Tourner la page

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Audur Jonsdottir

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Vous voyez cette couverture avec une jeune femme en apesanteur, une machine à écrire qui semble la fuir, des feuilles dactylographiées qui s’envolent… ? Je trouve qu’elle représente bien l’histoire de ce roman.
Pour se retrouver, Eyja désire écrire ; livrer sa vie et par la même occasion celle des autres, des âmes islandaises, abruptes et caillouteuses (deux termes pris dans le roman pour décrire les monts). Elle commence à tâtons des chapitres qui s’éparpillent entre des lendemains, des veilles, des temps nouveaux et des passés, puis s’affirme au fil des confidences. Ça semble brouillon,
éparpillé, peu évident, difficile et contrarié, mais ça vient des entrailles. Sa poésie est très personnelle, passionnée, fantasque, échevelée, en construction d’une vie qui tente de renaître.

Eyja est une jeune femme éteinte, qui va quitter son mari qu’elle appelle le Coup de Vent. De vingt ans son aîné, alcoolique, drogué par les barbituriques, destructeur, il est une épave qu’elle ne peut plus assumer. L’existence est devenue tellement pesante, si inutile ! C’est sa grand-mère qui l’incite au divorce et qui va l’aider à s’extraire de ce bourbier en lui offrant ses économies. Elle la bouscule, la ranime, la traite de feignasse et lui propose d’aller retrouver sa cousine en Suède.
Les premiers chapitres du roman qu’elle entreprend sont ceux des souvenirs et des questionnements sur son divorce. La déchirure de cet amour ancien et défait est douloureuse. Dans un style sauvage, authentique, elle nuance son présent et ce passé d’atmosphères colorées froides et chaudes, taiseuses et exubérantes. Ce coup de vent, comme elle l’a aimé !
Elle met en scène les personnes qui l’entourent et comme pour les indiens, elle leur attribue des surnoms et des légendes. Sa cousine est la Reine du ski, son amie est la Fille aux yeux d’oiseau marin… il y a le Sauveur et la Cantatrice… sa grand-mère, sa mère et tous les autres qui ont survécu à l’avalanche, une catastrophe qui n’en finit pas de causer la désolation. Leurs vies, sa vie, sont intimement liées et on perçoit quelques mystères.

Dans le milieu du roman, elle cite deux titres de Kundera qui pourraient être les siens, « L’insoutenable légèreté de l’être » et « La valse aux adieux ». L’auteur utilise une palette de personnages aux tempéraments bien distincts, puissants, écorchés, et sillonne de l’un à l’autre comme le fait Eyja.
« Tourner la page » n’est pas une lecture facile. J’avoue que je m’y suis noyée. J’ai aimé les aspérités, les résonances, l’âpreté des paysages, mais je n’ai pu m’attacher aux personnages. Les labyrinthes ont perdu la lectrice que je suis. Cependant… c’est un livre que je conseillerai.

L’auteur, Audur Jonsdottir, a déjà écrit six romans pour lesquels elle a reçu de nombreux prix.

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Vous trouverez d’autres avis moins critiques chez Nahe, Didi, La tête dans les livres,

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islande.

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31 réflexions au sujet de « Tourner la page »

  1. Déjà pour la référence à L’Insoutenable légèreté de l’être, ça me fait freiner. Je n’ai jamais pu le finir. Sinon le côté abrupt sauvage peut m’attirer. Mais c’est pas un sacré remue méninges? Et j’adore le côté échevelé mais je ne pense pas lire ce roman.

    • Tu n’a pas aimé le roman de Kundera ! je l’ai avalé en une nuit.
      Et oui, c’est un remue méninges ! Je te le garde si tu veux. Curieuse d’avoir ton avis. Nahe a aimé.

      • Pour Kundera il y a très longtemps, j’y jetterai un œil depuis tout ce temps j’ai peut-être un peu évolué. Je viens de laisser un com Nahe, j’étais curieuse de voir ce qu’elle en pensait. Tu peux toujours le mettre de côté, mais j’ai encore le Erlendur d’Aspho qui m’attend. Il prend la poussière sur la table de nuit!!! ça c’est pour l’inquiéter quand elle va passer ici. 🙂

  2. Coucou
    et bien voilà un labyrinthe livresque qui laisse un sentiment étrange et dans lequel je me suis perdue aussi … Mais je n’ai ni détesté… ni adoré… étrange sentiment laissé par cette lecture.
    Bises

  3. ah oui autre chose par rapport à la couverture … Je l’a trouve jolie mais je n’avais absolument pas trouvé qu’elle représentait le livre … C’est bizarre ça, nos sentiments différents sur cette couverture.
    Dans mon imaginaire Eyja n’est pas du tout une jolie fille…
    Bonne soirée et bon WE

    • Oui, en plus elle se laisse aller. Elle a abandonné sa féminité. En cela la fille de la couverture ne la représente pas. Ce que j’ai voulu souligner, c’est qu’il lui est difficile d’écrire, comme si elle était en apesanteur et que tout fout le camp. Tu vois ?
      Bise

  4. Ben mince j’avais loupé ce billet… Comment j’ai fait ?? En plus c’est une lecture qui est dans ma LAL et qui me tente beaucoup, d’abord par son thème, forcément, et puis c’est de la littérature Nordique, donc voilà quoi ;0) Malgré tes bémols il me tente encore et puis je crois que tu as aimé quand même… Je rajoute ton billet avec celui de Didi, bisous, bon week end

    • On ne peut pas rester insensible au ton et à l’histoire. D’ailleurs, on visualise très bien le décor… C’est le fouillis des mots qui me dérange. On doit le lire au calme…

    • Waouh ! Albertine, je m’aperçois que ça fait un bail que je ne suis pas venue te lire. Je fais l’inventaire de tous les blogs auxquels je suis abonnée et dont je ne reçois plus les notifications !

    • Clarabel, « noyée » dans le sens du verbe « patauger ». L’agencement des chapitres est azimuté. Tu ne sais pas quel temps, quelle époque de sa vie, tu lis. Tu vas voir… Il faut revenir sur les phrases, les décortiquer, faire des pauses pour visualiser le tout. Lis-le vite !!! et raconte-nous…

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