Les bonheurs de l’aquarelle

Les bonheurs de l’aquarelle
Petite invitation à la peinture vagabonde
Anne Le Maître

.
.
« Je ne suis pas peintre. Simplement je peins. A l’aquarelle. Il ne s’agit pas d’art, quoi que ce mot puisse signifier. Je ne suis ni Turner, ni Cézanne, et si je dessinais la montagne Sainte-Victoire, personne d’autre que moi n’en ferait cas. Je le ferais, moi, au nom de l’occasion qui me serait ainsi donnée, une heure durant, de dialoguer avec chaque brin d’herbe qui m’en sépare, avec chacun des arbres, chacune des pierres qui la composent ; avec Cézanne, même, pourquoi pas ?… »

Ainsi commence le témoignage de l’auteur qui nous pousse sur les chemins, équipés d’un carnet d’esquisses, de pinceaux et d’une palette de couleurs. De sa confession, j’ai retenu ces quelques idées qui j’espère sauront traduire avec justesse sa passion… l’aquarelle. Réceptive à cette pratique plus qu’à une autre, elle fait corps avec sa peinture et offre son approche toute personnelle.
Résumer un roman, une intrigue, est bien plus facile que de relater, sans outrepasser, les sentiments d’autrui.

Elle saisit comme pourrait le faire un poète, l’instant qu’elle s’accorde. Elle se donne au temps, à la nature, à quelques traces de vie. Elle s’abandonne.
Je pense que ses aquarelles peuvent s’associer à des haïkus.
La peinture peut ressembler à une lecture. Elle transporte l’esprit et le situe au-delà de nos périphéries. L’artiste peut s’évader et pousser les limites de sa rue jusqu’à un sentier ombragé perdu d’une campagne.
Elle raconte sa communion avec les éléments, le vent, la chaleur, l’harmonie des formes, des couleurs, et conte l’aventure dans sa forme la plus simple. D’une attention particulière et délicate pour d’infimes descriptions, elle peut s’immobiliser quelques minutes pour esquisser ses traits, les colorer, comme elle peut rester patiemment, un temps infini.

« Se dépouiller un peu plus. S’ouvrir. Il lui faudra garder le cœur disponible s’il veut être capable d’entendre l’appel de ce qui l’entoure… »

Autre partie après le temps, c’est l’espace, pour une étendue qui peut être lointaine ou proche. Dans cet espace, il y a le sujet, inerte ou vagabond, organique ou minéral. L’observateur-aquarelliste peut saisir le plus petit indice. Dans un compartiment de sa conscience, il garde son information et essaiera de la retranscrire… L’insecte, le pissenlit, prend présence et l’artiste aimerait rendre honnêtement le petit détail.
Anne Le Maître aime parcourir les contrées et les peindre. Elle retrouve dans ses aquarelles la magie des instants vécus et se rappelle ses émotions.
Elle rentre en osmose avec le sujet et prône la contemplation… Un état d’esprit que l’on retrouve chez Proust.

« Assieds-toi.
Regarde.
Attends. »

Le temps, l’espace et la maîtrise… Il y a différentes méthodes de peindre, dont celle du lavis. L’auteur narre « le miracle »… Lorsqu’elle imbibe sa feuille d’eau et qu’elle pointe son pinceau gorgé d’un pigment, la peinture fuse, éclate et se propage en léchant le papier. A sa lecture, je voyais les tons s’avaler, se mêler et posséder le support. C’est vivant et magique. J’imagine la fascination du spectateur fasse à cette alchimie.

Anne Le Maître perçoit l’aquarelle comme des bonheurs. Elle partage son amour avec ardeur et gourmandise. Elle savoure le temps, essaie parfois de conserver l’innocence de l’enfant, rester zen, généreuse, et capture les petits plaisirs, comme les grands, pour les ranger sur les étagères de ses souvenirs. Peintre voyageur… un beau titre qu’elle peut revendiquer… elle l’est sans prétention.
Pour terminer ce billet, je préfère vous écrire ses mots qui évoquent sa sensibilité …

 » Que rapportes-tu de ton voyage, voyageur ?
As-tu griffures aux jambes ou bleus à l’âme ?
Que nous rapportes-tu de plus que ce hâle léger de ta peau et quelques rides au coin des yeux ?
Je vous rapporte des mots et des couleurs. Voici un bouquet d’émeraude et de cobalt. Voici le carmin d’un épilobe, l’or d’un collier, l’outremer d’un orage. Voici la laque de garance dont était issue par un matin d’hiver la montagne de la Table dominant la baie du Cap où vaguaient cargos et baleines… Et mêlé aux pigments, en même temps que la poussière de la route, c’est le voyage entier que je vous livre. Ce sont les effluves musquées du marché aux étoffes de Dakar, c’est la nuit qui tombe en longs accords d’orgue sur les vitraux de l’abbatiale de Conques. C’est la peur mauve du sanglier sous les pins, le froid d’un lac suédois qui noue les muscles des mollets, le baiser d’un brin de chèvrefeuille. Le poids du sac. Le goût du pain tiède. Le craquant d’une pomme. C’est l’empreinte, la moisson, la matière brute, le minerai sortant tout juste de la fosse. Plié sur le dessus de mon bagage, je vous rapporte le temps que j’ai passé à me dépayser. La lenteur des jours. Dix minutes en tête-à-tête avec une fleur. Un quart d’heure sous un chêne à regarder tomber l’averse… »

Peinture-écriture, aquarelle-poésie, j’aimerais partir m’installer dans un coin surplombant un champ de colza, m’installer sur un muret moussu et contempler les frisures du lichen, caler mon dos entre deux rochers face à la baie de Calvi, m’installer dans le jardin et rendre hommage à mes fleurs… Oui, j’aimerais avoir cette habileté et voyager…

Je dédie ce billet à Didi.
.

Aquarelle d’Anne Le Maître prise sur son blog…

Vous trouverez d’autres billets de cette lecture chez Flo et Minou.
.
.
.
.
.

5 réflexions au sujet de « Les bonheurs de l’aquarelle »

  1. Commentaires

    Quel joli billet, plein de poésie ! 🙂
    Commentaire n°1 posté par Morgouille le 29/05/2012 à 13h18

    L’auteur a su dire sa passion avec de belles phrases imagées.
    Réponse de thelecturesetmacarons.over-blog.com le 29/05/2012 à 18h18

    La peinture me passe au dessus de la tête, je ne ressents généralement pas de vibrations. Dernièrement pourtant j’ai découvert le musée Magritte et j’ai beaucoup aimé ce que j’y ai vu…comme quoi

    Moi mon rêve c’est une maison en pierre avec plein de fleurs et des volets bleus, une terrasse de laquelle on voi l’Océan (oui l’Océan même si baie de Calvi fut ma première vision de la Corse avec le Ferry…un bonheur inouï), on n’entend que le bruit des vagues et j’ai plein de livres autour de moi…je me repose, je ne pense plus…bon allez retour à la réalité , j’ai un article à écrire et le gazon à tondre, entre autres…

    Bises.
    Commentaire n°2 posté par Mind The Gap le 29/05/2012 à 15h39

    Une maison bretonne avec des hortensias mauves pour relever le bleu de tes volets et l’ardoise de ton toit… En balagne, cela serait du bougainvillier… et le bruit des vagues !
    De belles images !
    Réponse de thelecturesetmacarons.over-blog.com le 29/05/2012 à 18h14

    Coucou Syl,

    Pas le temps de lire ton billet (ni celui de dimanche…) ni le com de mon Swapounet…
    Je repasserai plus tard… Il faut que je traboule chez moi avec Antiblues.
    J’adore l’aquarelle, je rêve de me lancer… un jour…
    Et comme je ne sais pas dessiner, il faudra que je trouve une astuce.
    Tout va bien, je suis (presque) absente, mais je reviendrai !
    Gros bisous de Lyon
    Commentaire n°3 posté par Soène le 29/05/2012 à 19h01

    Bonne traboule avec Antiblues alors !!!
    Je pense que lorsque le moment viendra, tu trouveras de beaux livres sur l’aquarelle.
    Bises et à bientôt
    Réponse de thelecturesetmacarons.over-blog.com le 29/05/2012 à 20h19

    Je n’ai qu’un mot : ton billet est magnifique ! Et le livre qui te l’a inspiré l’est sûrement tout autant ! J’adore l’aquarelle bien que pas « connaisseuse » et si tu veux peindre des murets en pierre recouverts de lierre, avec des rosiers qui s’égarent en grimpant, je t’invite dans mon modeste jardin avec ton chevalet ! La mer n’est qu’à 20 kilomètres… C’est vrai que la peinture ressemble beaucoup à l’écriture…
    Commentaire n°4 posté par Asphodèle le 29/05/2012 à 19h06

    Oh !!! merci Aspho ! En fait il résume le livre. Je te passerai le livret pour un de tes jeudis.
    Bise
    Réponse de thelecturesetmacarons.over-blog.com le 29/05/2012 à 20h16

    « Je vous rapporte des mots et des couleurs. Voici un bouquet d’émeraude et de cobalt. Voici le carmin d’un épilobe, l’or d’un collier, l’outremer d’un orage. Voici la laque de garance dont était issue par un matin d’hiver la montagne de la Table dominant la baie du Cap où vaguaient cargos et baleines… Et mêlé aux pigments, en même temps que la poussière de la route, c’est le voyage entier que je vous livre. »

    qu’elle gentille et délicate dédicace, quel joli livre et cette façon de parler de l’aquarelle tout à fait poétique dans ce que le dessin apporte à qui le pratique.

    Merci beaucoup de penser à moi qui pourtant a bien du mal avec la technique de l’aquarelle que j’ai tenté d’apprendre. Par contre j’aime bien croquer des petits endroits ou des fleurs.D’ailleurs j’utilise ton joli agenda pour des petits dessins sans prétentions

    J’aime ce que tu dessines Syl. et ce que tu peins en aquarelle ou autre technique c’est toujours un régal que de les contempler ici !

    Bisous très amicalement chère amie.

    Commentaire n°5 posté par Didi le 29/05/2012 à 21h00

    L’aquarelle qui illustre ce billet est d’Anne Le Maître.
    Si j’ai pensé à toi, c’est que tu aimes les petits chemins, les randonnées et croquer les images… photo ou dessin.
    Bisous Didi
    Réponse de thelecturesetmacarons.over-blog.com le 30/05/2012 à 10h06

    C’est fou ! j’ai cru que les premières lignes étaient de toi ! Tu aurais pu écrire ce livre, j’en suis sûre ! Magnifique billet. bisous
    Commentaire n°6 posté par somaja.over-blog.com le 29/05/2012 à 21h39

    Oui, il me ressemble mais l’auteur est écrivaine et moi pas !!!
    Bises So. ♥
    Réponse de thelecturesetmacarons.over-blog.com le 30/05/2012 à 10h09

    Quel beau billet de lecture ! J’espère être aussi charmée par ce beau voyage quand je l’entreprendrai (le mois prochain) Tu as vraiment bien retransmis cette passion de l’auteure qu’on perçoit autant dans ses mots que dans les tiens, ça donne envie d’aller à sa rencontre.
    Commentaire n°7 posté par Minou le 01/06/2012 à 07h35

    Bonjour Minou, Merci ! Ce petit livret s’est lu très vite car si les phrases sont bien tournées, les mots sont simples. Il n’a pas été difficile de partir en voyage avec l’auteur. Même si on ne peint pas, on aimerait le faire ! Bonne lecture…
    Réponse de thelecturesetmacarons.over-blog.com le 01/06/2012 à 08h01

    très joli billet, du coup ça me donne une idée pour un cadeau 🙂
    Commentaire n°8 posté par Aymeline le 02/06/2012 à 20h37

    Tu fais bien ! Il n’y a pas les photos des aquarelles de l’artiste comme dans ses carnets de voyage, mais ses mots sont beaux et donnent envie de s’y mettre.

    Réponse de thelecturesetmacarons.over-blog.com le 02/06/2012 à 20h59

    J’ai lu ce petit livre la semaine passée et suis finalement moins charmée que toi (je joue les centristes entre toi et Flo en quelque sorte). J’ai apprécié les belles descriptions, certaines anecdotes, notamment celle de la découverte de l’aquarelle (touchante), mais je ne me suis pas vraiment senti invitée dans le texte, à part dans les toutes dernières pages. Les comparaisons avec d’autres arts, comme la photographie, m’ont beaucoup agacée notamment : il était possible d’après moi de comparer sans attaquer, sans fonctionner par exclusion. Un avis en demi-teintes pour moi.
    Commentaire n°9 posté par Minou le 08/07/2012 à 14h46

    Je suis allée chez toi pour papoter… Bise Minou et merci !
    Réponse de thelecturesetmacarons.over-blog.com le 08/07/2012 à 15h05

  2. J’ai emprunté beaucoup de chemins, des GR en France essentiellement, me suis arrêtée ici et là au bord d’un cours d’eau, au pied d’une fontaine, sur une place de village , devant une gentiane pour dessiner ces moments d’émotion…Il y a quelque mois un ami m’avait offert votre livre, je l’avais oublié sur une pile de livres… je viens de le découvrir, ce fut un vrai moment de bonheur! merci, mille merci de ce cadeau, vous exprimez avec tant de justesse de poésie ces moments rares de communion avec le monde….que tout d’un coup j’ai la nostalgie de ce temps ou le sac à dos pesait lourd ..c’était mes plus belles vacances…ah la Corse, le balcon du Léman, le mont Lozère! les couleurs du Wadi Rum en Jordanie, et tous les petits bouts de chemin…Au début je faisais beaucoup de photos de ces randos, je ne les regarde plus, ce sont des ‘petits clics et je passe’ , mais mes carnets je les retrouve toujours avec plaisir, avec eux je replonge dans mes voyages, les souvenirs reviennent précis, intenses, proches, parce que j’ai pris le temps de me poser, de goûter l’instant de regarder. de trouver un trait , une couleur ou quelques mots…Je le dis moins bien que vous! ‘ Les bonheurs de l’aquarelle ‘ ont été un grand bonheur, un beau voyage ce dimanche après midi alors que la maison est enveloppée de verglas et que je nai pas osé mettre un pied dehors…Vous m’avez donné envie de sortir les aquarelles et de trouver la couleur du ciel au travers de la glace épaisse qui enveloppe les pinces à linges là sur le fil devant ma fenêtre.
    encore merci
    mj

    • Marie José, Vous parlez de ces moments privilégiés d’une très belle façon. Ce livre, je ne l’ai pas écrit. Je l’ai lu, comme vous. L’auteur de ce petit ouvrage est Anne Le Maître. Elle serait très heureuse de vous lire car c’est une personne sensible et proche de ses lecteurs. Vous pouvez faire un copier/coller de votre commentaire et le mettre sur son blog dont je vous transmets ci-après le lien : http://alm-bleudeprusse.blogspot.fr
      Merci à vous pour ce message, nous nous comprenons sur la fugacité de certains moments et le plaisir ou le voeu de vouloir les saisir. L’aquarelle est une belle manière de le faire… avec art ou bonne volonté !
      A bientôt et amusez-vous bien avec votre palette et vos pinceaux !

      • Eh bien en ce début de « mars qui rit malgré les averses », je viens de prendre connaissance du joli message de Marie José, que je remercie, comme je vous remercie, Syl, d’avoir renvoyé vers moi.
        Amicalement à vous deux.

        • Bonjour Anne !
          Peu de pluie pour l’instant chez moi. Il fait même très bon. J’en profite pour observer le jardin où des petites pointes vertes percent. J’ai des tapis de violettes ! c’est beau ! De plus, j’ai des nurseries de gendarmes entre les fleurs. Ca donne des teintes oranges parmi le violet et le vert cru du feuillage.
          Le message de Marie-José doit vous faire beaucoup plaisir.
          A bientôt…

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s