Gauguin, Loin de la route

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« L’art dans tous ses états » de Shelbylee, La BD du mercredi chez Mango
Un album offert par Babelio et les éditions Le Lombard… avec tous mes remerciements !

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GauguinGauguin, loin de la route
Scénario de Maximilien Le Roy
Dessins de Christophe Gaultier
Couleurs de Marie Galopin

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Le 08 mai 1903, Paul Gauguin meurt à Atuona dans les îles Marquises.
Le 02 septembre 1903 à Papeete, Tahiti, des peintures sont mises aux enchères.

Deux ans plus tôt…

Le peintre Gauguin a quitté la France pour la Polynésie française, vers 1891, après avoir connu la misère, puis une belle réussite sur la vente de quelques toiles.
En 1901, lorsqu’il décide de quitter Tahiti pour l’île de Hiva-Oa, Gauguin est un homme déjà fatigué par sa blessure à la jambe et très déprimé. Un petit coin de terre, « entre une mission catholique et une église protestante », lui paraît être le meilleur des refuges pour construire sa maison qu’il dessinera et parera d’un fronton sculpté « La maison du jouir ». Il cherche son paradis.
Peindre, boire, souffrir, aimer, se mettre en colère, Gauguin fait tout intensément ; sa vie est colorée, passionnée. La bouteille, dont la fée verte (absinthe), l’accompagne dans tous ses états, elle anesthésie son mal de vivre et la douleur qui le taraude.
Homme violent et révolutionnaire dans l’âme, il se conduit comme un sauvage et se heurte à l’administration européenne. Le clivage entre les deux civilisations, polynésienne et française, le remplit de ressentiment et le rend querelleur. Il ne supporte plus les autorités, la tutelle coloniale, qu’elles soient cléricales ou administratives. Il devient alors le plus indigène des indigènes.

« Il avait vraiment tout dépouillé de l’étranger… Il marchait à nu sur ses pieds, mieux que nous, il montait dans la montagne, mieux que nous… Quand il allait par les sentiers des monts, les chants de joie autour de lui se transposaient en chants de bienvenue et d’hommages… »

L’artiste est un original qui déborde de vitalité. Il est aussi dans la lignée des créateurs maudits. Son impulsivité peut séduire comme déranger et ses tableaux aux couleurs éclatantes témoignent du feu de ses ardeurs.
Fantasque, être torturé, versatile, il n’est pas toujours compris ; il peint le soleil, la volupté des femmes, la beauté, mais happé par la spirale douloureuse de la maladie, il devient un fauve grossier et barbare.
Il meurt le 08 mai 1903, dans son isolement, entouré de ses dessins, ses sculptures et ses écrits, « banni » par la justice française après un procès qu’il a jugé de « traquenard » et qui l’a condamné à trois ans de prison et 500 francs d’amende…

En août 1903, nous découvrons aussi Gauguin à travers la quête d’un médecin de marine, Victor Segalen, venu retrouver le peintre dans les traces qu’il a laissées ; écrits, dessins, réputation.
« Quatre cents milles marins nous séparaient… Mais que n’ai-je pas entendu ?! Qu’il était fou et qu’il peignait des chevaux roses ! On m’a dit qu’il rendait la vie impossible à l’administration d’Hiva-Oa ! Ou qu’il passait ses journées, prosterné, à vénérer le soleil… ». Il questionne, prend notes, se rapproche de l’artiste qu’il admire et le fait revivre…
Son regard rend à l’artiste son humanité et son talent.

Cet album est un bel hommage à Gauguin. Je m’aperçois que je ne connaissais rien de l’homme. J’aime ses peintures et la chaleur qu’elles dégagent. J’aime cette ligne qui va de l’impressionnisme vers le symbolisme, la rupture d’un temps pour un autre siècle. J’ai des appréciations naïves et je constate qu’elles sont chaperonnées par une sotte ignorance. C’est alors avec plaisir que j’ai ouvert ce livre et découvert ses dernières années. L’homme ne paraît pas très sympathique, sa personnalité est trop animale et le mal qui le dévore le rend encore plus capricieux et déraisonnable. Étrangement, je  l’imaginais bien plus sage ! Ses œuvres paraissent si douces, si sereines, dans leurs glorieuses et flamboyantes tonalités.
Les trois auteurs, texte, dessin, couleurs, s’accordent parfaitement à rendre cette biographie légitime. Les personnages, Gauguin, Tohotaua, Tioka, Ky Dong, Victor Segalen, l’évêque Martin, sont très ressemblants (des photos sont sur la dernière page) et les dessins rendent l’âpreté de sa vie. On perçoit le génie, son intelligence, sa force, mais aussi son mal qui se gangrène et la solitude qu’il noie.
Une très belle rencontre…

D’autres billets chez Jérôme, Argali,
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36 réflexions au sujet de « Gauguin, Loin de la route »

    • C’est le bon point de cette BD. Sans l’esprit de Gauguin et la surprise de le voir si torturé, je n’aurais pas tant aimé cette BD. J’apprécie de me « cultivationner » en lisant !!!

    • De ses peintures, on en parle peu. C’est surtout son rapport avec les indigènes, les femmes, la culture, ses vices, la colonisation et la suprématie autocratique qu’il rejette. On porte alors un oeil nouveau sur ses peintures et sur l’homme.

  1. Gauguin était un personnage assez spécial et d’ailleurs il s’est brouillé avec beaucoup de gens. Sinon je remarque que c’est la mode des Bd sur les peintres. Je ne sais plus si tu as lu celle sur Picasso.

    • Oui, il me reste à lire le 3ème tome.
      J’aime lire ce genre de livre car je me documente toujours après ma lecture. Gauguin devient un autre homme. J’ai lu en effet qu’il s’était chamaillé avec nombre d’entre eux ! Il était très particulier !
      Biz Sandra et merci pour ta carte ♥

    • Tu as raison de demander ! J’oublie toujours de préciser les sources.
      Il y a un avant-propos écrit par M. Le Roy qui cite :
      Daniel Guérin – « Ovivi : Ecrits d’un sauvage, Paul Gauguin » – Gallimard, 2003.
      Li-An : « Gauguin », Vents d’Ouest, bande dessinée, 2010.
      Jean Nerianaf : article dans Tahiti Pacifique, 2003.

      Sinon, j’ai ouvert quelques livres des étagères de Mister B. et j’ai retrouvé la personnalité de Gauguin peinte dans cet album. Je regrette parfois de simplement me limiter à feuilleter les livres d’art en m’extasiant sur les peintures, alors que je devrais aller en profondeur pour mieux les comprendre.

  2. Il y a tout de même des illustrations (des cadrages, des couleurs) qui me rappellent beaucoup le « Gauguin » de Li-Ann sorti en 2010. Du coup, j’ai vraiment peur de la répétition…

    • Je suis conquise par l’histoire. C’est bien écrit. J’ai appris « des trucs »… Quant aux dessins et les couleurs, ils n’ont pas l’esthétisme que j’aime habituellement, mais ils soulignent comme il convient, la vie de l’artiste. Il ne fallait pas plus.
      Conclusion : Nous avons aimé !!!

    • Oui car il avait une nature complexe. Ce qui est bien avec cet album, c’est que nous avons une 2ème vision. Tu as celle toute superficielle qu’il donnait de lui, puis plus profonde avec le regard de Segalen.

  3. Je savais un peu pour les dernières années de la vie de Gauguin car il a laissé un souvenir mitigé chez les tahitiens, j’avais entendu dire aussi (est-ce vrai?) qu’il était très mysogyne !! C’est bien d’avoir un angle d’approche différent ! Bises♥

    • J’ai lu qu’il avait un bel appétit. Misogyne, c’était peut-être un caractère de l’époque. Dans la BD, on voit qu’il se sert des femmes. Sa colère a dû laisser son empreinte… Drôle de personnage !

  4. Cela n’a rien avoir avec la choucroute , ni la croute d’ailleurs parce que Gauguin….

    M’extraire du cadre
    Ma vie suspendue
    Je rêvais mieux
    Je voyais l’âtre
    Tous ces inconnus
    Toi parmi eux

    Toile
    Fibre qui suinte
    Des meurtrissures
    Tu voyais l’âme
    Mais j’ai vu ta main
    Choisir Gauguin

    Et je te rends ton amour
    Redeviens les contours
    Je te rends ton amour
    C’est mon dernier recours
    Je te rends ton amour
    Au moins pour toujours
    Redeviens les contours
    La femme nue debout….

  5. Bonjour à tous, cela fait plaisir de lire cette bonne critique.
    Je ne sais plus qui a évoqué Li-an, peut être Mo’?.
    Je tiens à préciser que mon dessin n’a absolument rien à voir avec celui de Li-an et il n’y a aucun lien graphique entre les 2 livres.
    Bonne lecture à ceux qui vont le découvrir et bonnes fêtes à tous.

    • Bonsoir,
      En effet c’est Mo’ qui se rappelle de Li-An. Elle verra la différence en lisant la BD. (Je vais lui envoyer la copie de votre commentaire, ça va titiller sa curiosité).
      L’album plaît, mais ce n’est pas surprenant car il est vraiment beau. J’ai aimé le lire.
      Je vous remercie d’être passé par ici… et bonnes fêtes !

  6. Absolument ! J’ai fait le parallèle de façon rapide et uniquement sur le sujet de l’album. Je reconnais que la comparaison était facile, d’autant que je savais que vous appréhendiez ce genre de retours (Max Le Roy et vous). Je crois savoir que vous travailliez déjà sur ce projet quand son ouvrage a été publié.
    Les ambiances graphiques sont effectivement très différentes. J’ai feuilleté mon ouvrage de Li-Ann et pris le temps de regarder les visuels qui sont déjà en ligne pour votre « Gauguin ». Je m’excuse si je vous ai froissé. J’ai très envie de découvrir votre travail mais pour le moment, mes finances sont un peu raides 😀

  7. Je viens de relire mon commentaire du 11 décembre, je me suis mal exprimée. Il était vraiment maladroit… Encore une fois je présente mes excuses aux auteurs

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