Une part de ciel

logonoëlMatch de la rentrée littéraire 2013 chez PriceMinister
Il était une fois Noël, avec Chicky Poo, Samarian et Petit Spéculoos
1er billet


.
.
Une part de cielUne part de ciel

Claudie Gallay

.
.
Bientôt Noël, dans la vallée de la Vanoise,
et la neige tombe dans la petite sphère en verre de Carole. Ce cadeau est un message. D’un jour à l’autre, son père vagabond va revenir au Val-des-Seuls et il veut revoir ses enfants. Etrange moyen pour communiquer, mais il procède toujours ainsi pour ses retours. Dès que sa mère en recevait une, elle s’apprêtait pour l’occasion, préparait son gâteau préféré et attendait Curtil…
Dans le train qui la reconduit vers ce passé, Carole y repense avec mélancolie. La nostalgie est amère mais aussi douce pour ces instants d’insouciance. Elle va rejoindre son frère Philippe, garde forestier, et sa sœur Gaby qui sont restés dans leur village. Elle, elle l’a fui pour aller vivre à Saint-Etienne, pour oublier une rancœur, des remords, pour essayer d’attraper le bonheur et s’évader de l’entrave que forme le Val. C’est dur de s’entendre dire qu’elle ressemble à ce père fugitif, un élément hors du cercle.

Carole est professeur intérimaire et entre deux postes, elle traduit des écrits. Celui qu’elle a dans ses bagages est une biographie de Christo, le célèbre artiste qui travaillait avec sa femme à « empaqueter » les monuments et la nature. Seule, séparée de son mari, ses deux filles parties pour leurs études, elle s’accorde une disponibilité pour la famille. On peut dire qu’elle n’a pas le choix et si elle l’avait… Pourtant elle aime cette vallée et les gens qui l’habitent, mais le sait-elle ?

Sur le quai, Philippe et Gaby sont là, comme pour l’aider à revenir.
« – Tu l’as reçue ?
– Oui. Qu’est-ce que tu comptes faire ?
– Qu’est-ce que tu veux que je fasse ?

– Pourquoi veut-il nous voir ? j’ai demandé.
– Je ne sais pas.
– Il aurait pu téléphoner.
– Tu sais, lui, le téléphone…
– On dirait qu’il nous convoque.
Philippe a haussé les épaules.
– Il a toujours fait ça.
– Qu’est-ce que tu crois qu’il veut nous dire ?
– Je n’en sais rien… Peut-être rien. Simplement nous voir. »

Au Val, elle loue un gîte qui appartient à Francky le patron du bar où tous ont leurs habitudes ; le petit café du jour, l’apéro du soir, le repas du week-end, la chanson dans le juke-box… C’est dans cette atmosphère amicale et non formelle qu’elle retrouve des connaissances et qu’elle se reconnecte avec la vie du bourg.
Ainsi elle revoit son ami d’enfance Jean qui travaille à la scierie, la Baronne qui tient un chenil, Sam qui possède le magasin général et qui a l’âge de ses parents.
Le temps sent la neige, l’air est glacial, épais, gris, comme une chape, il étoufferait presque.
Carole s’oblige à la patience. Les jours passent sans un signe de Curtil, l’assujettissant un peu plus au Val. Ses journées commencent par une photographie. Elle saisit tous les matins, la serveuse qui travaille chez Francky, une belle fille secrète et unijambiste. Elle l’observe secouer ses draps à la fenêtre et date les clichés, comme un calendrier de l’Avent. Après, elle se voue à sa famille, ses amis, erre dans le paysage et ressasse le passé qui est mûr et prêt à éclater. Il y a des abcès qui doivent percer. Sur les conseils ou plutôt sur l’ordre de Philippe, elle va voir Gaby le plus souvent possible. Leur entente est singulière et leur amour n’est pas expansif. Gaby vit dans un misérable bungalow avec sa fille adoptive La Môme. Son mari en prison, elle travaille comme femme de ménage dans un hôtel et élève des écureuils pour faire des pinceaux, leur poil étant doux et fort prisé d’après elle. La vie est dure pour cette sœur qui souffre des poumons, souvenir, si on peut le présenter ainsi, de l’incendie de leur maison lorsqu’ils étaient petits.

Les rêves… ils ont tous des désirs et les racontent à Carole. C’est Philippe le premier qui parle de son projet un peu fou. Il veut retracer la route qu’Hannibal avait prise avec son armée et ses éléphants. Gaby voudrait une maison. La môme souhaite du soleil et partir vers les pays chauds. Francky voudrait moderniser son bar. La Baronne imagine un char. Sam aspire à retrouver sa femme, quelque part entre le ciel et le toit du monde. Le petit Marius, enfant bavard du regard, délaissé, ne voudrait plus quitter la Môme. Yvon, le fils de Philippe, se voit découvrir d’autres pays et les filmer. Diego le cuistot du Bar…
Leurs ambitions sont de belles rêveries et l’amour a la première place.
Il y a aussi le rêve d’une population qui cherche à insuffler un sang neuf à la vallée, s’ouvrir sur l’extérieur et amener une économie plus dynamique. Puis les autres, qui ne désirent aucun remous, aucune salissure au cadre enchanteur et impérieux de la montagne.
Et que veut Carole ? que Curtil arrive ? un baiser de Jean ? que le loir dans le grenier cesse son vacarme ? rentrer chez elle ? le pardon de sa sœur ? « être capable d’aimer à nouveau »

Bientôt Noël, la fête se prépare mais le temps n’a pas l’air d’être le même qu’ailleurs, il est plus lent, plus réservé. Si Carole est spectatrice de cette vie, un peu en retrait, elle n’en est pas étrangère. Le verbe n’est pas facile, les personnes sont solitaires et un peu farouches surtout lorsqu’il y a des regrets et des secrets. Leur vie est rude à l’image des aspérités et du froid. Il semble que les sentiments et l’affection soient légèrement figés, mais c’est l’inverse, c’est sous pression et ça ne demande qu’à s’exprimer.
Bientôt les cadeaux, Gaby et Philippe ont peut-être un fabuleux présent à offrir à Carole… l’unité d’une famille.
.
Je me suis surprise à aimer ce livre. Petit à petit, il tisse en nous une couverture très agréable dans laquelle on aime se pelotonner. Les jours de Carole, son attente qui paraissait longue, ont été un plaisir de lecture.

Il y a un passage très beau sur le damage de la neige. On appelle « faire une passe ».  Carole est invitée par Jean dans le chasse-neige, c’est la nuit, ils sont sur les hauteurs du Val, au dessus des lumières, presque à toucher les étoiles, presque au sommet du monde.
Je ne regrette pas d’avoir choisi ce livre.

Et mes remerciements à PriceMinister et les Editions Actes Sud… qui ont toujours de belles couvertures !

.
D’autres billets chez Leiloona, Sandrine, Nahe, Jérôme, Alex, YueYin, Enna, Louise, Bladelor,

Note 16/20
.

Hannibal01
Traversée des Alpes par Hannibal

.
.
.
.
.

33 réflexions au sujet de « Une part de ciel »

  1. Je suis exactement comme toi, je me suis surpris à apprécier ce roman. En ce qui me concerne , une vraie belle surprise cette première découverte de Claudie Gallay.

  2. Ton article est très beau, nous n’avons pas eu le même ressenti, toi tu as vu les rêves et les espoirs de chacun. Moi j’ai « lu » les manques ». Je me suis ennuyée dans cette lecture. Le style trop travaillé, ne traduit pas la réalité. Je trouve qu’il manque quelque chose ( un peu de « brut »).Et puis trop de longueurs.

    • Tu vois le style trop travaillé… il faudrait que je le relise alors car c’est le sentiment inverse que j’ai eu. On le relira ensemble Louise !!! toi dans un fauteuil, moi dans un autre, et on papotera…

    • Manu, je ne sais quoi te dire ! C’est une lecture longue et secrète. Tu ouvres des petites boîtes tous les jours, tous les chapitres, et tu découvres des émotions cachées.

  3. J’ai adoré Les Déferlantes, alors je n’ai lu que le début et la fin de ta chronique pour ne pas en savoir trop sur ce livre que je lirai sans doutes lorsqu’il sortira en poche…tu racontes tu racontes…sacré toi va !

  4. Je pense l’offrir à ma maman pour Noël. J’espère qu’il lui plaira sachant qu’elle a aimé Les déferlantes. En tout cas, ton billet me dit qu’il saura surement la séduire… C’est toujours délicat d’offrir un livre.
    Bonne soirée! Contente de te retrouver parmi nous. 😉

    • Fanny, si elle a aimé la prose « Les déferlantes », tu es sûre qu’elle appréciera celui-là. C’est positif et c’est une lecture d’hiver. Elle va être contente.
      Merci… tout va bien.

    • J’ai vu Alex. Quant à moi, je ne pensais pas pourtant ! Lorsque je le quittais pour vaquer à des tâches… je retournais vite le reprendre. Je l’ai lu en un seul morceau.

  5. Je me suis trop ennuyée à la lecture des Déferlantes pour me replonger dans un Claudie Gallay aussi vite, il est à la médiathèque alors je l’emprunterai sûrement mais dans quelques temps !

    • Un jour, tu le découvriras. Comme, je le dis et le redis, il faut lui donner du temps. Il est épais, il est lent, mais il dégage un je ne sais quoi qui m’a plu.

  6. Ton billet est superbe. Pour ma part je n’ai pas aimé du tout ce roman, vraie déception à côté des Déferlantes que j’avais adoré…

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s