Tous les matins du monde

Tous les matins du monde
Pascal Quignard

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Par une nuit de printemps en 1650, Monsieur de Sainte-Colombe rentre chez lui et apprend le décès de sa femme. Le deuil est très long et les regrets sont lourds. Maître gambiste, il se réfugie dans la musique et compose en mémoire de son épouse, une douloureuse musique pour viole, « Le tombeau des regrets ».

Dans sa maison de campagne en bordure de la Bièvre, il élève ses deux filles, Madeleine et Toinette. La vie est modeste car leurs ressources sont mesurées. Monsieur de Sainte-Colombe a peu de biens et enseigne la musique à quelques élèves.
L’homme a un physique maigre et allongé, ses lèvres sont sévères et ses yeux ont une dure fixité. Il est un être taciturne, secret, parfois coléreux et aussi rigide que sa collerette empesée qui lui ceint le cou. Si son esprit janséniste tait les manifestations de liesse ou le débordement de tout sentiment, il arrive parfois à montrer, malgré sa réserve, l’amour qu’il ressent pour ses filles. Tout est tenu, tout est caché, tout est pudique.
En grandissant, Madeleine et Toinette montrent des aptitudes à la musique. Elles sont toutes les deux douées mais leurs manières diffèrent. L’aînée est douce, silencieuse et discrète, la seconde est tout le contraire, rebelle et autoritaire et dans leurs souvenirs, l’image de leur mère s’estompe. Seul, Monsieur de Sainte-Colombe garde dans ses pensées le visage de sa femme. Dans le fond de son jardin, un petit cabanon abrite ses errances musicales, ses prières en notes. Il s’enferme et travaille quinze heures par jour la viole. Il cherche un son grave qui transcrirait son amour et son amertume et là, dans un clair obscur, sa femme vient le rejoindre.
Avec ses filles, devenues grandes, belles et virtuoses, il organise des concerts à trois violes et tous les quinze jours, ils sont écoutés avec révérences. Cette notoriété ne modifie en rien leur façon de vivre ; austérité et dénuement. A travers sa musique et ses compositions, Monsieur de Sainte-Colombe recherche l’absolu, le dépouillement et l’amour. Il est tout à la musique et reste sourd aux convocations du roi Louis XIV qui le prie de venir exprimer son talent à sa cour.
Un jour, un jeune homme de dix-sept ans se présente à lui. Il souhaiterait être pris en apprentissage. Il se nomme Marin Marais. L’entretien avec le maître n’est pas facile, mais Monsieur de Sainte-Colombe s’émeut et accepte de le prendre pour élève.
La vie sur les bords de la Briève, sous les rideaux des branches de saules, se modifie aux sons de la viole de gambe, des regrets et des pleurs. Les années passeront, douces, clémentes puis sombres et funestes car « tous les matins du monde sont sans retour ».

Ce livre est le tableau d’une solitude et d’une musique. Les couleurs sont des bruns, des ocres, des terres brûlées, des siennes, des pigments de rusticité. Il aspire à l’exil, la réflexion, au silence, à l’amour perdu. Il est une biographie narrée sobrement à l’image du personnage principal. On s’évade et on perçoit les échos des notes aux sonorités ciselées, solennelles et mélancoliques. Il est le souvenir de Marin Marais pour son mentor, leur dualité, l’ajout de la septième corde à la basse de viole de Sainte-Colombe, l’apparition d’une muse pour son musicien, les désillusions d’une jeune fille et les secrets de l’archet du Maître.

Un beau livre à conseiller, sans oublier le superbe film d’Alain Corneau.

Billets chez LiliGalipette, Karine,
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Une réflexion au sujet de « Tous les matins du monde »

  1. Commentaires
    J’ai aussi beaucoup aimé le film. Il doit être agréable de lire le livre en écoutant la b.o.
    Commentaire n°1 posté par Ys le 23/02/2011 à 08h18

    Bonjour, Ce livre est tout petit, une heure de lecture, frugale, poétique et oui, en fond la musique est divine. A++
    Réponse de thelecturesetmacarons.over-blog.com le 23/02/2011 à 09h29
    J’ai aimé autant le lire que le film. Le livre m’avait donné envie de découvrir un peu plus Quignard. C’est chose faite avec son roman « Villa Amalia » que j’ai aussi beaucoup aimé.
    Commentaire n°2 posté par san-tooshy le 23/02/2011 à 09h47

    Bonjour, je viens d’aller voir de quoi il parlait. Je le note car j’ai vraiment apprécié le style épuré de l’auteur. « Villa Amalia » a de très bonnes critiques. Merci Sant-Tooshy ! Un de plus…
    Réponse de thelecturesetmacarons.over-blog.com le 23/02/2011 à 09h59
    De rien ^-^. Je compte bien découvrir d’autres romans de lui.
    Commentaire n°3 posté par san-tooshy le 23/02/2011 à 11h48

    Essaie de les chroniquer alors ! Je viens de commander l’autre.
    Réponse de thelecturesetmacarons.over-blog.com le 23/02/2011 à 12h25
    Mais…tu es vraiment tenace ! Je ne sais pas chroniquer mes livres que je lis mais je te fais part de mes lectures comme ça tu le fais à ma place. je viens de finir « Diloy le chemineau » de la comtesse de Ségur (tu vois je fais les challenges^-^) et là je lis une policier  » Mister Boxe » d’Eddy Muller.
    Commentaire n°4 posté par san-tooshy le 23/02/2011 à 13h25

    Mister Boxe ? Je vais voir… Donc j’ai lu le résumé… C’est un livre noir des années 50. J’imagine très bien l’ambiance. Tu me diras… Cigarettes, whisky et p’tites pépées…
    Réponse de thelecturesetmacarons.over-blog.com le 23/02/2011 à 13h35
    J’ai adoré le film, vu il y a bien longtemps et j’ai une LC de prévue pour dans quelques mois 🙂
    Commentaire n°5 posté par Sabbio le 23/02/2011 à 13h40

    Bonjour, Il y a beaucoup à dire sur le cadre du livre. J’ai fait mon billet hier soir, un peu fatiguée. Aujourd’hui, j’ai encore beaucoup à raconter… J’attendrai votre lecture commune. C’est un beau livre et les images du film étaient très présentes à mon esprit, ainsi que la musique. Il y avait de la douceur et de la tristesse. Monsieur de Sainte-Colombe est un être assez égoïste, c’est un artiste et son art passe avant le reste. Peut-être aussi un peu jaloux de Marin Marais…
    Réponse de thelecturesetmacarons.over-blog.com le 23/02/2011 à 14h11
    Je ne lis pas beaucoup de policier mais ce genre me plaît beaucoup. Pour l’instant boxe, prohibition mais pas encore de pépées. Mon « policier » en tout cas est bien moins sanglant que le pollar que tu viens de chroniquer.
    Commentaire n°6 posté par san-tooshy le 23/02/2011 à 13h50

    Ouille ! t’as vu ça… Je ne pense pas lire pire ! ou peut-être que si, avec la suite…
    Réponse de thelecturesetmacarons.over-blog.com le 23/02/2011 à 14h13
    Pire ça serait du vice !
    Commentaire n°7 posté par san-tooshy le 23/02/2011 à 14h34

    Il faut que je fasse attention alors ! Bises
    Réponse de thelecturesetmacarons.over-blog.com le 23/02/2011 à 18h08
    Quand le film est sorti, j’ai aussitôt lu le livre et écouté la BO très très souvent : je l’écoute encore régulièrement aujourd’hui.
    Commentaire n°8 posté par Sharon le 23/02/2011 à 19h46

    Comme moi. Je ne me lasse pas. Et comme je connais les morceaux, je vis la musique plus intensément. Bonne nuit.
    Réponse de thelecturesetmacarons.over-blog.com le 23/02/2011 à 21h28
    Je ne me souviens plus de la B.O. et je vais étudier ça de près ! (j’ai vu le film, mais il y a très longtemps !…) Par contre, comme Sabbio, ce livre est prévue en lecture commune pour juin, alors je te donnerai mon avis à ce moment là !!
    Commentaire n°9 posté par vilvirt le 23/02/2011 à 21h33

    Avec plaisir. Pour la musique, c’est très… intérieur. Elle passe par l’écoute, te vibre le ventre et remonte dans la gorge. C’est physique.
    Réponse de thelecturesetmacarons.over-blog.com le 23/02/2011 à 21h41
    lecture prévue très prochainement pour moi ! bisesssss
    Commentaire n°10 posté par George le 24/02/2011 à 20h34

    Geooooorge !!! Tu es revenue ? Contente de ton retour ! Je t’embrasse…
    Réponse de thelecturesetmacarons.over-blog.com le 24/02/2011 à 21h24
    OUIIIIIII !!! mais mon ordi fait des siennes, il s’éteint tout seul…. méchante machine de malheur !
    Commentaire n°11 posté par George le 24/02/2011 à 21h27

    Il te boude. Ton absence l’a perturbé. Franchement ! La jalousie parfois se niche dans des lieux improbables. Tu as pensé à l’embrasser ???
    Réponse de thelecturesetmacarons.over-blog.com le 24/02/2011 à 21h33
    je viens de lui faire un gros bisou !!! pourvu que ça marche !!!
    Commentaire n°12 posté par george le 24/02/2011 à 22h02

    Nous sommes le lendemain de ton espérance… J’espère aussi pour toi ! L’ordi de Sharon aussi est capricieux en ce moment !
    Réponse de thelecturesetmacarons.over-blog.com le 25/02/2011 à 09h24
    J’ai bien aimé ce livre même si maintenant je n’en garde qu’un maigre souvenir
    Commentaire n°13 posté par GeishaNellie le 01/03/2011 à 18h15

    Peut-être parce que l’écriture est sobre, le livre est petit, et qu’il n’y a pas trop d’action !
    Je l’ai lu avec les images du film et la musique dans la tête.
    Réponse de thelecturesetmacarons.over-blog.com le 01/03/2011 à 19h43

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