La jouissance

Rentrée littéraire chez Hérisson et Mimipinson

.
.
.
La jouissance
Florian Zeller

.
.
L’auteur narre Nicolas et Pauline qui vivent depuis deux ans une histoire d’amour. Ce roman est une analyse de leur vie à deux, des jouissances, de leur rythme, leur entente, leurs désirs, leurs aspirations… Parfois Nicolas raconte, parfois c’est Pauline qui se confie.

Les premières pages sont consacrées à Nicolas qui parle de la jouissance masculine, celle qui s’exprime trop promptement. Il se rappelle de quelques conversations sur le sujet, en 1928, entre Raymond Queneau et André Breton.
« Combien de temps mettez-vous à éjaculer à partir du moment où vous êtes seul avec la femme ? »
Noie-t-il le véritable sujet en évoquant ces penseurs surréalistes ? Car Nicolas a des doutes. Alors qu’il fait l’amour à sa femme, il fantasme sur une autre…
Il se demande si l’excitation des débuts s’amenuise, si l’amour se pare d’une autre dimension, si rêver est tromper ? Si le fait de rester avec Pauline tient plus de la paresse… et « comment naît l’amour ? » L’image de son couple se projette bizarrement sur un autre tandem. Il évoque l’union France-Allemagne, une entente au préalable faite de politesse. Il revoit Mitterrand et Kohl, main dans la main, pour une amitié éternelle.
Nicolas pense beaucoup… Il voudrait être réalisateur, il est scénariste. Il s’enfuit souvent dans ses songes, ses raisonnements et ses combinaisons, ce qui effraie Pauline. Donc, pour la rassurer, il fait semblant. Il la rassure d’un sourire. Certes factice, mais il fait l’effort.
Puis il y a Sofia, la belle, sauvage et libre polonaise, une amie de Pauline. Sofia qui joue un rôle dans les chimères de Nicolas. Tout cela contredit son éducation, la morale, judéo-chrétienne et il s’en dégoûte, mais pas pour très longtemps car il y a Victoria…
D’autres personnages font des apparitions. Milan Kundera, Beethoven, Jean-Luc Godard, Roberto Rosselini, Brigitte Bardot, Platon, Jean-Paul Sartre, Simone de Beauvoir, Jonathan Littell… Nicolas mêle à son récit des anecdotes littéraires, cinématographiques, musicales, dans l’art, l’amour et la passion.

Pauline… a des craintes. Elle a le flair. Si Nicolas est toujours ancré dans « la jouissance », apanage de la génération 80, elle, s’est bien réveillée de ses vingt ans. Son destin, elle le construit. Elle recherche un compagnon, lui une amante, une amie, une mère. C’est Sofia qui la rassure et qui lui parle de l’infidélité, qu’elle argumente ainsi : « Il reste avec toi ? Alors ? » Oui ! de quoi se plaint-elle ? Il faut « réinventer le couple ».
Mais ce n’est pas suffisant car Pauline choisit la responsabilité à l’hédonisme.

Structurer, faire comme leurs parents avant eux, rechercher l’assurance et la sécurité, faire un enfant. Sont-ils prêts ? Le mot « sacrifice » est lâché, il vient en opposition avec « la jouissance », celle qui se vit dans le présent, l’instant artificiel. La société est ainsi édifiée, celle de la consommation, du zapping, de l’individualisme, de la légèreté et de la vulnérabilité, du momentané… et la quête constante de l’amour. L’histoire est banale, moderne, elle est la chronique d’une mort annoncée.

Un livre que je pourrais vous conseiller ; l’écriture est belle.
Voici un extrait que j’aime particulièrement…

« … Serait-ce un plaisir de tête ?
On serait tenté de répondre : oui. Mais pour elle, qui aime André Breton, il s’agit moins d’un plaisir que d’une offrande. Elle a lu L’amour fou, cet éloge de la fusion, et elle a été marquée par sa beauté compulsive. Les phrases de Breton se sont immiscées dans sa vie, si bien qu’elle regarde aujourd’hui l’amour comme la certitude poétique qu’un seul individu nous correspond. Elle ne croit pas que le temps érode fatalement ce sentiment. Selon elle, il ne l’érode que pour ceux qui manquent d’imagination. Pour les autres, aimer, c’est jeter sur la vie une passerelle vers le merveilleux, et cela implique de déposer aux pieds de l’autre tout ce que l’on est : pleurs, inspirations, rêves et intestins.
C’est ainsi qu’elle abolit toutes les frontières qui la séparent de Nicolas. »
.
.
.
.
Rodin, Le Baiser

Des billets chez Géraldine,
.
.
.
.

24 réflexions au sujet de « La jouissance »

    • C’est fou, lorsque mon mari me l’a offert, j’ai eu le même réflex que toi. Il a fallu qu’il le lise avant moi pour me dire que c’était bien… Je ne regrette pas et comme je le disais à Géraldine, ce fut une belle découverte. Je n’adhère pas au comportement de Nicolas, mais je pense que l’auteur a bien su retranscrire les couples d’aujourd’hui (certains…), paumés, instables, insatisfaits, en demande de plaisirs. Le style est simple, fluide et littéraire. L’extrait que j’ai relevé te donnera le ton.
      Biz

  1. Comme George, je n’avais pas l’intention de lire ce livre…Ton billet m’a rendu curieuse même si je n’étais toujours pas tentée, et puis ta dernière citation a fait des étincelles et il se pourrait bien que je le lise s’il me tombe entre les mains ! 🙂 Bisouilles, Syl !

    • Morgouille,
      Ce livre peut te plaire. L’histoire est très banale, mais elle est moderne. Si certains peuvent être agacés par certaines scènes « crues » de l’amour, par le tempérament de Nicolas, par… je ne sais pas ! les références sur l’Europe, par exemple… et bien moi, pas. Je suis à la limite du coup de coeur !
      J’aimerais avoir ton ressenti… Tu n’es pas née dans les années 80, mais tu peux comprendre les indécisions, les troubles de Nicolas et les aspirations de Pauline.
      Oui… tu peux aimer ! surtout le style…
      Bisou la Morgouille

    • Quel dommage Ys ! Je n’ai jamais entendu l’auteur à la radio ou à la télévision, donc je me méfiais seulement du bandeau avec sa photo et de ce que mon mari m’a dit en me l’offrant… « Il est jeune, talentueux… il a du succès ! ». C’est vrai que c’est le genre de chose qui me fait fuir. Mais passé l’apriori, j’ai eu plaisir à lire ; pour l’écriture qui est indéniablement belle et pour l’analyse simple d’un homme de sa génération. Il ne fait pas l’éloge de la jouissance, il l’égratigne même un peu d’une façon moqueuse, puis j’ai trouvé que le portrait de Pauline était beau, dans sa faiblesse, son rêve de l’amour et sa réaction finale.
      Bref… lis-le et tu m’en parleras…

    • Oui, certainement ! Parfois, il faut savoir se laisser tenter. Je ne l’aurais pas lu si cela n’avait pas été un cadeau. Du coup, j’aimerais bien lire d’autres livres de Zeller !

    • Ah ! Je vais quand même lire un autre livre de lui. Je ne peux me faire une idée qu’avec cette seule lecture. Hier, j’étais toute disposée à lire le livre, je verrai pour le prochain…

    • Je ne sais pas pour ses autres livres, alors il vaudrait mieux que tu demandes celui-là… Après, on verra ensemble pour le découvrir… Qu’en penses-tu ?

  2. J’étais donc apparemment la seule à avoir envie de lire ce roman… Et j’en ai moins envie maintenant. 😦 C’est surtout l’auteur (j’ai lu une de ses pièces, que j’avais trouvé pas mal) et le titre qui m’avaient tentée, mais ce que tu dis de l’histoire me rebute. Puis tu m’as redonné envie avec l’extrait, donc je ne sais plus. Quoi qu’il en soit, ce sera certainement en poche.

    • Mon billet est mal écrit si ça te rebute. Ce n’est pas le but escompté ! Ne garde que l’extrait. Oublie tout ce que j’ai pu dire et tu te feras ta propre critique. Je suis désolée Minou ! Bonne soirée

  3. Ha mince, j’ai hésité en voyant l’auteur en interview et puis je ne l’ai pas sélectionné dans ma liste de Noël, j’ai eu peur que ça soit un peu trop intello pour moi. Voila qu’en lisant ta chronique, je me dis que j’ai eu tort. Je le note dans mon carnet pour plus tard.

    • Je n’ai jamais vu ou entendu l’auteur. Il ne faut pas s’imaginer lire une grande histoire, c’est le quotidien dans tout son ordinaire ou l’érosion de l’amour, la passion. C’est une réflexion sur le couple intéressante.
      Bon week-end !

  4. Il a en effet l’air de penser beaucoup, le Nicolas !
    Mais ce que tu en dis, la passion, l’érosion du couple, ce sont des choses qui me parlent ! Et l’extrait est beau. Comme beaucoup, je me disais que cet auteur devait faire partie de cette génération d’auteurs français qui se regardent le nombril sans rien dire d’intéressant, je me suis peut-être trompée.

    • En fait, il essaie de se disculper le Nicolas…
      L’auteur : ne le connaissant pas, je ne peux te donner mon avis. J’ai lu ce livre libre de tout préjugé, même si le bandeau avec sa photo me déplaisait.
      Je pense que ce n’est pas prétentieux et assez réaliste dans une certaine sphère de notre société.

  5. Bonsoir Syl.
    Je trouve que ton billet nous donne l’envie d’avoir envie de le lire.
    Jouissons !
    oups là n’est peut être pas le propos mais c’est intéressant d’avoir les visions masculines et féminines de l’amour à notre époque.
    Bonne soirée !

    • L’amour à notre époque… mais raconté de façon bien triste et pas glorieuse !
      Tu as raison… Jouissons et que nous ayons toujours le sourire.
      Bonne soirée Didi ♥

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s