Agent 6

« Thrillers et polars » de Liliba, « Petit BAC » d’Enna, « God save the livre » d’Antoni
Un livre offert par Babelio et les Editions Belfond, avec mes remerciements…


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agent 6Tom Rob Smith

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Moscou sous Staline, 1950,
Leo Demidov est à vingt-sept ans un ancien soldat de la Grande Guerre. Ses médailles attestent de sa bravoure et de sa foi patriotique. Au MGB, la police politique secrète, il forme des recrues et enquête sur les ennemis de l’état. Aucune pitié, une discipline de fer, une servilité absolue, Leo fiche les éventuels dissidents au régime communiste en décortiquant leur intimité ; surveillances, fouilles, interrogatoires, intimidations, chantages, emprisonnements. Dans ce domaine, il est très doué.
Il est fier d’appartenir à cette élite qui protège le pays des dangers de l’extérieur, et d’appliquer la justice.
Jesse Austen est un chanteur populaire noir, américain, qui soutient l’Etat Soviétique dans sa politique pour un communisme fraternel, égalitaire, idéologique. Il pense y retrouver la liberté, les valeurs culturelles et démocratiques, qu’il aime chanter. Lors de sa venue, Leo est chargé d’organiser « la visite guidée ». C’est en l’accompagnant qu’il rencontre la jeune Raïssa, un professeur de sciences politiques…

Moscou sous Brejnev, 1965,
Quinze années ont passé. Leo est marié à Raïssa et a deux filles, Elena et Zoya, qu’ils ont adoptées. Pour sa femme, il a abandonné ses fonctions et dirige une entreprise de l’état.
Sa famille est tout pour lui, il n’a rien sacrifié, son bonheur, rendre Raïssa heureuse, est sa seule ambition.
« Pour apaiser les tensions entre les Etats-Unis et l’URSS », un voyage en Amérique est organisé par l’université de Raïssa. Elle en assure la bonne coordination. Malgré une amère intuition, Leo n’a pas le choix, on lui refuse la possibilité de suivre sa femme et ses filles qui partent en délégation.
Accueillies par un agent, Jim Yates, elles sont sévèrement encadrées par les deux clans, KGB et FBI. Elles espèrent revoir Jesse Austen et leur renouveler leur amitié au nom du peuple soviétique. Lors d’un concert pour la paix, les étudiants des deux pays seront rassemblés et mélangés devant les Nations Unies.
C’est à la cadette Elena, dix-sept ans, qu’on confie une mission secrète, par l’intermédiaire de l’agent Mikhaïl Ivanov. Elle doit convaincre Jesse Austen de venir chanter. L’idole des années après-guerre vit misérablement avec sa femme, dans un appartement du quartier de Harlem, oublié de tous. Son militantisme a été puni et l’a acculé à une indigence dégradante. Ses chansons ont été censurées, son nom a été sali, les autorités américaine sont arrivées à l’isoler, il est surveillé en permanence… il dérange.

« A la jeune fille russe qui, quelques heures plus tôt, voulait savoir pourquoi il avait sacrifié tant de chose pour le communisme ; aux inconnus, aux amis ou aux proches qui lui avaient demandé pourquoi il ne profitait pas de son argent sans se mêler de politique, jamais il n’avait dit la vérité. La raison qui avait fait de lui un communiste n’était ni la haine à laquelle sa famille s’était retrouvée en butte à son arrivée à New York, ni les insultes qu’on avait pu lui jeter au visage, ni la pauvreté, ni tous les efforts de ses parents pour réussir à joindre les deux bouts. Le soir de son premier grand concert, dans une salle bondée, en voyant applaudir tous les Blancs aisés qui le regarder chanter et danser, il avait compris : ils l’aimaient tant que ses jambes respectaient le rythme, tant que ses lèvres chantaient au lieu de prononcer des discours. Sitôt le spectacle terminé, dès que ses jambes ne dansaient plus, ils ne voulaient plus rien avoir à faire avec lui.
Etre aimé sur scène ne lui suffisait pas. Chanter ne lui suffisait pas. »

Jesse a pris sa décision… il compte bien honorer cette invitation.
Devant l’immeuble de l’ONU, sur une cagette en bois, ridicule promontoire, Jesse Austen peut enfin discourir ; « Si je suis ici ce soir… ».
Un tueur est embusqué, il tire et ne rate pas sa cible…
Ce scénario trop bien pensé et un hasard accommodant, feront de la vie de Leo un enfer durant seize ans, jusqu’à ce que l’agent 6 lui dévoile la véritable histoire d’une intrigue partagée.

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L’auteur a écrit une trilogie. « Agent 6 » est précédé de « Enfant 44 » et « Kolyma », deux tomes que je n’ai pas lus. Ce roman retrace en quatre parties la vie de Leo Demidov. Plus qu’un polar ou un roman d’espionnage, c’est un abîme et une quête vengeresse.
Le début raconte le fier et consciencieux agent. L’angoisse et la terreur de la dictature s’imposent, c’est le système totalitaire de Staline avec sa police, ses délations et sa répression qui feront des millions de morts.
Une soixantaine de pages ou quinze ans plus tard, Leo est marié et père. La Guerre froide entre la Russie et l’Amérique accorde aux partisans de la paix un semblant pacifique le temps d’une soirée. Je ne dévoilerai rien en écrivant que Jesse Austen meurt et que Raïssa est accusée de ce crime, car la quatrième de couverture, loquace, le raconte. Durant toute cette partie, Leo ne peut s’empêcher d’éprouver un malaise, il est dans l’expectative, soucieux de sa famille. En Amérique, le récit est plus actif, il alterne dans un rythme effréné l’action des uns et des autres. Effréné mais aussi mesuré car l’ambiance est latente. Les pions avancent, la menace est imminente, et nous nous apercevons que la partie est déjà jouée.
Le reste du roman fait une incursion rapide à la frontière entre la Finlande et l’Union Soviétique en 1973, amenant notre lecture à Kaboul, dans les années 80, où Leo est instructeur pour l’armée. C’était le deal pour avoir voulu fuir à l’ouest et enquêter sur les évènements obsédants et funestes de New York. La Russie a annexé l’Afghanistan et ravage le pays. La trame de fond réfère toujours à la Guerre froide et nous plonge en pleine occupation soviétique contrée par la résistance moudjahidine. L’Armée rouge s’implante et recrute au sein de la population des agents, dont Leo, parlant couramment le Dari, en est le formateur. Cette phase est encore plus sombre et dantesque. Ce n’est pas une peur étouffée, « dystopique », du début, mais plus un cauchemar cru, visuel et sanglant. L’auteur fait de Leo un homme cassé, pathétique sous l’emprise de l’opium, fuyant la réalité. Mais comme tout héros, à l’image du phénix, il renaîtra des cendres.

« Comme dans un film ! » C’est ce que j’ai dit en refermant le livre. Héros invincible et torturé, on ne peut rester insensible ! Le rendu historique et le climat de cette époque est bien écrit, captivant. Il ne faut pas que l’épaisseur du livre soit un frein pour le lecteur car il se lit très vite ; la cadence étant animée, vive, l’attention n’est jamais lâchée.
Mon premier livre du genre et certainement pas le dernier. J’ai lu qu’on pensait adapter le premier volume au cinéma. J’aimerais que ce projet se réalise, je serais aux premières loges.
Avec mes remerciements à Camille.

Des billets chez Sharon, Pyrausta,

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22 réflexions au sujet de « Agent 6 »

  1. Je dois le recevoir bientôt, le résumé était alléchant et visiblement, je n’ai pas mal choisi ^^ Je n’ai pas non plus lu les deux premiers volets de la trilogie, je ne savais pas qu’il s’agissait d’un suite…

    • J’aimerais tant que tu l’aimes !!! Ce n’est pas grave pour les précédents, l’auteur fait en sorte qu’on s’y retrouve. Vivement ta lecture !

  2. Et bien, tu vois,tu y es arrivée!! Et drôlement bien en plus!! Tu donnes envie de lire le bouquin, sans doute plus que moi.J’ai essayé de ne pas trop en dire la 4eme de couverture s’en chargeant un peu trop…Mais toi tu es allée plus loin sans rien dévoiler! Chapeau bas Madame!
    Bisous

  3. J’avais beaucoup aimé le premier roman, vraiment original et bien écrit. Beaucoup moins le second. Du coup, j’hésite à lire celui-ci.

  4. Je me suis toujours demandée si ce n’était pas le Marc Lévy du roman d’espionnage (ne me demande pas pourquoi j’ai cette impression…). Visiblement ce n’est pas le cas. je tenterais peut être car j’adore cette période !

  5. Pas simple sûrement d’écrire un tel billet sur un tel ouvrage! Mais tu as bien réussi! Bravo! Cette trilogie pourrait bien me tenter pour quand j’aurai le temps de la lire ce qui n’est pas évident pour le moment mais je la retiens cependant!

    • Merci Mango ! J’écrivais une phrase et je bricolais autre chose, puis je revenais sur le billet, pour le fuir à nouveau… c’est fou !
      Pour les longs soirs d’hiver, cette trilogie sera bien.

  6. J’avais lu « Enfant 44 » il y a quelques temps, mais je n’en garde pas un souvenir grandiose malgré le contexte historique et politique qui aurait largement pu me convaincre de poursuivre… Peut-être un côté trop « commercial »…

    • Avant d’avoir été contactée par Babelio, je n’avais jamais entendu parler de ce livre. Ou plutôt, je n’ai pas été attentive. Je découvrais et je me suis laissée mener… Mon premier livre d’espionnage !

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