Dojoji et autres nouvelles

J’ai repéré ce livre chez Sandrine qui s’est empressée de me l’offrir.

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Dojoji et autres nouvelles

Yukio Mishima

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Ce livre conte quatre nouvelles.

Dojoji

Sur une scène de théâtre, les acteurs partagent l’espace avec une armoire. Le drame va être joué…
Un antiquaire a convié des acheteurs à une vente privée. Il leur propose une grande armoire. Avant les enchères, il leur décrit cette pièce unique. La beauté et la rareté du bois, le capitonnage intérieur, la multitude de miroirs, l’espace. Ce n’est plus un dressing, mais une alcôve, un boudoir, ce n’est plus un mobilier, c’est une oeuvre d’art. Les cinq clients commencent à enchérir, les sommes se disputent. Lorsque, du fond de la salle, une voix se fait entendre et arrête la vente. Une belle jeune femme approche et veut conter le vécu de ce meuble qui fut aussi un tombeau.
« – L’armoire est tellement énorme. Peut-être y a-t-il à l’intérieur un ciel étoilé, et une lune qui se lève dans un coin et se couche dans un autre…
Il avait une odeur de jasmin.
– Enseveli non parmi les fleurs, mais parmi les vêtements, suspendus sous les cintres innombrables.
– Fleurs de dentelle, fleurs de satin, fleurs froides et mortes, et violemment parfumées. »

Les sept ponts

Un soir, trois geishas, après leur devoir d’hôtesse, veulent accomplir un rite. Elles ont toutes les trois des espérances et des voeux. La première veut un enfant, la seconde souhaite épouser un célèbre comédien, la troisième désire connaître la gloire sur scène. Pour cela, elles devront traverser sept ponts, prononcer des prières et garder le silence tout au long du chemin. Une quatrième personne les accompagnera, une servante, une fille de la campagne sans éducation.
« – Nous avons de la chance, n’est-ce-pas ? Ce soir on voit vraiment l’homme dans la lune. »

Patriotisme

Le 28 février 1936, le lieutenant Shinji Takeyama du Bataillon des Transports de Konoe apprend que ses camarades de l’Armée Impériale ont pris part au coup d’état du 26 février. Il a reçu l’ordre de trouver les insurgés, les emprisonner et de réprimer la rébellion.
C’est avec un esprit bouleversé qu’il rentre chez lui retrouver Reiko, sa jeune femme. D’un regard, elle comprend.
« – Je ne savais rien. Ils ne m’avaient pas demandé d’être avec eux. Peut-être parce que je venais de me marier. Kano, Homma aussi, et Yamaguchi… Il y aura demain un décret impérial. Ils seront déclarés rebelles, j’imagine. J’aurai le commandement d’une unité et ordre de les attaquer… Je ne peux pas. C’est impossible de faire une chose pareille… Ce soir je m’ouvrirai le ventre.
Reiko ne broncha pas.
Son paisible regard se tendit comme une corde frappée à l’aigu.
– Je suis prête, dit-elle. Je demande la permission de vous accompagner.
Le lieutenant se sentit presque hypnotisé par la force de son regard. Il répondit vite et facilement, comme on parle dans le délire et sans comprendre lui-même comment une permission si lourde de conséquence pouvait être accordée si légèrement.
– Bien. Nous partirons ensemble. »
Commence alors le début de leur fin, un parcours et une communion intime, intense, d’un amour fou et d’un honneur exacerbé.

La perle

Lors d’un goûter d’anniversaire, Mme Sasaki perd la perle de sa bague. Celle-ci roule en bordure du plat du gâteau. Pour ne pas contrarier le déroulement de la réception, elle continue d’offrir le thé et des parts du gâteau à ses amies, tout en surveillant la perle vagabonde. Lorsque soudain, la perle disparaît. Où serait-elle passée ? Ne l’avons-nous pas confondue avec une garniture culinaire ? Cette petite contrariété se lit sur son visage et toute l’assemblée souhaiterait en connaître la raison. Acculée à l’aveu, Mme Sasaki les informe du petit dommage. Les regards convergent sur les unes, les autres… des yeux accusateurs et suspicieux. Puis à leur grand soulagement, Mme Azuma dit :
« – C’est donc ça ! Ca doit être une perle que je viens d’avaler ! Une bille d’argent a roulé sur la nappe quand on m’a donné mon gâteau, et je l’ai ramassée et avalée machinalement. j’ai bien eu l’impression qu’elle me restait un peu en travers de la gorge. Bien sûr, s’il s’était agi d’un diamant je le rendrais tout de suite – au besoin en me faisant opérer – mais comme c’est une perle je vous demande tout simplement de me pardonner. »
Le soulagement est unanime. Il y a une raison et une excuse. Le thé peut reprendre son cours… Mais était-ce vraiment la vérité ? Il y aura du crêpage de kimono !

Je remercie Sandrine pour ce gentil geste spontané et surtout pour l’émotion que j’ai ressentie à la lecture de la troisième nouvelle. J’ai terminé le livre il y a une petite heure, et elle continue à me poursuivre. J’ai un sentiment amer de tristesse et d’admiration. Affligée par ce suicide ridicule que seul un soldat pourrait concevoir ou absoudre, et respectueuse de cette dignité, de cet amour total et absolu raconté avec des mots simples et poétiques. Yukio Mishima a la magie des mots et les marie avec raffinement, concision et harmonie.
Oui, j’ai beaucoup aimé. C’était… très très beau.


Informations recueillies sur wikipédia

« – Dans les premières heures du 26 février 1936, environ 1400 hommes dirigés par de jeunes officiers de l’Armée se déployèrent dans le centre de Tokyo s’assurant le contrôle des principaux bâtiments gouvernementaux, dont la Diète, le Ministère de la Guerre, et le quartier-général de la Police Métropolitaine de Tokyo. Le Ministre des Finances Korekiyo Takahashi, le Garde des Sceaux Makoto Saito, et l’Inspecteur général à l’Éducation militaire, le Général Jotaro Watanabe, furent tués.

Un groupe d’officiers prit d’assaut le Kantei (résidence du Premier ministre) et essaya de tuer le Premier Ministre Keisuke Okada, qui s’échappa quand les rebelles tuèrent par erreur son beau-frère. La résidence du Grand Chambellan, l’Amiral Suzuki Kantaro, fut aussi prise pour cible et Kantaro grièvement blessé. Les maisons du précédent Garde des Sceaux Nobuaki Makino et de l’homme politique Kimmochi Saionji furent aussi attaquées, mais les deux hommes réussirent à s’échapper. Les insurgés essayèrent également de prendre le Palais impérial mais durent se résoudre à se retirer devant la résistance des gardes impériaux.

Les rebelles entrèrent en contact avec le ministre de l’Armée Yoshiyuki Kawashima en demandant la dissolution du gouvernement et son remplacement par un nouveau cabinet, dirigé par un général favorable à leurs revendications. Ils déclarèrent combattre, au nom de l’Empereur, contre le gouvernement corrompu qui pensait davantage à s’enrichir qu’à régler les problèmes économiques du pays.

Les autorités militaires furent, dans un premier temps, réticentes à utiliser la force pour réprimer cette révolte, craignant qu’elle ne débouche en guerre civile dans la capitale. De plus, de nombreux haut-gradés partageaient le point de vue des rebelles et étaient en faveur de leurs demandes. La garnison de Tokyo, en particulier, soutenait la tentative de coup d’État. Cependant, il existait aussi une forte opposition au putsh au sein de l’Armée, incarnée par la Toseiha et la Marine impériale japonaise, qui déploya ses navires dans la Baie de Tokyo plaçant les rebelles à portée de leur artillerie.

La plus forte opposition vint de l’empereur Showa lui-même, qui fut scandalisé par le meurtre de ses proches conseillers. Lorsque son aide de camp en chef, le général Shigeru Honjo (un temps connu comme un partisan de Sadao Araki, le leader de la Kodoha), l’informa de la révolte, l’empereur ordonna immédiatement qu’elle soit matée et qualifia les insurgés de «rebelles» (bôtô). Comme Honjô prenait leur défense, Hirohito répliqua : «Sans Nos ordres, des troupes ont été mobilisées. Peu importe comment on les appelle, elles ne sont plus Nos troupes.» L’empereur ordonna alors au ministre de l’Armée, Kawashima, de supprimer la rébellion d’ici une heure et demanda des comptes à Honjô toutes les demi-heures[1].

– Le 27 février 1936, la loi martiale fut déclarée à Tokyo, et des troupes furent appelées en renfort.

Quand Honjô l’informa que peu de progrès avaient été réalisés, Hirohito s’emporta : «S’il le faut, Je prendrai moi-même la tête de la division Konoe et materai la rébellion !»

– Le 28 février 1936, l’Empereur signa l’ordre ordonnant à l’Armée et à la Marine de réprimer la révolte et d’expulser les rebelles de leurs positions.

– Le 29 février 1936, toujours réticente à utiliser la force contre ses propres hommes, l’Armée tenta une campagne de persuasion psychologique, ordonnant aux rebelles d’abandonner leurs positions et de se rendre, faisant circuler des copies de l’ordre impérial, prouvant que l’Empereur rejetait le coup d’État. Les officiers rebelles épuisés par ces quatre jours ne firent rien pour empêcher leurs hommes de se rendre, et, à midi, le gros des troupes avaient déserté leurs postes et étaient rentrées dans leurs casernes. Le coup avait échoué. Dans la soirée, deux officiers se firent seppuku plutôt que de se rendre, le reste fut arrêté. »

Photo de l’auteur  Yukio Mishima (mort par seppuku (éventration)) – Documentation sur wikipédia

Billet chez Sandrine,
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Une réflexion au sujet de « Dojoji et autres nouvelles »

  1. Commentaires
    Bravo pour ton beau billet très complet 😉
    Commentaire n°1 posté par Sandrine(SD49) le 02/02/2011 à 07h35

    Merci Sandrine. Ce fut une belle rencontre émouvante.
    Réponse de thelecturesetmacarons.over-blog.com le 02/02/2011 à 07h47
    Même si tu donnes très envie, j’avoue ne pas être fan du tout des nouvelles… Je passe mon tour !
    Commentaire n°2 posté par Cécile le 02/02/2011 à 10h27

    Ces petites histoires peuvent être lues à des moments volés à certaines contraintes quotidiennes. Transports, pauses repas, salles d’attente… Ce livre est avant tout une très belle écriture, des mots que l’on voit, que l’on hume et qui poignardent. Mais ils ne sont pas gais.
    Réponse de thelecturesetmacarons.over-blog.com le 02/02/2011 à 12h24
    J’aie beaucoup Mishima et j’avoue qu’à la lecture de ce recueil j’ai été un peu déçue. Je crois que je préfère ses romans.
    Commentaire n°3 posté par san-tooshy le 02/02/2011 à 13h18

    Ces nouvelles sont mes premières lectures. J’ai bien aimé la première lorsqu’il parle de l’armoire comme d’un bijoux, puis de l’amant qui se laisse volontairement enfermer dans cette odeur de jasmin… et j’ai aimé la troisième histoire. C’est morbide, idiot, mais Mishima nous emballe le tout avec une folle passion toute retenue. Tu me comprends San-Tooshy ? Tu as beau savoir ce qu’il va en résulter dès le début, tes entrailles se nouent au fil de leurs préliminaires, je suis devenue un témoin bien involontaire. Est-ce que ses autres livres sont de la même facture ? Tragique, lyrique et patriotique…
    Bises
    Réponse de thelecturesetmacarons.over-blog.com le 02/02/2011 à 20h11
    Ah zut je viens d’écrire un comm et au lieu de faire publier, j’ai cliqué sur fermer donc je recommence. Je ne sais pas si Mishima est l’auteur par lequel il faille commencer quand on découvrir les écrivains japonais. Quoiqu’il en soit c’est un auteur incontournable.
    A la lecture de ton commentaire, j’ai l’impression d’être passée à côté de quelque chose. Faut que je l’ai lu il y a…pffff quelque temps déjà. Tu m’as donné envie de le relire. Oui je comprends ce que tu veux dire et c’est là la magie de Mishima. C’est dur, c’est sombre voir plombant pourtant on le suit et beaucoup de ses oeuvres sont ainsi. Si je devais t’en conseiller un, je te conseillerai « le marin rejeté par la mer ». Attention ce roman est dur(mais pas gore). Il révèle la part sombre de l’être humain.
    Commentaire n°4 posté par san-tooshy le 04/02/2011 à 13h21

    Bonjour, Il m’arrive aussi de faire partir un commentaire aux oubliettes avec un mauvais clique !
    Je note le roman que tu me proposes, dans ma liste.
    En ce moment, je lis « La délégation Norvégienne », un livre bizarre. Dur, sombre et plombant. Exactement tes mots. Cela se passe dans un relais de chasse, dans l’apaisseur des arbres, avec des chasseurs qui tuent, étripent, éviscèrent… sans trop de mal ! Quant à moi, j’ai la nausée.
    Je te souhaite un bon week-end. Biz
    Réponse de thelecturesetmacarons.over-blog.com le 04/02/2011 à 14h12
    Ah bah tu es prête pour Mishima alors. Si tu veux lire d’autres romans japonais pas trop plombant fais-moi signe. Je saurai te trouver un petit quelque chose. après est-ce que tu aimeras… Je sais pas ? La littérature japonaise est assez étrange. A quoi cela tient : leur histoire ou leurs codes sociaux qui entraînent des difficultés relationnelles ? Je ne sais pas. Mais il y a une chose que l’on ne peut pas leur enlever (et que j’envie mais bon je suis pas écrivain…enfin pas encore ^-^) c’est leur créativité et leur poésie.
    Je ne connais pas trop la littérature scandinave. L’année dernière j’ai lu « Profondeur » de Mankell et difficile de dire si j’ai aimé ou pas. Si je crois…enfin j’ai trouvé ça bizarre. Les personnages sont aussi froids que le climat, tous dénués d’émotion et l’action était assez lente. Mais je vais continuer ma découverte alors je note ce roman pour plus tard.
    Commentaire n°5 posté par san-tooshy le 04/02/2011 à 14h29

    Oui, c’est tout à fait ça ! mon livre débute lentement, mais tu es déjà oppressée car tu ressens que rien n’est normal.
    Pour les auteurs japonais, cela va être une grande découverte car je suis inculte. Mais je pense qu’il faudrait se préparer avant… être zen et open ! Comme une geisha qui déplierait consciencieusement son kimono, avec des gestes réfléchis. Donc merci pour ta proposition, je reviendrais t’en parler…
    Réponse de thelecturesetmacarons.over-blog.com le 04/02/2011 à 14h39
    Ok quand tu veux et avec grand plaisir. Bon j’espère que tu viendras à bout de ce roman. J’attends ta critique.
    Commentaire n°6 posté par san-tooshy le 04/02/2011 à 14h57

    J’avance. Là c’est une pause thé. C’est de mieux en mieux… mais grinçant.
    Réponse de thelecturesetmacarons.over-blog.com le 04/02/2011 à 15h38

    Je ne te connaissais pas encore et je n’avais pas mon blog en févriier 2011 mais je note ce livre qui m’intéresse ! Et un autre japonais que tu m’as conseillé, je ne retrouve plus, c’est pas Mishima ? Je vais chercher.. Bise♥♥♥
    Commentaire n°7 posté par Asphodèle le 29/01/2012 à 12h24

    Non, je ne vois pas… Il y a Ishiguro que j’adore mais tu dois connaître. Regarde un peu plus haut les commentaires de San-Tooshy, elle parle d’un livre très beau à lire…
    Biz♥
    Réponse de thelecturesetmacarons.over-blog.com le 29/01/2012 à 18h26

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