Les chaussures italiennes

Lecture commune avec Sharon, Lystig et Aymeline
Défi de Mia

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.Les chaussures italiennes
Henning Mankell

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Frederik Welin vit sur une île de la Baltique.
Seul, retiré du monde, soixante-six ans, ancien chirurgien, il a pour compagnons un chat et un chien bien fatigués et une fourmilière.

Dans un journal de bord, écrits de son quotidien, il note les degrés Celsius, les indications de son tensiomètre, les visites du facteur Jensson avec qui il échange quelques mots primaires et le chant de la glace qui craquelle. Sa retraite, il la respire comme un ermite ou plutôt comme un pénitent. Douze années dans sa tanière et l’ours subit les solstices d’hiver et d’été, toujours solitaire et en marge de toute attention.
Il est sur l’île de ses grands-parents, héritier de son patrimoine, de ses souvenirs, sans enfant, sans famille, à attendre le jour où, échoué dans son lit, ou sur une parcelle de cette terre, ou pris dans la glace, il expirera.

Noël, le Jour de l’An et le mois de janvier… l’hiver s’étire paresseusement.
Un jour, de la fenêtre de sa maison, sur le ponton, il distingue avec ses jumelles, une silhouette assistée d’une prothèse. Sur le coup, il pense à un vélo, mais à bien regarder, il aperçoit un déambulateur. Le corps, sous son épaisseur de châle, de manteau, titube et s’avachit sur lui même. Le visage qu’il capture lui crie un nom, Harriet. Un fantôme qui se manifeste après quarante années d’absence, de séparation. Une femme qu’il avait aimée au temps de sa jeunesse
à Stockholm, une amante lâchement délaissée sans explication.
Elle revient lui réclamer une promesse. Dans leur passion, il lui avait fait présent d’un engagement qu’elle avait conservé précieusement. Le plus beau rêve qu’on lui ait offert… Voir le petit lac caché au creux d’une forêt, à l’eau noire et profonde.

«- Des promesses, a-t-elle dit, on en reçoit tant, On s’en fait à soi-même. Les autres nous en font. (…) Vivre, au fait, ce n’est jamais qu’avancer dans son petit bateau au milieu d’un flot de promesses variées à l’infini. Quelles sont celles dont on se souvient ? On oublie celles qu’on voudrait se rappeler et on se souvient de celles qu’on préférerait oublier pour toujours. Les promesses trahies sont comme des ombres qui dansent autour de toi au crépuscule. Plus je vieillis, mieux je les vois (…). J’ai compris que j’allais être obligé de l’emmener là-haut.»

Harriet est malade, au terminus de sa vie à soixante-dix ans. L’homme aigri, bourru, lui doit ce serment. Cela sera sa rédemption.
Avec beaucoup de patience et de dévotion, Frederik va rechercher ce lac sorti de sa mémoire. Un endroit niché dans l’épaisseur ouatinée de la blanche neige. Il y allait enfant avec son père se baigner et ce rappel ancré secrètement dans sa mémoire ressurgit avec toute la fange qui embourbe son esprit.

Ce voyage ne s’arrêtera pas aux rives du lac. Il se poursuivra le temps d’une année, pour accomplir le rituel de l’expiation car il doit réparation à plus d’une personne, précisément à trois femmes.

Les chaussures italiennes ? Des chaussures qu’il recevra en cadeau au bout de cette année, des modèles uniques confectionnés par un artiste qui pense que l’on peut marcher en effleurant le sol, sans le marteler. Légères, magiques, sans chaîne et sans boulet. Cela sera sa récompense.


J’ai retrouvé la plume de Mankell et l’ambiance gelée, grise, solitaire.

L’île est un lieu isolé, un sanctuaire, qui nous apparaît à la saison la plus inhospitalière de l’année. Elle est rude, froide, en dormance, comme l’homme de l’histoire. Frederik se punit pour avoir commis une erreur chirurgicale. Avec l’arrivée de Harriet, il semble se réveiller et ne se fait pas trop prier pour s’aventurer dans les terres. On se demande si toute sa vie a été stérile, froide comme un bloc opératoire, la glace de l’hiver, inhumaine et mécanique comme un tracé de scalpel, sans affection, en sursis. Il semblait sans espérance, éteint et il retrouve une énergie réparatrice à la révélation d’une confidence que je vous tais et qui sera pour lui un catalyseur.
Cet homme apparaît bien plus fragile et sensible que l’image acariâtre des premières pages. Cette complexité bien vite dévoilée, nous rapproche du personnage et nous le fait apprécier. Il n’a pas peur de se rapprocher d’un vieux corps malade pour lui témoigner une pudique compassion et cet acte est tout à son honneur.
Dans le cours de l’histoire, une jeune femme parle de l’admiration qu’elle ressent pour Le Caravage, le maître du clair-obscur. J’ai immédiatement à l’esprit des tableaux sombres, ainsi que la tête de la Méduse échevelée qui crie la mort. Clair-obscur… Ce livre nous mène de l’obscur au clair. Après les saisons de froidure, la Saint-Jean
et le renouveau se fêtent.

Un livre à conseiller ; j’ai aimé cette lecture.


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Tableau de Lautits Andersen

Billets de la lecture commune chez Sharon, Lystig et Aymeline
Billets chez Somaja, Asphodèle, Anne des mots et des notes, Liliba, Le Papou,
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3 réflexions au sujet de « Les chaussures italiennes »

  1. Commentaires

    L’article d’Aymeline m’a donné envie, le tien renforce l’envie encore plus ! Il va falloir que je trouve ça à la médiathèque ^^
    Commentaire n°1 posté par Eiluned le 22/11/2011 à 15h52

    Je pense que tu seras sensible au livre, tu vas aimer le silence de la glace.
    Réponse de thelecturesetmacarons.over-blog.com le 22/11/2011 à 19h34

    Non, non, non, je ne suis pas en retard pour cette lecture commune.

    Plus que 310 pages et le compte est bon !

    Commentaire n°2 posté par Sharon le 22/11/2011 à 16h10

    Ah ! tu as bientôt terminé alors !
    Pense à dormir quand même…
    Réponse de thelecturesetmacarons.over-blog.com le 22/11/2011 à 19h33

    Je lis décidément beaucoup de bien de ce livre !
    Commentaire n°3 posté par Luna le 22/11/2011 à 16h33

    Sobre, bien écrit, du Mankell. Les personnages sont abimés mais ils avancent.
    Réponse de thelecturesetmacarons.over-blog.com le 22/11/2011 à 19h32

    Je suis contente que tu aies aprécié la compagnie de cet ours de Frederik. Et j’aime ta conclusion sur le clair-obscur. C’est vrai que dans les descriptions du ciel, de la forêt, des paysages enneigés, la lumière – ou son manque – sont partie intégrante de la vie des personnages et donc de l’histoire.
    Commentaire n°4 posté par somaja.over-blog.com le 22/11/2011 à 17h35

    Frederik est émouvant, je l’ai trouvé très attachant, bien plus que Harriet qui ne m’a pas émue. Tu le dis dans ton billet, elle n’est pas ce qu’on pouvait penser.
    Bisou So.
    Réponse de thelecturesetmacarons.over-blog.com le 22/11/2011 à 19h30

    Oh une LC que j’avais oubliée en son temps !!! Je me souviens que les avis étaient partagés, je vais aller voir ce qu’en pense Aymeline. Ton avis enthousiaste me relance un peu…ça va sinon ? biz
    Commentaire n°5 posté par jeneen le 22/11/2011 à 17h58

    Les fameuses chaussures…
    Oui ça va super bien !
    Biz
    Réponse de thelecturesetmacarons.over-blog.com le 22/11/2011 à 19h29

    Ton billet est très beau ! J’aime beaucoup la soirée avec Harriet lors du solstice d’été, on a l’impression que le temps est arrêté. Je me doutais aussi que la fille amoureuse du Caravage allait te parler… 🙂
    Commentaire n°6 posté par Asphodèle le 22/11/2011 à 18h03

    J’ai vu des tableaux magnifiques de l’artiste à Florence. Je comprends ce qu’elle voulait dire, la violence des expressions, des scènes, il était habité par la passion.
    Le solstice d’été… il y a des peintures nordiques qui traduisent la fête de l’été, de toute beauté. Les personnages sont heureux, ils dansent et les tenues folkloriques, les rubans, aussi. J’aurais pu mettre aussi une de ces illustrations. J’ai découvert sur Google de belles toiles.
    Biz
    Réponse de thelecturesetmacarons.over-blog.com le 22/11/2011 à 19h28

    Il est dans ma PAL. J’ai lu beaucoup de bons avis et Mankell est un auteur que j’apprécie.
    Commentaire n°7 posté par Manu le 22/11/2011 à 19h29

    Wallender n’est pas loin de Frederik. Des hommes qui sombrent dans une introspection douloureuse ! Bonne lecture
    Réponse de thelecturesetmacarons.over-blog.com le 22/11/2011 à 19h36

    toutes les copines l’ont lu il va falloir que je m’y mette !!!
    Commentaire n°8 posté par George le 22/11/2011 à 19h30

    Tu aimeras les mots simples qui racontent l’histoire. Un livre qui se lit facilement. Bonne lecture George
    Réponse de thelecturesetmacarons.over-blog.com le 22/11/2011 à 20h48

    Nous sommes d’accord, un livre à découvrir absolument 🙂

    J’aime beaucoup le choix du tableau, je vois l’île exactement comme ça !!!
    Commentaire n°9 posté par Aymeline le 22/11/2011 à 22h25

    Il y a aussi des landes qui s’étendent jusqu’à des lacs, vierges de tout arbre, rases comme du velours. J’aimerais bien un jour visiter les pays de la mer Baltique.
    Biz
    Réponse de thelecturesetmacarons.over-blog.com le 23/11/2011 à 08h55

    J’ai beaucoup aimé aussi et cela m,a un peu réconcilié avec l’auteur qui m’avait un peu déçu.

    Le Papou
    Commentaire n°10 posté par Le Papou le 23/11/2011 à 21h38

    Moi, j’aime bien les enquêtes de Wallander ! Je suis venue vous lire et j’ai aimé votre billet. A bientôt
    Réponse de thelecturesetmacarons.over-blog.com le 23/11/2011 à 21h49

    Toujours en attente dans ma PAL et pourtant je sais qu’il est fait pour moi !!
    Commentaire n°11 posté par l’or des chambres le 24/11/2011 à 10h47

    Tu vas bien le sortir un jour ! Bonne soirée
    Réponse de thelecturesetmacarons.over-blog.com le 24/11/2011 à 20h12

    Oui, mais il y en a tellement d’autres aussi !! Et puis je vais bientôt entamer mes lectures de Noël (indispensables… )
    Commentaire n°12 posté par l’or des chambres le 24/11/2011 à 20h56

    Oh ! je découvre ton message ! Il était caché.
    Vive Noël, et des lectures douces.
    Réponse de thelecturesetmacarons.over-blog.com le 25/11/2011 à 18h18

    sauf que Lystig, elle ne se souvient plus où elle a rangé ce livre !!!!(elle commence même à douter l’avoir acheté…) (et de gros doutes !)
    Commentaire n°13 posté par Lystig le 25/11/2011 à 22h35

    Mais Lystig le lira bien un jour… Bisous et bon WE !
    Réponse de thelecturesetmacarons.over-blog.com le 25/11/2011 à 22h49

    (le pire (c’est un secret….) c’est que je crois bien avoir confondu avec « Hyporthermie », c’est malin !!!!
    Commentaire n°14 posté par Lystig le 26/11/2011 à 08h47

    Oui ! C’est quelque part par là-bas ! Une histoire de lac gelé… un homme en souffrance… mais le petit truc, c’est que l’histoire est complétement différente.
    Bon, tu es mon premier sourire de la journée.
    Réponse de thelecturesetmacarons.over-blog.com le 26/11/2011 à 10h26

    entre Islande et Suède…. il y a le Danemark !

    c’est malin de réaliser maintenant, je n’ai plus qu’à aller m’acheter les chaussures italiennes !!!!!!
    Commentaire n°15 posté par Lystig le 26/11/2011 à 17h44

    J’espère que tu aimeras. En tous cas, tu apprécieras les paysages.
    Bonne soirée et bon dimanche Lystig
    Réponse de thelecturesetmacarons.over-blog.com le 26/11/2011 à 21h13

    Je l’ai souvent noté mais je sais pas…
    Tu crois que ça me plairait ?? JE suis pas convaincue encore que l’histoire va me plaire en fait…
    Commentaire n°16 posté par Cess le 28/11/2011 à 20h45

    Bonsoir Cécile, Franchement, je ne sais pas si ce livre te plairait maintenant. Il le pourrait dans quelques temps. Là, je te souhaite des lectures plus faciles, légères, douces.
    Je passe à tes autres messages…
    Réponse de thelecturesetmacarons.over-blog.com le 28/11/2011 à 20h52

    • Au début, il est bourru mais après, il y a beaucoup de chaleur. C’est un vieux billet Alex, je continue de les ramener de mon ancien logis ! mais je garde un bon souvenir de cette lecture… un ours apprivoisé.

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