Le premier été

Un roman offert par Somaja
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Anne Percin

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En bordure de route, une croix. Ce n’est pas un simple calvaire, une étape de pénitent, c’est orné de fleurs artificielles en pâmoison et d’une photographie toute jaunie derrière son plastique. Ce souvenir a quinze ans.

Une maison, basse et longue comme toutes les longères, est en sommeil depuis que les grands-parents sont décédés. Petit à petit, elle se vide de sa mémoire, éparpillant sa substance par-ci par-là, jusqu’à laisser les murs neutres de tout souvenir.
Deux soeurs se retrouvent pour la déménager… « remplir des cartons, jeter, vider, nettoyer ». L’aînée se nomme Angélique, la seconde Catherine.

La narratrice est Catherine. Elle n’aime pas revenir à Sainte-Marie, un petit village de Haute-Saône. Tout lui rappelle un évènement qu’elle souhaiterait oublier. Elle parle de réconciliation, de pardon et de confession. Le passé de ses seize ans est lourd d’un passif qui la maintient en disgrâce, sans que personne n’en soupçonne le moindre fantôme.
Elle écrit pour s’en détacher et raconter à sa soeur le drame, qui bien des années plus tard, continue de paralyser son existence. « La mémoire est cruelle ».

Quinze ans avant… Eté 1985, année de « Tombé pour la France » d’Etienne Daho…
A Sainte-Marie, où elles ne viennent que pour les vacances dans la maison des grands-parents, Angélique et Catherine se plaisent à dire à tout le monde qu’elles sont jumelles. Les étés les voient arriver seules sans les parents, soucieuses de s’implanter et laisser une empreinte pour les vacances suivantes. Le rythme des premiers jours s’étire doucement, entre la récolte des haricots verts, la sieste, les promenades, les visites courtoises qu’elles font au voisinage et l’approche finaude auprès de la jeunesse. Puis, après avoir renoué avec les jeunes de leur âge, les occupations changent de cadence… la piscine, les copains, la drague, les boums… Il y a Kiki, Antoine, Xavier, le petit Alain et ses chats, les jeunes de la colonie de vacances.
Cet été-là, Angélique est accaparée par ses amours et délaisse sa soeur. La distance qui les scinde ne dérange pas trop Catherine qui aime
s’aventurer seule dans la campagne et lire. Elle s’abandonne dans le roman « Le grand Meaulnes ». C’est en se promenant dans les herbes folles que Catherine surprend un faune nu. Non ce n’est pas une créature mythologique, mais un garçon qui communie avec la nature, dans toute sa simplicité. Il est superbe dans son corps d’homme. Surprise et très attentive au spectacle, Catherine se cache et l’observe. La chaleur se propage en ondulations, le vertige ne tient pas à la honte mais à la volupté.

L’éveil des sens, la reconnaissance d’une part de soi chez un autre, chercher la délicatesse, en aimer la pureté, succomber avec grâce, trouver à l’instant une magie et oublier tout le reste.
Cet été était « Le temps des secrets » et la tragédie qui est survenue, dans la fragilité du monde et sa cruauté, sera un traumatisme qui nécrosera l’innocence de Catherine.

L’expiation est bien longue et si écrasante sur la conscience.

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Un très beau livre qui semble raconter certains de nos souvenirs, parfois doux, heureux à se rappeler, parfois tristes ou dérangeants. Les étés libres chez les grands-parents à écouter la comtoise, les cigales, accueillir la chaleur brûlante, aller à la piscine municipale ou arpenter la rivière et sentir la menthe sauvage, à équeuter les haricots ou écosser les petits pois, à parcourir les rues du village et les sentiers qui le bordent, chanter le top 50, être en fusion avec les cousines, les copains, déguster notre jeunesse et être conscient sans l’être que c’est un des meilleurs crus, s’apprêter avec coquetterie, essayer le premier mascara qui rend nos yeux si grands, avoir des peines, les chuchoter en confiance la nuit, tomber amoureux et percevoir les frissons de notre sensualité… L’auteur offre la parole à Catherine qui souffre de se sentir responsable d’un terrible drame. De nature plus psychologique que matérielle ou physique, cette blessure est secrète. Nous avançons, témoins d’instants légers, si communs dans nos mémoires, tout en percevant le malaise, jusqu’au dénouement, le coeur de cette introspection.
La férocité des enfants est souvent tyrannique, sadique, alliée à l
‘ignorance, la peur et la bêtise. Je me demandais si elle avait aussi une part de naïveté. Dans cette histoire, elle est un violent déni. Catherine nous dévoile ses remords et sa quête de pardon.
Un beau livre qui décrit avec beaucoup de subtilité et de tact, l’âme des adolescents et leurs sentiments cachés. Une belle émotion.

A recommander.

Des billets chez Somaja, Bladelor, Enna, Aifelle, Argali, Sylire, Sandrine, Liliba,
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899.50.1
Peinture de Isenbart Marie-Victor Emile
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25 réflexions au sujet de « Le premier été »

  1. Pas tentée en ce moment.
    J’ai commencé hier une « quadrilogie » – l’histoire de quatre ados, en quatre volumes, racontés par quatre auteurs (un par personnage). Si le premier volume était prometteur, j’ai trouvé en refermant le dernier que le secret qui les unissait était un peu gros.

    • C’est bien écrit, c’est sensible et ça tortille le ventre. Ca change de « Comment bien rater ses vacances… » qui était plein d’humour..

  2. C’est un beau billet que tu as fait. Je ne note pas pour le moment, ma PAL déborde vraiment, mais je le garde à l’esprit 😉
    bonne soirée bises 😀

  3. Le billet est alléchant…. Bémol par Asphodèle…. Ma PAL déborde… une dizaine de billets en attente d’écriture… Faut que^je me dépèche de le faire avant mon opération car après couchée c’est pas pratique…
    ne ne sommes pas maudites, nous sommes seulement curieuses avec l’envie de partager nos découvertes… et c’est bien sympa !
    avec le sourire

    • Ce livre parle d’été… mais il n’en a pas la légèreté. Si tu as besoin de lectures plus plaisantes pour t’évader, il vaut mieux que tu t’orientes ailleurs. Celui-ci, tu le liras à un autre moment…

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