Le maître de thé

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Petit BAC d’Enna – Catégorie boisson
Un livre offert par Emmanuelle

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le_maitre_du_theLa maître de thé
Yasushi Inoué

 

« La Voie du Thé n’avait à l’origine qu’un but : déguster le plus délicieux thé possible. Peu à peu, elle s’éloigne de la simple gourmandise et s’oriente vers la recherche d’une manière de préparer et servir le thé : un rituel dont, au XVème siècle, les formes sont définitivement fixées par les Maîtres Jukô et Jyôô. Imprégnée d’esprit zen, la cérémonie s’organise selon les principes d’austérité et de dépouillement de cette religion.
C’est après cette période fondatrice que Rikyô (1522-1591) entre en scène… »

Note des traducteurs, Tadahiro Oku et Anna Guerineau

Mémoires du moine Honkakukô…
Un journal en cinq tomes écrit par un « expert en cérémonie du thé ».

Au début du XVIIème siècle au Japon,

Honkakubô, moine du temple Mii-Déra, se fait interpeler par un vieux moine de quatre-vingt-trois ans, Tôyôbô. Ce dernier s’inquiète de voir cet ancien élève du grand Maître Rikyû, se terrer dans une vieille masure depuis plus de six ans.
Dans la salle de thé où tous deux prennent place, les souvenirs reviennent et font ressurgir des interrogations sur le décès de Rikyû. Sa mort par hara-kiri laisse planer un mystère car elle fut demandée par Hideyoshi, un grand seigneur et protecteur du Maître de thé.
Honkakubô commença son apprentissage à trente et un ans et apprit la cérémonie du thé. Il se remémore le service et l’honneur qui lui était accordé de suivre les préceptes de Maître Rikyû. Si aujourd’hui il vit en réclusion comme un ermite, c’est peut-être pour être plus proche de Rikyû, ou simplement par peur. Obsédé par cette mort, il le retrouve dans ses méditations et ses rêves, et cherche la signification d’un songe étrange… Il avait voulu escorter son mentor sur le sentier de Kyoto, un chemin désolé, pierreux, qui le conduisait vers l’exil et la mort. D’un regard, Rikyû l’en avait dissuadé, il devait le laisser cheminer seul vers « l’autre monde ».

Pourquoi s’est-il suicidé ? La question le taraude depuis son entretien avec le bonze Tôyôbô. Sortant de sa léthargie, il commence à rencontrer des Maîtres comme… Kôsetsusaï Okano qui lui confie la copie d’un manuscrit « Les principes de la Voie du Thé » écrit par Sôji Yamanoue, le premier élève de Rikyû… Oribe Furuta, qui a pris la succession de Rikyû… et s’efforce à comprendre.
Cette quête se mènera sur plusieurs années, sur une vie. Lui qui n’avait pas terminé son apprentissage, s’appliquera à acquérir la science, l’art, la philosophie de la Voie du Thé, et percevra l’essence suprême, dévoilée dans une vision… « wabisuki-jôjû, chanoyu-kanyô » « Il faut toujours garder en son coeur l’esprit du thé, simple et sain, même en dormant. »

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Servir le thé est une cérémonie, une danse, un combat, une prière. Les bols sont des calices précieux en grès émaillé, dont les courbes demandent la perfection… L’enquête sur la mort de Rikyû n’est pas le sujet principal de cette lecture. J’ai lu cette nouvelle comme un conte ou une poésie. L’histoire se dépouille de toute pesanteur en nous livrant l’exploration d’un monde particulier… la Voie du Thé. Plus qu’une science ou un art de vivre, elle est une religion. D’un décor épuré, les images défilent. Je les imagine dans une dominante de bruns, d’ocres et d’orangés, des teintes de thé. On tire les cloisons et se découpent des ombres aux gestuelles harmonieuses, simples, spirituelles.
Maître Rikyû a vécu. Il était le spécialiste de la cérémonie du thé. Comme le raconte le journal de Honkakubô à travers l’écriture de Yasushi Inoué, il s’est vraiment suicidé à la demande de Hideyoshi.
Il est difficile d’expliquer le ressenti de cette lecture, mais je tiens à souligner dans ce billet, que les sentiments alternent… j’ai perçu la sagesse bouddhiste et ses principes, mais aussi de la violence. Je la sentais latente. Derrière la modestie et l’effacement, il y a beaucoup d’honneur et de fierté.

Dorénavant, j’essaierai de servir le thé avec l’esprit. « Préparer le thé, laisser faire le destin et ne pas tenter d’y échapper ».

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Rikyu
Sen no Rikyû par Hasegawa Tôhaku
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26 réflexions au sujet de « Le maître de thé »

  1. Ma prof de chinois nous avait emmenées à une cérémonie du thé et j’en garde un souvenir recueilli, magique (sauf le thé, une mixture verte et épaisse, beurk). Je te vois bien en kimono avec des baguettes dans les cheveux lors de votre prochain Scrabble, gri-bou-yê !!! 😆 Ton billet m’a fait rêver, merci…

    • Bavarde, je pourrais l’être sur ce livre, mais dans l’écriture, c’est plus difficile ! J’ai passé plus de temps à me documenter sur la Voie du thé qu’à lire le livre ! Tout est très intéressant… un peu tordu aussi…
      Kimono et baguette dans les cheveux, oui (j’ai toujours des pinceaux tanqués), mais robe de jute et chauve, non !

  2. Tu as lu un japonais ? Alors pas trop dur ? Je ne sais pas si un occidental est capable de comprendre tout ce cérémonial autour du thé. Moi je chauffe ma tasse au four à micro onde et je fourre le sachet dans l’eau pas tout à fait chaude. Ensuite, je presse avec les doigts pour que tout le liquide sorte. Je lance le sachet dans le sac poubelle en n’omettant pas de faire gicler des goutte de thé que je mettrai 3 jours à nettoyer. Voilà mon cérémonial. Merci pour ta carte. J’ai pensé à toi car j’ai pas arrêté d’indiquer le chemin aux touristes pour Beaubourg. Dali a un grand succès.

    • Non, ce n’est pas trop dur à lire, car tu mets un mot devant l’autre… mais ouiiii c’est atrocement difficile à comprendre. Il y a des trucs que je ne comprendrai jamais… comme le seppuku. Le seigneur lui ordonne de se tuer pour une sombre histoire d’ustensiles ou pour un autre motif tout aussi abscons, puis après il revient sur sa décision. Donc en principe l’autre ne se fait pas hara kiri… et bien non ! Rikyû maintient la cérémonie devant des témoins et se tue.
      Et l’Esprit… avoir un esprit sain et simple pour servir le thé… je trouve que le cérémonial raconté contredit cette sagesse.
      Il faut que nous allions faire un stage !
      A l’instant, je bois mon thé… rose et violette… peut-être du synthétique, dans une tasse qui n’a rien d’un authentique Chôjirô… un nounours.
      L’expo Dali mérite son succès.
      Bise San-Tooshy (pseudo japonais ?)

    • Oh ! oui !!! si en plus… et le chocolat Philisine ? Un chocolat au lait avec une pointe de cannelle et de la chantilly pour te chatouiller le nez…
      Bises et toujours rien. Tu n’as qu’à annuler la commande. Je pense que tu peux le faire. Ils exagèrent ! Comment je fais moi ? Je n’ai plus de livre !!!! Comme disent mes garçons : t’inquiète !

  3. Je ne suis pas parvenue à entrer dans ce bouquin, je me souviens d’un texte ennuyeux qui ne m’avait pas du tout procuré ce que je cherchais en le lisant, bien loin de mes attentes.

    • Je comprends ! Au début, je croyais qu’il allait enquêter, mais en fait non. Je m’en suis rendue compte dans les premières pages et heureusement car sinon j’aurais été déçue. J’ai pris ce livre comme une initiation. J’ai beaucoup visualisé les scènes. J’ai mis de la musique (mentale) sur les mots. J’ai conceptualisé la pièce où ils boivent le thé, où il calligraphie, les palais des seigneurs qu’il visite… Ce livre est de l’ordre du fantastique. Et comme il est peu épais, je ne me suis pas ennuyée. Ce que j’ai aimé aussi, c’est la pêche aux renseignements… sur Wiki, je me suis amusée à jouer au saumon qui remonte la rivière… Mon esprit ne comprend pas toujours leur philosophie, mais j’ai laissé mes chakras ouverts !
      Bisou

  4. Ça fait longtemps qu’il est sur ma liste mais je ne l’ai pas lu encore. Je n’ai pas non plus assisté à une cérémonie du thé (pourtant ça serait facile) mais mon mari l’a fait et m’a dit que ce thé épais est vraiment dégueulasse, ça ne me motive pas trop du coup ^^

    • Je pensais à toi en le lisant ! Il n’est pas sur ta liste, c’est bien dommage !
      Aspho aussi dit que ce thé est imbuvable ! J’imagine un bel emplâtre ! Mais si tu as l’occasion, un jour, n’hésite pas et viens nous raconter…
      Biz

  5. Syl,

    Heureuse de voir que tu as lu ce livre et qu’il ne t’as pas laissé indifférente. Je me doutais bien qu’un livre écrit par un japonais risquait de causer du tapage mais je me suis permise de prendre ce risque, pour l’amoureuse du thé que tu es, histoire de varier les plaisirs. De mon côté , j’aime beaucoup lire la littérature asiatique. Ce livre m’avait été recommandé par ma colocataire japonaise d’il y a 8 ans. Je me le suis offert également. Heureuse de l’avoir car ton billet pousse à la curiosité!

    Au plaisir!!!

    • Emmanuelle, Je te remercie pour ce beau cadeau. J’ai passé une belle heure à le lire et une autre à me documenter. Je n’ai pas compris grand chose, mais c’était très intéressant. J’aime alimenter ma curiosité ! Bisou et à bientôt pour ton billet…

  6. Pas tellement tentée, la littérature japonaise n’est pas ce que je préfère. Et pourtant je suis une grande consommatrice de thé (je ne bois plus de café depuis mes problèmes d’estomac) et je me fais plaisir en utilisant tous les jours,une belle théière, une belle tasse et un joli pot à lait ; un petit cérémonial mais sympathique quand même. Un thé avec de l’eau chauffé au micro-ondes ce n’est pas pour moi :0)

    • Je trouve que l’eau chauffée au micro-ondes donne un goût au thé. Je n’aime pas du tout.
      C’est l’heure du goûter… je t’invite… je vais le préparer.

    • Je pense que ce « conte » te plaira. Le breuvage est à l’honneur avec la cérémonie… la manière de le préparer et de le servir… c’est spirituel.

  7. C’est marrant, j’ai lu ce livre pendant mes vacances en Asie et je le trouve chez toi parmi tes billets 🙂
    Je t’avoue que je l’avais acheté dans la boutique du musée Guimet en pensant qu’il s’agissait d’un roman policier alors la surprise fut grande, mais j’ai tout de même apprécié même si cela demande un peu de réflexion.

    • Pas d’intrigue policière dans ce livre, juste un raisonnement qui peut nous échapper, nous occidentaux. Il faut se laisser véhiculer.
      Je vais continuer le voyage avec le challenge d’Aladana. A bientôt…

  8. J’aime beaucoup cette phrase: « Préparer le thé, laisser faire le destin et ne pas tenter d’y échapper ».
    J’avais déjà assisté à une cérémonie du thé dans un jardin botanique. C’était de toute beauté. Tu me donnes très envie de découvrir ce livre.

    • Et lorsque tu le liras, n’oublie pas de revenir me le dire…
      Cette formule est si sage ! mais je n’aime pas trop le fatalisme. Je dis toujours à mes garçons qu’il faut se bousculer un peu. Il faut savoir si se cabrer contre le destin est aussi écrit dans la destinée. Geneviève… je te laisse méditer…

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