel article en tout cas Syl 🙂

  3. Etudiant l’histoire de l’art je dois pourtant avouer que je n’ai jamais vraiment accroché au natures mortes même si les vanités tiennent une place à part car il en existe de superbes. D’ailleurs j’ai toujours trouvé amusant que les bulles soient représentatives de la conditions fragile de l’homme. Ça m’évoque un tableau conservé à Besançon que j’aime beaucoup, l’enfant à la bulle de savon : http://doudou.gheerbrant.com/?p=4570
    Très bel article en tout cas Syl 🙂

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