Suite française

Lecture commune avec Somaja
Challenge Demoiselle de lettres de Céline, Défi de Mia

.
.
Suite française
Irène Némirovsky

.
Denise Epstein était une adolescente lorsque sa mère fut assassinée dans le camp d’Auschwitz, en août 1942. Son père, Michel Epstein, après des démarches pour retrouver sa femme, est aussi arrêté et déporté en Pologne. Il mourra dès son arrivée dans le camp en novembre 1942. Seule avec sa petite soeur Elisabeth, Denise emporte dans ses valises, à l’abri du destin, le dernier manuscrit de sa mère, Irène Némirovsky.

Ce roman allait retracer les débuts de la guerre avec l’exode et l’occupation allemande sur le sol français. Irène Némirovsky voulait les raconter à travers cinq livres… elle n’en aura écrit que deux ; « Tempête en juin » et « Dolce » regroupés en « Suite française ».

« Sur les traces de ma mère et de mon père, pour ma soeur Elisabeth Gille, pour mes enfants et petits-enfants, cette Mémoire à transmettre, et pour tous ceux qui ont connu et connaissent encore aujourd’hui le drame de l’intolérance.

Denise Epstein »


A titre posthume, « Suite française » est récompensé en 2004 avec le Prix Renaudot.

Juin, le printemps est chaud à Paris,

Madame Péricand Charlotte est mariée à Monsieur Adrien Péricand, un conservateur de musée national. Ils ont cinq enfants. Philippe, l’aîné, est prêtre, le cadet Hubert a dix-huit ans et le petit dernier a deux ans.
« M. Péricand était un homme strict : ses scrupules religieux lui interdisaient nombre de désirs et le soin de sa réputation le maintenait à l’écart des mauvais lieux. »
Gabriel Corte, un riche écrivain, se débat dans des pages manuscrites, cherchant sa muse. Il n’aurait qu’à baisser les yeux pour la trouver. Sa maîtresse, Florence, est à ses pieds à ramasser les brouillons éparpillés au sol.
« Il avait cinquante ans et ses propres jeux. Il était selon les jours un Maître des Cieux ou un pauvre auteur écrasé par un labeur dur et vain. Il avait fait graver sur sa table à écrire : « Pour soulever un poids si lourd, Sisyphe, il faudrait ton courage. » Ses confrères le jalousaient parce qu’il était riche. Lui même racontait avec amertume qu’à sa première candidature à l’Académie française, un des électeurs sollicité de voter pour lui avait répondu sèchement : « Il a trois lignes de téléphone ! » »
Charles Langelet examine ses porcelaines, ses possessions précieuses. Il n’y a que ça qui l’intéresse.
« (…) il ne pouvait vivre dans un décor terne ou vulgaire. Autour de lui, dans sa maison, tout ce qui composait son mode d’existence était fait de parcelles de beauté parfois humbles, parfois précieuses qui finissaient par créer un climat particulier, doux, lumineux, le seul enfin qui fût digne d’un homme civilisé songeait-il. »
Le couple Michaud travaille dans une banque dont l’un des directeurs est Monsieur Corbin. Avant la guerre, Jeanne était professeur de chant. Leur fils Jean-Marie est quelque part à la guerre.
« Grâce à cette place de secrétaire, ils s’étaient tirés d’affaire jusque-là et, comme elle le disait : « Il ne faut pas demander l’impossible, mon pauvre mari ! » Ils avaient toujours connu une vie difficile depuis le jour où ils s’étaient sauvés de chez eux pour se marier contre le gré de leurs parents. Il y avait longtemps de cela. Elle avait encore des traces de beauté dans son maigre visage. Ses cheveux étaient gris. L’homme était de petite taille, l’air las et négligé, mais par moments, lorsqu’il se tournait vers elle, la regardait, lui souriait, une flamme moqueuse et tendre s’allumait dans ses yeux – la même, pensait-il, oui, vraiment, presque la même qu’autrefois. »

Dans une ambiance d’insécurité, tous vont faire leurs valises et prendre des dispositions pour un départ vers des lieux plus sûrs. Ils fuient Paris avant d’entendre claquer les bottes ennemies. La ville est en sommeil, ou plutôt, elle garde le silence par crainte. Les murmures courent les salons, les offices, les rues… ils arrivent avec le chaos… et dans les secondes prochaines, la panique va s’aviver, les alarmes vont crier, les bombes éclater.

Sur la route, sur le chemin qui mène au sud, au nord, dans le centre, la France est en défaite. Les exilés croisent des chars et des soldats dont les visages portent les stigmates de l’hébétude. Leurs traits sont figés par la poussière et le découragement.
Villes et campagnes sont lacérées. Des pièges aux dents aiguisées croquent la débandade. C’est un cauchemar qui prend vie et fige son horreur dans le sang.
L’occupation déploie son armée. Elle est une marée qui noie l’homme, la femme, l’enfant. L’agonie du pays laisse un peuple perdu, fatigué et désespéré. Parfois il devient animal, sans raison, au bord de la folie et parfois, la conscience, silencieuse, secrète ou bruyante, clame « courage ! ».
Il y a eu « Verdun, Charleroi, la Marne », et cet après rappelle la monstruosité. Les jours se confondent aux nuits, noirs et sans fin.
Il se dit que l’armistice va être signé et que l’on doit se préparer à l’accueil. C’est cruel.

« On disait que la situation était confuse, qu’en certains endroits les soldats résistaient encore, que des civils s’étaient joints à eux ; on s’accordait pour les blâmer, tout était perdu, il n’y avait plus qu’à céder. »

A Bussy, Lucile Angelier habite avec sa belle-mère dans une belle maison de maître. Sa demeure a été retenue pour recevoir le commandant Bruno Von Falk. La cohabitation est glacée et souligne l’aversion du dominé envers le dominant.
« Et lui ? Que pense-t-il ? se dit la jeune femme. Qu’éprouve-t-il en mettant le pied dans cette maison française dont le maître est absent, fait prisonnier par lui ou par ses camarades ? Est-ce qu’il nous plaint ? Est-ce qu’il nous hait ? Ou bien entre-t-il ici comme dans une auberge, ne pensant qu’au lit, s’il est bon, et à la servante, si elle est jeune ? »

.
Par les personnages du roman qui se croisent occasionnellement, ce livre témoigne de la guerre. Un temps qui humilie, qui divise, qui se dévêt de son humanité. Les mots imagent la peur, la violence, la mort, la faim, le dénuement, la recherche d’un asile, la haine, un dégoût qui n’agresse pas que l’assassin, il s’étend à la mère qui meurt en bordure de route, son enfant dans les bras. Les sentiments sont exacerbés, dévoilant les fourbes, les ignominieux, les prochains collabos, mais aussi les insoumis, les braves, les justes, les prochains résistants. Lors de cette invasion, le lâche tombe le masque, le preux le met.
L’auteur dépose des chroniques en témoignage de son présent. Elle est dans le tableau, dans ce vécu de 1940. Un jour, ils sont venus la chercher pour l’interner à Pithiviers, le lendemain, elle partait pour Auschwitz. Elle ne terminera jamais sa saga.
Un livre très dur, mais c’est l’Histoire.

.

Billet de la lecture commune chez
Somaja
.
.
.
.
.
.
.
.

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s