Lettre d’une inconnue

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Challenges « Classique » de Stéphie, « Les 100 livres à avoir lu » de Bianca et « Stefan Zweig » de Métaphore

Une lecture conseillée par Cécile

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UnknownLettre d’une inconnue
Stefan Sweig

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Parti pour un petit voyage de trois jours hors de Vienne, « R » découvre en arrivant chez lui une lettre de quinze pages. « R » est un écrivain d’une quarantaine d’années, auteur à succès, chéri et fortuné. Ce courrier pourrait être un court manuscrit écrit par un nouvelliste. Aucune indication peut témoigner de son origine, seule la certitude que la plume est celle d’une femme. Elle raconte…

« Elle » était secrète et silencieuse, elle le surveillait derrière sa porte, ses fenêtres, elle avait treize ans, il en avait vingt-cinq, elle était sa voisine, il a été son « amour absolu ».
L’adolescente se contente d’une admiration discrète et exclusive. Elle s’en nourrit, elle s’en gave ; ses pas dans les escaliers, l’ombre de sa silhouette, ses murmures et ses rires fondus dans l’obscurité, ses absences, son courrier, et les froufrous de ses nombreux amours…
Puis un jour, sa mère lui annonce leur déménagement et son coeur éclate. Durant quelques années, elle subit la séparation comme une petite mort. Elle se momifie et fait semblant d’exister. En elle, la fascination de « lui » est toujours là.
Elle a dix-huit ans lorsqu’elle le revoit. La petite souris a plus d’assurance, plus de charme. Le séducteur est captivé le temps d’une nuit.

Elle l’écrit, et ce n’était que le début de leur histoire. Des bonheurs éphémères, trois nuits et une quatrième, qui s’étirent sur des années sans jamais se dévoiler, les rendant uniques…
Le dénouement n’en sera que plus cruel.

« Mais crois-moi, personne ne t’a aimé aussi fort, comme une esclave, comme un chien, avec autant de dévouement que cet être que j’étais alors et que pour toi je suis toujours restée. »
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Cette nouvelle a été publiée en 1922. La préface, écrite par Brigitte Vergne-Cain et Gérard Rudent, dit que c’est un des récits de Stefan Zweig les plus appréciés.
L’histoire est une confession qui sonne le glas de deux vies et « R » le romancier, personnage vénéré, en sera le dépositaire. Le testament d’une amante qui lègue sa folle passion. D’une écriture concise mais très fine, l’amour est raconté simplement, délicatement, dans un style épistolaire.
Les aveux progressent en force. Les débuts gardent la naïveté de l’enfance, avec le poids des sentiments exacerbés et le fanatisme délirant. Par la suite, la maturité conserve son esprit romanesque et l’espoir heureux, encore inconscient, de la jeunesse ; « elle » a dix-huit ans. Viennent alors quelques révélations poignantes, douloureuses,  toujours imprégnées d’idolâtrie. Elles sont des détonations qui claquent et qui expliquent tous les renoncements et toute l’abnégation de cet amour. Les propos ne sont pas ceux d’une pénitente mais ceux d’une conteuse au seuil de sa vie…
Elle l’a beaucoup aimé, et par quatre nuits, elle a été sa compagne. Il n’a jamais relié ces amours. Elle était donc inexistante.
Il me semble que le drame se joue à deux reprises ; la mort d’un enfant et la lecture de la lettre où tout est révélé. J’aime à penser que « R » perde de sa superbe, qu’il se rappelle la sensualité de ces nuits, l’amour qui lui avait été offert, généreux, désintéressé, et les roses qu’il recevait tous les ans pour son anniversaire, inconnues et mystérieuses.
Aura-t-il des regrets ?

Histoire d’une obsession, d’un amour déséquilibré, maudit, superbement écrit.
Une lecture à recommander… puisque j’ai tant aimé
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D’autres billets chez Sara, Cécile, Hérisson, Stéphie, Moka, Alice, Liliba, L’Irrégulière, 

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lettre_d_une_inconnue
Film de 1948 avec Louis Jourdan et Joan Fontaine
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59 réflexions au sujet de « Lettre d’une inconnue »

  1. Un livre exceptionnel, poignant, que je referme toujours à regret ! Il fait partie de mes « relectures » annuelles, il y a un moment où je ressens réellement le besoin de relire cette lettre d’une inconnue ! As-tu vu le film avec Louis Jourdan justement ?

    • C’est le spleen qui te fait te perdre entre ses pages ?!
      Oui, j’ai vu, il y a très longtemps, le film. J’étais jeune et je me souviens avoir beaucoup pleuré ! Louis Jourdan est magnifique dans le rôle. Il a la classe, la désinvolture, le charme, qu’il faut à « R. ». Je me rappelle moins de Joan Fontaine…

  2. C’est marrant, il y a deux jours, j’étais chez un ami, en partant je lui ai dit « ah j’ai oublié de prendre un livre pour lire dans le métro ! », il m’a dit de prendre celui que je voulais dans sa bibliothèque, j’ai pris le plus petit que je voyais (pour qu’il rentre dans mon sac !) et c’était Amok suivi de cette lettre… Tu me donnes envie de me plonger dedans, j’ai à peine commencé Amok.

  3. Au fait, j’aime beaucoup les couleurs de cette nouvelle déco de blog ! Et cette bannière me rappelle le département orientaliste d’Orsay, où je suis allée jeudi dernier…

    • Je l’ai découvert avec « 24 heures de la vie d’une femme ». Puis, le personnage dans « Les derniers jours de… ». Je crois bien que je ne décrocherai pas aussi !

  4. Ah! Ce texte est sublime ! J’ai découvert Zweig avec ce texte, j’en ai pleuré…Par contre je n’ai jamais pu relire ce texte de peur de ne pas être aussi émue…

    • Une fois que l’intrigue est dévoilée, l’approche est différente. Pour le billet, je l’ai relu car c’était une de mes lectures de juillet. J’ai trouvé des passages merveilleux ! J’aurais pu TOUT souligner. C’est une passion mauvaise et pourtant si belle ! Personne est à blâmer finalement. Elle aurait dû être plus franche et lui moins égocentrique. Enfin… (soupir !)… c’était beau mais c’était triste (ma phrase fétiche).

    • Ce titre me plaît beaucoup ! Lis-le et reviens par ici me le dire. J’attends ton compte-rendu ! La « Lettre d’une inconnue » est une nouvelle, pas un roman. Tu la liras à la suite.
      Je note « Une pitié dangereuse », le résumé me tente !!! Merci

  5. Quand je pense que je n’ai toujours pas lu de Zweig ! Mais je me souviens d’une adaptation pour la télé avec la magnifique Irène Jacob. C’était très émouvant. Je note donc. Bises

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