Cartes postales de l’enfer

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Septembre au Québec, 1er billet
Avec Karine et Yue-Yin

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cartes postales de l'enferCartes postales de l’enfer
Neil Bissoondath

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Nos vies se remplissent de secrets. Les insignifiants et les monstrueux.
Le narrateur qui cache les siens, les appelle « cartes postales de l’enfer ». Si lourds à porter, ils sont de ceux que l’on souhaite oublier ou calfeutrer. Et pourtant ! cela serait si bon de les chuchoter un jour…
« Les secrets font tourner le monde : si tout se savait, le monde s’effondrerait.
Non ? »

Celui qui commence le récit…
Il est décorateur d’intérieur. Très vite, il s’est rendu compte que pour percer dans le métier, il fallait rentrer dans un moule. Pour sa clientèle, le stéréotype du décorateur rassure et séduit. L’homosexualité est un gage de bon goût, une évidence. Il décide alors, avant même de créer son entreprise, de leur offrir cette image. Sa silhouette, son regard doux, ses mains fines et manucurées, sa sensibilité, sont des atouts. Depuis toujours pour ses parents et ses professeurs, il a joué à être un autre, musicien, sportif, écrivain, manuel…, donc tricher sur son identité lui est familier.
Lorsque ses parents décèdent dans un accident de voiture, il prend conscience qu’il peut gérer sa vie comme il le désire. Il est enfin indépendant et peut s’investir à fond dans son travail, une véritable passion. Le succès ne modifiera en rien sa conduite.
Il se fait parfois appeler Alec.

Celle qui prend la deuxième partie…
La narratrice d’origine indienne, s’appelle Sumintra. Enfant unique de parents aimants, elle se sent piégée. Son désir serait de s’affranchir de la pesanteur familiale qui l’oppresse et l’oriente vers les moeurs de sa caste.
Elle est Sumintra, une jeune fille exemplaire, mais aussi Sue, une belle brune qui désire s’émanciper. Son secret se sont des rêves… pas si sages.

Alec et Sue vont se rencontrer et se révéler dans le secret de leur amour. Si Sue enlève son masque rapidement, Alec garde une part de sa personnalité cachée. Il est l’amant de l’ombre, aussi fuyant qu’une anguille.
« Trouveront-ils un jour un accord entre ce qu’ils sont, ce qu’ils ne sont pas et ce qu’ils voudraient être ? »

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J’ai pris ce livre au hasard des rayonnages de ma bibliothèque municipale, pour honorer notre rencontre québécoise de ce mois.

L’histoire aborde les secrets de deux personnes. Ils diffèrent, mais ne sont pas si dissemblables dans le fond. Tous deux se sont inventés un personnage, gommant leur véritable entité qui s’exprime dans une « vie parallèle à l’abri des regards ».
Ils se présentent dans les deux premières parties du livre et se rencontrent dans la troisième. Leur attirance est fusionnelle, elle aurait pu être salutaire.
Sue est partagée entre deux mondes dont les mentalités s’opposent. D’une génération qui souhaite se libérer des contraintes culturelles, elle pourrait tout abandonner par amour et braver les traditions. Elle est vive, courageuse, honnête, sincère et prisonnière.
Alec aime son métier plus que tout. Il lui a sacrifié beaucoup de chose, mais surtout sa vie sentimentale. Il sait bien compartimenter ses deux vies et son image d’homosexuel ne le dérange pas, elle lui donne de la puissance. En semaine, il porte ce rôle comme un vêtement, le week-end, il s’en défait et s’évade en province. Alec n’est pas sympathique, il a les caractéristiques d’un psychopathe ! Sa douceur, son dédoublement, son égoïsme, angoissent dès le début.
L’auteur les réunit dans des étreintes sensuelles, impudiques. Elles donnent à Alec l’humanité qui lui manque, quant à Sue, elles la rendent encore plus belle.
Les secrets sont des « cartes postales de l’enfer ». C’est le constat amer d’Alec au début du livre. Après les temps heureux, la réalité revient comme un boomerang et les choix peuvent devenir des sacrifices… Et si l’amour pouvait tout réécrire ?… Et si…

J’ai aimé ce livre pour sa fin. Elle est déchirante car elle montre la fragilité des personnages, elle est surprenante car elle claque en trois phrases, un impact.
Une bonne lecture qui laisse toute son acidité en bouche.

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claude theberge
Peinture de Claude Théberge, peintre québécois (1934-2008)

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16 réflexions au sujet de « Cartes postales de l’enfer »

    • Elle est passée où ma réponse ? Je te disais que moi aussi, face à un lac avec un livre et une canne ! Maintenant, il va falloir que je surveille mes commentaires qui se baladent !!!

    • Oui, ce n’est pas encore un coup de coeur mais j’ai été surprise. Pour une fois que je ne lisais pas la fin !!! (En fait si, mais je n’avais rien compris !).

  1. Il est à la biblio et même était dans la dernière sélection de mon comité de lecture. Ce qui en ressort (dans mon souvenir des conversations à ce moment-là) n’était pas tant concluant que cela. Du coup, je ne l’ai pas noté pour l’emprunter.

    • Certainement parce que le personnage principal est antipathique. On n’éprouve aucune compassion pour lui. De plus, on ne sait pas où va nous mener l’auteur. On est baladé du secret de l’un au secret de l’autre, des secrets pas si « infernaux ». Mais… tout cela nous conduit à la fin de l’histoire… et là ! bang ! LE GROS SECRET ! Voilà, il faut lire ce livre pour sa fin.

  2. J’ai lu un livre de cet amour dont je n’arrive pas à me rappeler le titre mais il était magnifique et extrêmement émouvant comme semble l’être celui là aussi. Je vais rechercher le titre dans mes étagères

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