La petite fille qui aimait trop les allumettes

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Septembre au Québec, 8ème billet
Avec Karine et Yue-Yin


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la petite filleLa petite fille qui aimait trop les allumettes

Gaétan Soucy

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Dans un grand domaine au sein d’une forêt, un père et ses deux enfants vivent dans un complet isolement. Le narrateur, le plus jeune des deux, se nomme le secrétarien. Il débute son récit par le décès de leur père qu’il découvre avec son frère, un matin. 
« Nous avons dû prendre l’univers en main mon frère et moi car un matin peu avant l’aube papa rendit l’âme sans crier gare ».

Ses écrits vont révéler une histoire surprenante, extravagante, terrifiante aussi, qui commence dès les premières pages. Ils sont des mots issus d’un parler ancien, moyenâgeux, un patois, parfois grossier, primitif et si raffiné, poétique. Le dosage est complexe et savant ! C’est un dictionnaire d’images et de doctrines où la sagesse et l’absurde se partagent. On ne sait plus l’époque, les lieux, les personnages. Nous sommes spectateurs d’un huis clos et de la confrontation entre deux mondes, le nôtre et le leur.

Ils veulent enterrer le corps mais se retrouvent désemparés face à cette épreuve. Il n’y a plus de directives paternelles, celles qui ordonnent et font loi, celles qui rossent et qui accablent.
La demeure devient un lieu d’exploration et la chambre du père, un sanctuaire, est visitée dans ses secrets… armoire, tiroirs, recoins… On ne le saura que plus tard, la demeure est riche et imposante avec sa salle de bal ; un château.
Cette liberté semble factice, l’autorité et le rigorisme planant encore dans la maison.
Dans cette maison, les sentiments sont inexistants, les joies et les chagrins toujours en sourdine, les plaisirs, les loisirs, sont à dérober et à cacher.
Avec cheval, le secrétarien décide d’aller voir au village « les semblables » pour demander de l’aide. Il y rencontre l’homme à la soutane, une veille « pute » (les femmes sont appelées putes), le maire et un homme en costume, l’inspecteur, beau, si beau, que ses émois lui labourent le ventre.
Il ne comprend pas ce qui se passe, ni cette histoire de mine qui paraît les animer jusqu’à la déraison.
Et on le dit « elle » aussi, « sauvage » et belle. Le secrétarien le sait, il s’en doute, mais le père les nommait fils.

« Je ne sais combien de temps j’ai pu écrire à toute vitesse et le coeur en chamaille, car il n’y a pas de lune, le ciel était couvert de limbes, mais je dus remplir une douzaine de feuilles d’un coup sans m’arrêter, traversant les phrases et les mots comme une balle de fusil les pages d’une bible. Quand le secrétarien s’est mis en tête de pédaler dans le verbe, ôtez-vous du chemin, ça déménage, peuchère, tombeau ouvert… »

De retour sans cercueil, en tête à tête avec un frère rageur à la limite de la folie, un mort encombrant, un palais au bord de la décomposition, le « Juste châtiment », et des ombres à foison, le secrétarien confie les délires et les évènements qui s’enchaînent. L’histoire, un ruban plein de nœuds, se dénoue et dévoile toute sa tragédie.

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Je vous conseille cette lecture fantasque, son originalité la rend unique. Elle prête à sourire, elle émeut et fait grincer les dents. L’auteur joue avec les mots, les pare de métaphores, les poétise. L’histoire a plusieurs facettes qui captivent le lecteur de leurs bizarreries. L’innocence se mêle à la violence et à la cruauté, c’est insidieux et malsain. Les mystères la rendent gothique. Le secrétarien comme un moine copiste, un conteur, dit avec ingénuité et son intelligence les faits qu’on ne peut deviner tellement ils sont surprenants. Ainsi, au fil des pages, nous comprenons son histoire, bestiale et lyrique.
Un livre qui fera sa place dans mes bons souvenirs…

Un grand merci à Eliza, Lou… sans eux, je n’aurais jamais fait ce billet !

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Des billets chez Cryssilda, Lystig, Isallysun, Delphine, Lou de Libellus, Eliza, LilasViolet, Valentine, NathChoco, Karine,

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Marc Aurèle de Foy Suzor-Coté
Marc Aurèle de Foy Suzor-Coté
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40 réflexions au sujet de « La petite fille qui aimait trop les allumettes »

    • Ah ! si tu savais comme il est dur à chroniquer ce livre ! Dire sans trop dire… J’ai planté un décor et je pense qu’il n’y a que les personnes qui l’ont lu qui comprendront. Ce livre est tellement bien ouvragé avec de multiple compartiments que je suis certaine de n’avoir rien dévoilé. A part un petit truc sur le secrétarien que j’ai laissé sciemment. Lorsque tu le liras, tu verras tout ce que je tais, l’essentiel de cette histoire. « La petite fille qui aimait trop les allumettes » crois-tu que j’en ai parlé ? Estellecalim, j’ai hâte de te lire. Souligne en rouge ce titre et fais le passer en pole position ! Alors à très vite…

  1. Il a l’air plutôt terrifiant ce livre, on manque d’oxygène rien qu’en lisant ta chronique. Le début m’a fait penser à David Vann mais là on est dans du fantasque ou du fantastique.
    Bisous.

    • C’est l’atmosphère qui est saisissante et pesante. Manque d’oxygène ? Non, c’est très fluide et si bien raconté que la lecture est plaisir.
      Bonne journée !

  2. Isallysun m’avait fait découvrir ce livre et je l’ai effectivement apprécié. Le récit est pour le moins étrange, par moments effrayant et l’on a envie d’en savoir plus. Lorsque les pièces du puzzle s’imbriquent on se dit : oh la la !

  3. Ah qu’il était dur de parler de ce livre ! Je trouve ton billet très proche de l’univers du livre et j’espère vraiment qu’il donnera envie à d’autres de le lire car ce roman est épatant !

    • C’est un livre de la bibliothèque, du coup, je vais me le prendre ! Je pense le relire un jour. Je le décortiquerai plus, je prendrai tout mon temps. Merci Eliza !

    • Ca n’a pas que l’air ! Mais ce n’est pas déjanté. C’est très bien construit, finement, tortueusement. Les mots… ils sont beaux.
      Bonne semaine San-Tooshy !

    • Je ne peux pas plus t’expliquer ! Il faut que tu nous crois sur parole !!! c’est beau. Si je te disais l’histoire, je gâcherais ton plaisir. Lystig le résume : OVNI.

  4. Ha non mon comm est parti tout seul, j’en bafouille ! 🙂 Je reprends : même si je n’ai pas tout compris, tu m’as donné envie de le lire !!!! La petite-fille et le « secrétarien » ne font qu’un ? Houla la j’ai du mal… Bises♥

  5. Bizarre vous avez dit bizarre c’est le mot qui me vient à l’esprit à la lecture de ton billet mais tu as réussi à éveiller ma curiosité féminine ( déjà bien développée) et je l’ajoute à ma liste .

    • Depuis que tu es sur la nouvelle plateforme, je ne reçois plus l’édition de tes billets ! C’est comme pour Catherine-Coccinelle ! Je n’arrête pas de m’abonner, il prenne en compte ma demande et puis c’est tout ! silence complet. Pfff !
      Ce livre est plus que bizarre ! mais je suis bien aise d’avoir su titiller ta curiosité. Nous n’avons que l’écho du secrétarien qui vit son monde à lui, le seul qu’il connaisse. Si nous avions les propos des gens du village, ça serait autre.
      A++

    • Alors que le père leur a donné une certaine éducation (Bible et autres écrits philosophiques), les enfants ont des comportements sauvages. Pour montrer son affection et son attirance, le secrétarien n’hésite pas à lécher le visage d’une personne. Les actes et les paroles ne sont pas en osmose parfois.
      Quand je dis que c’est difficile de le raconter !!!
      Tu as fini ton billet sur Fante ? Je le termine ce soir…

    • Oh ! Tu devrais essayer de le lire à nouveau. Prendre le temps d’articuler les mots et les images. C’est volubile, d’une autre dimension, ce n’est pas du tout évident, mais tu devrais le relire… comme un conte.

  6. un livre magnifique et à la fois très dérangeant , j’ai dû le poser plusieurs fois ….pour le reprendre un moment après. Très juste ce que tu dis aussi « Nous sommes spectateurs d’un huis clos et de la confrontation entre deux mondes, le nôtre et le leur. » Parfois je me suis sentie voyeuse et mal à l’aise (Ce qui n’enlève rien au fait qu’il m’a beaucoup plu et que ta chronique m’y a fait repenser avec plaisir ;-))

    • Je n’ai pas eu cette sensation car le secrétarien est à l’aise dans son histoire. Il n’y a que la fin qui m’a scotchée ! Je n’ai pas eu de tristesse, mais du dégoût et de la colère.
      Quel livre !

  7. Quel magnifique souvenir de lecture ! J’étais restée quelques semaines avant de pouvoir lire autre chose tellement il m’avait hantée ce roman. J’ai eu aussi la chance de voir une adaptation théâtrale, on était tous en apnée ! Tu t’es très bien sortie de ce billet, je ne pense pas que j’aurais pu en parler. Bisous

    • Il est bizarre ce livre ! Sur scène, j’imagine le spectacle ! pas évident.
      Tu sais parler de tout… j’ai mis du temps à l’écrire.
      Kiss !
      Demain : Les Gribouilles !!!

    • Parfois, je suis sûre de moi pour te conseiller un livre, mais là, je ne sais pas. C’est très particulier. Pars du fait que j’ai aimé. Seulement, te connaissant, il y a un truc qui va beaucoup te déranger.

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