Les fées du jardin

.logo un_bouquet_des_pivoines_par_pierre_joseph_redoute« Mondes imaginaires » d’Aymeline, « God save the livre » d’Antoni, « Beaux livres » d’Eiluned,
« Chlorophylle » de Syl., et « Mois anglais » de Titine et Lou – 3ème billet

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les fées du jardinLes fées du jardin
Beatrice Phillpotts
Illustrations de Kim Glass

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Aujourd’hui, il fait beau. C’est une matinée à prendre son thé dans le jardin, un livre sur les genoux. La campagne est silencieuse, seuls les oiseaux parlent. Un petit air balance les branches des arbres. J’ai trois grands marronniers qui crissent dans un petit bruit argentin, ce sont des chuchotements coquins. Les fées m’observent… je le sais, on le dit dans mon livre.

Le jardin img142recèle un univers enchanteur. Cette communauté est aussi vieille que notre monde. On ne sait jamais où la trouver, mais parfois, elle se livre au regard d’un promeneur au détour d’un chemin, d’une balade en forêt, dans un verger…
Ainsi par une nuit sombre et lugubre, comme on peut l’imaginer dans un conte, un fermier de Cornouaille, Mr. Noy, les découvrit en traversant la lande. Il rapporta que c’était dans « le plus merveilleux des vergers ». Fleurs, fruits, arbres, tout y était épanoui et luxuriant. Le dramatique de l’histoire, c’est que Mr. Noy y vit aussi sa fiancée défunte. Elle n’était pas morte, mais simplement prisonnière d’un enchantement pour avoir croqué un fruit de ce verger. Son éternité maintenant était parmi les fées. Mr. Noy dut la quitter et toute sa vie, il pleura cet amour.
Cherry de Zennor, de Cornouaille également, raconta son amour avec un homme du peuple des fées… Il ne faut jamais brusquer ces créatures surnaturelles, sinon, elles disparaissent à jamais et leur monde nous ferme ses portes.

Dans les arbres, chênes, frênes, noisetiers, noyers, sureaux… ils aiment s’y reposer, ou surveiller. Les légendes citent souvent l’arbre comme le portail du royaume. Les nymphes des bois, les lutins sylvestres, peuvent se transformer en arbre, en ramage, et ainsi garder les lieux. Malheureux celui qui s’aventurerait à tronçonner sans réfléchir ! Des créatures maléfiques viendraient aussitôt le tourmenter.
L’aubépinier a un pouvoir qu’il ne faut pas négliger. En 1920, « … on avait prévu de défricher pour construire un hôpital. Un bûcheron avait été prévenu que cet abattage risquait fort d’être le dernier pour lui, mais il rétorqua : « Je reviendrai sauf, sans aucune peur, et allez donc au diable avec vos foutues superstitions ! ». La vengeance des esprits fut impitoyable. Le bûcheron fut foudroyé par une attaque dans la nuit même. Il retourna en ville, ainsi qu’il l’avait juré, mais dans un cercueil, l’année suivante. L’hôpital fut construit mais n’a jamais été en fonction. »

D’hier et d’aujourd’hui, les contes et légendes témoignent qu’il ne faut pas prendre à la légère les avertissements des fées. Elles peuvent se montrer bonnes comme mauvaises si on commet un impair. Il est donné dans le livre quelques consignes pour ne pas être impudent et les vexer.
Un jour, le jeune Willy du comté de Durham, à Midrige, se montra sot en oubliant les consignes : Ne pas leur adresser directement la parole, venir seul pour les rencontrer, se montrer poli… Il fut donc poursuivi par les esprits furieux jusqu’à sa maison et fut à deux doigts d’être embroché par la lance du roi des fées.

Campagnes, vergers, arbres, chemins, collines et aussi eaux… mers, lacs, rivières, étangs, marécages, puits. Elles sont partout. Un topographe écossais, Gérald Cambresis, a découvert un palais sous un lac. Sirènes, ondines, naïades, elles n’hésitent pas à rejoindre la terre par amour, mais s’enfuient dès leur susceptibilité chatouillée.

La lune est l’astre propice pour les rencontres. Dès que le soir tombe, on peut les surprendre entrain de danser. Il faut se montrer patient, d’un bon œil, et être accompagné d’une chatte noire. Un petit rituel est alors préconisé… si vous êtes curieux, demandez-le moi et je vous le transmettrai…
Vous pouvez aussi voir d’autres choses moins belles. Le peuple des fées a des créatures que l’on appelle des gnomes. Ils vivent sous terre et dans des grottes. Ils se montrent vindicatifs, hargneux, et protègent les trésors. Les illustrations qui les représentent ne sont pas très sympathiques ! ils sont moins élégants que les petites créatures ailées.
Certaines fées ont été photographiées. Sir Arthur Conan Doyle en a écrit un livre et nous présente les jeunes filles qui les ont saisies dans leur parade. Elsie Wright et Frances Griffiths sont deux petites friponnes… Le romancier qui a donné vie à Sherlock Holmes, se questionnait encore à la fin de son livre ; les ont-elles vraiment vues ?
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A la moitié de mon livre, j’arrête ma lecture et m’attarde sur les dessins qui le parent. Le papier a une teinte beige rosé, et donne un aspect vieilli. Les couleurs sont douces, un peu fanées, aquarellées. De belles illustrations enluminent les textes, certaines récentes sont de Kim Glass, d’autres sorties d’ouvrages anciens, dans le style de Cicely Mary Barker.
La magie fut immédiate, l’évasion aussi.

La deuxième partie révèle un herbier magique. Je pense alors à Benjamin Lacombe et son magnifique album « L’herbier des fées » et à Jean-Jacques Grandville avec « Les fleurs animées ».
J’en conçois que fées et fleurs se confondent.
« La magie « verte » génère d’innombrables sortilèges. La force vitale dégagée par nos plantes est telle que, lorsqu’on l’exploite, elle transforme inévitablement nos existences. »
Les saisons offrent ses fleurs et délicatement, on peut les récolter. Chacune à ses particularités, ses emblèmes, ses senteurs, ses histoires, ses secrets. Admirées, célébrées, priées, elles sont plus que des corolles, elles sont magiciennes, et leurs pouvoirs sont multiples.

Mais avant la cueillette des fleurs, il faut cultiver son jardin. Nous passons ainsi dans la troisième partie.
Un jardin est personnel, il se créait amoureusement et méthodiquement. N’allez pas croire que les fées apprécient toutes les terres ! Il faut la travailler suivant les astres et les conseils des anciens pour avoir une belle moisson. Ici, nous parlons d’un jardin de plantes magiques. Il sera alors divisé en quatre loges ; un massif pour l’amour, un deuxième pour la protection, un troisième pour la médecine et un quatrième pour l’âme. Quelques sortilèges sont dévoilés, ainsi que le cérémonial pour le faire et il est indispensable d’avoir un couteau rituel, seulement approprié à la coupe des plantes.
« Le couteau devra être neuf et propre, avec un manche en bois et une lame d’acier… »

Le boudoir fleuri de la reine Titania, dans « Le songe d’une nuit d’été » de William Shakespeare, et le bosquet des fées, closent cette incursion au pays imaginaire et féérique des légendes. Après le jardin, il nous faut préparer un bois avec au moins cinq arbres. Le chêne est un réceptacle de gui (« sacré pour les druides »), le frêne pour les baguettes magiques, l’aubépine pour le sabbat, le sureau pour la protection et le saule pour exaucer les vœux.
Avec ces essences végétales, nous sommes parés pour passer la frontière qui sépare nos deux mondes.

Je lisais et je vous écrivais. Nous sommes à présent l’après-midi, nous aurons pratiquement passé la journée ensemble. Il fait toujours beau, le vent est plus taquin, les oiseaux s’égosillent allègrement. J’ai reçu la visite du chat de la voisine (dommage, il n’est pas noir), j’ai entrecoupé ma lecture de pauses, j’ai une théière pleine de thé de Chine à la bergamote et au citron, je suis allée visiter mon potager et mes parterres de fleurs en fouillis (il en faut pour mes fées), je suis allée caresser mon aubépine en lui promettant de ne plus jamais la couper. J’ai remarqué que je n’avais pas de saule ! J’ai essayé d’écouter, de voir… je crois qu’il faut que je me montre patiente. Voilà… je referme ce livre et je me sens rajeunie et contente.
Je vous conseille ce beau livre dont l’initiation se fait avec bienveillance, charme et sourire…
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Des billets chez Clémentine,

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40 réflexions au sujet de « Les fées du jardin »

  1. Il est merveilleux ce billet vraiment ! Didier Decoin parle de Conan Doyle et des fées dans son roman « Une anglaise à bicyclette. » Je me demande si tu aimerais…

  2. Moi c’est ton billet qui m’a enchanté Syl, tu as su me faire rêver et je me suis surprise à penser à ce petit monde invisible que certains décrivent si bien… En tout cas j’ai eu l’impression de passer la journée avec toi dans ton jardin avec ton thé, tes fées et tes fleurs… Un bien joli moment :0) Ma journée a un peu ressemblé à la tienne, il a fait enfin beau et les enfants et moi avons passé des heures délicieuses dans le jardin. Petitdernier à fait ses devoirs et fille ainée à révisé son histoire géo pour le bac (petit moyen était chez un copain). Je n’étais pas comme toi en compagnie de fées mais plutôt dans un monde infecté par les Autres, des extra terrestres… (La 5e vague) Bisous

    • J’ai peur de le voir ce film ! La tête de Kidman me fout la chair de poule. Dis… tu n’es pas froussarde toi !
      Une belle journée aujourd’hui ! Moi, j’étais très relax ! Que ça dure…
      Bonne nuit, L’Or.

      • Ah oui je vois à quoi tu penses. Non, non je ne faisais pas référence au film « Les autres » avec Nicole Kidman mais bien à un livre (je lisais bien sur la terrasse) en fait là, les autres ce sont des extra-terrestres, non des fantômes. Et le livre s’appelle « La 5e vague » une vraie lecture addictive :0) (et si je suis une vraie froussarde ;0)

  3. Ca me fait penser à la dernière partie du roman de Didier Decoin, Une Anglaise à bicyclette, où Sherlock Holmes se laisse séduire par une histoire de fées vraies de vraies… Quelles belles illustrations !

    • Je l’ai noté suite à ce que m’a dit Jérôme. Puis après avoir lu le résumé, je suis certaine d’en avoir déjà entendu parler il y a un petit moment…
      A suivre…

  4. tu en parles si bien; ça donne envie d’y croire
    demain je pars à la campagne, tout est sauvage là-bas,je serai vigilante au cas où..
    et je vais surveiller mon mari, il à la tronçonneuse facile!!!
    je suis sûre que tu connais Le monde étrange des fées,elfes, lutins,korrigans de Ron Futthark
    merci pour ce partage

    • Non, je ne connais pas cet auteur. Mais j’en ai d’autres qui racontent les korrigans, les elfes, les gnomes… J’aime avant tout les belles illustrations, les livres bijoux.
      Tu fermeras les yeux et tu t’abandonneras aux sons de la campagne. On les entend rire.
      Bon week-end !

  5. Merci à toi pour ton commentaire et le partage de mon blog!
    Je garde le tiens dans ma liste de blog: j’adore ton ambiance british! Je vais lire tes billets. 🙂
    Bonne journée

    • Merci et bienvenue ici. C’est britannique en ce moment car c’est « Le mois anglais » de Titine et Lou.
      A bientôt… je me suis abonnée au tien également.

  6. J’ai lu en début d’année un bouquin où un des personnages principaux par à la rencontre des deux petites filles. C’était assez barré comme roman mais j’ai bien aimé. C’est « une anglaise à bicyclette » de Didier Decoin. Du coup, ça m’a donné envie de lire le livre de Doyle.

  7. Une petite merveille, on dirait… 🙂 J’adore aussi, ça me rappelle toutes les légendes attachées à ma région. On a d’ailleurs un lieu qui s’appelle « Le trou des fées » à Chassepierre. C’est chargé de jolies histoires !

    • Je t’imagine bien partir à leur rencontre pour après les mettre dans des éprouvettes… Morgouillette, si elles vous voient, toi et ta soeur, elles prennent la poudre d’escampette ! vous êtes terribles.

  8. Ton billet donne vraiment envie de se plonger dans ce livre magnifique ! tu prêches une convaincue j’adore les fées, surtout celles des jardins, cet univers si poétique et enfantin, j’aime lire des contes de fées, je suis (à mon âge !) une grande fan de la fée clochette et je suis la première à regarder les dessins animés avec les garçons et j’ai même pas honte na 🙂

  9. Mais c’est toi la fée ! Ton billet m’a embarqué dans une autre dimension ! Je vais regarder mon jardin d’un autre oeil !!! J’ai déjà l’aubépine et le noisetier-coudrier pour les baguettes de sourcier, me manquent le chêne et le sureau ! Les images sont magiques ! ♥

  10. Bonjour Syl, je reviens sur cet article car j’ai pris à la biblio un album qui s’appelle L’herbier des fées,. Dans mes souvenirs je pensais que c’était celui que tu avais chroniqué. En fait non. Mais l’herbier des fées est magnifique aussi. Est ce que tu connais. Je ferai un billet. C’est de Benjamin Lacombe et Sébastien Perez,

  11. Un adorable billet pour ton challenge Chlorophylle ! J’envoie mon premier billet demain! je me souviens de l’histoire des deux fillettes qui ont photographié les fées. Elles ont mystifié un grand nombre de personnes et pas seulement des enfants!

    • Quelle histoire cette affaire ! En dehors du farfelu, les photos étaient belles. Elles ont « scrapbooké » leurs photos !!!
      Oh ! je croyais que tu voulais parler de l’affaire Conan Doyle ! je me suis trompée de billet.

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