Parfums

Rentrée littéraire de Hérisson et Mimipinson
Rencontre « Non Fiction » de Flo
Match de la rentrée chez PriceMinister, 18/20
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Un livre offert par PriceMinister et les Editions Stock
Avec mes remerciements…

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Parfums
Philippe Claudel

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Philippe Claudel évoque ses souvenirs à travers des essences. Une effluve est une image, des sensations, et devient alphabet. Des saveurs de l’enfance, de la famille, l’intimité d’une cuisine, le printemps dans le jardin, une distillerie qui gargouille et qui donne l’eau de vie… ce sont des rappels qu’il conserve précieusement.

Il est gosse, dans son énergie un peu brouillonne, sur son vélo, à aller chercher la parure des « acacias ». Les fleurs sont de la neige de juin, leur parfum est entêtant ; une liqueur douce pour des beignets que sa mère cuisinera. Et la friture rendra la bouffée de miel que les abeilles n’auront pas…  De l’antre de la cuisinière, il repense à sa grand-mère avec sa gousse d' »ail ». Cette particule qui relève la viande et qui donne de la force au plat. Dans l’odeur, il y a le geste, on coupe, on écrase…

Les années ont toutes leurs fragrances, maternelles dans les premières, amoureuses dans l’adolescence. Les premiers baisers sont suaves, ils se mêlent aux odeurs de savon, de shampoing, de sic citron/orange. Au fil des parfums, l’auteur grandit… ainsi on le voit rouler pour les copains des cigarettes de « cannabis », se comparer à son père dans une lotion d' »après-rasage », vivre Noël aux arômes de « Cannelle »… Et on lit son indépendance, sa vie d’adulte,  lorsqu’il raconte ses « chambres d’hôtel » aux odeurs neutres, aseptisées, asexuées, froides comme le mégot du cendrier ou comme l’amour tarifé. Dans la lettre « c », il raconte le « cimetière » et ses fleurs coupées, de la mousse qui s’incruste et qui parle de sous-bois. Puis la « crème solaire » et la « charogne » qui faisande la mort.
« Eglise », ses cierges et son encens, « foin », « fumier », « pluie d’orage », « laine », odeurs de terre, d’eau, d’air, de vie, de mort, de liberté, de réclusion, de peaux, d’amour… tout se noue dans le voyage de sa vie. La surenchère n’est pas que pour lui. Moi, lectrice, je hume mes pensés, je cherche aussi mes parfums. Un seul mot et tout un fumet s’en dégage. La mémoire est olfactive. On renifle et elle s’incruste en nous.

Il termine avec « vieillesse » et « voyage ». Il cite Baudelaire qui emmagasine dans des flacons, le monde. J’imagine que ce livre est sa collection de fioles où chaque petit récipient porte un nom.

J’ai beaucoup aimé cette communion des sens. Elle me rappelle quelques conversations avec mes amies autour d’un thé, de gourmandises, de parfums, de bonbons, où tout est prétexte pour se souvenir et échanger. Est-ce notre âge qui appelle la nostalgie ?
A celle ou celui qui lira ce billet, je pose une autre question… Pour vous, quelle est le mot, l’image, de votre parfum préféré ?

Une écriture qui nous emporte, une poésie très proche, il raconte son vécu et le nôtre.

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Claude Gellée dit Le Lorrain
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Des billets chez LiliGalipette, Vilvirt
, Emmanuelle,
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39 réflexions au sujet de « Parfums »

  1. J’ai peur que ça fasse trop « exercice de style » et que la lecture lasse à la longue.
    Sinon, l’image de mon parfum préféré, c’est la violette. Elle me rappelle mon grand-père. Quand je vois cette fleur, je pense à lui, aujourd’hui disparu. Il mettait souvent du parfum à la violette, ma grand-mère détestait ça. Moi je montais sur ses genoux et ce parfum entêtant ne me quittait plus de la journée.

    • Tu crains que cela soit comme Delerme ?
      Je ne me suis pas lassée de ma lecture. J’étais curieuse de voir si l’auteur allait mettre les mêmes mots que j’aurais pu utiliser. Il te dit « cimetière » et aussitôt tu as les parfums de tes souvenirs. Tu le lis et tu recherches tes sensations. C’est un livre sensitif, de partage, un témoignage à travers l’abécédaire.
      De plus, le monsieur écrit vraiment bien !
      La violette… c’était la fleur de ma grand-mère maternelle, elle est devenue la fleur de ma mère par amour de la sienne et… la mienne pour elles.
      Je te comprends…
      « Beaux señors et señoritas.
      Des doigts de la Carmencita
      acceptez ces violettes,
      c’est du bonheur qu’on achète.
      Le Bon Dieu vous le rendra. »

  2. C’est une très belle idée de livre, les parfums sont présents chaque jour dans nos vies, que ce soit l’odeur de la nourriture, des livres, des gens, etc. Merci pour cette découverte Syl

  3. Hum, tu fais envie ! J’ai longuement hésité avec « Home » de Toni Morrisson mais je pense que je le lirai un jour ! Tout commence souvent par un parfum quand la mémoire remue…. J’ai plusieurs souvenirs avec les odeurs, je suis très olfactive, je me souviens longtemps de l’odeur des maisons. Du temps de mon grand-père ça sentait l’oeillet…(et ça m’écoeurait un peu)…
    Bises♥

    • Tu sais, pour la maison de ma grand-mère paternelle, avec ma cousine on aimait ouvrir les placards et rentrer la tête pour gober l’odeur. Je pourrais pleurer de bien -être. Elle est partie, depuis presque 30 ans et l’odeur est restée.
      Bisou

    • C’est moins triste que « Les âmes grises » ou « La petite fille de Monsieur Linh ». Ce livre se lit avec plaisir. Tu peux lire un chapitre, le laisser, le reprendre…
      Bisous Manu

    • Tu n’as jamais lu Claudel ? C’est un auteur que LiliGalipette aime beaucoup. Je n’ai lu que 2 livres, 3 avec celui-ci. « La petite fille de Monsieur Linh » te plairait. C’est très émouvant, surtout lorsque tu comprends le vrai sens de l’histoire dès le début. « Les âmes grises »… très dur.
      Bonne soirée George

  4. J’avais été tentée lors de l’opération de PriceMinister, puis avais changé d’avis dans mon second choix. Je le regrette de plus en plus face à ton billet après celui d’Une comète. Je pense que ce livre-ci me plairait davantage que le Delerm, car il s’agit de souvenirs clairement assumés et présentés comme tels. Chez Delerm, il y a une prétention à l’universalité dans laquelle je ne me retrouve pas et qui ne me convient guère.
    Ta question m’interpelle, je n’ai pas vraiment de parfum préféré et ai donc du mal à y répondre. En lisant les commentaires, je me suis par contre rappelé des parfums que j’associe moi aussi à des personnes, sans savoir dire exactement quel est cette odeur : pour moi, elle se définit par la personne et l’habitation qui la dégage.

    • C’est beau ce que tu dis. « L’habitation qui la dégage. » Il n’est pas nécessaire d’émaner une odeur, on peut la représenter, la « définir »… c’est tout à fait ça.
      Merci Minou

  5. Très joli billet, Syl., Tu crois qu’on peut le partager sur le Blog des Gribouilles; c’est tellement en résonance avec tout ce que nous évoquons cet automne dans nos conversations autour du plateau de scrabble; la mémoire est liée au corps, c’est toujours étonnant à redécouvrir… nous sommes des animaux sensibles, dans tous les sens du terme. Merci de ton article. Do

  6. Mon parfum préféré est justement celui qui me ramène à un beau souvenir… Ma mèmoire est très olfactive… Comme je n’ai pas une mémoire excellente (et c’est peu de le dire) j’ai heureusement des flashs qui viennent souvent lors d’une rencontre avec une odeur (certaines musiques ou chansons me font ça aussi) et heureusement que j’ai ça…. Ton très beau billet achève de me convaincre (même si depuis la rentrée ce titre là était sur ma LAL) Bonne journée Syl

  7. Je n’arrive pas à répondre à ta question, il y en aurait plusieurs, peut être disons l’odeur de la graisse sur des traverses de chemin de fer dans les Alpes…ça fait pas rêver mais c’est un souvenir heureux d’enfance et il n’y en a pas tant.
    Pour le reste, les dictionnaires et abécédaires sont à la mode…

  8. Ah, lu la semaine dernière et je me suis régalée! C’est vrai que le texte est poétique et à la fois tres terre à terre! Je ne regrette pas du tout de l’avoir lu. Il faut que j’en parle …

    • Comme je suis abonnée à tes billets, je le verrai passer. Aujourd’hui j’étais absente et j’ai du retard dans ma lecture. J’ai vu que tu avais lu le Rowling… je passerai tout à l’heure.

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